Des chercheurs français s’expriment sur le rapport du GIEC

 Des chercheurs français s'expriment sur le récent rapport du GIEC (AR5 SPM), sur le "réchauffement climatique", sur la perception inquiétante de la science par le public et sur la politique énergétique.

De nombreux lecteurs(trices) de ce site se sont étonnés que PENSÉE UNIQUE ait très majoritairement rapporté les points de vue de nombreux chercheurs, essentiellement anglophones, qui émettent des doutes sur les prises de position du GIEC sur le climat. Par contrecoup, il a semblé que les chercheurs francophones étaient moins présents dans ce débat que leurs collègues anglophones. Et, en effet, à quelques exceptions notables près (entre autres, V. Courtillot, Benoît Rittaud, Serge Galam, Itsvan Marko, François Gervais etc.), les chercheurs francophones, dans leur ensemble, sont demeurés relativement discrets au cours des années passées.
A mon avis et comme le souligne l'un des deux intervenants mentionnés ci-dessous et comme on a pu l'observer dans un passé récent, cela tient essentiellement au fait qu'il est extrêmement risqué de professer des opinions divergentes de celles de la position officielle car "personne ne peut se risquer à la contester sous peine de délégitimisation rapide" dans les pays francophones et, très clairement, en France, où il est évident que l'orientation tranchée, unanime et parfois agressive, des médias sur la plupart des questions relatives à l'environnement constitue un frein considérable à l'établissement d'un réel débat scientifique.

C'est dans ce contexte délicat que j'ai décidé de vous rapporter les propos ou les écrits tout récents (c'est à dire des 4 derniers mois) de deux chercheurs français, parmi les plus éminents, qui, connaissant les risques, ont quand même décidé de s'exprimer ouvertement.
Il s'agit de deux scientifiques renommés, abondamment primés et appréciés par leurs collègues. L'un ( Marc Fontecave) est chimiste de formation. L'autre ( Pierre Darriulat) est physicien.

Comme d'habitude, les citations sont disposées dans les encadrés (bleu-verts ici). Les caractères engraissés sont le fait de PU sauf s'ils sont en italiques. Dans ce dernier cas, c'est l'auteur du texte qui a choisi de les mettre en valeur.

1) Marc Fontecave fontecaveest Professeur au Collège de France (chaire "Chimie des processus biologiques") et membre de l'Académie des Sciences.

Titulaire de nombreux prix et récompenses, Fontecave est également le directeur de l'équipe Biocatalyse de l'Institut de Recherches en Technologies et Sciences pour le Vivant. Il s'intéresse, entre autres, aux "technologies bioinspirées" proches de ce que les physiciens ou les physico-chimistes nomment parfois "bio-mimétisme". Il s'agit, sans aucun doute, d'un domaine riche d'avenir dans lequel Marc Fontecave est l'un de nos tout meilleurs représentants et c'est sans doute à ce titre qu'il se retrouve au top de la science française.


Marc Fontecave est également, parmi d'autres représentants éminents de la science française, membre du conseil d'orientation de la fondation "Écologie d'avenir" de l'Institut de France (qui regroupe toutes les Académies).

Voici, verbatim, quelques extraits significatifs de son intervention prononcée lors du Colloque de rentrée du Collège de France du 18 Octobre 2013 intitulé "Science et Démocratie".
Vous trouverez ici la vidéo complète (ou l'audio) de sa conférence donnée à cette occasion.

Au début de son exposé, Marc Fontecave s'inquiète de la perception dégradée de la science par le public, en relation avec les préoccupations environnementales.

[...]Nous voyons bien alors cette situation schizophrénique dans laquelle, dans le même temps, le citoyen espère plus que jamais des scientifiques la résolution des grands problèmes sociétaux, par exemple ceux liés à la santé ou au développement des nouvelles technologies de l'énergie qui permettrait une exploitation à grande échelle des énergies renouvelables et le même citoyen, dans le même temps voit la science exclusivement comme une source de malheurs. Le médicament n'est vu que sous l'angle du Médiator en oubliant tous les bienfaits de la recherche pharmaceutique, la chimie comme essentiellement une source de pollution en oubliant ce que la qualité de notre vie doit aux produits de l'industrie chimique, molécules, polymères, matériaux divers, l'énergie nucléaire est vue exclusivement comme une potentialité de catastrophes en oubliant que chaque jour l'interrupteur qui permet de se chauffer et de s'éclairer si confortablement est relié à une centrale nucléaire pour un coût qui confère une certaine compétitivité à notre économie, avec un moindre impact en termes d'émissions de gaz à effet de serre.

C'est cette schizophrénie qui rend le débat scientifique si tendu et si difficiles les arbitrages politiques nécessaires. Je dirais que les journalistes, en général, n'arrangent pas les choses faisant évidemment la part belle à l'instantané et à la catastrophe ainsi qu'au consensus laissant peu de place aux voix discordantes.
Pratiquement aucune des questions environnementales, énergie nucléaire, organismes génétiquement modifiés OGM, gaz de schistes, et même changement climatique, n'échappe aujourd'hui à ces blocages." [...]

Dans la suite, Fontecave évoque l'action de politiques et (de nouveau) des médias :

(Les politiques) doivent faire preuve d'autorité et d'intransigeance, comme l'ont fait pratiquement tous les gouvernements récents en France, de droite ou de gauche, en fermant littéralement le débat quand il s'agit de discuter, par exemple, de l'avenir de l'énergie nucléaire ou de l'exploitation des gaz de schistes.Je me souviens de la réaction de l'ancienne ministre de l'écologie en Février 2013 (NdR : Delphine Batho), le jour de la séance organisée par l'Académie des Sciences sur les gaz de schistes. Cette séance, à laquelle j'étais présent, avait pour objectif de faire le point de façon essentiellement scientifique, de façon neutre et transparente, sur les questions reliées à l'évaluation de nos ressources en gaz de schiste, à son exploitation et à la fameuse fracturation hydraulique. Donc, la ministre, sans même avoir pris connaissance du contenu de cette séance, a tout simplement et publiquement adressé – je cite – un "carton rouge" à l'Académie des Sciences. carton d'ailleurs largement relayé par les médias. Voilà, je crois, qui reflète parfaitement bien la situation de blocage que je décrivais. L'impossibilité du débat scientifique, spécifiquement sur les questions environnementales, blocage qui atteint les plus hautes sphères du pouvoir politique. Je rappelle qu'il en fut à peu près de même dans le compte-rendu médiatique, à charge, de la séance que l'Académie avait consacré au changement climatique, il y a quelques années.
Ce qui est en jeu, redisons le, c'est la nécessité de faire porter par nos représentants politiques une vision hautement positive de la science et du progrès scientifique y compris à travers la nécessaire controverse scientifique qui est au coeur de son développement." [...]

Concernant plus spécifiquement le réchauffement climatique et après avoir rappelé que 61% des habitants des USA pensent que les scientifiques ne sont pas d'accord entre eux sur les causes du réchauffement climatique et que 35% des Français expriment leurs doutes sur les causes anthropiques, Marc Fontecave déplore le fait que le débat scientifique soit totalement absent, sur ces questions, dans son pays. Il précise :

[...]Je me limiterai aux trois questions suivantes.
Première question : Quel degré de certitude avons nous que le réchauffement climatique est la conséquence exclusive de la production de gaz carbonique d'origine humaine issu de la combustion du charbon, du gaz et du pétrole et également des feux de forêts ? En effet, les changements climatiques sont fréquents dans l'histoire de la planète y compris lors de périodes longues sans émissions de gaz à effet de serre et sans variations du dioxyde de carbone atmosphérique.
Seconde question : Compte tenu de la très grande complexité du système terre-océans-atmosphère-soleil que les sciences de la terre et du climat, malgré des progrès considérables au cours du dernier siècle, ne comprennent que partiellement, les modèles utilisés sont-ils suffisamment fiables pour prévoir les évolutions du climat de la planète à court et très long terme ? Sont-ils fiables pour dire les conséquences de variations très faibles d'un composant très mineur de l'atmosphère, le dioxyde de carbone, sur son fonctionnement général ?
Troisième question : Est-il vrai que, contrairement à la période 1850-2000 pendant laquelle la quantité de CO2 dans l'atmosphère et la température de la planète – si ce dernier paramètres a d'ailleurs un sens – ont augmenté de façon continue et parallèle, ce n'est plus le cas depuis 15 ans, dernière période pendant laquelle les émissions de CO2 et son accumulation dans l'atmosphère n'ont jamais été aussi importantes en raison d'une utilisation de plus en plus massive, à l'échelle de la planète, des sources d'énergie carbonées fossiles et que la température de la terre est restée, certes très élevée, mais relativement stable ? Sans doute Jean Jouzel après moi, contribuera à apporter des réponses à ces questions, de mon point de vue, parfaitement légitimes.[...]

Marc Fontecave évoque ensuite l'idéologie du principe de précaution et des politiques vertes au sens large, citant, au passage, l'influence du Club de Rome. Voici ce qu'il dit à ce sujet :

"Malheureusement, comme toute idéologie, cette dernière laisse une place croissante à un certain nombre d'idées qui deviennent des dogmes contre lesquels il est de plus en plus difficile de s'exprimer. Comme l'écrit Dominique (Pestre), je le cite "Cette nouvelle idéologie du XXIe siècle emplit les ondes des radios et les journaux, trouve sa place à l'école et sur le WEB, se donne comme un principe du Bien avec un grand B, mais personne ne peut se risquer à la contester sous peine de délégitimisation rapide". Je pense qu'il est néanmoins nécessaire de prendre ce risque et de combattre certaines visions catastrophistes opposant systématiquement l'homme, la science et la technologie d'un côté, à la Nature de l'autre. Les premiers n'étant le plus souvent appréhendés que comme des sources de destruction de la seconde.."

Au sujet de la politique nationale en matière d'énergie, Fontecave fait la remarque suivante :

"D'autre part, on ne peut pas continuer à faire croire que des politiques et des solutions purement nationales soient adaptées au changement climatique. Prenons l'image de la France. Notre pays ne contribue que pour 1.5% à la production des gaz à effet de serre à l'échelle de la planète. Ceci s'explique, bien sûr, par la taille de ce pays mais aussi par son choix historique de l'énergie nucléaire qui en fait l'un des pays modernes les plus indépendants des carburants fossiles. De sorte que si nous faisions l'hypothèse que la France arrêtait toute émission de CO2 : Plus de voitures, plus de camions, plus d'avions, plus de chauffage, plus rien. En quelque sorte c'est comme si la France disparaissant brutalement comme puissance économique sur la planète, ce n'est pas 500 ppm que l'on aurait en 2050 mais [...] on serait à 498 ppm.Une différence d'un à deux ppm qui n'aurait évidemment strictement aucun impact sur le climat. La question de la réduction de l'émission des gaz à effet de serre doit donc impérativement être traitée à l'échelle mondiale. On essaie, mais ce n'est pas parce qu'à cette échelle les solutions sont extrêmement difficiles à élaborer et à mettre en place en raison de la nécessité d'arbitrage entre des groupes humains qui ont des intérêts vitaux très différents – on le voit avec les échecs, les relatifs échecs, des grands sommets internationaux sur le climat - qu'il faut se donner bonne conscience en faisant croire que les solutions que l'on met en place au niveau national, sauveront la planète."

Dans la suite, faisant référence à son propre travail de recherche, Fontecave cite une phrase tirée d'un livre ("Le système périodique") de Primo Levi, au sujet de la photosynthèse naturelle qui pose un problème crucial, notamment aux biochimistes : "Quand nous aurons appris à en faire autant, nous aurons résolu le problème de la faim dans le monde". Fontecave annonce d'ailleurs que le thème de la "valorisation du CO2" constituera le fil directeur de son cours au Collège de France pour l'année 2014 tout en précisant son point de vue sur les énergies renouvelables et la transition énergétique, ce qui le conduit à sa conclusion:

"Mais cette révolution technologique de l'énergie, il faut avoir le courage de le dire clairement, elle est très loin d'être à notre portée à court terme et ce n'est pas en invoquant de façon systématique le réchauffement de la planète que cela changera quoique ce soit à cette dure réalité. Les nouvelles technologies d'exploitation des énergies renouvelables, si souhaitables qu'elles soient, ne sont pas encore prêtes pour remplacer l'énergie nucléaire et les carburants fossiles. Chez nous comme ailleurs dans les pays émergents qui continueront à exploiter massivement ces derniers pour sortir leurs milliards d'habitants de la misère. Cette transition demandera beaucoup de temps et, en effet, d'énormes investissements. Mais, ce sera à nouveau une opportunité fantastique pour démontrer que la solution est bien dans la science, dans le travail acharné de nos chercheurs, dans une organisation de la recherche plus fluide au niveau national et plus coopérative au niveau mondial qu'elle ne l'est aujourd'hui, dans la formation scientifique de nos jeunes générations qui seront nos élites de demain, dans la confiance que les citoyens doivent avoir dans le progrès scientifique et technologique, dans la capacité des médias à rendre compte honnêtement de l'avancée des connaissances et des technologies et de l'existence de controverses scientifiques inéluctables et des points de vue minoritaires, enfin, dans la capacité des politiques que nous avons la responsabilité d'accompagner dans leurs arbitrages, à préférer la confrontation de l'avis de l'ignorant éclairé et de l'expert, aux jeux politiciens et électoralistes et aux slogans.

 

Je vous remercie."

_______________________________________________________________________________

Ces interventions, toutes récentes, de deux représentants éminents de la science française n'ont guère été mentionnées dans la presse et dans les médias au sens large. Cependant et dans le silence médiatique ambiant, la réaction d'une journaliste, Jade Lindgaard de Mediapart, comme suite à cette conférence au Collège de France, est emblématique des blocages évoqués par Marc Fontecave au sujet de la manière dont les controverses, qui sont pourtant au coeur de la démarche scientifique, sont perçues par les médias. Jade Lindgaard qui, à ma connaissance, n'a aucun background scientifique, ne parvient manifestement pas à concevoir qu'une "sommité scientifique", comme Marc Fontecave, puisse être "climato-sceptique". Pour elle, il s'agit d'un "paradoxe intellectuel" (sic) qui nécessite une enquête. C'est ainsi qu'elle titre l'un de ses articles sur Médiapart (du 16 Déc. 2013) :

" Climat : un sceptique au Collège de France"
Sous titre : "Chimiste réputé, membre du Collège de France, de l’Académie des sciences et de la fondation de Claude Allègre, Marc Fontecave est aussi un homme qui doute des causes du dérèglement climatique. Enquête sur un paradoxe intellectuel."

L'article (payant) commence ainsi : "Peut-on mettre en doute la responsabilité de l’homme dans le changement climatique devant un parterre de sommités scientifiques, et recevoir leurs applaudissements ? Oui. Où ça ? Au Collège de France, prestigieux cénacle de la science française."

Voilà qui vient parfaitement illustrer les allusions relativement acerbes de Marc Fontecave au sujet du comportement des journalistes (francophones) dans l'affaire du réchauffement climatique, comme dans quelques autres, relatives aux questions environnementales.

Faut-il rappeler à cette jeune journaliste que la science a toujours progressé par un enchaînement ininterrompu et "inéluctable" (comme dit Fontecave) de controverses, d'erreurs et de corrections, et que la plupart des grandes découvertes ont été faites contre le "consensus" qui régnait à l'époque. Faut-il rappeler les noms des grands scientifiques qui se sont dressés contre le consensus et en ont subi de graves désagréments de leur temps, tels que Louis Pasteur, Charles Darwin, Albert Einstein, Alfred Wegener, Warren et Marschall (le H. pilori), Philippe-Ignace Semmerlweis (la prophylaxie), Jacques Boucher de Perthes (les hommes préhistoriques), Alphonse Beau de Rochas (le moteur à 4 temps) sans oublier Ludwig Boltzmann et de nombreux autres savants qui ont eu à se battre contre les partisans du "consensus" et aussi, il faut le rappeler, hélas et déjà, contre la presse de leur époque.

Voici maintenant le communiqué publié par Pierre Darriulat qui fait part de son effarement (c'est un euphémisme) quand au contenu du dernier rapport du GIEC et notamment de son Résumé pour les décideurs, le SPM.

2) Pierre Darriulat (CV) est membre correspondant de l'Académie des Sciences. Il a consacré l'essentiel de sa carrière de chercheur à l'étude des interactions des particules élémentaires à laquelle il a apporté des contributions importantes, en particulier avec la découverte des jets hadroniques et des bosons faibles. Après avoir dirigé les recherches du CERN pendant sept ans, il s'est tourné vers l'étude de la supraconductivité des couches minces puis, quelques années plus tard, vers l'astrophysique qu'il enseigne aujourd'hui à l'Université nationale de Hanoï, où il dirige un laboratoire de physique des rayons cosmiques. Ses recherches lui ont valu de nombreuses distinctions honorifiques.
Pierre Darriulat est également l'auteur d'un livre intitulé "Réflexions sur la science contemporaine". (La présentation ci-dessus est extraite de la 4-de-couv.)

A) Contexte et introduction : Comme suite à la parution toute récente du dernier des rapports pluriannuels du GIEC, le Parlement britannique a pris une initiative qui aurait pu (dû) faire école. Le Parlement UK a mis en place une consultation ouverte et transparente auprès d'un certain nombre de scientifiques ou d'experts s'intéressant au domaine, afin de connaître leurs points de vue sur le contenu du récent rapport SPM (le résumé pour les décideurs) et sur le rapport complet dit AR5.
Il s'agissait, pour les personnes consultés, de répondre à un certain nombre de questions précises portant essentiellement sur la crédibilité des rapport AR5/SPM que l'on trouvera au début de ce document publié par le Parlement britannique.

Voici trois exemples des questions posées par le Parlement UK. Ces questions sont loin d'être anodines. De fait, elles ciblent assez précisément les problèmes qui sont au coeur du débat :

  • Est-ce que le rapport AR5 traite les questions relatives à la fiabilité des modèles climatiques ?
  • Le processus du GIEC est-il un mécanisme efficace pour rendre compte de l'état des connaissances scientifiques ? Ou s'est-il focalisé dans le but de fournir une justification pour la mise en place d'une politique ?
  • Dans quelle mesure les interventions des politiques ont-elles influencé les conclusions finales du résumé sur les fondements scientifiques de l'AR5 (NdT : le travail du groupe I)

darriulat

B) La déposition de Pierre Darriulat

Le texte complet transmis aux parlementaires britanniques par Pierre Darriulat est ici (en pdf).

Il est intitulé "Le point de vue d'un physicien indépendant" par le Professeur Pierre Darriulat pour l'enquête du Comité sur l'Energie et le Changement Climatique au sujet des dernières conclusions de 5ème rapport du GIEC (AR5).

 

Voici une traduction en Français de quelques extraits significatifs du texte transmis au Comité britannique. Les caractères engraissés le sont pas l'auteur de ce site. Les caractères mis en valeur par des italiques sont le fait de P. Darriulat.

"Résumé :
Le rapport AR5/WGI du GIEC, et tout particulièrement le Résumé pour les Politiques (SPM), expriment une évaluation alarmiste de l'influence des émissions anthropiques de CO2 sur le climat qui ne rend pas correctement compte des connaissances scientifiques actuelles. Ceci résulte d'une ambiguïté inhérente à l'exigence que les scientifiques doivent s'exprimer de manière consensuelle sur ce qu'ils pensent être le meilleur message. Il est nécessaire de fournir un résumé scientifique qui soit adressé aux scientifiques et qui donne une image objective de l'état de nos connaissances et des inconnues en matière de sciences du climat, en insistant sur les questions qui sont moins bien comprises et sur ce qu'il est nécessaire de faire pour les clarifier. Un tel résumé devrait porter une attention particulière à une série de questions controversées qui ont été identifiés par plusieurs climatologues qui ne partagent pas l'interprétation alarmiste de la science." [...]

Les points évoqués par Darriulat sont numérotés en chiffres romains. En voici quelques uns :

1 . Au mois de Septembre dernier, le GIEC a publié son rapport "Changement climatique : la science physique de base" qui est un document de plus de 2000 pages qui ne sera lu que par un petit nombre de personnes, ainsi qu'un document associé Le "Résumé pour les politiques" (SPM = Summary for Policy makers) de 36 pages qui sera le document qui est en général lu par les politiciens, les officiels et les médias. A mon sens et comme son objectif est de s'adresser aux politiciens, le SPM ne peut pas être un document scientifique.
Lorsqu'ils ont eu à rédiger le SPM, les auteurs ont eu à faire face à un dilemme. Ou bien ils parlent en scientifiques et doivent donc reconnaître qu'il y a trop d'inconnues pour faire des prédictions fiables, aussi bien dans les mécanismes en action que dans les données disponibles, ou bien ils essaient de faire passer ce qu'ils estiment que c'est le message d'un "consensus" qu'ils doivent faire passer. Mais ceci se fait au prix de la rigueur scientifique. Ils ont délibérément choisi cette seconde option. Il en résulte qu'ils ont déformé le message scientifique pour le transformer en un message alarmiste réclamant une action urgente, ce qui est tout le contraire de la signification du message scientifique [...]

Darriulat reprend ces remarques au point 3. de son exposé, en détaillant le processus :

3. Nous assistons à une succession de déformations du message du rapport complet de l'AR5 sur la science physique de base : En premier lieu, nous voyons une déformation du rapport complet vers le SPM par ceux qui ont rédigé et/ou modifié le SPM, ensuite de la part du SPM vers la presse par ceux qui parlent au nom du GIEC (incluant le responsable du GIEC) et enfin de la part de la presse vers le public au sens large par les activistes verts qui, trop souvent, se comportent de manière irresponsable en déformant les résultats des recherches"[...]

Au point 5, Darriulat expose son point de vue sur ce que devrait être une véritable démarche scientifique :

5. Il est raisonnable d'exiger un rapport scientifique du rapport du GIEC qui ne s'adresse pas aux politiques mais qui soit aussi objectif que possible sur l'état actuel de nos connaissances et de nos méconnaissances sur la science du climat. Un tel rapport devrait s'abstenir d'ignorer les pratiques scientifiques traditionnelles comme l'ont fait les auteurs du SPM de manière évidente quand ils prétendent être capable de quantifier avec précision leur confiance dans l'impact des émissions anthropiques sur le réchauffement climatique [...] En quantifiant de telles ignorances de la manière dont ils l'ont fait, les auteurs du SPM ont perdu toute crédibilité auprès de nombreux scientifiques. Ce comportement est inacceptable. Un rapport scientifique satisfaisant doit rapporter les principales conclusions du SPM d'une façon qui décrit correctement les facteurs qui contribuent aux incertitudes relatives à ses conclusions. [...]

Au point 6., Darriulat fait allusion à "la pause" et aux conséquences que l'on devrait en tirer, selon lui :

6. Le problème de la pause de la température du globe d'une durée d'environ 15 ans, n'a pas été correctement traité. Même s'il est exact que nous n'avons subi qu'un simple hiatus et qu'une plus grande quantité de chaleur a été stockée dans les océans que nous ne l'attendions mais qui serait relâchée dans quelque temps, et que vu d'une perspective à long terme ceci ne serait considéré que comme une fluctuation, nous ne disposons d'aucune base pour une discussion sérieuse. Il est indéniable que la pause a constitué une surprise dans un contexte où les émissions anthropiques de CO2 ont continué à augmenter. Ceci a des implications évidentes sur des facteurs qui ne sont pas correctement pris en compte dans les modèles climatiques.En tant que tel, ceci requiert une analyse très critique visant à une évaluation adéquate des incertitudes attachées à ces prédictions. C'est ce que nous devrions attendre de la part d'une approche scientifique sérieuse.
Une conséquence indirecte pourrait être que le réchauffement qui s'est produit durant la fin du XXe siècle ne résulte que partiellement des émissions anthropiques de CO2. Si tel était le cas, ceci affecterait les modèles d'une façon qui n'a pas été correctement prise en compte par le rapport du GIEC. De plus, la pause montre que nous devons prendre notre temps avant de décider d'actions irréversibles et que nous devons garder la tête froide plutôt que d'agir dans la panique et que nous devons utiliser efficacement le temps imparti pour améliorer les modèles qui ne sont pas cohérents avec les observations. [...]

C) Quelques réponses de P. Darriulat aux questions du Comité du Parlement UK
..

Comité : Quelle est l'a pertinence du rapport AR5 et du Résumé pour les Décideurs (SPM) dans le traitement de la signification des incertitudes en termes scientifiques ?

Darriulat: La manière dont le SPM prend en compte les incertitudes (par exemple en affirmant une certitude proche de 95%) est choquante et profondément a-scientifique. Pour un scientifique, ce simple fait est suffisant pour jeter le discrédit sur l'ensemble du Résumé. Le SPM donne l'impression erronée que l'on sait quantifier avec précision sa confiance dans les prédictions [des modèles] climatiques, ce qui est loin d'être le cas.


Comité :Est-ce que le rapport AR5 traite de la question de la fiabilité des modèles climatiques ?

Darriulat: Même s'il le fait à diverses reprises dans le rapport, l'attitude critique que l'on pourrait en attendre lui fait trop souvent défaut, parfois en éludant les problèmes plutôt qu'en faisant face aux questions embarrassantes. Le SPM ne traite pas de manière adéquate la question de la fiabilité des modèles climatiques.

Comité : Le dernier rapport du GIEC a-t-il suffisamment expliqué les raisons du hiatus de la hausse de la température moyenne de la surface du globale qui a été abondamment évoqué ?

Darriulat: "Bien sûr que non. Comment aurait-il pu le faire ? On ne peut que suggérer des hypothèses. La prochaine décennie devrait nous permettre de mieux comprendre quels sont les facteurs dominants."

Comité : Le GIEC est-il un processus efficace pour traiter les question de connaissance scientifique ? Ou bien s'est-il limité à fournir des justifications pour déterminer la politique à suivre ?

Darriulat: La mission attribuée au GIEC qui consistait à s'adresser aux décideurs plutôt qu'aux scientifiques a contribué à la détérioration de la qualité du débat sur le climat au point que nous avons peut-être atteint un point de non-retour. Certains peuvent dire aujourd'hui que cela était prévisible mais je ne pense pas que l'on aurait pu prévoir que cela puisse atteindre un tel niveau d'irrationnalité et d'agressivité affligeante.

Cette dernière réponse fait écho aux déclarations de la climatologue Judith Curry qui préconise ouvertement la disparition du GIEC. Quant au climatologue renommé du MIT, Richard Lindzen, il avait accueilli le dernier rapport du GIEC d'un cinglant " Je pense que le dernier rapport du GIEC a complètement sombré jusqu'à un niveau d'incohérence qui prête à rire." comme je vous l'avais rapporté.

A noter que, comme l'auteur de ce site, c'est d'abord le Résumé pour les Décideurs, le SPM, qui a profondément choqué le physicien Pierre Darriulat. Comme on le sait, la physique est une science "dure", proche des mathématiques, pour laquelle les enchaînements d'hypothèses plus ou moins avérées, les incertitudes plus ou moins bien cernées et les affirmations hasardeuses sont à prendre avec des pincettes, voire à rejeter.
A titre de complément d'information, voici la liste (et les photos) des rédacteurs du SPM, si sévérement critiqué par Pierre Darriulat qui s'était auparavant exprimé dans un billet (en anglais), en Octobre dernier, publié sur le blog de Judith Curry.

Avec tous mes meilleurs voeux pour toutes et tous mes ami(e)s lecteurs(trices), pour 2014 et pour la suite de ce passionnant feuilleton …

Stay tuned !

Pensée unique 15/1/2014

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