6 février 2023
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Ephraïm Sneh : vers un deuxième round ?

Plusieurs fois ministre, ce médecin, ancien général, est Chef de file du Parti Travailliste-Meimad à la Knesset et appartient à plusieurs comités du Parlement israélien. Notamment ceux des Affaires étrangères et de la Défense, des Affaires sociales ou de la Coexistence entre Juifs et Arabes.

Hélène Keller-Lind : Kofi Annan vient de présider une rencontre de pays membres de l’Union Européenne à Bruxelles au cours de laquelle plusieurs pays européens se sont engagés à envoyer près de 7.000 soldats supplémentaires au Liban, dans le cadre d’une FINUL renforcée. D’autres soldats devraient être envoyés par des pays musulmans. Qu’en pensez-vous ?

Ephraïm Sneh : Les chiffres donnés par ces pays européens sont tout à fait prometteurs et cette participation européenne très positive.
Mais il serait inconcevable que soient envoyées des troupes venant de pays qui n’ont pas de relations avec Israël. Cela serait en totale contradiction avec les critères requis pour pouvoir faire partie de la FINUL. L’une des conditions nécessaires est bien évidemment d’avoir des relations avec nous. Et comment des soldats venant de tels pays pourraient-ils jouer un rôle dans la lutte contre le terrorisme ?

H.K-L. : La Syrie a d’ores et déjà annoncé qu’elle s’opposait au déploiement de forces de la FINUL le long de sa frontière avec le Liban.

E.S. : Ce qui montre que la Syrie a l’intention de continuer à faire de la contrebande d’armes avec le Hezbollah. Et si tel est le cas, tôt ou tard, la situation va se détériorer à un point tel qu’il y aura un deuxième round des hostilités, une nouvelle confrontation entre Israël et le Hezbollah.

H.K-L. : Le gouvernement libanais a dit aussi ne pas vouloir de déploiement de la FINUL le long de sa frontière avec la Syrie.

E.S. : Je crois que le gouvernement syrien a peur de la Syrie et du Hezbollah. C’est pourtant là quelque chose de très important. Car empêcher le Hezbollah de s’équiper à nouveau des missiles longue portée qui ont été détruits par Israël pendant cette guerre est un élément clef.
Et permettre au Hezbollah de se réarmer va à l’encontre des intérêts libanais mêmes.

H.K-L. : Vous évoquez la destruction des missiles longue portée dont était équipé le Hezbollah. Pourtant on entend beaucoup dire, notamment dans le monde arabe, que ce mouvement islamiste aurait gagné cette guerre.

E.S. : Cela n’a pas été une victoire totale pour Israël. Parce que, à la fin de la guerre, le Hezbollah avait toujours la capacité de lancer tous les jours 200 roquettes sur Israël. Et parce que, à la fin de cette guerre, il était toujours actif le long de la frontière entre le Liban et Israël.
Mais son infrastructure a été détruite en grande partie ou très endommagée. Il a perdu ses rampes de lancement de missiles longue portée. Et plus de 500 de ses membres ont été tués.
Et, surtout, bien que 4.000 roquettes aient été lancées contre Israël, le moral des Israéliens n’a pas été brisé, la société israélienne ne s’est pas effondrée.
Et les Israéliens étaient prêts à continuer à se battre si cela avait été nécessaire.

H.K-L. : Dans son allocution du 24 août Jacques Chirac mettait en parallèle « la libération des soldats israéliens enlevés, le retour des prisonniers libanais, », et il évoquait « la démarcation des frontières, particulièrement dans la région des fermes de Chebaa, » ce qui a été inclus dans la résolution 1701 de l’ONU, très vraisemblablement à la demande de la France. Qu’en pensez-vous ?
E.S. : Il faut que nos soldats soient relâchés. Cela est impératif. Et ensuite on pourrait négocier ce retour des prisonniers libanais détenus en Israël. C’est mon avis personnel.
Quant aux Fermes de Sheeba, c’est une pure invention du Hezbollah. C’est un prétexte. Cet endroit a appartenu à la Syrie autrefois, il n’a jamais été libanais. Et c’est le Secrétaire Général de l’ONU lui-même qui l’a dit il y a six ans quand Israël s’est retiré du Liban.

H.K-L. : Beaucoup de voix s’élèvent aujourd’hui en Israël pour dénoncer ce qui a semblé être un manque de préparation de l’armée israélienne ou la manière dont la guerre a été conduite.

E.S. : Il y a eu beaucoup de failles dans la manière dont l’armée avait été préparée. J’avais prévenu longtemps avant la guerre que l’armée n’était pas assez bien entraînée. Cela se voyait.
Je pense qu’il faut que soit établie une commission pour examiner à la fois cette question et la façon dont a été gérée la guerre. Un exemple : pour quelle raison l’envoi de troupes au sol a-t-il été si tardif et si hésitant ?
Il faut que tout cela soit examiné à fond. Il faut que toutes les questions soient posées, les réponses apportées pour que nous soyons mieux préparés à l’avenir.

H.K-L. : Vous parliez tout à l’heure de deuxième round…Est-ce inévitable ?

E.S. : On peut l’éviter si l’on applique ce qui a été décidé dans la résolution 1701 que nous avons acceptée. Il faut empêcher qu’il y ait un mouvement terroriste armé au Sud du Liban.
Mais il sera difficile d’éviter un autre conflit tant qu’il y aura un régime comme celui d’Ahmadinejad qui appelle à la destruction de l’Etat juif.

H.K-L. : Ahmadinejad dont le gouvernement se moque ouvertement du Conseil de Sécurité et qui est à la tête d’une République islamique qui poursuit sa recherche nucléaire militaire. Que faire, alors ?

E.S. : S’il n’y a pas de vraies sanctions, rien ne les arrêtera. De vraies sanctions, cela veut dire bloquer les importations iraniennes d’essence. Car si l’Iran est le 4ème exportateur de pétrole, il importe 40 % de l’essence qu’il consomme et n’a pas les installations suffisantes pour raffiner tout le pétrole qu’il utilise. L’Iran importe cette essence dans des pétroliers géants que l’on peut bloquer.
C’est ce que je recommande fortement. Et si la Russie et la Chine sont contre de telles sanctions, il faut les persuader de changer d’avis. Car cette menace iranienne ne concerne pas uniquement Israël mais le monde occidental tout entier.
Et si rien n’est fait nous aurons un Iran nucléaire et doté de la bombe dans peu de temps.

H.K-L. : En ce moment-même le Hamas et Mahmoud Abbas envisagent de former un gouvernement d’unité nationale. Si cela devait se faire est-ce que cela déboucherait sur un déblocage de la situation actuelle avec les Palestiniens, notamment à Gaza ?
E.S. : Ce n’est pas une idée brillante. Et je ne pense pas qu’elle se matérialise.
Je pense qu’il faudrait négocier avec le Président de l’Autorité Palestinienne. Il en a l’autorité. Il ne faut pas oublier qu’il a été élu il y a un an et demie avec 62 % des voix. Si des négociations aboutissaient à un bon accord cela lui donnerait certainement le pouvoir nécessaire pour l’appliquer.

H.K-L. : Où en est l’idée d’un retrait partiel de Judée Samarie ?

E.S. : Plus personne n’en parle aujourd’hui. Une des leçons de ce qui se passe actuellement est le constat de ce à quoi mènent des mesures unilatérales.

H.K-L. : Quel sera selon vous l’effet de cette guerre sur le gouvernement israélien actuel et l’avenir politique en Israël ?

E.S. : Il doit y avoir une enquête sérieuse à propos de cette guerre. Ce qui débouchera ensuite sur un processus démocratique. Et ce seront le Parlement et le peuple qui décideront. Ce qui est important est que le gouvernement mène à bien les décisions qui sont prises.
Trois choses sont désormais essentielles. Il faut que nous nous préparions pour le prochain round, il faut que nous y soyons mieux préparés. Ensuite il nous faut restaurer notre système de Welfare, de service sociaux, fortement mis à mal ces dernières années. Et enfin il faut faire de notre mieux pour mettre fin au conflit entre Israël et les Palestiniens. Il ne faut plus que les extrémistes islamistes puissent prendre ce conflit pour prétexte.

H.K-L. : Dans un article publié par Le Monde, Bernard-Henri Levy évoquait votre récente rencontre dans le Nord d’Israël et disait son étonnement. Car, si vous lui avez parlé « un peu. En passant » de cette guerre qui faisait rage, vous lui avez parlé surtout d’une « affaire qui vous passionne. » Et vous avez eu tous deux « une conversation sur Danny Pearl à un jet de pierre d’un champ de bataille. ».

E.S. : En effet. Son livre sur Daniel Pearl m’a beaucoup impressionné car il y donne un aperçu de ce trou noir qu’est le fondamentalisme islamique.

Interview exclusif pour Resiliencetv

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