5 février 2023

La France vend ses bijoux de famille

Ce matin, à grands renforts d’annonces dans la presse écrite et audiovisuelle, on nous annonce triomphalement que la « France va vendre 36 avions ‘Rafale’ au Brésil », pour un montant de 4 milliards d’euros, suite à un accord non signé entre Nicolas Sarkozy et son homologue brésilien le président Lula.
 
Le programme des avions de chasse ‘Rafales’ de Dassault, lancé au début des années 1990 pour succéder aux avions ‘Mirage’, n’avait jamais jusqu’à présent trouvé d’autres acheteurs obligés  que l’armée de l’air française.
 
Même les pays du Golfe persique, pourtant ô combien choyés par les émissaires de Dassault et du ministère de la défense français, n’avaient pas succombé aux charmes de cet avion aux vocations multiples de chasseur bombardier.
Même le Maroc, qui avait failli se laisser séduire en 2007, a finalement préféré se fier aux Américains.
 
Trop cher le ‘Rafale’ ? Sans doute.
Trop isolé dans le monde a9ronautique militaire ? Certainement, comparé aux multiples offres américaines.
Trop capricieux dans un monde évolutif dans ses alliances : bien sûr.
 
Un avion de chasse, ce n’est pas seulement l’appareil. C’est tout un ensemble de services autour, depuis la formation des pilotes, en passant par les systèmes d’armes qui l’équipent et font augmenter son coût de façon dramatique, et surtout le service après-vente.
 
Certains pays, y compris arabes, courtisés par Dassault, se souviennent que fin 1967, le Général de Gaulle avait placé sous embargo les commandes de ‘Mirages’ et de pièces de rechange que l’Etat d’Israël avait payées rubis sur l’ongle.
 
Notre diplomatie du Quai d’Orsay, toujours encline à caresser dans le sens du poil son pré carré arabe, avait fait son choix : Israël devait être sacrifié sur l’autel de nos intérêts supérieurs : sonnants et trébuchants, et pétroliers.
Comme le disait de Gaulle : « Un pays n’a pas d’amis, il n’a que des intérêts ».
 
Cette piteuse volte-face a eu deux grands effets inattendus :
 
Le premier est que notre industrie aéronautique militaire française a grandement perdu en crédibilité : comment compter sur un fournisseur d’armes qui ne vous livre plus quand vous êtes assailli, étrangl é par vos ennemis ?
 
Depuis sa mise au point coûteuse, le ‘Rafale’ n’a pas trouvé un seul client à l’étranger. Au niveau de l’Union Européenne, il a été impossible de parvenir à se mettre d’accord sur un avion militaire ‘européen’.
 
Le second effet boomerang, c’est que suite à cette trahison de la parole donnée et des contrats signés, l’Etat d’Israël a été amené à développer une industrie aéronautique militaire parmi les plus performantes au monde à ce jour.
 
Le premier bébé du mirage a été le ‘Kfir’ : celui-ci possède un avantage compétitif et=2 0qualitatif indiscutable sur son géniteur : il a été testé en grandeur réelle à de nombreuses reprises en opérations et en combats aériens contre ses adversaires les plus élaborés, les diverses versions améliorées du Mig russe,
Cet avantage est si reconnu que les Américains ont interdit en 2007 aux Israéliens de vendre l’une des versions du Kfir à leur partenaire l’Inde, pour ne pas concurrencer leur industrie aéronautique.
 
Les drones ? Une invention israélienne reprise par les armées avancées.
 
Revenons aux bijoux de famille de la France :
 
Nous avons déjà vendu notre industrie automobile à l’étranger, croyant ainsi étendre notre marché à l’international.
Renault et Peugeot font construire des voitures sous leur nom de marque au Maroc, en Espagne. Renault fait construire des véhicules de la marque ‘Dacia’ en Roumanie, qu’il importe en grand nombre en France pour le proposer à un prix défiant toute concurrence.
L’idée est de « capter » des clients qui feront ensuite entretenir leur véhicule dans le réseau Renault. Est-ce un bon calcul ? L’avenir le dira. Mais c’est déjà la preuve et le constat de la paupérisation de sa clientèle.
 
Preuve d’une démarche de sous-développement de notre pays.
En effet, un pays qui perd son industrie est un pays qui s’appauvrit. Irrémédiablement.
 
Et voici venue la divine surprise (?!?) de la vente de 36 ‘Rafales’ au Brésil.
D’abord, il ne s’agit que de la vente de 6 avions Rafales construits par des ouvriers de Dassault à Bordeaux, les 30 autres l’étant au Brésil, grâce à un transfert de technologie, qui permettra au Brésil d’entrer dans le club des grands de l’aéronautique avec des salaires 4 à 5 fois inférieurs à ce qu’ils sont en France. Et l’on prétend que cet accord donnera de l’air à Dassault !
 
Ensuite, l’accord autorise la fabrication ultérieure d’une quantité non précisée de ‘Rafales’ que le Brésil pourra commercialiser pour son plus grand bénéfice.
 
Autrement dit, toute la précieuse matière grise du génie aéronautique militaire français sera bradée pour le prix de 6 Rafales, et la communication élyséenne nous vend cela comme un triomphe de notre premier représentant de commerce, j’ai nommé le président Sarkozy.
 
L’un de nos derniers domaines d’excellence sera  ainsi mis à l’encan, sur le modèle de ce qui s’est produit pour notre industrie automobile.
 
Ce ‘transfert de technologie’ n’est rien d’autre qu’une délocalisation que les techniciens supérieurs et ingénieurs de Dassault paieront de leur emploi dans peu d’années. Devons-nous nous en réjouir ?< /FONT>
 
Il serait peut-être temps que nous nous interrogions sur la citadelle assiégée que constitue notre ‘Droit du Travail’, qui conduit des centaines d’entreprises françaises à délocaliser chaque année.
 
Et surtout hélas, les dizaines de milliers de cerveaux, jeunes et moins jeunes, qui quittent la France, chassés par le chômage, les ‘stages’ post-universitaires à la rémunération indigne.
 
L’état déclinant de notre Education Nationale, combiné aux difficultés générées par une immigration non maîtrisée, nous donne à penser que nous remplaçons nos ‘Bac +10’ par des ‘Bac – 5’ : l’écrire est C3videmment politiquement incorrect.
 
Au final, nous sommes devant la perspective globale du déclin d’un pays qui fut grand et risque de devenir « le plus beau musée de la planète », toujours visité par des millions de touristes, car ses richesses naturelles et architecturales ne pourront pas lui être retirées, mais déserté par ses entrepreneurs, et dévoré par une caste bien pensante qui l’aura conduit à l’abîme.
 
La nouvelle noblesse de robe énarchique est en orbite : inaccessible au Peuple.
 
Si vous souhaitez un avenir en France pour vos enfants, inscrivez les à l’école hôtelière.

 

 Simon Frajdenrajch, analyste

Une réflexion sur « La France vend ses bijoux de famille »

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