30 janvier 2023
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C’est ça le réalisme ?

Maintenant que les “réalistes” sont montés en ville en renvoyant avec jubilation la doctrine Bush au tas de cendres de l’histoire, chacun a découvert la notion d’intérêts, comme si c’était une nouvelle idée imaginée par James Baker et le ” Groupe d’Etude de l’Irak “.

Que croient les gens que nous ayons fait depuis cinq ans ? C’est vrai, la rhétorique du Président a tendance à devenir très fortement wilsonienne, par exemple la question de bannir la tyrannie dans son second discours inaugural. Mais notre stratégie politique de démocratisation en Irak, en Afghanistan, et au Liban, tire son origine des intérêts américains les plus concrets.

Si nous avions vraiment été sous l’emprise de “l’idéalisme”, nous serions profondément impliqués au Tchad, au Darfour et en Birmanie. Nous n’y sommes pas. Au lieu de cela, nous essayons de soutenir des démocraties fragiles dans trois pays stratégiquement importants – l’Afghanistan, l’Irak et le Liban – qui forment les parenthèses géographiques autour de la principale menace pour les intérêts occidentaux dans la région, l’axe Iran – Syrie.

Nous essayons d’apporter la démocratie en Irak, en particulier parce qu’un gouvernement pro-occidental jouissant de la légitimité et du soutien populaire aurait été le moyen le plus durable d’assurer là-bas nos intérêts. Déposer Saddam & Fils était essentiel parce qu’ils constituaient une menace stratégique permanente pour la région et les intérêts des USA. Mais leur successeur – le gouvernement Maliki issu d’une élection populaire – a échoué.

La cause de cet échec tire son origine de la culture politique irakienne, qui rend encore impossible pour suffisamment de dirigeants politiques d’agir selon un principe de conscience nationale. Nous devrions néanmoins faire un dernier effort pour changer la composition du gouvernement , et en rassembler un nouveau, composé de ceux – Kurdes, Sunnites modérés, Shiites laïques et certains des religieux shiites – capables de parvenir à un vaste arrangement politique.

Chacun sait aujourd’hui que la clé pour arrêter les combats en Irak est politique – de nouveau, comme si cela était une autre grande découverte. Il est clair depuis au moins un an qu’une solution militaire à l’insurrection était hors de portée. Le coût militaire aurait été prohibitif, et la victoire éphémère sans compromis politique. Et ce type de compromis – conférant aux Sunnites un pouvoir politique et financier (grâce au pétrole) proportionnel, est quelque chose dont les Shiites, au moins ceux intégrés maintenant dans le gouvernement Maliki, semblent incapables.

Les Etats-Unis devraient imposer au Premier Ministre Nouri al Maliki un ultimatum clair : s’il ne parvient pas à une solution politique d’ici deux mois, ou ne cède pas le pouvoir à une coalition qui le fera, les Etats-Unis abandonneront la ‘Zone Verte’ ; ils se retireront sur leurs bases ; ils déplaceront la plus grande partie de leur personnel au Kurdistan, où nous sommes les bienvenus et en sécurité ; et laisseront la guerre civile suivre son cours. Laissons la ‘Zone Verte’ actuellement protégée aux politiciens irakiens attendant le signal de Moqtada Sadr : ils devront faire face seuls à l’insurrection. Ils pourront se concentrer soit sur une offre généreuse aux Sunnites, ou bien laisser une coalition le faire.

La clé pour avancer est un changement politique en Irak. La toute dernière mode, cependant, est de se situer ” régionalement “, d’amener l’Iran et la Syrie à retirer nos marrons du feu. Cette idée repose sur la notion qu’aussi bien l’Iran et la Syrie ont intérêt à la stabilité en Irak.

Voilà des termes très réalistes : intérêt, stabilité, puissances régionales. Mais les attacher ensemble pour suggérer que l’Iran et la Syrie partagent nos intérêts en matière de stabilité est de la plus haute fantaisie. En fait, l’Iran et la Syrie ont un intérêt primordial au chaos en Irak – ce pourquoi précisément elles ont été complices de l’insurrection et d’avoir attisé la guerre civile.

Peut-être que dans un avenir à long terme, elles voudront un Irak stable comme Etat client complaisant de l’axe Iran – Syrie. Pour l’heure, elles veulent le chaos. Au nom de D.ieu, qu’est-ce qu’une négociation avec eux apportera ?

Au mieux, ils pourraient nous donner quelques mois pour nous retirer. Mais pourquoi aurions-nous besoin d’eux pour le faire ? Nous pouvons très bien effectuer notre retrait sans eux. Et en échange d’une non-assistance pour une non solution qui est essentiellement une reddition, la Syrie exigerait d’avoir les mains libres encore une fois au Liban – exactement comme lorsque les Etats-Unis ayant besoin d’aide en Irak avant la Guerre du Golfe Persique [en 1991, Ndt], le Secrétaire d’Etat de l’époque, James Baker, donna le Liban à la Syrie en contrepartie.

Et l’Iran exigera d’avoir les mains libres pour son projet d’armements nucléaires, qui la transformera en superpuissance régionale dominant les Arabes du Golfe et leur pétrole.

Si cela sauvait l’Irak pour nous, il resterait au moins un argument pour un échange. Mais seulement pour couvrir une retraite américaine? Ce serait sacrifier un intérêt sans même en assurer un autre. En voilà assez de donner un faux nom au réalisme.


Adaptation française de Sentinelle 5767

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