Universel libérateur ou théorie du burkini : il faut choisir

Au-delà de tel ou tel degré de tolérance, qui ne doit pas être confondu avec le fond de la question, il n'est pas quelconque de se demander concernant celui-ci quelle pourrait être l'alternative la plus juste pour contrer cette pratique qui aimerait tant se répandre, utilisant les failles et les illusions du multiculturalisme, y compris dans sa version "accommodement raisonnable" à la canadienne.

Le regard islamique n'a pas évolué. Bien au contraire. S'agit-il pour autant de purement et simplement d'exclure et d'interdire ? C'est la solution de plus en plus partagée par un nombre croissant d'autochtones qui refusent une colonisation à rebours. S'agit-il plutôt d'interdire dans l'espace institutionnel public et de laisser faire dans l'espace libre public et évidemment privé ? S'agit-il enfin de critiquer aussi, en complément de cette seconde solution, toute pratique anti-universelle au sens ontologique c'est-à-dire libérateur et point seulement propagateur ?

I
l semble bien que ce dernier point soit la solution puisqu'il évite la solution extrême d'expulser tout partisan d'un droit à la différence qui en se prétendant seulement singulier en vient en réalité à nier la possibilité qu'il puisse se transformer au contact de la culture d'accueil. Or, c'est bien cela qui est critiquable. Le fait en fin de compte de dupliquer la pratique d'uniformisation traditionnelle, sous couvert paradoxal de diversité, qui consiste à imposer, ne serait-ce qu'en se montrant, une façon de s'habiller qui va précisément à l'encontre de l'évolution historique socioculturelle du pays d'accueil.

Evidemment, l'on peut rétorquer que dans ce cas le bikini sur une plage du Maroc et une mini-jupe en plein Ryad seraient eux aussi l'expression de pratiques contraires à la culture d'accueil… Et, dans ce cas, nous sommes bien dans Le Choc des Civilisations de Samuel Huntington, ce qui implique que chacun reste chez soi. Et qu'il vaut mieux l'interdiction totale, et du burkini et de l'islam.Sauf que l'on peut prétendre à la supériorité non pas culturelle, formelle, mais ontologique de la pratique du bikini sur celle du burkini, du point de vue de ce que j'appelle l'universel humain, c'est-à-dire de ce fondement qui pose le déploiement et le développement des aptitudes et des désirs en adéquation avec ce qui semble le mieux pour le bien-être de l'être humain en général et aussi en particulier.

Ainsi, le bikini permet à la fois de mieux sentir sur sa peau les effets de l'eau et du soleil, et à la fois peut éveiller dans le regard d'autrui l'idée non seulement plastique mais aussi esthétique d'être reconnue comme faisant partie de cette mythologie du sublime qui associe plasticité des lignes charnels et harmonie de l'âme.

Plus encore, le bikini, à la différence, du sous-vêtement coquin de la stripteaseuse, ne renvoie pas nécessairement à la perception uniquement plastique d'un corps objectivé et que l'on désirerait consommer, surtout s'il correspond à certains modèles dits aujourd'hui "people". Le bikini constitue surtout ce moyen rêvé de communier à la fois avec les éléments naturels et les éléments mythologiques. Il est donc constitutivement supérieur à tout autre vêtement qui prétend l'exclure de cette harmonie autrefois uniquement réservée à la divinité et aux atours des femmes fatales, dévoilés dans le secret des harems et des alcôves.

Cette supériorité de l'universel ontologique ou libérateur se distingue bel et bien de la supériorité anthropologique de l'universel propagateur en ce qu'il ne se démontre pas par la force de l'imposition ou de l'obligation, mais par l'évidence de son efficacité sensible puisqu'elle démontre la réalité de son apport lorsque l'on en fait l'expérience.

Par ailleurs, il échappe à la critique du primat de la liberté absolue, celle de cette hétéronomie qui poserait au contraire que selon le "choix" de chacun le burkini pourrait être supérieur, puisque l'universel ontologique ne chercherait pas à interdire le "droit à la différence" dans les endroits non institutionnellement publics. Mais il pratiquerait cependant le droit, ontologique lui aussi, de critiquer cette pratique du multiculturalisme qui muséifie en quelque sorte certaines traditions sous le seul prétexte qu'elles seraient anciennes et/ou religieuses (ce qui est faux s'agissant du vêtement islamique).

Et critiquer, sans que cela apparaisse comme une maladie ( une "phobie"), ou une intolérance, consiste à concurrencer toute pratique hostile à la monstration du corps dans ses attitudes nouvelles telle qu'elle a été déduite historiquement puis en fin de compte ontologiquement en démontrant à ses adeptes qu'ils sont dans l'erreur, et que leurs seuls arguments sont uniquement religieux et hétéronomes et ne peuvent en aucun cas se réclamer de la Raison.

Autrement dit encore, ils refusent de convenir à la possibilité d'une loi morale universelle bénéfique pour toutes et tous, qui, cependant, ne peut être rigidifiée dans une seule forme, à l'inverse de ce que croyait l'anthropologie traditionnelle de l'universalisme scientiste. Celui-ci, en fin de compte, était en effet bien plus propagateur qu'ontologique, car il ne démontrait pas la réalité de sa supériorité, semblable, elle, à celle de l'électricité sur la bougie. Ce qui n'empêche évidemment pas de s'éclairer avec cette dernière, aussi, mais point seulement…

C'est également tout le débat avec les altermondialistes qui veulent imposer eux aussi le retour en arrière sous le prétexte de sauver la Terre…qui a besoin de bien autre chose que de leurs solutions antédiluviennes. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille rien faire. L'universel ontologique a, là aussi, des choses à dire…

21 janvier 2007

Lucien SA Oulahbib 10/8/2016

Discuss this articleDiscuss this article

Imprimer ce texte Imprimer ce texte

1 317 vues

Tous les articles de Lucien SA Oulahbib

Share/Save/Bookmark

Trackback

Posted in: Alliance des civilisations-ARTV, Analyses-RTV, Article Resiliencetv, Editorial de Resiliencetv-ARTV

 

Comments are closed. Please check back later.