Le choc des vulnérabilités :  »Eux autres et nous autres »

Le baratinage médiatique sur bien des sujets fabriquent une opinion publique plutôt confuse. Comment à partir delà, considérer les résultats d’un sondage sur la tolérance et le racisme avec sérieux..? Pendant de longues semaines, les médias se sont arrêtés (pour ne pas dire acharnés) sur des cas isolés d’imbécillité. Une fois que le consommateur de l’information, même le plus intelligent et le plus averti, a intériorisé les bêtises entendus ici et là, les sondeurs se sont présentés à lui  »Puis, qu’en pensez-vous ? ».

Jamais nous n’avons encore assisté à des communautés entières d’immigrants, sortant dans la rue pour réclamer tel ou tel affaire. Aucune des personnes mises en causes dans les cas isolés, n’est le porte-parole d’une communauté, encore moins élue par elle. Un de mes amis ne sait plus à qui en vouloir ? À certains médias ou à ceux qui leur donne l’occasion de déclencher la machine de l’amalgame ? Certains médias ont tendance à exploiter, sans honte ni éthique, le choc des vulnérabilités issu du choc des cultures.

Un jour, un dictateur arabe, en répondant à un journaliste français sur le rapport médias et opinion publique, il a dit à peu près dans ces termes  »Donnez-moi le contrôle de tous vos médias pour quelques semaines et je provoquerai une guerre civile ». Dictateur, mais pas con! Nous sommes très loin d’une guerre civile au Québec, mais il y’a zizanie dans l’air. Des ondes parasites brouillent les signaux. Ici Radio Blablabla…

Sortons de la bulle médiatique et des sondages qu’elle enveloppe. Laissons à l’immigrant la responsabilité d’assumer naturellement son choix de vie. En s’arrachant à ses racines, il n’a d’autre choix que de s’enraciner dans la terre d’accueil. En regardant ses enfants prendre un accent qui n’est pas le sien, tranquillement, mais inévitablement, il deviendra aussi québécois que le sont devenus tous ceux et celles qui débarquent sur cette terre depuis 5 siècles. Tôt ou tard, l’immigrant finit par arriver à la même réflexion du personnage principal du premier roman d’Abla Farhoud  »Le bonheur a la queue glissante »,  »Mon pays c’est là où mes enfants sont heureux ».

Tout dernièrement, je découvre que mon facteur, dont l’accent, l’allure et la démarche ne laisse aucun doute sur sa  »purlaineté », porte le même nom que moi !! N’est-ce pas aussi pour assurer un meilleur avenir à leurs enfants que des milliers d’immigrants débarquent au Canada et au Québec ? Le temps et l’accent finit par arranger les choses.

Par ailleurs, un Québec qui sait davantage ce qu’il veut, par la force de ses institutions et de ses lois, n’aurait pas à faire une liste d’accommodements qui risque de s’allonger interminablement devant les exigences des religions des uns et des autres, incluant la catholique.. Le seul accommodement qui me paraît raisonnable c’est une laïcité qui va au bout d’elle-même. Qui parmi les élus et les élites a le courage d’en réclamer l’urgence ?

Faisons un effort de vulgarisation pour établir clairement la distinction entre laïcité et absence totale de religion. Beaucoup continuent d’associer laïcité et athéisme. Je n’ai jamais compris que la laïcité appelle à une désacralisation de la société. L’arbre de Noël ne devrait pas disparaître. Mais le crucifix à l’assemblée national, oui. Mais avec une charte canadienne qui établie clairement que  »le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit », rien n’est encore tout à fait clair. Par contre nul part dans la charte québécoise des droits et libertés on fait allusion à la suprématie de Dieu.

Au Québec un mouvement de fond vers la laïcité résiste, malgré les apparences et les vulnérabilités, au barratinage médiatique. 2008 connaîtra l’entrée en vigueur des écoles totalement linguistiques et la fin des cours religieux. J’ai entendu dernièrement dans un reportage de Radio Canada une éducatrice religieuse résumer en une phrase les bases de la laïcité  »L’église fera des bons chrétiens et l’école de bons citoyens ». Les espoirs sont permis.

Par ailleurs, le Québec a besoin de faire un débat plus large sur la notion de « Nous ». La construction d’une culture commune doit se faire communément. Qu’il s’agisse d’immigrants, de noirs, de gangs de rue, de sans statuts (Kader, aveugle et diabétique, réfugié dans un sanctuaire catholique depuis un an) ou de personnes incarcérées, derrière le  »Eux autres », il y’a toujours le  »Nous » et les responsabilités collectives qui vont avec.

Mohamed Lotfi est journaliste, réalisateur de Souverains anonymes

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24/1/2007

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