LES PYROMANES JOUENT AUX POMPIERS

Les Danaïdes, dans la mythologie grecque, sont de délicieuses  jeunes filles
qui pour avoir tué sans ménagement  50 jeunes gens ont été condamnées dans les
enfers à remplir éternellement un tonneau sans fond.

La course éperdue des gouvernements européens  pour voler au secours de la
Grèce et d'autres pays les conduit à condamner les peuples européens au
supplice des Danaïdes. Il y a quelques jours il était question simplement de
30 milliards d'euros pour « sauver » la Grèce et nous voici dépassant
allègrement les 100 milliards sans que personne évidemment ne puisse savoir si
cela suffira. Pour éponger les catastrophes cachées qu'ils ont eux-mêmes
créées, voici que les mêmes gouvernements mobilisent 700 milliards au risque
de créer un nouvel incendie !

Le tout repose sur un certain nombre de mensonges.

D'abord, pour la Grèce et pour d'autres,  l'on se réfère sans cesse au PIB en
rapportant tous les chiffres à cet étalon maintenant universel ; or les
économistes savent bien que c'est une quantité qui n'a aucune signification
intelligente et qui  est trafiquée en permanence dans tous les pays. Bien
mieux, l'Europe savait depuis 2001 que les statistiques grecques étaient
volontairement faussées par les pouvoirs politiques de ce pays, les autres
gouvernements acceptant par solidarité amicale de fermer les yeux.

L'aide promise  à la Grèce est présentée comme un simple prêt avec un taux
d'intérêt jugé acceptable et l'on entend avec stupéfaction les ministres des
finances des pays prêteurs affirmer, non sans aplomb, que le prêt sera
remboursé et même qu'au finish l'opération sera fructueuse ! ! 

A l'origine de la crise qui frappe durement la Grèce il y a un point qui est
passé absolument sous silence par toute la presse : c'est la cupidité des
dirigeants politiques grecs. La Grèce est en fait exploitée depuis longtemps
par un petit quarteron  de politiques agissant à leur profit dans un cadre
familial ; pour consolider leur pouvoir et la richesse personnelle qui
s'ensuit ils ont pratiqué ce que l'on appelle pudiquement le « clientélisme
politique » et ont donc recruté des cohortes de fonctionnaires ou de quasi
fonctionnaires ; 70 % des Grecs vivent au dépens de l'Etat au lieu de créer de
la richesse comme ils pourraient le faire. Il est facile de comprendre que la
découverte brutale de cette réalité avec la perspective de perdre leurs
avantages soit terrifiante pour ces millions de gens. Ce pays est loin d'être
le seul à souffrir d'un excès de fonctionnarisation.

Finalement il  a été victime  d'une opération malhônète qui conduit la
population à  une double punition. La première est que le peuple grec n'a pas
pu s'enrichir normalement en créant de la richesse. La deuxième  vient de ce
que la sortie est particulièrement cruelle par les remèdes administrés, ce qui
conduit aux émeutes dans la rue avec déjà un certain nombre de décès. Cette
analyse s'applique avec des nuances diverses à tous les pays européens même
aux plus présumés « vertueux ».

En face de cette situation dramatique qu'elle est la réaction de ce que l'on
dénomme avec emphase la communauté internationale ?  C'est là que se situe la
solidarité entre eux des dirigeants politiques des divers pays, laquelle  est
une des faces cachées de cette communauté internationale. Il ne saurait être
question pour les autres d'accuser clairement la classe politique grecque, car
ce serait risquer le boomerang sur ce qui se passe, sauf exception, dans les
grandes démocraties occidentales surtout les plus prétentieuses.

Les mesures imposées à la Grèce sont purement mathématiques et arbitraires, en
s'inspirant de la pratique habituelle du  FMI. Jugeant, à juste titre,  que
les déficits sont insupportables, les  prêteurs européens obligent le pays  à
y porter remède mais sans se préoccuper  du tout de la façon dont la potion
sera administrée. La potion est une austérité vraiment dramatique pour le
peuple grec, sans que  soit portée nulle atteinte aux privilèges scandaleux de
la classe politique. 

Il faut ajouter que le secours à la Grèce s'inspire de l'objectif fondamental
d'éviter qu'elle sorte de l'euro. Est-il utile de rappeler que Tocqueville
Magazine, dès  la création de l'euro, a indiqué non seulement que c'était une
création nuisible pour les économies engagées dans cette aventure mais qu'un
jour l'euro éclaterait ? Comme beaucoup d'économistes partagent cet avis et
l'écrivent clairement dans les journaux, quelle est la raison pour laquelle
les gouvernements européens veulent absolument éviter cet éclatement ? L'on
retrouve ici encore la cupidité habituelle des politiques. La communauté
européenne avec son satellite l'euro est célèbre dans le monde entier pour
l'enrichissement indu et considérable des eurocrates allant jusqu'à des
retraites parfaitement scandaleuses. L'éclatement de l'euro mettrait à mal
l'Europe et par conséquent la rivière argentée où s'abreuve continuellement
cet enrichissement !

L'incendie des dettes vient ces jours-ci de recevoir un  coup de vent
supplémentaire. Un fond de soutien général aux économies en danger va être
créé avec 700 milliards d'emprunt ou de garanties. Les Etats européens sont
tous connus pour leurs déficits publics, même s'il y a quelques différences
entre eux ; l'enrichissement personnel indu des politiques surtout du plus
haut niveau est à la fois la cause, le résultat et l'objectif masqué de ces
déficits. Au surendettement général il va donc se surajouter un étage. Les
peuples sont évidemment abasourdis devant ce cirque, se rendant compte que le
supplice des Danaïdes est leur seule perspective.

Les marchés en économie représentent la vox populi. Il est possible qu'ils se
rétablissent provisoirement Mais il est un principe absolu : personne ne peut
lutter indéfiniment contre les marchés.

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                          Dans le numéro de mardi 11 mai  2010

                        Un article important de Charles Henri d'Andigné :

            « Les contribuables exclus de la conférence sur les déficits. »

Michel de Poncins 11/5/2010

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