Climat : du rififi dans la recherche

Une nouvelle crosse de hockey : Le manche s'allonge et se tord…Mais la crosse perd sa lame.

Les lecteurs attentifs se souviennent certainement de l'épisode (relaté en détail ci-dessous) de la "Crosse de Hockey II" de Gergis et al qui avait été publiée en Avril 2012. En bref, il s'agissait comme dans l'exemplaire original de la Crosse de Mann et al (1998 et suivantes) d'une reconstruction de la température moyenne des mille ans passés, sur la base d'indicateurs indirects (proxys) de diverses natures, qui redonnait, pour l'Australasie, l'image d'un XXe siècle nettement plus chaud que la plupart des périodes précédentes. Plusieurs "scientifiques citoyens", pour la plupart, statisticiens, étaient alors intervenu, pour dénoncer un certain nombre de "libertés" prises avec les statistiques qui faussaient gravement les résultats. Au premier rang desquels, l'infatigable et pointilleux Steve McIntyre qui avait déjà beaucoup fait pour démontrer les multiples irrégularités qui avaient donné naissance aux différentes versions de la Crosse de Hockey de Michael Mann et al., a joué, une fois de plus, un rôle déterminant.

C'est ainsi que la découverte et la mise en évidence d'erreurs flagrantes dans les procédures statistiques d'analyse des données avaient rapidement provoqué le retrait (pour l'instant, sans retour) de l'article de Gergis et al. par ses auteurs, comme je vous l'ai raconté en détail dans ce billet.
A noter, une fois encore, qu'il s'agit, pour l'essentiel de problèmes d'analyse statistique et de traitement des données qui n'ont, de fait , rien à voir avec le Climat. Il est parfaitement normal (et bénéfique) que des statisticiens professionnels tels que
McKitrick, Wegman ou encore Steve McIntyre et Jean Sibélius interviennent dès qu'ils détectent des anomalies dans le traitement des données effectué par les climatologues dont il apparaît de moins en moins évident qu'ils possèdent les connaissances suffisantes pour traiter ce genre de problèmes.

Voici donc l'article dont l'analyse est l'objet de ce billet. L'encart droit donne une traduction du résumé original (à gauche). A noter que les deux premiers auteurs sont de jeunes docteurs ès sciences. En particulier, Shaun Marcott a défendu sa thèse en 2011 à partir des mêmes données que celles qui sont utilisées dans cet article mais en y décrivant des résultats beaucoup plus sérieux et rigoureux que ceux qui ont fait l'objet de cette publication (malencontreuse) à la revue Science de l'AAAS.

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Une reconstruction de la température régionale et globale durant les 11300 années passées.

Les reconstructions de températures des 1500 années passées suggèrent que le réchauffement récent est sans précédent durant cette époque (NdT : selon les crosses de hockey de Michael Mann et al.). Dans ce travail nous offrons une perspective de plus grande extension en reconstruisant les anomalies de la température globale et régionale pour les 11300 années passées à partir de 73 indicateurs répartis sur le globe. La période chaude du début de l'Holocène (10000 à 5000 ans passés) est suivie par un refroidissement de -0,7°C partant du milieu jusque vers la fin de l'Holocène (<5000 ans passés), culminant avec les températures les plus basses de l'Holocène durant le petit âge glaciaire, il y a environ 200 ans. Ce refroidissement est largement associé avec une variation de -2°C de l'Atlantique Nord. Les températures globales actuelles des dernières décennies n'ont pas encore dépassé les valeurs durant le maximum de la période interglaciaire mais elles sont plus élevées que durant environ 75% de l'histoire de la température de l'Holocène. Les projections des modèles du GIEC pour 2100 avec un scénario d'émissions de gaz à effet de serre plausible, dépassent les températures qui ont eu lieu durant tout l'Holocène.

Deux graphiques clefs de cet article sont reproduits ci-dessous. Celui de droite est une reconstruction de la température moyenne du globe obtenue à partir de 73 indicateurs (sédiments marins et lacustres + quelques carottages glaciaires) couvrant la période des 11000 ans (BP before present) précédant le présent (1950 par convention).Celui de gauche représente un zoom sur les 2000 années passées avant 1950. Les résultats de l'étude citée ci-dessus sont figurés en bleu avec leurs incertitudes (données pour + ou – 0,1°C (!) sur 11000 ans).Les auteurs ont superposés à leurs propres graphes, les graphiques (en gris) correspondant aux diverses crosses de hockey de Mann et al.

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"Fig. 1. Comparaison de différentes méthodes et reconstructions des anomalies de température globale. (A et B) Compendium des anomalies des températures globales pour les zones 5°x5° pondérées par les surfaces. Moyenne (ligne pourpre) avec son incertitude à 1 sigma (NdT : C'est à dire lorsque le signal est égal au bruit, ce qui est peu exigeant) et les reconstructions globales de la moyenne composite de température de Mann et al (CRUEIV) (ligne gris foncé) avec leur incertitude (zone en gris clair)."

La publication de cet article a été immédiatement suivie d'un communiqué de presse de la NSF (National Research Foundation, une agence gouvernementale US) qui a financé cette étude. Ce communiqué précisait entre autres et sans ambages que " Ce que nous montre cette histoire, disent les chercheurs, c'est que durant les 5000 ans passés, la Terre s'est refroidie, en moyenne, de 1,3°F – jusqu'aux cent dernières années où elle s'est réchauffée d'environ 1,3°F.

Ce communiqué de presse a été, soit recopié in extenso, soit déformé et amplifié à l'extrême dans une bonne partie de la presse anglophone. La presse francophone, comme à son habitude, ne s'est pas posé de questions et a repris "l'info". Parmi les outrances auxquelles on a pu assister, certains se sont dépassés. Parmi ces derniers, The Atlantic n'hésite pas à intituler son texte d'un "We're Screwed: 11,000 Years' Worth of Climate Data Prove It" ( Soit : "Nous sommes foutus (ou plus grossier encore) : 11000 ans de données climatiques le prouvent." Auquel ont répondu Judith Curry comme Ross McKitrick (voir ci-dessous) en intitulant leur article d'un moqueur "We are not screwed".

Sans rentrer dans les détails pour l'instant, un lecteur attentif qui observe les reconstructions de Marcott et al, ne manquera pas de se om3souvenir des résultats des carottages glaciaires effectués au Groenland (GISP2) (ci-contre) qui donnent une allure nettement plus mouvementée et de plus grande amplitude aux variations de température de l'Holocène comme on la voit sur le figure ci-contre.
Cette figure résulte de l'analyse isotopique des carottes glaciaires dont la résolution temporelle est excellente (dans le meilleur des cas, saisonnière, disent certains).
Le doute est levé quand on réalise, comme les auteurs l'écrivent eux-mêmes, que la résolution temporelle des indicateurs indirects (les proxys) utilisés par Marcott et al. est de l'ordre de plus du siècle, voir de trois ou quatre. Dès lors, il apparaît évident (vérifié notamment par le physicien Clive Best) qu'il leur était impossible, dans ces conditions, de détecter correctement des variations rapides de températures (à cette échelle) telles que celles qui sont observées par les carottages telles qu'on les aperçoit ci-contre.

Dès lors, et si la résolution temporelle de leur reconstruction, certes prétendue globale (avec 73 proxys à 0,2°C près ?), est aussi pauvre, on en vient à se demander par quel prodige ils prétendent pouvoir faire des comparaisons utiles avec la période de réchauffement actuel qui n' a duré que quelques décennies, comme l'ont prétendu la quasi-totalité des médias et, aussi, très malheureusement, quelques chercheurs impliqués… Avant que ces derniers ne soient contraints de se rétracter publiquement, comme nous allons le voir.

L'agitation provoquée par cet article dans les médias et dans la blogosphère a été si intense qu'il y aurait sans doute matière à écrire un livre à ce sujet. Il était donc indispensable de synthétiser et, de l'avis de beaucoup, le meilleur résumé qui ait été publié à ce sujet, l'a été par Ross McKitrick, le statisticien économiste qui avait travaillé et publié autrefois avec Steve McIntyre au sujet de la crosse de hockey de M.Mann et al.

Voici donc le résumé du Prof. Ross McKitrick (Bio)
A noter que Ross McKitrick et quelques colllègues organisent actuellement un colloque international destiné à examiner les conditions de l'application des statistiques économétriques à la climatologie.

L'article suivant (traduction dans l'encadré jaune), a été publié dans le Financial Time, puis repris in extenso par la Prof. Judith Curry et une quantité d'autres sites sur Internet, dont, aujourd'hui même, le site francophone de discussion Skyfall. La traduction suivante et les caractères engraissés sont de l'auteur de Pensee-unique.fr. Les encadrés verts/bleus contiennent des explications ou des extensions utiles à la compréhension du texte de McKitrick.

L'affirmation concernant le XXe siècle dans une étude portant sur 11000 ans, est sans fondement.

Le 8 mars; un article est paru dans la prestigieuse revue Science, sous le titre : "Une reconstruction de la température globale et régionale des 11300 années passées.". Les reconstructions de température n'ont rien de neuf mais les articles affirmant être en mesure de remonter si loin dans le temps sont rares, et tout particulièrement ceux qui promettent une couverture régionale et globale.

La nouvelle étude publiée par Shaun Marcott, Jeremy Shakun, Peter Clark et Alan Mix reposait sur l'analyse de 73 indicateurs indirects (proxys) à long terme. Elle apportait quelques résultats intéressants : Un bien connu (et donc non remarquable), un plutôt curieux mais qui est probablement sans importance et un résultat nouveau et stupéfiant. Ce dernier était apparemment la découverte que le réchauffement du XXe siècle différait énormément de tout ce qui avait été vu depuis 11000 ans. La nouvelle de cette découverte a fait le tour du monde et les auteurs sont soudainement devenus les derniers membres d'une longue lignée de célébrités en matière de climatologie.

Le problème c'est que, comme ils l'ont tranquillement admis durant le week-end, leur nouvelle et stupéfiante affirmation est sans fondement. La véritable histoire est juste en train de faire surface et ce n'est pas joli à voir.

La découverte banale de l'article de Marcott et al. était que l'histoire du climat de la terre depuis la fin du dernier âge glaciaire, ressemble vaguement à une forme en U retourné. C'est-à-dire qu'elle part d'une période froide, qu'elle s'est réchauffée pendant quelques milliers d'années, qu'elle est restée chaude pendant le mi-Holocène ( il y a 6000 à 9000 ans), puis qu'elle s'est constamment refroidie durant les cinq derniers millénaires jusqu'à présent. Ce processus a été auparavant découvert à partir de carottages terrestres, à partir de carottages glaciaires et d'autres données remontant très loin dans le temps et ceci était rapporté dans le premier rapport du GIEC qui remonte à 1990. Certaines études suggèrent que le climat était, en moyenne, d'un demi degré plus chaud que maintenant tandis que d'autres l'ont évalué à un ou même à deux degrés plus chaud. Une quantité d'hypothèses ont été utilisées pour étalonner les indicateurs indirects (les proxys) à longue portée en degrés Celsius de sorte qu'il n'est pas surprenant que l'échelle des températures soit incertaine.

Une autre caractéristique bien connue des reconstructions à long terme est que la portion descendante présente quelques grandes variations . Beaucoup de reconstructions montrent une longue et intense période chaude durant l'époque Romaine, il y a 2000 ans, ainsi qu'une autre période chaude durant la période médiévale, il y a 1000 ans. Elles montrent aussi une période froide appelée le Petit Age Glaciaire qui s'est terminée au début des années 1800 suivie par le réchauffement moderne. Mais le graphique de Marcott et al ne montre pas ces oscillations. Par contre, il montre un réchauffement plutôt modeste durant l'Holocène suivi d'une baisse continue jusqu'à la fin des années 1800. Ceci était curieux mais probablement sans importance puisque les auteurs reconnaissaient avoir utilisé des proxys dits "à basse fréquence" qui ne rendent pas compte des fluctuations qui se produisent à des échelles de temps inférieures à 300 ans.Il est possible que les différences entre les échelles (NdT : des températures) de leur graphique et celles des autres relèvent des différentes méthodes utilisées.

La caractéristique nouvelle et surprenante du graphique de Marcott se trouvait tout à l'extrémité. Leur données montraient une remontée remarquable ce qui impliquait que, durant le XXe siècle, notre climat s'était envolé depuis les conditions les plus froides durant le 11500 années passées, jusqu'à s'approcher des plus chaudes de cette période. Pour être plus précis, leur analyse montrait qu'en un peu moins de cent ans, nous avons connu plus de réchauffement que ce qui a nécessité plusieurs milliers d'années, récupérant ainsi de 5000 ans de refroidissement.

Cette hausse brutale a fait l'objet d'un excitation considérable, et aussi d'un examen attentif. Une des premières questions posées consistait à se demander comment tout cela avait été trouvé. Marcott avait terminé sa thèse à l'Université de l'Oregon en 2011 et le texte de sa thèse est en ligne. L'article publié dans Science dérive du quatrième chapitre de sa thèse qui utilise les mêmes 73 indicateurs indirects (proxys) et des méthodes apparemment identiques. Mais on ne trouve aucune hausse brutale de température dans les graphiques et le résumé de sa thèse ne fait mention d'aucune découverte de ce genre.

Stephen McIntyre de Climateaudit.org entreprit d'examiner en détail le travail de Marcott et al. et dès le 16 Mars il fit une découverte remarquable. Les 73 indicateurs indirects (proxys) avaient été collectés par des chercheurs antérieurs. Parmi ces proxys, 31 dérivent des alkénones qui sont des composés organiques produits par les phytoplanctons qui se déposent en couche sur le fond des océans et dont les propriétés chimiques sont corrélées à la température. Lorsqu'une carotte est extraite, les couches doivent être datées. Si cela est fait avec précision, le chercheur pouvait alors interpréter la couche d'alkénone à, par exemple, 50cm sous la surface (NdT : du fond de l'océan), comme représentant la température moyenne de l'océan à (par exemple) 0,1°C au-dessus de la normale, plusieurs siècles auparavant, par exemple, il y a environ 1200 ans. La partie supérieure du carottage représente les données pour la période la plus récente mais cette couche est souvent perturbée par le processus de forage. C'est ainsi que les chercheurs qui ont fait ces études originales ont pris un grand soin pour dater la partie supérieure des carottes à partir de laquelle l'information commence à se révéler utile.

Selon les chercheurs qui ont publié les résultats de leurs recherches sur les séries d'alkénones, l'ancienneté des parties supérieures des carottages variaient de la période présente jusqu'à plus de mille ans auparavant. Moins de 10 parmi les indicateurs (proxys) originaux avaient des valeurs qui concernaient le XXe siècle. Si Marcott et al avaient utilisé ces datations calculées par les spécialistes qui ont compilé les données originales, il n'auraient trouvé aucune hausse brutale au XXe siècle comme c'était d'ailleurs le cas dans la thèse de Marcott. Mais Marcott et al ont re-daté un certain nombre des extrémités supérieures des carottes extraites ce qui a modifié la composition des mesures pour la période récente et c'est ceci qui a créé la hausse brutale de température à l'extrémité de leur graphique. Loin d'être un problème avec les données des indicateurs indirects (proxys), c'était un artefact résultant d'une re-datation arbitraire des extrémités des carottes.

Bien pire encore, l'article ne donnait aucune indication sur cette étape du traitement des données. Dans l'information complémentaire à l'article, disponible en ligne, les auteurs affirmaient avoir considéré que les extrémités des carottages étaient datées jusqu'au présent "à moins de spécification contraire dans la publication originale." En d'autres termes, ils affirmaient se conformer aux datations originales même quand ils avaient re-datés les extraits de carottes d'une manière qui influençait fortement les résultats finaux.

Sur ces entrefaites, Marcott fit une déclaration surprenante.dans un email privé adressé à McIntyre. Dans leur article, ils avaient déclaré qu'ils avaient effectué une analyse alternative des données des indicateurs indirects (proxys) qui conduisait à une hausse de température beaucoup plus faible au XXe siècle mais, affirmaient-ils, la différence "n'est probablement pas robuste" ce qui impliquait que la hausse brutale de température était insensible aux changements de méthodologie et, de ce fait, devait être fiable. Pourtant, dans son email adressé à McIntyre, Marcott disait que la reconstruction elle-même n'était pas robuste pour le XXe siècle ce qui est un chose tout à fait différente. Quand ceci fut porté à la connaissance du public, l'équipe de Marcott promit de tirer les choses au clair en publiant une FAQ (Frequently Asked Question : Réponse aux questions fréquemment posées) en ligne.

Cette FAQ a été finalement publiée durant le week-end dernier (NdT : Le Dimanche de Pâques). Elle contenait une admission remarquable :" [La] portion de notre pile de données concernant le XXe siècle n'est pas statistiquement robuste. Elle ne peut être considérée comme représentative des changements globaux de température et, de ce fait, elle n'est à la base d'aucune de nos conclusions."

Mais dites donc ! La hausse brutale de la température du XXe siècle a fait l'objet de l'attention des médias du monde entier, durant laquelle les auteurs ont avancé des affirmations très péremptoires sur les implications de leurs découvertes pour ce qui concernait le réchauffement du XXe siècle. Et cependant, à aucun moment, ils n'ont fait la moindre mention du fait que la portion concernant le XXe siècle de leur reconstruction à base de proxys était bonne pour la poubelle (NdT : en anglais, le mot "garbage" est utilisé. Il est plus fort. Littéralement : des bêtises, pour rester poli).

A présent, les auteurs défendent leurs affirmations originales en disant que si vous greffez les données thermométriques du XXe siècle à l'extrémité de leur reconstruction, celui-ci montre une hausse brutale beaucoup plus grande que ce qui est observé durant n'importe quel intervalle d'une durée de 100 ans dans leur graphique, venant ainsi confirmer leur affirmations initiales. Mais vous ne pouvez pas greffer deux séries de températures d'origine complètement différentes et tirer des conclusions du fait qu'elles semblent dissemblables.

A noter que Michael Mann a lui-même, tenu a préciser que ce "greffage" de données provenant de sources entièrement différentes sur un même graphique est inacceptable en matière de science.
Mann a écrit : "Aucun chercheur dans ce domaine n'a jamais, autant que nous le sachions, "greffé un enregistrement issu des données thermométriques" sur aucune reconstruction. Il est quelque peu décevant de trouver cette affirmation spécieuse (que nous trouvons d'habitude sous la plume de sites web de désinformation financés par l'industrie des fluides fossiles) apparaitre dans ce forum. La plupart des reconstructions se terminent vers les années 1980 pour des raisons discutées ci-dessus. Souvent, comme dans les comparaisons montrées sur ce site, les données instrumentales (qui viennent jusqu'au présent) sont montrées à côté des reconstructions et en sont clairement différenciées."

L'enregistrement moderne de température de l'époque actuelle est échantillonné de manière continue et, en tant que tel, il est capable de rendre compte des variations à court terme et ainsi, de la variabilité. Le modèle des indicateurs indirects (proxys), selon l'aveu des auteurs eux-mêmes, est fortement lissé et il est incapable de rendre compte des fluctuations à des échelles de temps inférieures à plusieurs siècles. De ce fait, l'aspect lisse des portions antérieures de leur graphique n'est pas une preuve que la variabilité ne s'est jamais produite auparavant. S'il y en a eu, il est probable que leur méthode ne l'aurait pas détectée.

Les auteurs de l'article en sont d'ailleurs conscients. Ils indiquent dans la conclusion de leur article : "Les stratégies destinées à obtenir une meilleure résolution pour l'analyse complète de la variabilité de la température globale durant l'Holocène et, en particulier pour ce qui concerne les échelles décennales jusqu'aux échelles séculaires, exigeront l'utilisation de contraintes chronologiques meilleures en améliorant le contrôle des datations. Un échantillonnage à haute résolution et des améliorations dans le calibrage des proxys jouent également des rôles importants mais nos analyses suggèrent que les améliorations dans la chronologie est plus importante."

Dès lors, sachant cela, pourquoi compléter leur graphe avec des données qu'ils reconnaissent invalides et qui ne couvrent que quelques décennies ?

Ce qui faisait que leur conclusion initiale au sujet de la nature exceptionnelle du réchauffement du XXe siècle était plausible tenait précisément à ce qu'elle était détectée aussi bien par les thermomètres modernes que par les données de leurs proxys. Mais ce n'était qu'une illusion. Ceci avait été introduit artificiellement dans leur reconstruction en re-datant arbitrairement les points terminaux de quelques données des proxys.

Au cours des années récentes, il y a eu un certain nombre de cas dans lesquels des articles de portée considérable, publiés par des climatologues, se sont révélés, après une enquête minutieuse, reposer sur des procédés inappropriés, sur des manipulations et/ou sur des analyses erronées. Après qu'ils aient été percés à jour dans la blogosphère, la communauté académique est accourue en force pour constituer un cercle défensif (NdT : Dans le texte, "Circle the wagons" : expression typiquement US qui fait référence aux attaques des indiens au cours desquelles les voyageurs constituaient un cercle avec les chariots pour se protéger) et dénoncer toute critique, quelle qu'elle soit, comme du "négationisme". Oui, il y a bien du négationisme – de la part des scientifiques qui ne voient pas que leur défense obstinée de ces sortes de pratiques prélèvent un lourd tribut sur la confiance qu'accorde le public à leur domaine d'activité.
Financial Post

Ross McKitrick est Professeur d'Economie et membre élu CME dans la branche du Commerce Durable au Département d'Economie de l'Université de Guelph (Canada)."

Roger Pielke Jr (Le fils de Roger Pielke Sr., lui-même Prof. de Sciences Environnementales au Center for Science and Technology Policy Research de marcott6l'Université du Colorado à Boulder) demande, en termes plutôt sévères, allant même jusqu'à évoquer la possibilité d'une fraude scientifique, que l'article de Marcott et al. soit corrigé en profondeur avant re-publication. Son billet est titré : "Comment réparer le gâchis de Marcott en sciences du climat ?". Pielke rapporte et commente divers articles de presse US ainsi que le communiqué de presse de la NSF (National Science Foundation) qui ont, sans aucun regard critique, rapporté, en les amplifiant voire même en les déformant, les tenants et les aboutissants de l'article de Marcott et al.

Concernant l'article de Marcott et al ainsi que les réactions subséquentes des auteurs (les FAQ), Pielke Sr n'accepte pas les multiples écarts à la déontologie scientifique que l'on peut relever dans ces comportements, Pielke écrit, sévèrement, que tout ceci "se révèle côtoyer dangereusement, jusqu'à être proche de la franchir, la ligne qui mène à la faute scientifique professionnelle telle qu'elle est définie par le NRC (National Research Council)." appears to skirt awfully close to crossing the line into research misconduct, as defined by the NRC.”
Fort de ce constat, le billet de
Pielke Jr se termine ainsi :

"Comment réparer cela ?

Voici les étapes que je recommande de suivre :

1) La revue Science doit publier une correction pour cet article et spécialement sur les points suivants :
(a) retirer et retracer toutes les figures de l'article en éliminant tous les résultats/données qui ne se conforment pas aux critères de l'article pour ce qui concerne "la robustesse statistique". (NdT : Comme sur la figure ci-contre, "réparée" par Pielke).
(b) Inclure dans la correction la déclaration explicite et non ambiguë donnée dans les FAQ publiées aujourd'hui selon laquelle l'analyse n'est pas "statistiquement robuste" pour la période post 1900.

2) NSF devrait publier une correction à son communiqué de presse, clarifiant et corrigeant les affirmations de Peter Clark (un des coauteurs, voir ci-dessus) et de Candace Major, Directrice des Programmes à la NSF, qui a déclaré dans le communiqué :

"Le siècle dernier ressort comme une anomalie dans l'enregistrement des températures du globe depuis la fin du dernier âge glaciaire." a déclaré Candace Major, Directrice Principale des Programmes de la Fondation Nationale pour la Science (NSF), division des sciences des océans.

3) Le New York Times (Gillis et Revkin, en particulier), Nature et New Scientist en tant que publications qui s'enorgueillissent de communiquer des informations exactes, devraient mettre à jour leurs récits avec des corrections. Grist et Climate Central devraient envisager de faire la même chose.

[Mise à jour: Andy Revkin sur DotEarth (NdT: du New York Times) a mis à jour ses billets ici and ici pour évoquer la "lame perdue" de la Crosse de Hockey et a ajouté un lien vers ce billet. C'était simple et rapide. Les autres, prenez note.)"

A propos de l'article de Marcott et al. Judith Curry a résumé ses observations dans un premier commentaire aussi sévère que bref

"There doesn’t seem to be anything really new here in terms of our understanding of the Holocene.  Mike’s Nature trick seems to be now a standard practice in paleo reconstructions.  I personally don’t see how this analysis says anything convincing about climate variability on the time scale of a century."

"Il ne semble pas qu'il y ait quoi que ce soit de réellement nouveau en ce qui concerne notre compréhension de l'Holocène. Le truc de Mike dans Nature semble être devenu une pratique courante en matière de paléo-reconstructions. Pour ma part, je ne vois pas comment cette analyse (NdT: de Marcott et al) peut dire quoi que ce soit de convaincant sur la variabilité climatique à l'échelle d'un siècle."

Dans un billet ultérieur , et après de nombreux constats et discussions, Judith Curry s'interroge :

Are there still no checks and balances in the paleoclimate community (outside of the efforts of Steve McIntyre, JeanS et al.)?

N'y a-t-il toujours pas de vérifications ni de pondération dans la communauté des paléoclimatologues (en dehors des efforts de Steve McIntyre et de Jean S. et al) ?

En effet. Et on peut aussi se poser des questions sur la revue Science et sur ses referees. A noter que ces problèmes de "consanguinité" qui affectent non seulement la paléoclimatologie mais beaucoup de domaines très spécialisés, avaient été déjà pointés, en détail, dans le rapport Wegman et al. (2007, pages-45 ).
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Enfin, pour ceux qui désirent rentrer dans les détails, voici quelques références de billets complémentaires publiés sur ce sujet :

Les nombreux billets de Steve McIntyre qui analysent en grand détail le contenu des données utilisées ainsi que les démarches des calculs, les conclusions etc. (h/t Skyfall)
Marcott Mystery #1 le 13/03/2013 (Le Mystère Marcott)
No Uptick in Marcott Thesis le 14/03/2013 (Pas de lame dans la thèse de Marcott)
Marcott’s Zonal Reconstructions le 16/03/2013 (Les reconstructions zonales de Marcott)
How Marcottian Upticks Arise le 16/03/2013 (Comment les lames marcottiennes se produisent)
The Marcott-Shakun Dating Service le 16/03/2013 (Les service de redatation Marcott-Shakun)
Hiding the Decline: MD01-2421 le 17/03/2013 (Cacher le déclin)
Bent Their Core Tops In le 19/03/2013 (Tordre les extrémités supérieures des carottages)
The Marcott Filibuster le 31/03/2013 (La tactique de l'obstruction de Marcott)
April Fools’ Day for Marcott et al le 02/04/2013 (Le jour du poisson d'Avril de Marcott)
Marcott Monte Carlo
le 04/04/2013 (RomanM) (Marcott et la méthode de Monte Carlo)
Marcott’s Dimple: A Centering Artifact le 07/04/2013 (la ride de Marcott : un artefact dû au recentrage)
Clearly distinguished le 07/04/2013 (Distinction claire)
Alkenone Divergence le 09/04/2013 (La divergence des alkénones)
Alkenone Divergence in Peru
le 09/04/2013 (Divergence des alkénones au Pérou)
Alkenone Divergence offshore Iceland
le 10 avril 2013 ( La divergence des alkénones en mer d'Islande)
The Impact of TN05-17 le 10 avril 2013 (L'impact du proxy TN05-17)
Etc..

Marcott issues and FAQ on their paper (Marcott publie une FAQ sur leur papier)
Anthony Watts, WUWT, Mar 31, 2013
The Marcott gong show - before in the unquestioning press and after the blogosphere review as told by Ross McKitrick (La débacle de Marcott - avant, dans la presse qui ne se posait pas question, et après la relecture par la blogosphère comme l'a relaté Ross McKitrick)
By Anthony Watts, WUWT, Apr 1, 2013
Lies, damned lies and hockey sticks.The exposure of yet another dodgy piece of climate-change alarmism shows the need for serious scepticism.
(Mensongs, maudits mensonges et crosses de hockey. La mise en évidence d'une autre pièce boiteuse de l'alarmisme climatique montre la nécessité d'exercer un sérieux scepticisme.)
By Rob Lyons, Spiked, Apr 3, 2013 [H/t Joe Bast]
.Let's play hockey stick again. (Retournons jouer à la crosse de hockey)
By Judith Curry, Climate Etc, Apr 2, 2013

Les nombreux billets de WUWT sur l'article de Marcott et al

Enfin, quelques réactions médiatiques et sur Internet suite aux avatars de "la Crosse de Hockey de Marcott".
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Pour conclure ce sombre et troisième épisode des "Crosses de Hockey" à rebondissements, voici, en guise de clin d'oeil aux "solaristes" (Ceux qui pensent que le soleil y est pour beaucoup plus que ne le pensent les adeptes du GIEC), une superposition d'un graphique (de Samir Solanki, issu d'Usoskin et al 2007) montrant l'activité solaire au cours des siècles passés (en bas, que j'avais montré dans ce billet) avec la crosse de Marcott et al (en haut), les deux graphiques étant remis à la même échelle temporelle, sur les deux mille ans passés.


Le rapprochement de ces deux graphiques est assez étonnant. En tout cas, le PAG (Petit âge glaciaire) y est clairement visible sur le graphique des températures (en haut) et il correspond à une baisse marquée et bien connue de l'activité solaire (mesurée par le nombre de taches solaires) à la même époque (le Minimum de Maunder, puis de Dalton).
Coïncidence, diront certains...

Pourtant et pour ce qui est de la période moderne, il faut savoir que le XXe siècle a connu son maximum d'activité solaire depuis au moins 6000 ans. La période récente est d'ailleurs connue sous le nom de "Grand Maximum" dans la littérature scientifique des gens qui s'intéressent à l'activité solaire. Il semble d'après ces graphiques et quelle que soit la validité statistique de la période post-1900 de la courbe de Marcott et al, que la période actuelle corresponde à un réchauffement concomitant.
Sans doute encore une autre coïncidence, diront les mêmes…

A noter qu'après ce "Grand Maximum" d'activité solaire du milieu du XXe siècle, nous sommes actuellement rentré en période de baisse avec un cycle 24 carrément asthénique qui fait lui-même suite à un cycle 23 peu actif, ce qui, (entre autres arguments basés sur les oscillations multidécennales) constitue un des indices majeurs pour ceux qui prévoient un refroidissement à venir et non point le réchauffement avancé par le GIEC.

Toujours au sujet de l'activité solaire et à propos de l'hiver froid, neigeux et de longue durée que vient de connaître une bonne partie de l'hémisphère Nord (dont l'Europe, mais pas seulement l'Europe) les lecteurs intéressés par ce sujet pourront se remémorer les observations de Lockwood et al. sur le lien entre l'activité solaire et les hivers froids en Europe (complètement ignoré par la presse et les médias), publiées en 2010, puis retrouvées par Sarah Ineson et ses collègues, par d'autres moyens, en 2011.

Compléments : L'infatigable Steve McIntyre vient d'explorer en détail les données d'un certains nombres de proxys utilisés par Marcott et al, basés sur les alkénones, situées en divers points du globe qui se prolongent jusqu'à la période actuelle (voir liens ci-dessus). Il montre que ces proxys souffrent d'un grave problème de divergence analogue à celui qui avaient été identifié en dendro-climatologie par Mann et ses collaborateurs à l'époque de la première crosse de hockey. De fait, les proxys de Mann et al, tirés des cernes d'arbres comme les pins à cônes épineux, indiquaient, pour le XXe siècle, une chute de température et non pas la hausse attendue. Tout cela reste encore inexpliqué de nos jours et se trouvait à l'origine du célèbre "hide the decline" de Mann et al. (emails du Climategate, séries I et II). McIntyre trouve encore des anomalies insupportables (parce que déjà plusieurs fois signalées, y compris par les auteurs des publications originales sur les proxys utilisés) dans un autre article récent…Il semble que certains "climatologues- apprentis statisticiens" n'apprendront jamais.

Se pose encore la question de l'attribution des bonnets d'âne. Pour être sincère et aller dans le sens de Judith Curry, j'aurais tendance à exonérer, du moins en partie, le jeune docteur Shaun Marcott de cette série de "faux pas". Sa thèse initiale était menée avec rigueur et ne présentait pas la plupart des défauts qui ont été révélés par les analyses de McIntyre et al. On doit aussi reconnaître qu'après une légère hésitation (notamment sa référence inappropriée au &4 de son article, pour se tirer d'affaire), il a bien vite reconnu l'invalidité des données concernant la période moderne. Et donc de ses graphiques.
On peut dès lors se demander qui a poussé Marcott (et peut-être aussi Shakun qui est probablement dans le même cas) à compléter le graphe de sa thèse avec des donnés invalides tout en sachant certainement que ce seraient ces dernières qui seraient répercutées dans la presse et feraient l'objet d'un examen attentif de la part des statisticiens professionnels. S'agit-il de leurs responsables de laboratoire (Clark ?) ? Des referees de la revue Science ? De personnes très influentes et bien connues dans le petit monde de la paléoclimatologie (comme Mann) qui souhaitaient voir conforter leurs précédentes "crosses de hockey" mises à mal par de multiples analyses ? On ne sait.

Sans aucun doute, ce sont ces personnes "influentes" qui méritent un superbe bonnet d'âne pour avoir cru que leurs petits arrangements avec les statistiques passeraient inaperçus. Comme d'habitude, la Presse et les médias qui ont tiré partie de ces "découvertes"et chez lesquels un minimum d'esprit critique semble avoir définitivement disparu, sont gratifié du Nième bonnet d'âne. Sans compter qu'aucun, à ce jour, ne semble avoir pris conscience du revirement de situation reconnu par les auteurs eux-mêmes. A l'exception toutefois d'un seul journaliste qui est pourtant loin d'être sceptique, Andrew Revkin qui a eu la probité d'évoquer, sur son blog du New York Times, les graves défauts qui affectent cet article de Marcott et al. qui, en temps normal, pour une science normale et avec des referees sérieux, n'aurait jamais dû être publié.

Stay tuned !

A suivre ….

Pensée unique 29/4/2013

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