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Le Typhon, le GIEC, les médias, l’ONU et les ONG

haiyan

Préambule : Ce billet ne cherche évidemment pas à minimiser les désastres humains et matériels subis par les Philippins à la suite du passage du violent typhon Haiyan/Yolanda (Yolanda est le nom utilisé aux Philippines et dans la région). Personne ne peut rester insensible à la détresse des malheureux habitants de l'île de Leyte et de ses environs. C'est une tragédie surtout pour les plus démunis d'entre eux qui n'ont pas bénéficié de la protection de solides habitations "en dur" et qui n'habitaient que des constructions misérables souvent situées à proximité de l'océan où la vague déferlante associée au typhon, a, en réalité, commis de bien plus grands ravages que la violence des vents.


Ceci étant précisé, on aurait pu penser qu'il était du devoir (et de l'intérêt bien compris) des médias et des journalistes de replacer le typhon Haiyan/Yolanda dans son contexte historique, de donner des chiffres exacts quand ils sont disponibles et d'informer le mieux possible leurs lecteurs/auditeurs à partir d'une documentation aussi précise et étayée que possible plutôt que de se substituer aux Organisations Non Gouvernementales dont la vocation est, naturellement et entre autres, de "motiver l'opinion" et de susciter des élans de solidarité, quitte à dramatiser à outrance la présentation des faits.
Bien au contraire, nous avons assisté à un déchaînement "sans précédent dans l'histoire", (comme l'affirmeraient les médias ainsi qu'ils le font, de nos jours, pour tout événement météorologique qui semble sortir de l'ordinaire) de déclarations outrancières, aussi péremptoires qu'invérifiées. En réalité, quelques minutes passées sur Internet à consulter les multiples bases de données officielles disponibles suffisaient pour mettre à jour ses connaissances et pour replacer le drame provoqué par le typhon Haiyan/Yolanda dans un contexte historique qui en dit long sur la grande vulnérabilité des îles Philippines vis à vis des très violents typhons qui sévissent fréquemment dans la zone Nord Ouest du Pacifique.

Tout d'abord, je rappelle que les dénominations Cyclones/Ouragans/Typhons désignent exactement le même phénomène. Ces phénomènes paroxystiques sont appelés typhons dans les zones asiatiques, ouragans dans l'Atlantique Nord et le Nord-Est du Pacifique, et cyclones dans les autres bassins océaniques. A noter, en passant, (ce n'est pas toujours le cas) que les articles de Wikipédia sur ces sujets me semblent bien documentés et bien rédigés.

Pour illustrer notre propos, nous allons partir d'un titre d'un article de presse tout à fait emblématique de ceux que l'on a pu trouver dans la plupart de nos médias. Le voici :

"Le typhon Haiyan, le plus destructeur recensé de l'histoire " (Médiapart, publié 4 jours après le passage du typhon ce qui laissait le temps de la réflexion), accompagné du sous-titre : "Le typhon Haiyan, le plus destructeur recensé dans l'histoire, pourrait être le précurseur de tempêtes tropicales de plus en plus violentes et de plus en plus fréquentes, sous l'influence du réchauffement climatique"

Dans la suite, nous allons examiner chacune de ces affirmations à l'aune des données actuellement disponibles dans la littérature scientifique et dans les bases de données officielles ainsi que dans les derniers rapports du GIEC (SREX et AR5) qui évoquent ces questions. Enfin, nous verrons comment le drame provoqué par le typhon Haiyan/Yolanda a été opportunément récupéré par des cadres de l'ONU (en contradiction formelle avec le rapport du GIEC dont l'ONU est le responsable), par les représentants de pratiquement tous les pays et par les ONG présents à la réunion COP19 qui se tenait à Varsovie quelques jours après le passage du typhon.

1) Des vents à plus de 380km/h, nous ont affirmé, à de multiples reprises, nombre de dépêches des agences Reuters et AFP recopiées in extenso par la quasi totalité des organismes de presse francophones.

Si l'on veut être un peu plus sérieux que les journalistes et les rédacteurs des communiqués de presse, il faut tout d'abord rappeler que les estimations des deux paramètres pertinents qui sont la vitesse maximale de vent soutenu d'une part et la vitesse maximale du vent lors des rafales d'autre part, nécessitent un certain nombre de précisions indispensables. Il n'est pas si facile de comparer les vitesses des vents des cyclones des ouragans et des typhons surtout au moment de l'atterrissage. Et ceci parce que :

  • Les vitesses des vents mesurées par les satellites le sont au dessus des océans et non (ou mal) au dessus des terres. Il est bien connu qu'un cyclone ralentit considérablement en touchant terre et également que la vitesse des vents mesurés en altitude n'est pas significative de celle des vents qui règnent à proximité du sol. Ainsi, et par exemple, il est classique que les ouragans atlantiques de catégorie 3 passent en catégorie 2 (classification de Saffir Simpson, comme ce fut le cas de l'ouragan Sandy aux USA) lors de l'atterrissage. D'autre part, les vitesses des vents mesurées par les satellites au dessus des continents sont peu fiables. Elles exigent une confirmation par les stations basées au sol, et, dans la réalité, ce sont ces dernières qui font foi et sont retenues dans les bases de données historiques.
  • La durée de la mesure des vitesses de vent soutenu dépendent des zones concernées et des moyens mis en oeuvre pour les mesurer. En particulier, cette durée d'observation est typiquement de 10 minutes pour la plupart des institutions chargées des mesures dans la zone Ouest Pacifique où se trouvent les Philippines, à l'exception du JWTC (Joint Typhon Warning Center), un organisme de l'armée américaine dont le centre est à Pearl Harbour et qui est installé dans diverses zones de Pacifique Ouest qui utilise une durée de 1 minute seulement pour ses mesures de vent soutenu. Ceci conduit évidemment des mesures de vents soutenus par le JWTC bien supérieures à celles de la poupart des autres organismes qui utilisent le standard de 10 minutes.
  • A noter que le record absolu de vitesse des vents (Cyclone Olivia, 1996, Ile de Barrow, Australie)) d'un typhon (et non d'une tornade) est de 408 km/h selon l'OMM.
    NDRMC

L'Office National Philippin qui dispose des moyens appropriés, nous donne les chiffres corrects parce que mesurés sur place au moment de l'atterrissage du typhon. Les voici, , ci-contre à droite, recopiés de leur communiqué officiel

vitesse
Soit : Vitesse maximale des vents soutenus de 235 Km/h (147 mph) à proximité du centre et rafales jusqu'à 275 km/h.(170 mph)

C'est considérable mais on est très loin des 380 km/h affirmés par les agences de presse qui ont dû confondre vitesses mesurées par les satellites au dessus des océans et vitesses réelles des vents en surface au moment de l'atterrissage…sans le préciser.

A titre d'exemple de reportage relativement bien documenté et qui semble avoir été une exception dans le cas du typhon Haiyan, Phys.org qui se base sur des observations de la NASA, donne des chiffres corrects, avant (c'est à dire tels qu'observés par les satellites au dessus de l'océan) et après l'atterrissage (observés près du sol, conformes aux chiffres ci-dessus), mais mélange curieusement les mph et les kmh ("and gusts of up to 170 mph (275 miles per hour)) (et des rafales jusqu'à 170 miles par heure (275 miles par heure) " (sic), ce qui semble avoir été assez courant chez les rédacteurs des communiqués de presse, conduisant à des chiffres souvent extravagants puisque certains n'ont pas hésité à effectuer deux conversions successives des miles par heure en km/h

Il est heureux que des vents souvent annoncés, par les médias, à 380 km/h, n'aient pas soufflé au niveau de la surface car du fait que la pression exercée par un vent turbulent (non laminaire) est (au moins) proportionnelle au carré de la vitesse du vent, très peu de constructions, même en dur, auraient subsisté. De fait, les effets auraient été équivalents à ceux d'une violente tornade telle qu'elles sévissent fréquemment aux USA dans la 'tornado alley". De fait, la plupart des habitations en dur ont résisté, à l'exception de quelques-unes qui ont été envahies par le raz de marée qui a accompagné le cyclone. Un autre indicateur a été évoqué : Aucun arbre ne résiste à des vents de tornades (à près de 380 km/h près du sol)) qui ne laisse derrière elles que des moignons de troncs brisés à proximité du sol. Ce n'est pas le cas aux Philippines après le passage de Haiyan/Yolanda. Les palmiers ont été sérieusement malmenés mais ont survécu, pour nombre d'entre eux, comme on peut les voir sur les photos d'agence.

Comme nous allons le constater, Haiyan/Yolanda n'est pas non plus l'"un des typhons les plus puissants de l'histoire", ni même de l'histoire récente. D'ailleurs, cet abus journalistique, un peu ridicule, du terme "de l'histoire" qui ne signifie pas grand chose, laisse songeur. En effet, sans remonter bien loin, que savons nous de la puissance réelle des typhons du XVIII et XIXèmes siècles alors que les moyens de mesures utilisés actuellement (avions, satellites, anémomètres) étaient, inexistants et les anémomètres de l'époque étaient peu fiables, surtout dans des pays techniquement peu avancés ? Très peu de choses, en réalité, même si les historiens ont pu recueillir quelques informations, le plus souvent basées sur des récits de l'époque, sur les dégâts causés par ces phénomènes paroxystiques.

Quoiqu'il en soit, les vents de Haiyan/Yolanda avec ses rafales maximales au sol de 275 km/h ont été, à l'évidence, des vents très puissants. A titre de comparaison pour le public francophone qui doit se souvenir des tempêtes Lothar et Martin (qui sont des tempêtes synoptiques hivernales et non, à proprement parler, des cyclones) qui ont balayé une partie de l'Europe (92 morts au total) dans les derniers jours de l'année 1999, voici les vitesses des vents officielles, mesurées à l'époque :

Lothar (dépression 960 hPa) : vent maximal : 259 km/h.
Martin (dépression 963 hPa) vent maximal 198 km/h
A noter que, lors de ces tempêtes, l'anémomètre situé au Grand Montets (alt. 3275 m) aurait indiqué des vents de 320 km/h. Comme on le sait, les vents mesurés en altitude ne sont pas significatifs des vents mesurés au niveau de l'océan qui sont très généralement beaucoup moins violents.

Pour sa part, la tempête synoptique hivernale Xynthia (dépression 968 hPa) (Mars 2010) a connu des maxima de vents de 242 km/h. Les dégâts considérables occasionnés en Vendée ont résulté du raz de marée due à la conjonction malheureuse de la forte dépression qui a littéralement "aspiré" la mer à proximité des côtes avec la marée haute.

2) "Le typhon Haiyan, le plus destructeur recensé de l'histoire " ?

La liste complète des 36 cyclones tropicaux les plus destructeurs (en vies humaines) de l'histoire récente est donnée ici (entre autres). La voici ci-dessous :

Comme expliqué en bas de ce tableau, les imprécisions sont grandes en matière de mortalité. Cette liste indique les 36 typhons/ouragans/cyclones les plus mortifères recensés à ce jour. A noter qu'il n'y a pas nécessairement une corrélation directe entre la "puissance" d'un cyclone et la mortalité enregistrée. Certains pays, tels que le Japon, sont beaucoup mieux protégés que d'autres tels que les Philippines et le Bangladesh.
La typhon Haiyan/Yolanda ne figurera pas dans ce tableau, au vu de la mortalité enregistrée à ce jour (près de 6000 décès), c'est à dire environ deux fois moins que le 36ème de cette liste. Non plus que celui-ci qui fit 7000 morts aux Philippines en 1898 (Tacloban aurait été réduite en ruines en 30mn nous dit un communiqué de presse de l'époque).

statcycl4

 

 

Comme chacun sait, en anglais, les points séparateurs des milliers sont remplacés par des virgules.
Ainsi 15,000 (anglais) =15.000

J'ai tronqué la liste entre le 10ème et le 32ème cyclone pour limiter l'espace occupé par ce tableau. Le tableau complet est compilé par Wunderground.

Comme vous le voyez, cette liste recense essentiellement des événements qui se sont produits dans le Golfe du Bengale et dans l'Ouest du Pacifique qui sont, de fait, les régions les plus affectées par les typhons/ouragans/cyclones au monde.

A noter que ce tableau omet de citer le "Grand Ouragan" qui aurait causé plus de 27000 morts en 1780 dans l'Atlantique Nord, ce qui est exceptionnel dans cette région du monde.

 

 

 

 

Ce tableau rappelle notamment que la ville de Tacloban, capitale de l'île de Leyte aux Philippines, de nouveau durement touchée cette année par le typhon Haiyan/Yolanda, avait déjà été ravagée par un typhon encore plus meurtrier (15000 morts) en Novembre 1912, c'est à dire, il y a près de cent ans.

Les journaux de l'époque en avaient abondamment parlé mais il apparaît que la quasi totalité de nos chroniqueurs contemporains (à l'exception de ceux des Philippines) ne se sont guère préoccupés de consacrer quelques minutes à rechercher d'éventuels précédents qui auraient pourtant pu étoffer leurs articles et informer leurs lecteurs/auditeurs sur l'insécurité intrinsèque de la ville de Tacloban qui est située dans une zone névralgique vis à vis des typhons. A noter, en passant, que la population des Philippines a pratiquement triplé depuis les années 1950, ce qui permet de relativiser d'autant plus les chiffres rapportés.

Il est ainsi évident que le cyclone Haiyan/Yolanda est loin d'être "le cyclone le plus destructeur (en termes de vie humaines) recensé de "l'histoire". Et il en est très loin, même si on ne considère que l'histoire moderne.

Il est évidemment hasardeux de juger de la puissance destructrice d'un typhon ou d'un ouragan en se basant uniquement sur le nombre des décès. La vitesse des vents lors de l'atterrissage, la dépression qui règne au coeur du typhon qui détermine la vitesses des vents et, surtout, l'indice ACE, sont sans aucun doute de bien meilleurs indicateurs de la puissance destructrice d'un typhon. Nous donnerons quelques détails à ce sujet, ci-dessous.

En réalité, et pour ce qui est de la puissance mortifère des typhons, il y a, outre la puissance cyclonique, deux facteurs qui ont évolué de manière contravariante au cours de l'histoire (récente). D'une part, les moyens de détection et d'alerte se sont considérablement améliorés au cours des dernières décennies permettant ainsi de sauver de nombreuses vies humaines en permettant d'organiser des évacuations. En revanche et d'autre part, la population a considérablement augmenté durant la même période. Or l'augmentation de la population concerne surtout les couches les plus démunies qui habitent, le plus souvent aux Philippines et ailleurs, dans les zones les plus exposées et dans des habitations de fortune constituées, le plus souvent, d'abris précaires (planches, tôles, cloisons légères) qui n'offrent évidemment aucune protection en cas de tempête, même relativement minime, et, à fortiori, lors de de violents typhons tels que Haiyan/Yolanda.
Pour s'en convaincre, il suffit de voir les photographies du champ de ruines laissé par le typhon. Il ne reste que des amas de bois et de tôles enchevêtrées.
Une géographe, Magali Rhegezza, a rédigé un article éclairant sur ce sujet.. L'auteure rappelle notamment que les typhons sont des événements paroxystiques normaux, hélas fréquents, dans un certain nombre de régions telles que les Philippines comme nous le verrons ci-dessous et que ce sont les habitations fragiles en zone exposée (c'est à dire à proximité des côtes) qui sont le lieu des destructions et des décès.

Il apparaît que les dégâts majeurs enregistrés notamment sur l'île de Leyte aux Philippines ont surtout résulté du puissant raz de marée qui a accompagné le typhon, lequel a causé un grand nombre de morts parmi la population la plus démunie qui vivait dans des habitations fragiles, à proximité de l'océan. Les télévisions américaine CNN et anglaise BBC ainsi que beaucoup d'autres, nous ont assurés sur la base d'informations invérifiées, que la vague qui a accompagné le typhon avait une hauteur de 13 à 17 mètres tandis que pour sa part, Le Centre NDRMC du Gouvernemental Philippin qui est la référence en matière de dommages causés par les typhons dans la zone, l'a évaluée à une hauteur maximale de 4 à 7m ce qui est évidemment considérable mais en dit long sur l'exagération médiatique, d'un facteur 2 ou plus, qui a accompagné cet événement.

3) Dans son sous-titre, Médiapart nous assure, comme la plupart de ses confrères, que "Le typhon Haiyan, le plus destructeur recensé dans l'histoire, pourrait être le précurseur de tempêtes tropicales de plus en plus violentes et de plus en plus fréquentes, sous l'influence du réchauffement climatique"
Qu'en est-il en réalité ? Que nous disent les observations objectives et que nous disent les rapports scientifiques du GIEC ?

A) La fréquence et l'énergie intégrée des cyclones/typhons/ouragans à l'échelle mondiale :

Pour ce qui est de l'échelle du globe et du nombre total de cyclones/ouragans/typhons, les lecteurs(trices) attentifs de ce site savent déjà que la fréquence des typhons/cyclones/ouragans n'a pas augmenté au moins depuis le début des mesures satellitaires, comme le montrent, entre autres, les graphiques (publiés et peer-reviewés) du Dr. Ryan Maue dont voici une version actualisée à la fin du mois d'Octobre 2013 :

statcycl8

 

En ordonnées le nombre des ouragans (en bas) ou des tempêtes tropicales (en haut) depuis 1971 jusqu'à la fin du mois d'Octobre de cette année.

On en perçoit aucune tendance ni à la hausse ni à la baisse de l'occurrence de l'activité cyclonique pour le globe depuis 1971.

 

 

 

 

 

statcycl9S'agissant de la puissance des cyclones/typhons/ouragans, voici ci-contre, le graphique de l'évolution de l'énergie cumulée (Indice ACE) de l'activité cyclonique globale (en haut) et de tout l'Hémisphère Nord (en bas) de 1971 à nos jours.

En ordonnée est représenté l'indice ACE ( Accumulated Cyclone Energy) qui combine en un seul indicateur les données sur la vitesse (au carré) des vents et sur leur durée, comme je vous l'avais expliqué dans ce billet.

Nous n'observons aucune tendance de l'ACE ni à la hausse ni à la baisse durant toute cette période de "Réchauffement climatique anthropique", ni pour l'hémisphère Nord, ni pour l'ensemble du globe.
A noter que l'énergie cyclonique de la période actuelle est remarquablement faible. A noter également que le typhon Haiyan/Yolanda avec son ACE de 37 ne serait guère perceptible sur ce graphique.

B) Quid de la fréquence des typhons ayant atterri aux Philippines depuis 110 ans ?

Une étude exhaustive, traitant de ce sujet et résultant d'une collaboration sino-japonaise, est parue en 2009 dans les Geophysical Research Letters.

Kubota, H. and Chan, J.C.L. 2009. "Variabilité interdécennale des atterrissages des cyclones tropicaux sur les Philippines de 1902 à 2005."
Geophysical Research Letters
 36: 10.1029/2009GL038108

Cet article analyse la statistique du nombre de typhons ayant atterri aux Philippines de 1902 à 2005. Les auteurs trouvent une périodicité de 32 ans et la relie aux phénomènes naturels El Niños (l'ENSO) et à la PDO (Oscillation Décennale Pacifique) et nullement au "réchauffement climatique anthropique".
La conclusion de leur résumé est la suivante :

"Ces résultats suggèrent que la variabilité naturelle en relation avec l'ENSO et les phases de la PDO apparaît prédominante dans la variabilité interdécennale des cyclones tropicaux qui ont touché terre aux Philippines."

statcycl7

 

Voici les résultats de leur statistique qui donne l'évolution du nombre de typhons (toutes catégories confondues) qui ont atterri aux Philippines, en fonction du temps.

Ici encore, on ne perçoit pas de tendance à la hausse, ni à la baisse, du nombre de typhons qui ont atterri sur les Philippines au moins depuis 1902.


A noter que les données des années 1940-1944 sont absentes, ce qui est bien compréhensible. Les Philippins ont eu affaire à bien d'autres malheurs (dont l'occupation japonaise), à cette époque.

Il s'agissait ci-dessus des typhons de toutes catégories ayant atterri aux Philippines. Voyons maintenant comment Haiyan/Yolanda se classe par rapport aux autres typhons les plus violents, les Super Typhons, des années antérieures, dans la même zone du Nord Ouest du Pacifique où se trouvent les Philippines. Bien heureusement, tous ces Super Typhons n'ont pas touché terre. Beaucoup sont demeurés au dessus des océans.

C ) L'activité (Super) cyclonique dans la zone du Nord Ouest du Pacifique de 1951 jusqu'à nos jours.

Il est généralement admis que la mesure de la dépression qui accompagne ces événements paroxystiques constitue un indicateur fiable de la puissance des cyclones/typhons/ouragans. C'est pour cette raison que le classement de ces événements paroxystiques est très fréquemment effectué à partir de la pression minimale relevée au coeur des cyclones tel que cela est indiqué dans le tableau ci-dessous à droite qui ne recense que les cyclones les plus intenses (en fait, les Super Typhons dont la pression a été inférieure ou égale à 895 hPa qui est la pression minimale mesurée pour Haiyan ) observés dans la zone Nord Ouest du Pacifique depuis 1951 jusqu'à nos jours.

On peut retrouver ce données sur Wikipedia (Liste des cyclones les plus intenses, région par région) tirées de la base de données du "Centre Météorologique régional spécialisé" (un conglomérat de centres d'observations régionaux sur ces phénomènes, approuvé par l'OMM) . On peut également vérifier ce données directement sur cette liste de la JMA. ("Western North Pacific Typhoon best track file 1951-2013". Japan Meteorological Agency).

Il es possible d'effectuer une analyse statistique élémentaire de l'évolution de l'activité cyclonique la plus intense relevée dans la zone Nord Ouest du Pacifique où se trouvent les Philippines, de 1951 à nos jours.On peut illustrer les résultats de différentes manières. Pour ma part, j'ai opté pour une présentation simple qui consiste à reporter les dépressions (c'est à dire la pression standard de 1013 hPa moins la pression nominale du typhon) des typhons dont les pressions étaient inférieures ou égales à 895 hPa, en fonction des années depuis 1951 et en ajoutant les dépressions des typhons se produisant la même année (par exemple en 1983 où il y eut trois très puissants super typhons dans la zone).statcycl1

 

Le graphique obtenu est explicite. Le voici, ci-dessous. Il est tracé à partir des données du tableau ci-contre.

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Il apparaît que les Super Typhons dans la zone du Nord Ouest du Pacifique ont été plus intenses, plus fréquents et plus répétitifs durant la période la plus froide des 60 dernières années, située entre 1960 et 1980, ce qui n'étonnera ni les historiens ni les géographes qui savent que les périodes froides ont été les plus riches en événements de ce genre. . Ce simple graphique montre également que la période post-1990 a globalement été la plus calme du point de vue des Super Typhons dans cette zone, avec une pause de presque vingt années entre 1991 et 2010, ce qui est évidemment contraire aux affirmations répétées que l'on a pu lire dans la presse et écouter/voir dans les médias qui associent systématiquement réchauffement climatique et intensification de l'activité cyclonique.

Pour sa :part, allant dans le même sens, le Dr. Ryan Maue, utilisant la base de données japonaise, fait remarquer que 50 des 58 Super Typhons observés dans la zone Nord Ouest du Pacifique depuis 1951, avec des pressions inférieures ou égales à 900 hPa, se sont produits durant les années 1950-1987. Il n'y en a eu que 8 dans les 25 dernières années. Ainsi, contrairement aux affirmations réitérées de certains, et du simple point de vue des statistiques, nous sommes actuellement et depuis une vingtaine d'années, dans une période relativement calme du point de vue des Super Typhons dans la zone Nord Ouest du Pacifique…malgré le changement climatique.

Il apparaît donc que le lien suggéré par Médiapart et la quasi totalité de ses confrères ainsi que par les responsables de l'ONU (voir ci-dessous), entre la fréquence et/ou la violence de l'activité cyclonique et le réchauffement climatique observé depuis la seconde moitié du XXème siècle est mis en défaut par les observations. C'est ce qui explique, sans aucun doute, la position très en retrait du GIEC sur une possible contribution anthropique à ces événements extrêmes, comme nous le verrons ci-dessous.

Voyons maintenant ce qu'il en est pour la seule année 2013, du moins jusqu'à présent, et toujours dans cette zone névralgique.

D) L'activité cyclonique dans la zone Nord Ouest du Pacifique durant l'année 2013 (jusqu'à ce jour) statcycl6

Ci-contre le tableau pour 2013, dressé et constamment remis à jour par le Dr. Ryan Maue spécialiste de l'analyse des typhons/cyclones/ouragans à l'échelle du globe. Ce tableau ne concerne que la zone Pacifique Nord Ouest où se trouvent les Philippines. Cette zone est, comme on le sait, la zone la plus active du point de vue cyclonique de tout l'hémisphère Nord..

Le premier paramètre important porté sur ce tableau est l'indice ACE ( Accumulated Cyclone Energy) qui combine en un seul indicateur, les données sur la vitesse (au carré) des vents et sur la durée, déjà mentionné ci-dessus. J'avais évoqué cet indice (et d'autres) qui constitue une bonne estimation de la puissance des cyclones dans un billet précédent.

Le second paramètre important est la vitesse maximale des rafales de vent enregistrée par les organismes officiels. Elle est exprimée en miles par heure et est indiquée ici en rouge, sur ce tableau pour les typhons les plus violents.

 

 

 

 

On constate que le typhon Haiyan a connu un ACE de 37 ce qui le place en première position pour cette année en cours, devançant de peu le cyclone Francisco (ACE = 35). Par contre, la vitesse maximale des vents de Haiyan (170 mph ) a été nettement supérieure à celle de Francisco (140 mph), ce qui signifie que le typhon Haiyan a qui s'est d'ailleurs heureusement déplacé très rapidement, à une vitesse remarquable de 40 km/h, à perduré moins longtemps que le cyclone Francisco qui s'est dirigé vers le Japon avant de s'en éloigner.et de s'affaiblir. A noter que l'île japonaise d'Oshima avait subi les violences de Wilpha (ACE = 14) quelques 10 jours avant l'approche du typhon Francisco . Les typhons qui atterrissent au Japon font toujours des victimes mais en nombre relativement limité car la population japonaise est remarquablement organisée pour se protéger contre ce genre de cataclysme assez courant dans cette zone de l'océan Pacifique qui porte si mal son nom.

 

 

Conclusions :
D'après ces observations accessibles pour tous, il apparaît donc que le Super Typhon Haiyan/Yolanda est le plus puissant enregistré au cours de cette année 2013, mais qu'il n'est pas, et il s'en faut de beaucoup, le plus puissant de "l'histoire" comme nous l'avons vu ci-dessus, pour la zone Nord Ouest du Pacifique, comme pour les autres.

A noter également que, comme on le voit sur les graphiques de Ryan Maue rapportés au &A, nous traversons actuellement une période d'accalmie du point de vue de l'activité cyclonique mondiale y compris dans la zone du Pacifique où se trouvent les Philippines, comme le montre aussi le graphique du &C.

Malgré le "réchauffement climatique", on n'observe aucune augmentation du nombre des Super Typhons (les plus violents) dans la zone Nord Ouest du Pacifique depuis 1951, ni de la fréquence de l'activité cyclonique, toutes catégories confondues, au plan mondial comme régional. Au vu des données disponibles, il semblerait, au contraire que le "réchauffement climatique" s'accompagne, d'une baisse de l'activité cyclonique dans le Nord Ouest du Pacifique.

E) Que nous dit le GIEC au sujet de l'évolution de la fréquence et de la violence des cyclones/typhons/ouragans ?

Le GIEC s'est récemment exprimé à deux reprises sur ces sujets au cours des deux années passées. D'une part, il a publié en 2012 un rapport spécifique consacré aux événements extrêmes, appelé le SREX report. Concernant le sujet qui nous intéresse ici, le rapport SREX précise (page 161) que (texte engraissé par PU):

"En résumé, il y a une confiance faible qu'une tendance quelconque à long terme (c'est à dire de 40 ans ou plus) des augmentations de l'activité cyclonique tropicale (c'est à dire, de l'intensité, de la fréquence et de la durée) soient robustes après avoir pris en compte les changements passés des capacités d'observation. Les incertitudes dans les données de l'histoire des cyclones tropicaux, la compréhension incomplète des mécanismes physiques liant les métriques des cyclones tropicaux au changement climatique et le niveau de variabilité de l'activité cyclonique tropicale ne procurent qu'une faible confiance dans l'attribution d'une quelconque variation de l'activité cyclonique tropicale à des influences anthropiques. "

En bref, on ne sait pas. Pour sa part, le rapport AR5 du GIEC, paru tout récemment (en Septembre dernier), stipule, en conformité avec le rapport SREX cité ci-dessus, qu'on n'observe aucune tendance à long terme de l'activité cyclonique tropicale. Ce rapport indique aussi que "Globalement, il y a une faible confiance dans l'attribution des variations de l'activité des cyclones tropicaux à une influence humaine."

En résumé, le GIEC se déclare incapable de conclure sur une quelconque influence anthropique sur une évolution, elle-même incertaine, des caractéristiques fondamentales des cyclones/typhons/ouragans tropicaux. A noter que le GIEC est tout aussi démuni pour ce qui concerne les cyclones extra-tropicaux.

4) Observations et conclusions :

On était en droit d'espérer, qu'au moins, les conclusions des rapports du GIEC, rappelées ci-dessus, ainsi qu'un minimum d'investigation au sein de l'abondante littérature, particulièrement bien documentée, qui existe sur les typhons/cyclones/ouragans, auraient tempéré les déclarations des rédacteurs des communiqué de presse ainsi que celles des participants et des responsables de l'ONU présents lors de la récente Conférence Mondiale sur le Climat (COP19) qui s'est tenue à Varsovie quelques jours après le passage du typhon Haiyan/Yolanda sur les Philippines. Il n'en a rien été.
Bien au contraire, le typhon Haiyan/Yolanda est devenu l'emblême iconique de la conférence de l'ONU sur le climat, le COP19.

Voici, à titre d'exemple, ce que relate un observateur, présent à la réunion COP19 :

"Pratiquement toutes les délégations qui ont pris la parole ont fait référence à la tempête signalant que le changement climatique apparaissait impacter l'intensité des événements météorologiques extrêmes. Le principal délégué philippin, Yeb Sano déclara aux participants du COP : "Ce que mon pays est en train de subir du fait des cet événement climatique extrême est de la folie. La crise climatique est de la folie. Nous pouvons arrêter cette folie ici même à Varsovie.". Pour sa part, il a annoncé qu'il entamerait une grève de la faim "jusqu'à ce qu'on aboutisse à un résultat significatif"".

Un autre rapporteur résume les discours introductifs prononcés lors de l'ouverture du COP15 d'une part par Marcin Korolec (alors ministre de l'environnement polonais mais qui a été "débarqué" de son gouvernement pendant la conférence, peu après son intervention), le représentant de la puissance invitante et président du COP19 et, d'autre part, par Christiana Figueres, secrétaire exécutive de la Convention sur le Changement Climatique de l'ONU.

"Korolec et Figueres ont pointé les réalités du changement climatique qui donnent à réfléchir et l'augmentation des événements extrêmes que la science climatique a prévue depuis longtemps, tels que le cyclone dévastateur Haiyan (Yolanda) qui vient de frapper les Philippines, l'un des typhons les plus puissants de l'histoire qui ait atterri."

…en contradiction flagrante avec les rapports SREX et AR5 du GIEC de l'ONU.

Pour sa part, Ban Ki Moon, le secrétaire général de l'ONU, a, lui aussi, assuré les participants que le typhon résultait du changement climatique, en ces termes :

"Nous avons vu maintenant ce qui est arrivé aux Philippines. C'est un avertissement impérieux" …" C'est un exemple de changement météorologique et aussi du fait que le changement climatique nous affecte tous sur la Terre.

Certains penseront qu'il est pour le moins curieux que ces principaux responsables de l'ONU outrepassent largement les déclarations documentées et très en retrait (notamment en comparaison des rapports précédents) des tout récents rapports scientifiques SREX et AR5 du GIEC, lui-même placé sous la tutelle de l'ONU (et de l'OMM).
Doit-on en conclure que Ban Ki Moon et Christiana Figueres s'abstiennent de lire le contenu des rapports d'un organisme dont ils représentent les tutelles ?
greenpeace2

Pour sa part, et ce n'est pas inattendu, Greenpeace, comme les nombreuses autres délégations écologistes représentants diverses ONG à Varsovie, a cherché aussi à tirer parti du drame philippin. C'est ainsi que Grennpeace a projeté une diapo sur une des cheminées d'une centrale à charbon (omniprésentes en Pologne) nous assurant que "Les tempêtes partent d'ici" tout en exigeant des dédommagements de la part des compagnies pétrolières. Venant d'une organisation ouvertement activiste, ceci n'est guère surprenant, même si cela contredit frontalement les observations et les conclusions des scientifiques qui, eux, se déclarent incapables de conclure dans l'état actuel des choses.

Comme à l'accoutumée, alors que la presse francophone avait perdu tout sens de la mesure au sujet de cette affaire et ne se préoccupait guère de mener la moindre investigation quant au contenu hasardeux et ultra-alarmiste des communiqués de presse de Reuters et de l'AFP, plusieurs organes de presse germano- et anglophones ont tenté d'informer leurs lecteurs en tentant une analyse plus approfondie. D'autres se sont carrément insurgés contre le catastrophisme ou la récupération, à des fins politiques, du drame philippin par leurs collègues. Je ne citerai ici que trois organes de presse de différents pays, parmi les plus lus et parmi beaucoup d'autres :

Le Spiegel Online International (All.) : ."Climatologie : les leçons à tirer du cyclone Haiyan"
The Telegraph NEWS (Au) : "La campagne alarmiste sur le typhon Haiyan est tout simplement honteuse".
Daily Mail (UK) : "Comment la BBC a transformé une crise catastrophique en un drame dû au réchauffement climatique".

Conclusion :

Le Super Typhon Haiyan/Yolanda n'est, ni plus ni moins, que le successeur de la longue lignée des très violents cyclones tropicaux qui sévissent fréquemment dans la zone Nord Ouest du Pacifique, décennie après décennie. Selon le hasard des conditions météorologiques qui s'établissent dans cette région, il arrive qu'un de ces phénomènes paroxystiques touche terre et y cause des ravages tels que ceux qui ont affecté les Philippines cette année. Mais hélas pour les Philippins et les autres habitants de cette zone du Pacifique, de tels événements se reproduiront dans le futur comme ils l'ont fait dans le passé et ceci avec ou sans réchauffement climatique dont les scientifiques ignorent encore si celui-ci à une influence quelconque sur la fréquence et sur la violence de ces événements, tout simplement parce qu'aucune tendance n'apparaît clairement dans les observations.

.Connaissant ces données qui étaient accessibles à tous, il apparaît évident que la tragédie des Philippines a été délibérément "récupérée" par un certain nombre de responsables de l'ONU ainsi que par un certain nombre de représentants des pays les moins développés qui ont participé au COP19 de Varsovie et dont on a fort bien compris les motivations, à cette occasion. Si on peut concevoir que ces derniers soient désireux de faire avancer "la cause du changement climatique" auprès des opinions publiques, des décideurs et des financeurs, il est difficilement excusable que leur argumentation se fasse en contradiction avec les observations objectives et les conclusions des rapports du GIEC.

Dans ces circonstances, le comportement des ONG activistes telles que Greenpeace n'est pas inattendu, mais, par contre, celui des journalistes des médias et des agences de presses, notamment francophones, est plus problématique.
Il faudrait, sans nul doute, que les rédacteurs de la presse et des médias se décident, une fois pour toute, à choisir ouvertement et clairement, entre une information objective et bien documentée de leurs lecteurs/auditeurs, et le militantisme, au risque d'engendrer une suspicion qui ne rend service ni à leur crédibillité ni à la pérennité de leurs organes de presse.

Stay Tuned !

Pensée unique 21/12/2013

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