16 mars 2026
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Interview d’Ephraïm Sneh, ancien ministre israélien

Resilencetv : Monsieur le ministre, quelle est la situation sur le terrain à 13 h, heure française, en ce 2 août ?

Ephraïm Sneh : Cent cinquante missiles ont déjà été tirés contre tout le nord d’Israël sur des villes allant de Beth Shean, dans la Vallée du Jourdain à Naharyia, sur la côte, en passant par St Jean d’Acre. Il y a là clairement une volonté de détruire Israël. La capacité militaire du Hezbollah existe toujours et nous avons besoin de temps pour la détruire.

R : On dit qu’Israël a été surpris par cette capacité militaire du Hezbollah.

E.S : Cela fait des années que nous savons que le Hezbollah dispose de 13.000 missiles et que son but est de détruire Israël.
Nous devons détruire ses capacités et faire en sorte qu’il ne puisse plus nous attaquer à coup de missiles. Ce n’est pas facile, ce n’est pas rapide. Mais nous y parviendrons.

Nous n’avons pas affaire à une guerilla, comme nous en avons connu auparavant. Nous n’avons pas affaire à une armée classique, comme nous en avons connu auparavant et que nous avons vaincue.
Nous avons affaire à une guerilla qui a l’équipement d’une armée régulière, avec une énorme quantité de missiles, avec un armement sophistiqué. Et c’est donc difficile.

Médecin dans les parachutistes Ephraïm Sneh a participé à des missions comme celle menée à Entebbe, puis il a occupé divers postes de commandement. Il a quitté l’armée avec le grade de Général en 1987 et rejoint le Parti Travailliste pour être élu député à la Knesset en 1992. Il a été ministre de la Santé, ministre adjoint de la Défense et a appartenu à plusieurs commissions de la Knesset, dont celle des Affaires étrangères et de la Défense. Il a toujours été en faveur de négociations, notamment avec les Palestiniens.

R : Qui faut-il blâmer si l’on en est arrivé à cet état de fait qui a pris beaucoup de temps.

E.S : Nous avons dit et répété que le Hezbollah, avec la participation active de l’Iran et l’aide de la Syrie était en train de mettre sur pied des forces armées importantes. Nous avons expliqué encore et encore que cela allait provoquer une explosion régionale. Personne n’a rien fait pour l’empêcher. Même les Américains ne nous ont pas écoutés.
Ne pas inclure cette question dans les négociations concernant l’enrichissement de l’uranium par l’Iran a été une grave erreur.
C’est l’Iran qui a donné au Hezbollah des missiles qui ont 200kms de portée et peuvent transporter des charges de 600 kilos, soit plus d’une demi tonne. Et cela s’est fait via la Syrie.
Il faut bien comprendre la nature de cette guerre. C’est l’Iran qui cherche à détruire l’Etat juif. Avec ces tirs de missiles incessants, plus d’une centaine par jour, le Hezbollah cherche à détruire le moral de la population mais n’y parviendra pas, au contraire. La population est tout à fait déterminée, même si c’est difficile.

R. Que peut faire la communauté internationale maintenant ?

E.S : Il faut une force dont le mandat soit clair et totalement différent de celui de l’UNIFIL qui ne sert strictement à rien. Et il nous faut du temps.

R. Iran et Hezbollah ont-ils cherché à déclencher cette guerre en tendant une ambuscade au cours de laquelle deux soldats ont été enlevés et huit autres tués ?

E.S : Ils ont peut-être estimé que les choses se passeraient comme par le passé et qu’il y aurait des négociations pour un échange de prisonniers.
Mais on ne pouvait accepter ces enlèvements ni vivre sous la menace constante de cet arsenal qui s’accumulait pour nous détruire.

R. Y a-t-il des Iraniens et aussi, dit-on, des Nord Coréens sur le terrain ?

E.S. : Bien sûr qu’il y a des Gardiens de la Révolution iraniens. Ils ont entraîné le Hezbollah dans la Vallée de la Beeka, par exemple. Et ils surveillent et participent aux opérations. Quant aux Nord Coréens, leur présence n’est pas impossible. Elle serait même logique.

R. : Il y a eu un raid israélien dans la vallée de la Beeka, en territoire libanais, près de la Syrie cette nuit, dans un centre de commandement du Hezbollah. Des membres du Hezbollah auraient été ramenés en Israël. Que dire de ce raid ?

E.S. : Ce raid démontre notre capacité à atteindre n’importe quel endroit que ce soit, aussi reculé soit il. Sans subir de pertes.

R. : Des pertes il y en a au Liban Sud, une région que vous connaissez bien.

E.S. : Oui, les combats sont difficiles. Mais nous devons poursuivre notre effort militaire jusqu’à ce que le Hezbollah soit éradiqué. Cela prendra du temps. Le Hezbollah est bien équipé et connaît très bien ce terrain où il est implanté. Terrain que je connais, en effet, car j’ai été le commandant de la zone de sécurité dans cette région en 1981 / 82. Mais nous nous sommes retirés de cette zone en 2000. A l’époque j’ai été contre ce retrait unilatréal qui a créé un vide et permis au Hezbollah de s’y installer.

R : Vous étiez très près de la Syrie cette nuit. Syrie qui a aidé à construire cet arsenal. Y envisagez-vous une action militaire ?

E.S. : Non, ce n’est pas du tout dans nos intentions. Mais si nous devons nous battre contre la Syrie nous le ferons.

R. : Israël a été vilipendé après la frappe de Qana et les morts civils en cet endroit. Même si l’on s’aperçoit aujourd’hui que les circonstances ne sont pas très claires et si la Croix Rouge a déjà fortement revu le nombre de morts à la baisse.

E.S. : Quand il y a une guerre il y a toutes sortes d’accidents. Nous avons perdu trois pilotes d’hélicoptères par notre propre faute. Et nous avons dit nos regrets pour toute mort de civil. Et nos regrets si nous avons bien causé ces morts.
Mais les circonstances ici, en effet, ne sont pas claires. Il y a un écart de huit heures entre la frappe et le moment où le bâtiment s’est écroulé. Et, quoi qu’il en soit, c’est le Hezbollah qui nous a attaqués et est donc responsable de la mort de chaque civil. D’autant qu’il lance des missiles contre les localités israéliennes depuis des zones libanaises habitées.

R : D’aucuns reprochent à Israël d’avoir un nombre de victimes civiles bien moindre qu’au Liban.

E.S : Même si le ratio est de un à 13, qu’est-ce que cela signifie ? Il faut voir quelles sont les intentions des uns et des autres. Deux mille missiles ont été lancés à ce jour contre Israël. Cent cinquante ont été lancées aujourd’hui avant 13 h contre des populations civiles. Si nous tuons un civil nous considérons que c’est un échec. S’ils tuent un civil ils considèrent que c’est une victoire.
Une grande partie de la population du nord d’Israël a évacué la région et ceux qui restent sont mieux protégés que les populations libanaises d’où le Hezbollah nous attaque.

R. : Israël est-il en train de perdre la guerre des images ?

E.S. : Vous avez raison, nous ne faisons pas ce qu’il faut dans ce domaine. Il y a en Israël une réticence à montre que nous aussi nous sommes victimes, ce qui est le cas. Et il y a eu une utilisation cynique du tragique incident de Qana.

R : Et le rôle du gouvernement libanais dans tout cela ?

E.S : Le gouvernement libanais a commis une erreur en permettant au Hezbollah d’entrer au gouvernement et de s’installer au Sud du pays et à Beyrouth.
Beyrouth qui dit être « un petit Paris, » ce qui est impossible, car on ne peut être à la fois « un petit Paris » et un « Grand Mogadiscio » [n.d.l.r. Les tribunaux Islamiques ont pris le pouvoir à Mogadiscio en juin 2006 ] Et le gouvernement libanais n’est pas assez fort pour mettre le Hezbollah dehors. Pourtant la population libanaise ne veut pas du Hezbollah…

R : Et aujourd’hui que doit faire Israël ?

E.S : Nous devons continuer à nous battre, repousser le Hezbollah loin de la frontière et comme je vous l’ai dit, changer la réalité sur le terrain. Et nous avons besoin de temps pour le faire.


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