7 février 2023
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Tour d’horizon de l’Ambassadeur d’Israël en France

« France Israël : le coup de froid, » titrait Le Figaro du 20 novembre. On pourrait même dire « coup de blizzard » venu de France. Or, fort de l’embellie constatée par tout un chacun, Dani Sheck, nouvel ambassadeur d’Israël à Paris, était des plus positifs à son arrivé en France. Ses premières phrases lorsqu’il s’est adressé au Parlement ont été « je suis venu en ami. » Tout le monde évoquait alors les retrouvailles franco-israéliennes après ce que l’on se plaisait à décrire comme une querelle d’amoureux.

L’Amabssadeur mettait alors l’accent sur le danger que posait l’Iran non seulement pour Israël mais pour la région et le monde.
Et puis, patatras ! Le 31 octobre dernier, le visage crispé, le ministre de la Défense français dénonçait ce qu’elle appelait une conduite agressive d’avions israéliens à l’encontre d’un poste français de la Finul au sud du Liban. « A deux doigts de la catastrophe » s’exclamait-elle. Depuis il y aurait eu au moins un autre incident de ce type.

A cette accusation et à d’autres, l’Ambassadeur d’Israël en France répondait le 20 novembre dans sa conférence de presse donnée dans le cadre de l’Association de la Presse Etrangère à Paris.
Or, invités, bien entendu, les médias arabes ont brillé par leur absence. A l’exception d’une ou deux personnes venues écouter à titre individuel et d’un Palestinien qui joua son rôle de journaliste.

Et, toujours pour poser le décor, il faut souligner que dans des conférences de presse précédentes l’Ambassadeur d’Iran puis celui du Liban, avaient refusé de répondre à des journalistes israéliens. Très peu de confrères avaient protesté contre cette conduite inacceptable.
Boycotter un Ambassadeur d’Israël, soucieux d’engager le dialogue, ou ignorer des journalistes israéliens est significatif : cela revient à nier l’existence de l’Etat hébreu.
Cette attitude serait-elle induite ou confortée par l’attitude de la France vis-à-vis d’Israël ces trois dernières semaines ?

A propos de « l’épisode libanais » l’Ambassadeur rappelait qu’Israël s’était félicité du rôle joué par la France et l’Europe dans l’élaboration de la Résolution 1701 de l’ONU qui avait mis fin cet été à la guerre du Hezbollah contre Israël. Confiance retrouvée, même si elle « n’est pas complètement acquise…et si tout cela est assez précaire. » Car il ne faut pas oublier que la Finul avait laissé le Hezbollah s’implanter pendant des années avec des quantités d’armes invraisemblables au sud du Liban, « complètement évacué en 2000. »
Le but de cette résolution étant de « stabiliser la région et d’éviter la création d’une situation qui mènerait à une guerre comme celle de 2006, » rappelait Gideon Kutz, journaliste israélien, Président de l’Association de la Presse Etrangère. « Guerre qu’Israël n’a pas voulu, » précisait l’Ambassadeur pour qui « il y a dans cette résolution les ingrédients pour une solution inédite et si elle est appliquée minutieusement on pourrait sortir de cette situation car Israël et le Liban n’ont pas de conflit, il est imposé par le Hezbollah. »

Or, qu’en est-il sur le terrain ? « Il y a des preuves assez claires de tentatives de trafic d’armes, y compris d’armes lourdes avec la Syrie, Terje Larsen, envoyé spécial de l’ONU dans la région, le dit lui-même, en se basant sur des sources libanaises. » Grave violation de la résolution 1701. Comme le fait que « il y a réinstallation des combattants du Hezbollah dans des zones interdites à tout le monde surnommées dans la région ‘réserves naturelles’, sous le nez de tout le monde. Et les survols israéliens permettent de relever des informations données ensuite à la Finul, avec qui il y a des rencontres régulières. » Commentaire de l’Ambassadeur : « en espérant que quelqu’un fasse quelque chose. »
Certes, ces survols « sont une infraction de la résolution, mais la moins grave et n’ont pour seul objectif que de faire respecter l’embargo sur les armes, l’interdiction de l’accès du Hezbollah au Sud Liban et le retour des deux soldats israéliens enlevés et dont on n’a même pas signe de vie… »

Daniel Shek ajoute que « ces avions n’ont qu’un seul objectif. Ce sont des vols de reconnaissance pour surveiller les activités du Hezbollah et de ceux qui les soutiennent, ils ne sont équipés que de caméras et rien d’autre. Israël ne demanderait pas mieux qu’il y ait un mécanisme crédible pour faire appliquer l’embargo et empêcher les combattants du Hezbollah de se réinstaller au Liban Sud. Mais personne ne dit qu’il y a un tel mécanisme. Faute de cela il faut des vols de reconnaissance. »

Des vols en piqué sur une position française ? L’Ambassadeur explique que ces vols se font à différentes altitudes et que pour éviter tout « risque de mauvaise interprétation il fallait que la France et Israël se parlent d’urgence. Un général israélien est donc venu parler à ceux à qui il fallait parler et écouté les doléances de la France. » Il espère donc que « les choses iront bien et que l’on pourra se concentrer sur l’essentiel : éviter qu’il y ait les conditions pour une nouvelle guerre. »

Or, selon le Jerusalem Post du 23 novembre cette visite aurait été peine perdue car des responsables français auraient déclaré que la France a autorisé ses troupes au Liban à faire usage de la force si elles se sentaient menacées par ces survols. Ce qui a été confirmé par un porte-parole de l’ONU. Le quotidien israélien voit dans cette position une manoeuvre chiraquienne antisarkozy : faire du ministre de la Défense qui roule pour le Président une mère fouettard étant censé plaire aux Français ou tout au moins attirer leur attention. On pourrait dès lors voir l’armée française tirer sur des avions israéliens armés de caméras…dans le but de tirer dans les pattes du ministre de l’Intérieur. Coup double aussi, peut-être, car cette position s’inscrirait dans la tradition de politique arabe de la France. Il est ahurissant de voir la France brandir des accusations renouvelées de violations israéliennes tout en restant silencieuse et totalement inefficace à propos de violations très graves, elles, car ferments de guerres futures, à savoir le réarmement du Hezbollah et la résinstallation du bras armé de Syrie et Iran au Sud du Liban…

Autre épisode évoqué: les déclarations de l’Ambassadeur israélien aux Nations Unies, Dan Gillerman, qui s’est indigné publiquement du rôle joué par la France qu’il accuse d’avoir entraîné d’autres pays européens dans la récente condamnation d’Israël par l’Assemblée Générale de l’ONU dans la foulée d’un tir israélien, sans condamner « le millier de roquettes tirées sur Israël à partir de Gaza sans qu’il n’y ait un seul jour de répit. ». « Je regrette qu’il ait choisi de tenir ces propos aux médias, j’aurais préféré qu’il le fasse en privé, mais on ne peut pas lui faire porter le poids d’une détérioration et le problème est dans ce qui a suscité sa frustration » déclarait l’Ambassadeur qui ajoutait : « les intérêts d’Israël ne sont pas pris en compte et ce n’est pas la première fois et Israël ne s’y habituera jamais. Il n’y a aucune raison. Faire porter toute la responsabilité à un parti et ignorer la réalité ne contribue pas à la solution. »

Il a été reproché aussi à Israël de refuser le plan de paix présenté il y a quelques jours par l’Espagne et Jacques Chirac. Commentaire de Daniel Shek : « L’Europe prend des décisions d’abord et les présente à Israël ensuite. Il faut inclure les parties prenantes dès les premiers pas. Procéder ainsi est un retour en arrière à un climat de méfiance, d’amertume et d’incompréhension. »
Quant au dossier palestinien, il fait état « d’une période de crise sur le terrain et d’une crise de confiance. Il y a en Israël une profonde frustration, une profonde déception de ce qu’est devenu le retrait de Gaza soutenu par de nombreux acteurs internationaux. Son objectif était de s’en servir comme modèle : ne plus avoir d’Israéliens parmi les Palestiniens, leur donner la possibilité de vivre leur vie, de prendre leurs décisions. Cela n’a pas marché en dépit de la volonté et de l’aide massive internationales. Plutôt que de reconstruire Gaza pour le bien des Palestiniens, ils ont reconstruit le conflit. Le gouvernement palestinien, légitime, plutôt que des projets dans les logements évacués pour reloger les réfugiés palestinien a laissé installer des champs de tirs de roquettes qui ne cessent de tomber sur la région limitrophe de Gaza. » Et « ce qui inquiète même le centre gauche est le fait que même sans occupation il n’y a pas de sécurité.»

Or, en Israël « opinion et leadership acceptent ces 2 vérités : il n’y a pas de solution militaire, la solution étant 2 Etats pour 2 peuples. La discussion étant de savoir comment y parvenir. Car l’autre côté n’accepte pas 2 Etats et veut une coexistence sans Israël. Il est difficile de relancer le dialogue si les Palestiniens n’acceptent pas les conditions minimum de l’Europe. Le Président est très courageux mais on peut se poser des questions sur la manière de maintenir les accords qu’il prendrait. »

Autre dossier qui suscite « une énorme inquiétude, » : celui de l’Iran « menace existentielle sur Israël, mais ce serait se voiler la face que de la résumer au volet israélien…son acquisition du nucléaire devrait inquiéter tout le monde. Cette menace sur Israël et l’ensemble de la région pourrait faire basculer dans une nouvelle réalité. » Sans compter le fait que les « propos du Président iranien devraient être jugés inacceptables par la communauté internationale et les Nations Unies dont les deux pays sont membres. On ne peut menacer de disparition un Etat membre sans qu’une sanction soit prise. »

Alors qu’Israël est ainsi attaqué ou menacé de toutes parts, voir la France ajouter ses propres menaces est à la fois honteux et préoccupant. Surtout lorsqu’elle entraîne le reste de l’Europe comme elle vient de le faire à l’ONU.


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