7 février 2023
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Revue de presse du CID : Vers des accords de Munich version persane ?

À cette époque, le président du Conseil français, Édouard Daladier, et le Premier ministre britannique, Arthur Chamberlain, furent accueillis en héros de la paix en retournant chez eux. L’Anschluss de l’Autriche et du IIIe Reich, la même année, avait même été accepté par la France. La suite, tout le monde la connaît. L’illusion d’avoir évité la guerre fut vite réduite à néant, et le pire était devenu inévitable : le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale qui engendra la mort de millions de personnes et la destruction de centaine de villes.

Aujourd’hui, les Européens estiment avoir tiré les leçons d’une guerre atroce en privilégiant l’usage du concept de coopération, fondé essentiellement sur les négociations, dans leurs relations internationales, d’une part, et l’application du droit international, d’autre part.

De la guerre en Irak jusqu’au dossier nucléaire iranien, en passant par le conflit israélo-palestinien et la situation au Liban, l’Union européenne s’insurge contre toute solution coercitive et prône des discussions pour sortir des différentes crises qui secouent le Moyen-Orient actuellement.

Face à l’enlisement de ces conflits et cherchant des solutions nouvelles pour sortir la région du cercle vicieux de la violence endémique, certains dirigeants européens proposent actuellement de mener des discussions avec deux pays-clés qui ont une influence considérable sur le déroulement des événements, à savoir l’Iran et la Syrie. Ces deux régimes sont soupçonnés par les pays occidentaux d’alimenter politiquement, financièrement, militairement et même idéologiquement la terreur en Irak, au Liban et dans les territoires palestiniens afin d’étendre leur hégémonie sur cette partie du monde.

Ainsi, la semaine dernière, le Premier ministre britannique a lancé un appel à l’Iran et à la Syrie pour qu’ils deviennent des partenaires dans la recherche de la paix au Moyen-Orient, alors que le président du Conseil italien Romano Prodi s’est déclaré, cette semaine, ouvert au dialogue avec Damas et Téhéran sur un processus de stabilisation et de paix au Proche-Orient. Hier, l’Allemagne et l’Espagne ont adopté une position similaire.

Confirmant donc leur incapacité et leur faiblesse face à la République islamique iranienne et son allié stratégique syrien, certains dirigeants occidentaux, pour des raisons électorales ou économiques, semblent refaire la même erreur que leurs prédécesseurs en s’inclinant devant des régimes totalitaires et expansionnistes qui cherchent par la guerre et la haine de l’Autre à asseoir leur idéologie dans la région. Alors que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad – qualifié récemment de Hitler persique par un dirigeant israélien – pousse la communauté internationale vers la confrontation sur le dossier nucléaire, l’Europe semble choisir la politique de l’autruche, invitant les pyromanes à éteindre le feu qu’ils ont eux-mêmes nourri.

En jouant la colombe face à l’épervier, l’Europe, qui espère ainsi éviter une confrontation militaire avec ces régimes autoritaires, ne fait que leur offrir plus de temps pour s’armer, bien s’implanter dans la région et achever un programme nucléaire suspect.

Une perspective qui menace non seulement le Proche-Orient, mais également l’UE qui semble insouciante du danger qui la guette. Déjà, le glorieux Empire romain était tombé face aux invasions barbares. En baissant aujourd’hui le ton face aux radicaux, l’Europe risque, encore une fois, de subir le même sort.

© 2006, L’Orient-Le Jour.

Le Liban promu au rang de champ de bataille par Téhéran


Par Émile KHOURY

Comme les visions peuvent être différentes ! Le guide suprême
iranien, l’ayatollah sayyed Ali Khamenei, assure que le Liban sera
le site de la déroute de l’Amérique. Tenant ces propos devant le
président de la Chambre libanaise, il pense lui faire une fleur. En
décernant à ce pays, où le grand Satan devrait succomber, une
médaille d’honneur et de gloire.

Alors que localement on réagit avec inquiétude, sinon avec effroi, à
cette annonce. Qui confirme qu’une fois de plus ce malheureux pays
est choisi comme lice d’affrontement pour un règlement de comptes
entre puissances étrangères. Résolues à en découdre jusqu’au dernier
Libanais.

Les propos de l’ayatollah Khamenei contredisent, malencontreusement,
les assurances du général Michel Aoun. Qui a soutenu, dans un récent
entretien, qu’il n’y a pas d’immixtion syrienne ou iranienne au
Liban. Que la Syrie en est sortie, tandis que l’Iran en est loin.
Comme si la distance était un critère dans les interférences
d’États. Cela voudrait dire, par exemple, que les USA, qui sont
encore plus éloignés que l’Iran, ne méritent nullement de se voir
accusés, par l’opposition, de se mêler des affaires de ce pays.
L’opinion redoute que le pays ne se trouve de nouveau voué aux
guerres des autres livrées sur son sol. Avec, malheureusement,
utilisation d’instruments, d’affidés locaux prêts à sacrifier la
patrie pour servir leurs protecteurs. Comme cela avait été le cas
quand la présence armée palestinienne avait causé des divisions
internes provoquant la guerre intestine dite des deux ans. Prolongée
ensuite pendant treize ans, pour diverses autres causes. Suscitées
ou non par la Syrie qui, pour prix de son intervention de 1976,
avait obtenu carte blanche au Liban.

À partir de ce précédent, les pessimistes croient voir venir le coup
après les déclarations de Khamenei. Et se demandent quel serait,
cette fois, l’État qui interviendrait pour arrêter les combats. Et
quel serait le prix à payer pour cette pacification.

Autre question répétitive : pourquoi le Liban demeure-t-il le seul
front ouvert aux conflits des axes ? Pourquoi les Libanais sont-ils
condamnés à servir de carburant aux luttes régionalo-
internationales ? Pourquoi n’ont-ils pas droit à la souveraineté, à
l’indépendance et à une saine économie ?

Malheureusement, une grande partie de la réponse tient au fait que
les Libanais, ou plutôt les forces politiques locales, n’ont pas
retenu les leçons du passé. Et restent faibles, exploitables, parce
qu’ils sont divisés.

Il n’empêche, autre partie de la réponse, qu’il y a un intolérable
abus de la part des jouteurs extérieurs. En bonne logique équitable,
il n’y a rien qui justifie qu’un Khamenei désigne ce pays comme
punching-ball, et comme ring, dans son pugilat avec les États-Unis.
D’autant qu’il n’est pas très honorable, pas très glorieux,
d’exposer aux coups un homme à terre. Or, c’est bien ce qu’est le
Liban, après la guerre dévastatrice de juillet.

Engagement


Un ancien responsable redoute que la grande explication, sur sol
libanais, entre l’axe syro-iranien et les États-Unis, ne soit déjà
planifiée, décidée à l’avance. Comme la guerre de juillet l’a été.

Il se réfère aux prédictions de sayyed Hassan Nasrallah. Qui
déclare : « Lorsque nous évoquons l’échec de la politique américaine
dans la région, nous ne disons pas encore que leur projet est
définitivement tombé. Qu’ils ramassent leurs hardes pour s’en aller.
Comme cela s’était produit dans les derniers jours au Vietnam. On
pouvait alors les voir, officiers et soldats, s’embarquer à bord
d’hélicoptères. En jetant à terre les Vietnamiens du Sud qui
tentaient de fuir avec eux, pour les abandonner à leur sort. Je
prévois que ce même spectacle va se répéter dans notre région. Les
Américains vont réunir leurs affaires et quitter la contrée, le
monde arabe et islamique, tout comme au Vietnam. Je conseille dès
lors à tous ceux qui misent sur les Américains qu’ils tirent leçon
du Vietnam. Ainsi que de l’expérience de l’Armée du Liban-Sud avec
les Israéliens. Pour comprendre que lorsque les Américains auront
perdu la bataille, et ils vont la perdre si Dieu veut, ils les
laisseront à leur sort. »

Le président Lahoud avait fait les mêmes prédictions exactement
devant ses visiteurs, il y a déjà deux mois. Comme si la source
d’information était la même.

L’engagement aux côtés de l’axe syro-iranien est donc nettement,
ouvertement, déclaré.

Péril


Mais l’inquiétude ne s’arrête pas à ce facteur. En effet, abordant
la situation sous un angle purement local, le leader du Hezbollah
ajoute : « Si l’on n’aboutit pas à un cabinet d’union nationale, les
forces politiques seraient contraintes de descendre dans la rue. En
fait, elles le feront sûrement. Et à ce moment, l’objectif ne sera
plus le cabinet d’union. Mais des législatives anticipées. Au cas où
les forces au pouvoir n’accepteraient pas, nous agirions pour faire
chuter le gouvernement. Pour former un gouvernement de transition
organisant les élections. »

Berry


Tous les indices sur le terrain montrent que l’on commence à
appliquer ce plan. Surtout s’il se confirme que le président Berry
redevient partie au conflit. En cessant de jouer un rôle de
médiateur-conciliateur en vue d’une solution équilibrée. Beaucoup
doutent que le président de la Chambre recouvre sa neutralité, son
impartialité. En effet, il semble s’être sérieusement engagé dans la
ligne syro-iranienne. N’a-t-il pas déclaré, en effet, après sa
rencontre avec l’ayatollah Khamenei, qu’à ses yeux l’Iran « est la
force principale dans la phase nouvelle » ? Il s’était du reste vu
remontrer par le guide suprême que « la plate-forme pour la grande
victoire sur l’Amérique et sur l’entité sioniste est assurée par
l’union, la solidarité entre les frères du Hezbollah et du mouvement
Amal. Il faut en cimenter encore plus cette union ». Une façon
courtoise mais ferme, sinon impérative, de conseiller à M. Berry de
continuer à se tenir aux côtés du Hezbollah, sans plus tenter de
jouer les médiateurs.

Émile KHOURY

© 2006, L’Orient-Le Jour.
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Douste-Blazy accuse la Syrie et l’Iran de chercher à déstabiliser Siniora


Agence France-Presse

PARIS

Le lundi 20 novembre 2006

Le ministre français des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy,
a accusé lundi soir “la Syrie et l’Iran” de chercher à déstabiliser
le Premier ministre libanais Fouad Siniora.

“La Syrie et l’Iran, on le sait très bien, poussent aujourd’hui à la
déstabilisation du gouvernement de Fouad Siniora”, a déclaré M.
Douste-Blazy à la chaîne de télévision LCI.

La France avait mis en garde le 2 novembre contre toute “tentative
de déstabilisation” du Liban, mais avait affirmé ne pas être
informée de plans de l’Iran, la Syrie et le Hezbollah pour renverser
le gouvernement de Beyrouth, évoqués la veille par le gouvernement
américain.

“Je ne considère pas qu’il y ait une guerre entre Israël et le
Liban”, a précisé le ministre français. “Je considère qu’il y a la
Syrie, l’Iran, le Hezbollah, qui essayent de déstabiliser le Liban,
qui est notre ami”, a-t-il ajouté.

La Maison Blanche a affirmé disposer de preuves de plus en plus
nombreuses de plans que prépareraient la Syrie, l’Iran et le parti
chiite libanais Hezbollah pour renverser le gouvernement Siniora.

Le chef du puissant Hezbollah chiite, Hassan Nasrallah, a appelé ses
partisans, dans un discours diffusé dimanche, à se “tenir prêts”
pour manifester afin d’obtenir la chute du gouvernement de Fouad
Siniora, dominé par la majorité antisyrienne.

Le gouvernement de Fouad Siniora est en crise depuis la démission,
le 11 novembre, de cinq ministres chiites représentant le Hezbollah
et Amal et la décision du gouvernement d’adopter le projet onusien
d’un tribunal spécial pour juger les coupables de l’assassinat de
l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, tué le 14 février 2005 dans
un attentat.
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