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Pourquoi Bayrou a fait élire Hollande, et comment s’en sortir ?

Bizarrement le cacique UMP court encore dans les médias (tel le furet du bois maudit, tel le poulet sans tête aussi) pour accuser Marine Le Pen d'avoir fait élire Hollande, alors qu'elle avait proposé un pacte entre les deux tours ; par contre le bonimenteur UMP n'accuse pas, en tout cas pas sur le même ton, Bayrou d'avoir fait voter Hollande, alors que ce dernier a dit qu'il le ferait (et il l'a fait) tandis que Marine Le Pen affirme avoir voté blanc. Il est donc curieux que l'UMP ne tienne pas compte de cette réalité ou si peu. Bayrou légitime son appel en considérant que Sarkozy aurait "extrêmedroitisé" son discours entre les deux tours. Il aurait plutôt fallu que Sarkozy se rapprochasse de lui (c'est la thèse d'Alain Duhamel de RTL), ce qui lui aurait permis d'avoir les voix qui lui ont manqué plutôt que de lorgner uniquement vers le FN…

Est-ce si sûr ? N'y aurait-il pas eu au contraire plus d'abstentions ou de nuls ? À moins que, dès le départ, Sarkozy avait avancé un programme authentiquement "libre" (en référence à un de ses livres) basé par exemple sur une réforme profonde des coûts entravant la compétitivité, comme la protection sociale, en permettant la concurrence d'y entrer – avec de la solidarité en filet de protection- ce que propose Claude Bébéar de l'Institut Montaigne ("paye-t-on en commun son assurance auto ?" dit-il sur BFM) en ajoutant par ailleurs que 50 milliards devraient être également sortis des taxes diverses payées par les entreprises (comme le 1% logement).

Bayrou aurait pu aussi convaincre Sarkozy en prenant en exemple l'arrivée du provider Free dans Internet puis dans le mobile qui a été capable de bouleverser la donne tout en proposant un service de qualités malgré les bugs de départ, (mais Sarkozy était contre cette arrivée de Free dans le mobile).

Bref, Bayrou aurait-il dit "oui" entre les deux tours en fin de course si Sarkozy avait pris un tournant résolument réformiste ? Pas sûr encore une fois. De toute façon Sarkozy, néo-colbertiste, n'aurait pas accepté de telles avancées. Il ne l'a pas fait d'ailleurs. Mais s'il l'avait fait ? Il commençait timidement à se laisser convaincre avec cette histoire de la TVA "anti-délocalisation", mais quelques milliards à côté des 30 milliards calculés par le MEDEF ce n'était pas encore cela….

Et ce n'était pas contradictoire avec la nécessité de bien intégrer les gens d'origine étrangère, même s'ils sont nés en France, en repensant la politique de la ville et l'enseignement dans le secondaire.

Il faut d'ailleurs refaire des enquêtes de terrain sur ce sujet, et aussi sur l'assistanat sociale : est-il vrai par exemple qu'un couple d'étrangers profitant du regroupement familial, fraichement arrivé, et ayant nombre de bambins, passe en priorité devant des couples français déjà anciens sur la liste d'attente pour les logements sociaux mais ayant moins d'enfants pour l'accès au logement social et la CMU ? Est-ce que c'est le nombre d'enfants qui est prioritaire ? Ou alors le niveau de vie ? Ou alors la carte du Parti? Et non pas la durée sur la liste d'attente ? Lorsque l'on voit nombre de caciques politiques confortablement installés dans des HLM on peut douter de " l'ordre juste " en la matière… Notons encore fois que le choix de sa protection sociale permettrait de réduire les coûts de fabrication des logements : il y aurait alors à terme suffisamment d'offres pour toutes les demandes sans que les uns envient les autres, plutôt qu'attendre que l'État nounou donne (mal) la béquée.

Admettons donc que l'UMP soit plus proche programmatiquement de Bayrou que du FN. Sauf que, encore une fois, Bayrou n'a pas fait ce genre de propositions capable d'articuler fraternellement liberté et égalité. Il a au contraire participé au concert multiculturaliste (en approuvant les réservations communautaristes de piscine municipale) ne voyant pas que sur ce terrain cela mine le fait d'être ensemble. Il ne propose pas non plus de libérer l'enseignement par exemple (alors que l'enseignement privé n'a pas le droit de s'agrandir). Le PS non plus évidemment qui cherche encore à retoucher aux rythmes scolaires, aux évaluations, alors que sur le terrain les praticiens préfèrent une meilleure concertation à un énième chambardement, même France Info s'en fait l'écho en interviewant un spécialiste en science de l'éducation.

Et pour la "petite" histoire, à propos de Jules Ferry auquel le président de la République François Hollande tint, à tout prix, à lui faire la leçon, il s'avère que son idée de "race supérieure" n'était pas ethnique mais spirituelle : il faut libérer tous les êtres humains des préjugés coutumiers afin qu'ils puissent eux-aussi jouir des libertés de penser et d'entreprendre en vue de se hisser à ce niveau supérieur supposé avoir été atteint en Europe mère des sciences et du progrès social et économique : ce n'est pas faux et même Marx louait cette façon de voir parce qu'elle était une étape nécessaire vers l'universalisation que parachèvera le "social/isme" puis le comm/un/isme ; mais dans le PCF (Politiquement Correct Français) d'aujourd'hui, nageant à rebours vers le pré-marxisme du relativisme culturel, une telle prétention est de plus en plus hors du temps. Hors d'atteinte plutôt. Bayrou a participé aussi à sa fondation.

Posons donc à nouveau le débat des législatives dans un tel contexte global.

L'UMP aurait pu rencontrer tout de même le MODEM et tacher de trouver un accord programmatique sur les propositions de liberté et d'égalité proposées plus haut. Sur cette base, le candidat de cette "majorité de progrès" serait arrivé au moins en seconde position ; mais que faire en cas de triangulaire avec le FN ? Et que faut-il faire si au second tour des législatives un UMP arrive en troisième position derrière le FN ?

Avant de répondre, il faut observer que le climat est si délétère entre l'UMP et le MODEM, d'une part, et les programmes si éloignés, d'autre part, qu'un accord a été rendu improbable d'autant que la campagne vient de commencer. Mais admettons qu'il existe encore un mince filet de modus vivendi si l'UMP fait des propositions innovantes en matière économique afin de toucher la fibre libérale des centristes. C'est loin d'être sûr. Et dans ces conditions, en cas de triangulaire, il est fort probable que la population MODEM fera comme les Présidentielles en se réfugiant dans l'abstention ou le vote PS. Il reste donc la discussion avec le FN.

Sur quelles bases ? Celui-ci pose comme condition préalable aux candidats UMP de quitter l'UMP, ce qui est curieux comme type de négociation et cela s'apparente plutôt à du dépouillement qu'une recherche d'alliance. Pourtant, en négociant l'idée de faire un véritable audit de la protection sociale (alors que le FN a la même position que le PS dans le fait de la garder dans le giron étatique) en étudiant les moyens de se faire mieux entendre par nos partenaires européens, en discutant sur les moyens de plus renforcer les petites et moyennes entreprises, en discutant la question de la sécurité globale dans les banlieues sensibles, le poids de l'impôt, etc, etc, etc, il y aurait moyen d'avoir un accord patriotique en mettant de côté les questions qui fâchent. Du moins si l'on sort du débat imposé par la gauche lorsqu'elle parle de "cordon sanitaire" d'une part, et si d'autre part le FN ne cherche pas le jusqu'au boutisme en pensant qu'il peut dès maintenant prendre l'ascendant alors que précisément le "cordon sanitaire" est toujours là et que même si l'UMP implose et que le PS triomphe, il n'est pas sûr que le FN puisse affronter, seul, une gauche renforcée et cherchant l'affrontement comme on le voit avec Mélenchon et Hamon qui recherchent à tout prix une virginité du genre "front anti-fasciste" de sinistre mémoire : il déboucha sur le traité Staline-Hitler.

Au fond, et au bout du compte, et vu l'imbroglio qui s'annonce, les jeux semblent faits néanmoins, rien ne va plus ; seul donc le vote blanc ou nul, aux deux tours, me semble être la seule issue, hormis le vote pour les candidats authentiquement libéraux et patriotes bien sûr. À charge pour 2017 de faire en sorte d'organiser le débat de telle façon qu'une mouvance libérale, démocrate, républicaine puisse surgir, organiser des primaires, sélectionner des candidats pour les élections à venir… Il n'y a pas d'autre issue.

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Lucien SA Oulahbib 22/5/2012

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