Catastrophisme en série:

À propos de Vanuatu, le cyclone Pam et autres événements climatiques.

En fin 2013, comme je vous l'avais raconté, le typhon Haiyan qui avait frappé une partie des Philippines (notamment la ville de Tacloban), avait fait l'objet d'une campagne de presse tonitruante de la part de médias un peu trop empressés pour effectuer quelques travaux de recherche. Notamment il avait été affirmé que "Le typhon Haiyan, le plus destructeur recensé dans l'histoire, pourrait être le précurseur de tempêtes tropicales de plus en plus violentes et de plus en plus fréquentes, sous l'influence du réchauffement climatique" (Médiapart), alors qu'Haiyan ne se classe même pas dans la liste des 36 tempêtes tropicales les plus meurtrières documentées à ce jour.

Ce constat que chacun peut faire à partir des données disponibles n'a pas dissuadé une éminente délégation française d'aller récemment prêcher la "bonne parole" ( i. e. "nous allons lutter contre le changement climatique pour vous sauver") aux malheureux habitants de Tacloban qui se souvenaient, sans aucun doute, que leurs parents, grands-parents ou arrière grands-parents leur avaient parlé des énormes dégâts, causés de tout temps par ces calamités climatiques, et des pertes humaines, encore plus considérables, provoquées par un autre typhon qui avait déjà frappé, pratiquement au même endroit (Tacloban) en 1912, c'est à dire près de cent ans plus tôt, à l'époque où il n'était nullement question de "changement climatique anthropique ". Et de fait, 1912 se révèle être une des années les plus froides du XXe siècle.

Dans le même esprit que celui de l'enquête que nous avions effectuée au sujet du typhon Haiyan, nous allons passer en revue les données réelles et officielles qui concernent le cyclone Pam qui est survenu, cette fois-ci, dans la zone du Pacifique Sud qui inclut l'Australie, la Nouvelle Zélande ainsi qu'un certain nombre d'îles telles que Vanuatu fréquemment affectés par ces calamités climatiques. La tempête Haiyan, elle, faisait partie de la longue cohorte des typhons qui sévissent fréquemment dans la région du Nord-Ouest du Pacifique.
Nous indiquerons quelques données factuelles avérées sur
Pam puis nous rappellerons les conclusions du GIEC, inscrites dans son dernier rapport AR5, concernant l'évolution de l'activité cyclonique dans la zone de Vanuatu, ainsi que les tendances sur la fréquence et la violence des cyclones dans cette région rapportées par les organismes dédiés.

Ce billet est divisé en deux parties. La première (1) rapporte quelques unes des nombreuses réactions qu'a suscité la survenue du cyclone Pam aussi bien à l'échelle de la France qu'à celle de l'Europe et à celle d'autres organisations internationales comme l'ONU ou la Banque Mondiale. La seconde partie (2) rassemble un certain nombre de données factuelles dont la plupart sont mises à la disposition du public par les organismes officiels dédiés. La comparaison de ces éléments met en évidence une méconnaissance impardonnable (au mieux) ou délibérée (au pire) des conclusions des scientifiques et des observations factuelles.

1) Quelques déclarations officielles ou médiatiques au sujet du cyclone Pam :

A) En France

14 Mars : Sur le site du ministère des Affaires Etrangères français, on lit : "On sait que 70% des catastrophes dites naturelles sont liées au dérèglement climatique. Le cyclone Pam constitue un nouveau cri d’alarme pour que la communauté internationale prenne ses responsabilités."
Lors de son discours à Sendaï (conférence des Nations unies sur la prévention des catastrophes naturelles), le Ministre français des Affaires Etrangères a affirmé qu' "Aujourd’hui, on estime en effet que plus de 70% des catastrophes dites naturelles sont liées au dérèglement climatique.

Note : Voilà un chiffre (70%, plus loin 87%) qui a dû faire tiquer nombre de spécialistes qui savent très bien que les études scientifiques (notamment celles relevées par le GIEC) sont actuellement incapables de tirer la moindre conclusion de ce type sur les événements climatiques extrêmes qui surviennent sur la planète, année après année, décennie après décennie et ceci depuis des éons, avec ou sans "dérèglement" climatique.

Dans une tribune intitulée "Ne cédons pas au catastrophisme climatique", publiée par le journal Libération, Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour La Recherche Stratégique, FRS, a épinglé ce détournement hasardeux qui, compte tenu de ses multiples répétitions par des voies officielles, semble relever des "éléments de langage " chers au gouvernement. Voici un extrait de cette tribune :

"Dans une contribution récente (Libération, 17 mars), la secrétaire d’Etat chargée du Développement, et de la Francophonie, affirme que «87% des catastrophes climatiques ont un lien avec le réchauffement de la planète». Cette affirmation est doublement fausse, et elle est malheureusement révélatrice d’un certain catastrophisme climatique. Pour l’appuyer, Mme Girardin cite «les dernières données du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques». Or, ce n’est pas ce que dit cette institution, qui affirme seulement que 87% des catastrophes naturelles (et non pas «climatiques») seraient «liées au climat» (et non pas «liées au réchauffement de la planète»).

Mais qu’appelle-t-on alors les catastrophes «liées au climat» ? L’ONU s’appuie sur les statistiques annuelles produites par l’Université de Louvain et la compagnie de réassurance Munich Re. Et l’on comprend alors mieux d’où vient ce chiffre de 87% : il s’agit du total des événements «météorologiques» (ouragans, tempêtes), ou «hydrologiques» (inondations), ou encore «climatologiques» proprement dits (températures extrêmes, sécheresses, feux de forêt). Aucun lien avec le réchauffement planétaire."

Toujours dans le même esprit, sur le site de Ministère des Affaires Etrangères, et à propos du cyclone Pam, on peut également lire ceci :

"Cette tragédie (NdT : le cyclone Pam) souligne une nouvelle fois le danger que font courir à la planète les phénomènes météorologiques extrêmes, aggravés par les dérèglements climatiques."…"Cette catastrophe renforce encore la détermination de la France à trouver un accord ambitieux lors de la conférence sur le climat qu’elle présidera en décembre à Paris."

Le Président du Vanuatu n'est pas en reste dans ce domaine. Très sûr de lui, il a affirmé à la conférence de l'ONU à Sendaï (13-15 Mars) que :

"Le changement climatique a contribué au désastre au Vanuatu. Nous assistons à la montée du niveau de la mer, à la modification des schémas météorologiques, toutes ces choses se produisent partout. Cette année, nous avons eu plus de pluie que les années précédentes"


Le président de Vanuatu, Baldwin Lonsdale, déclare , entre autres, qu'il "assiste à la montée du niveau des mers à Vanuatu".
J'ai eu la curiosité d'aller voir ce qui justifiait les inquiétudes du Président en allant rechercher les mesures de la hausse du niveau des mers autour de
Vanuatu publiées par le BOM (Le Bureau australien de la Météorologie) qui fait autorité dans ces matières. slrvanuatu

Voici, ci-dessus, un extrait de la Figure 13 du rapport du BOM au sujet de la "hausse" du niveau des mers à Vanuatu (et dans d'autres sites) depuis 1992 jusqu'en Août 2014. L'échelle verticale est graduée en mètres. Les fluctuations sont de l'ordre de la dizaine de cm et on ne discerne aucune tendance à la hausse du niveau marin. Tout au plus perçoit-on que le niveau aurait plutôt tendance à baisser depuis 2008.

Bien entendu, la presse française a repris l'antienne gouvernementale. C'est ainsi que parmi beaucoup d'autres et dans le même esprit, "Le Monde" titre : "Vanuatu, symbole de l'urgence climatique."

Le JDD du 15 Mars semble un peu mieux renseigné. Il titre : "Cyclone Pam : naissance et mort d'un monstre. Le réchauffement climatique n’entraîne pas de multiplication des cyclones, mais pourrait augmenter leur puissance." Le "pourrait" fait allusion à certaines projections d'ordinateur (donc délicates et non avérées) pour les années 2050..

Pour sa part, le journal 20 mn est très affirmatif : "Le changement climatique a "contribué" à la puissance dévastatrice du cyclone."

Comme on s'y attend, la radio n'est pas en reste. Entre autres, France info consulte un chercheur du CNRS en se posant la question suivante "Cyclone Pam : le réchauffement climatique en partie responsable ? ". Le chercheur interrogé, Robert Vautard du CNRS, répond factuellement ce que savent tous les scientifiques qui s'intéressent à ces questions :

"il est impossible de dire qu'un événement ponctuel est le résultat du changement climatique d'origine humaine qui se juge sur  des décennies. Et notamment parce que la question des cyclones est tout à fait délicate".

En effet, certaines théories avancent l'idée que le changement climatique "devrait" atténuer le différentiel de température pôles-équateur ce qui "devrait" contribuer à un ralentissement de l'activité cyclonique. Mais d'autres font valoir que le taux d'humidité "devrait" augmenter provoquant un effet de sens opposé. Du point de vue des scénarios prévisibles par les ordinateurs, c'est, en effet, "une question tout à fait délicate". Compte tenu des dimensions de la maille des simulations numériques, il est actuellement impossible de modéliser l'amorçage et le développement d'une perturbation turbulente localisée telle qu'un cyclone ou un ouragan ou un typhon (le nom dépendant de la région considérée).
Bref, dans la réalité objective, on ne sait pas. Même si certains, souvent placés devant les caméras, avancent des hypothèses qui vont dans le sens de la doxa catastrophiste du style "Pam est cohérent avec ce que nous attendons."
Le problème est que Pam est également cohérent avec le déroulement naturel des événements cycloniques qui se produisent fréquemment dans ces régions comme nous allons le voir ci-dessous.

Les propos mesurés du chercheur CNRS interrogé à ce sujet n'empêche pas France Info, dans la même page, se basant sur un reportage de Philippe Reltien, de titrer que "Vanuatu est un cas d'école pour la conférence climat le COP21 à Paris".

B) L'Europe : Euractiv.

En contradiction flagrante (comme nous le verrons), entre autres, avec les conclusions des derniers rapports du GIEC (AR5 et rapport spécialisé SREX sur les événements extrêmes), se référant aux affirmations d'une ONG écologiste, Oxfam France, et à l'occasion de la récente "Négociation Internationale sur la Réduction des Risques Naturels" qui a eu lieu à Sendaï à la mi-Mars, Euractiv qui représente le réseau d'information de l'Europe, affirme (caractères engraissé par PU) :

"Les négociations internationales sur la réduction des risques naturels ont abouti à un accord décevant au Japon le 18 mars, malgré le drame de Vanuatu. Un mauvais signal pour les négociations climatiques.

Rappelée à l’ordre par le cyclone Pam qui a dévasté l’archipel du Vanuatu dans la nuit du 13 au 14 mars, la communauté internationale n’a pas pour autant réussi à trouver un accord ambitieux sur la réduction des catastrophes naturelles.

Rassemblées à Sendaï au Japon du 14 au 18 mars, les délégations des 186 nations devaient s’accorder sur un nouveau cadre pour la période 2015-2030 portant sur la réduction des risques naturels.  Les nouvelles orientations et objectifs devaient prendre le relais du Cadre d’action de Hyogo (2005-2015), qui arrivait à échéance."
[...]

"Catastrophes naturelles en hausse

Pourtant, le constat est unanime : la fréquence et l’intensité des catastrophes naturelles augmentent avec le réchauffement climatique.

Depuis 1980, les données disponibles montrent une augmentation de 233 % des catastrophes liées au climat. Les sécheresses, inondations, cyclones et incendies, entre autres, sont devenues à la fois plus fréquentes et plus intenses rappelle Oxfam France."

« Les catastrophes devenant plus courantes et plus fréquentes sous l’effet des dérèglements du climat, la ‘prévention du pire’ doit occuper une place centrale dans le développement » a déclaré Jim Yong Kim, président du Groupe de la Banque mondiale."

A noter que les affirmations d'Oxfam et du Président du groupe de la banque mondiale selon lesquelles "les catastrophes deviennent plus courantes et plus fréquentes sous l'effet des "dérèglements du climat" sont également en contradiction formelles avec des articles scientifiques récents publiés sur cette question comme je l'avais rappelé dans le billet du 1er Février. Elles sont également démenties pour ce qui concerne plus spécifiquement les cyclones, notamment (mais pas seulement) dans la région de Vanuatu, comme nous le verrons ci-dessous.

C) L'ONU qui est l'un des responsables du GIEC n'hésite pas à utiliser le cyclone Pam pour faire avancer la cause de la COP21 (Paris) tout en contredisant la plupart des experts spécialistes de cette question, jusqu'aux rapports de l'organisme dont il est responsable, le GIEC.
Voici un extrait du texte qui figure sur le site dédié de l'UNFCC (Convention Cadre des Nations Unies pour le Changement Climatique)
dont la secrétaire générale est Christiana Figueres.

"La dévastation de la semaine dernière qui a frappé l'Etat de Vanuatu constitué de petites îles, du fait du cyclone Pam, a jeté une lumière crue sur les conséquences humaines des menaces que fait peser le changement climatique et les désastres apportées au développement durable."

En dépit des affirmations d'un scientifique renommé en matières de cyclones/ouragans/typhons, le professeur Kerry du MIT qui a écrit que

"La période d'environ 30 années pour laquelle nous disposons de mesures satellitaires fiables (pour les cyclones tropicaux) est trop courte pour que nous puissions éliminer l'influence de la variabilité naturelle."

Comme nous le verrons ci-dessous, Pam, tout comme les autres cyclones tropicaux (tels que Haiyan aux Philippines) enregistrés jusqu'à maintenant, ne sort part du domaine des occurrences naturelles ou de la normalité. Les études scientifiques et les analyses statistiques montrent qu'on ne dispose pas de données suffisantes pour discerner une tendance significative qui pourrait être attribuée au changement climatique. C'est, en d'autres termes, à peu près ce qu'avait dit le chercheur Vautard.

2) Le cyclone Pam : Les données officielles.

A) Le nombre des victimes :

Le bilan officiel des pertes humaines a été dressé le par le Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires de l'ONU (OCHA) qui, après avoir annoncé 44 décès (et, certains médias, plusieurs douzaines) a finalement révisé son bilan à la baisse avec un total de 11 morts le 22 Mars (Vanuatu recense 270000 habitants).
C'est certes un bilan regrettable mais que l'on peut considérer comme mineur, s'agissant, comme certains l'ont affirmé, d'une "monstruosité climatique".
Au vu des chiffres qui vont suivre, on peut effectivement s'étonner de la remarquable résilience des habitants de ces contrées, car, en effet, Pam a été un cyclone particulièrement violent, sans être exceptionnel comme nous le verrons, pour cette zone du Pacifique.

Le journal Le Monde nous explique comment les populations de ces îles se protègent des cyclones, très fréquents dans cette région :

"Selon le scientifique, les savoirs traditionnels ancestraux des communautés mélanésiennes ont eux aussi joué un rôle positif dans la limitation du nombre de victimes. Les nakamals, abris communautaires en végétaux où les gens se réunissent pour boire le kava, boisson emblématique du Pacifique confectionnée avec les racines macérées d’une plante du même nom, ont sans doute sauvé de nombreuses vies. « Ces lieux sont des refuges en cas de cyclone. Les poteaux de la structure sont fortement enfoncés dans le sol, les murs et la toiture sont très bas, l’intérieur est ventilé. Les nakamals ont une architecture adaptée aux cyclones », poursuit Sylvain Todman.[...] "Avec six volcans actifs, une quinzaine de volcans dormants, et des risques sismiques, cycloniques et de tsunamis majeurs, Vanuatu est le territoire le plus exposé aux aléas naturels de la planète", selon le World Risk Report 2014.

De fait, les habitants des contrées fréquemment ravagées par des cyclones/ouragans/typhons se sont adaptés à ces aléas climatiques et autres. De même, les toits des habitations de l'île de la Réunion sont fréquemment surélevés, ménageant ainsi un espace libre par rapport aux murs des habitations. De plus, les habitants de la Réunion ont, peu à peu, remplacé beaucoup d'arbres trop fragiles qui ne résistaient pas au renversement brutal du sens du vent avant et après le passage de l'oeil du cyclone, par des arbres d'origine australienne, particulièrement élastiques et très utiles qui peuvent, sans dommage être sollicités dans les deux sens : les filaos. Il est manifestement plus utile de développer des techniques d'adaptation que de prétendre modifier le cours du développement des tempêtes tropicales qui existaient bien avant le "dérèglement climatique".

B) Les vitesse des vents et l'énergie accumulée de Pam :


pamspeedVoici l'évolution de la vitesse des vents soutenus pendant une minute du cyclone Pam, pour la période considérée, selon différentes estimations des satellites et du graphe ci-contre de la NOAA, en fonction de la date.

Des données exhaustives sur le cyclone Pam se trouvent sur ce lien (NOAA-RAMMB-CIRA)

sh172015 est l'indicatif officiel du cyclone Pam.

Comme on peut le constater, la dispersion des résultats des mesures des vitesses de vents est relativement importante (de l'ordre de ± 30 km/h).
Si on prend la vitesse (l'Intensité Estimée pendant une minute) on trouve que le maximum (environ 145 noeuds soit 268 km/h) a été atteint le 13 Mars vers minuit, c'est à dire, assez précisément, à l'heure du passage du cyclone sur Port Vila, la capitale comme nous allons le voir. C'est une circonstance particulièrement malheureuse et relativement exceptionnelle.

A noter que je n'ai pas trouvé de mention officielle de vitesses de vent de 300 km/h, voire de 350 km/h, comme l'ont rapporté la plupart des médias (qui n'indiquent jamais leurs sources).

Pour mémoire, L'Energie Accumulée de Pam ( l'indice ACE, Accumulated Cyclone Energy) a été de 31,2. A titre de comparaison, celle de Haiyan était de 37.

C) La (malheureuse) trajectoire de Pam et une rétrospective des cyclones de classe 5 dans la région de Vanuatu depuis 1970 :

pam-trajectCe graphique, établi après le passage de Pam, montre un fait qui est assez généralement ignoré :
Les vents les plus destructeurs se produisent non pas dans l'oeil du cyclone (où les vents sont faibles ou nuls) mais à proximité de celui-ci dans un couloir de quelques dizaines de km. A mesure que l'on s'éloigne de l'oeil du cyclone, les dégâts occasionnés et la vitesse des vents diminuent.

Comme on peut le voir sur ce graphique, Port Vila, la capitale, s'est trouvé, dans la nuit du 13 Mars, dans la zone située en bordure de la zone la plus destructrice, alors que les vents étaient à leur maximum. Les petites îles beaucoup moins peuplées de Erromango et de Tanna ont subi le même sort au cours de la journée du 14 Mars.

Voici une statistique révélatrice de la violence de l'activité cyclonique à proximité de Vanuatu tirée du site Weather Undergroound (du Dr. Jeff Masters qui est un spécialiste bien connu des pamtrack5tempêtes, notamment tropicales. JM n'utilise que les bases de données officielles). Il s'agit des trajectoires de tous les cyclones de classe 5 (les plus violents dont fait partie Pam) dans la région de Vanuatu.

La statistique ci-contre sur les cyclones de catégorie 5 qui ont affecté cette région a été établie avant que la trajectoire de Pam ne soit connue. Les prédictions connues, à l'époque, sur la trajectoire de Pam sont indiquées par la zone de couleur marron.

"Figure 3. Trajectoire de tous les cyclones de catégorie 5 qui se sont produit dans le Pacifique Sud (à l'Est de 133°E) depuis le début des enregistrements satellitaires (1970).

Pam n'est que l'une des dix tempêtes de catégorie 5 qui ont été enregistrés sur ce bassin depuis 1970.

Les cyclones les plus puissants d'après les données du Joint Typhoon Warning Center dans cette zone sont Zoe (2002/2003) and Monica (2006), qui ont connu les vents les plus rapides avec des vitesse de 180 mph (NdT : 289 km/h, soutenus pendant une minute. Ils se classent donc devant les 268 km/h de Pam, encore qu'au vu des incertitudes sur les mesures, on peut être circonspect).
(merci à Phil Klotzbach de la Colorado State University pour cette statistique) Image credit: Michael Lowry, TWC."

Il y a eu, dans cette zone du Pacifique Sud, environ 5 cyclones de catégorie 5 en 45 ans , c'est à dire, en moyenne, un cyclone de catégorie 5 comme Pam tous les neuf ans pour cette région. Nous verrons plus bas que la fréquence de ces événements extrêmes ne montre aucun signe d'augmentation, ce qui est conforme aux graphiques du GIEC. La distribution temporelle des cyclones de catégorie 5 dans cette région est très loin d'être uniforme. Ainsi, les années 2003, 2004 ont été marquée pas une activité cyclonique bien supérieure à celle des années récentes.

Du point de vue des cyclones qui ont été actifs dans toute la zone Pacifique Sud et du point de vue de la vitesse des vents, selon la NOAA, Pam se classe également derrière Orson et Monica qui ont frappé la côte australienne en 1989 et 2006 avec des vitesses de vents de 180 mph (289 km/h), ainsi que derrière Zoé (également 180 mph) qui a aussi affecté la région de Vanuatu (entre autres) en 2002.
Les organismes de mesure ne sont pas d'accord pour ce qui est de la dépression (896, 899, 900 mbar ?) atteinte par Pam, mais les observations concordent pour affirmer que cette pression minimale qui n'est pas exceptionnelle et a été très brièvement atteinte alors que la vitesse des vents avait déjà régressé. A titre de comparaison, Zoe qui a affecté la même zone en 2002 avait atteint 890 mbar.

D) Le GIEC, dans son récent rapport (complet) AR5 (WGI, chap. 14, Fig. 14-17) , évoque, entre autres à l'aide de graphiques, l'activité cyclonique dans la zone du Pacifique Sud où se trouve Vanuatu :

ipcc-chapt14-cyclones

Ci-contre, la Figure 14-17 du rapport AR5 du GIEC.

 

 

 

 

 

Ce graphique, dont j'ai agrandi la partie qui concerne les statistiques sur l'activité cyclonique de la zone Pacifique Sud, se lit de la manière suivante (comme indiqué dans le cartouche situé à droite).

Les rectangles en bleu clair indiquent les marges d'incertitudes. Le trait épais de couleur bleu, la valeur médiane.

Les chiffres romains indiqués dans l'agrandissement ci-contre, en regard des rectangles bleus, sont relatifs à :

I : Fréquence des cyclones, toutes catégories confondues.
II : Cyclones de catégories 4 et 5, les plus puissants.
III : Durée de vie de l'intensité (de la vitesse des vents) maximale.
IV : Taux de précipitations.

Ainsi, le GIEC observe que, dans la zone considérée, la fréquence des cyclones (toutes catégories confondues) a tendance à diminuer, que la durée de vie de l'intensité maximale n'a pas subi de variation et que les précipitations ont augmenté d'environ 10% et qu'il leur est impossible de se prononcer pour ce qui est de l'évolution des cyclones de classe 4 et 5. (insf. d. signifie données insuffisantes).
Ce qui est plutôt fâcheux en comparaison des nombreuses affirmations péremptoires rappelées ci-dessus et qui est conforme avec les déclarations des scientifiques interrogés.

Voici maintenant deux graphiques globalement cohérents avec le rapport du GIEC. Le premier provient du Bureau de Météorologie australien (BOM) , l'autre de son équivalent néo-zélandais (Met-service)). Ils montrent l'évolution du nombre des cyclones classés en différentes catégories selon leur puissance, toujours dans la même zone Pacifique Sud. On notera au passage que le nombre moyen des cyclones qui sévissent dans ces régions, chaque année est de l'ordre de la dizaine. Bien heureusement, la plupart ne touchent pas terre.
pam-australie

Ci-contre : Activité cyclonique, depuis 1969, dans le Pacifique Sud aux environs de l'Australie, selon le Bureau australien de la Météorologie, (le BOM).

Nous avons vu que des cyclones tels que Pam ne sont pas exceptionnels dans le Pacifique Sud, même si Pam fait partie de la liste des quelques 4 ou 5 cyclones les plus intenses recensés depuis les débuts de l'ère satellitaire dans cette zone, il est loin d'en être le plus violent.

 

Comme on le voit immédiatement, le nombre total des cyclones dans cette région évolue plutôt à la baisse, c'est à dire qu'ils deviennent moins fréquents. Les cyclones de moindre intensité sont représentés en jaune-orange.
Les cyclones les plus sévères (catégorie 4 et 5, en rouge foncé) ne sont pas, non plus, plus fréquents que lors des décennies précédentes.

 

pamstat

Selon le Service Météorologique de Nouvelle Zélande.

Ce graphique indique le nombre des cyclones (toute la zone Pacifique Sud) en fonctions de leur classe 1, 2, 3 et 4-5, avec des colorations de plus en plus foncées à mesure que l'indice de la classe augmente.

Comme on le voit, ici encore, le nombre total des cyclones n'est pas en hausse et les cyclones les plus intenses (cat. 4 et 5) ne sont pas plus fréquents qu'au cours des décennies passés.

Aussi bien le rapport GIEC que les observations rapportés par les organismes compétents asutraliens et néo-zélandais contredisent la quasi totalité des déclarations de l'UNFCC et autres responsables politiques et/ou médias à ce sujet.

Voici, de manière plus générale, en guise de rappel au sujet des événements climatiques extrêmes, des extraits du dernier rapport scientifique du GIEC (l'AR5) publié en 2013. (source) (déjà cité ici) (Détails supplémentaires dans ce billet).

Au sujet des ouragans et cyclones tropicaux :
“Les bases de données existantes ne montrent aucune tendance significative dans la fréquence des cyclones tropicaux durant le siècle dernier….Aucune tendance robuste dans le nombre des cyclones tropicaux, des ouragans et des ouragans les plus forts, n'a été identifiée lors des 100 dernières années dans le bassin Nord Atlantique."

Au sujet des inondations :
"En résumé, le manque de preuve persiste en ce qui concerne le signe et la grandeur et/ou la fréquence des inondations à l'échelle globale, ce qui se traduit par un indice de confiance faible."

Au sujet des tempêtes, orages, grêle etc.
"En résumé, il y a une faible confiance dans les tendances observées pour les phénomènes météorologiques violents à petite échelle tels que les grêles, les orages, à cause de l'inhomogénéité des données et de l'inadaptation des systèmes de suivi."

Concernant les sécheresses et les affirmations du rapport précédent AR4 :
"Au vu des études mises à jour, les conclusions de l'AR4 (Le rapport 2007 du GIEC) concernant une augmentation des sécheresses depuis les années 1970, ont été probablement surestimées".

Concernant les cyclones extra-tropicaux :
"En résumé, la confiance est faible dans des changements à grande échelle de l'intensité des cyclones extra-tropicaux extrêmes depuis 1900."

En bref, faute de données objectives, pour beaucoup de ces événements climatiques (météorologiques) extrêmes, le GIEC ne peut pas se prononcer ou, lorsque les observations existent, on ne voit pas de tendance statistiquement significative qui puisse permettre d'incriminer le "changement climatique".

En conclusion, on peut se demander légitimement quelle est l'utilité des volumineux rapports que le GIEC publie périodiquement depuis plus de 20 ans ainsi que celle des nombreux graphiques établis et rendus accessibles par les différents organismes officiels financés par les états et chargés du suivi des calamités climatiques.Il apparaît évident que ni les responsables des grands ministères, ni les organismes d'information européenne, ni la banque mondiale, ni l'UNFCC de l'ONU, ni les rédacteurs des dépêches des médias, ne se donnent la peine de les consulter et de s'y référer avant de rédiger leurs communiqués.

  

Compte tenu du nombre et de la qualité des acteurs impliqués, il est difficile d'imaginer qu'il s'agirait d'incompétence ou de légèreté. On doit malheureusement en conclure qu'il est probable que des objectifs politiques ont pris le pas sur les observations scientifiques et sur l'impérieuse nécessité d'informer correctement le grand public. Il apparaît que les tragédies causées par le cyclone Pam, tout comme celles du typhon Haiyan, ont pu être récupérées à des fins politiques dans la perspective de la promotion de la conférence mondiale, dite COP21, qui se tiendra à Paris à la fin de cette année. Si c'était le cas, doit-on rappeler, une fois encore, que la fin ne justifie pas les moyens ?

  

Stay Tuned !

PS : De nombreux lecteurs me font remarquer que la plupart des déclarations impliquant Pam, mériterait l'attribution d'un bonnet d'âne comme PU le pratiquait autrefois. Compte-tenu de l'approche de la COP21, il serait sans doute bon que je réapprovisionne ma collection de ces prestigieux couvre-chefs en passant une grosse commande chez mon fournisseur. D'autre part, la mise en place d'un climathon hebdomadaire sur Skyfall permet de distinguer quelques uns des plus brillants candidats.

Pensée unique 22/4/2015

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