Un peuple se définit-il ethniquement?

Dans un entretien du  15 avril 2009,  donné au journal L’HUMANITE  « Le juif n’est pas une essence, c’est une grande religion » (1)  l’historien israélien, Shlomo Sand, a remis  en question les mythes fondateurs d’Israël et même l’existence d’un peuple juif. Dans cet entretien à l’Humanité, il a développé les mêmez  idées essentielles de son livre  « Comment le peuple juif fut inventé » (Editions Fayard, 2008), où il entend démontrer que le peuple juif n’existe pas.
Voici une Lettre ouverte au professeur Sand,  que je  viens de recevoir , émanant du  Professeur Jean-Charles Chebat, Ph.D., CQ ,  ancien Vice-président de la Société Royale du Canada et Professeur titulaire à l’Université de Montréal.
 
«  L’article du professeur Sand a laissé pantois plusieurs de mes collègues. C’est en leur nom et au mien que je propose cette brève réplique.
Un peuple se définit-il ethniquement? Le manque d’homogénéité ethnique d’un peuple compromet-il son authenticité et sa légitimité? Ces questions ne devraient plus se poser aujourd’hui. On ne se sait que trop bien les conséquences de ce genre d’interrogations : depuis les enquêtes de l’inquisition espagnole et portugaise sur le sangre limpio jusqu’à, bien sûr, celles des nazis sur les ancêtres aryens. Que ces questions refassent surface aujourd’hui donnent la nausée.
Il semble que ces questions ne se posent que pour le peuple juif. En vérité, ces questions renferment une sorte de « catch 22 », de « double bind ». Si le peuple juif est homogène, c’est qu’il est raciste, exclusiviste et rejette les liens avec les autres peuples. Si au contraire il est métissé, thèse de ce professeur, il est illégitime sur sa Terre.
Pose-t-on des questions semblables pour d’autres peuples? Par exemple, les Français. Les Français n’ont-ils pas été nourris du mythe de « nos ancêtres les gaulois ». Les Français sont le produit d’un métissage incroyablement riche. Que seraient-ils sans l’apport (souvent sous forme d’invasion) des Latins en Provence, des Anglais dans la Normandie, des Allemands en Alsace; sans l’immigration des Italiens, des Espagnols, etc… Le terme même de France réfère à des tribus germaniques. Cela remet-il en question la légitimité des Français en France?
Prenons aussi le cas des Palestiniens. Comment rattacher les Palestiniens d’aujourd’hui avec les Palestiniens bibliques, qui n’étaient pas des Sémites mais des envahisseurs (venus sans doute de Grèce). À ce lointain et mythique apport génétique original se greffent un nombre étonnant d’autres apports : les envahisseurs arabes, certes, mais aussi les Latins, les Perses, les Ottomans, les Croisés venus d’Allemagne, Angleterre, France, Espagne. Cette vaste hétérogénéité compromet-elle leur légitimité d’être appelé « peuple »? Je n’ai jamais entendu cette question.
Il est paradoxal que la question se pose uniquement dans le cas du peuple Juif. Les Juifs ont démontré leur volonté de survivre sans État, sans terre, sans protection, dans l’hostilité quasi-générale pendant des siècles. C’est un fait unique et établi. S’il est un peuple pour qui cette question ne se pose pas, c’est bien le peuple juif. ».
 
 
Lettre du Professeur Jean-Charles Chebat
Publication par Ftouh Souhail
 
(1)
http://www.humanite.fr/2009-04-15_International_Shlomo-Sand-Le-juif-n-est-pas-une-essence-c-est-une-grande

Ftouh Souhail 23/4/2009

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