Le public ciblé d’Ahmadinejad

Selon les versions de l’Iran et du Hezbollah, la visite du président Mahmoud Ahmadinejad au Liban la semaine prochaine sera une splendide aventure. L’homme qui a volé sa fonction puis tué des compatriotes pour couvrir son crime, sera accueilli comme un conquérant héroïque. Des panneaux d’affichage lui souhaitant la bienvenue et des drapeaux iraniens seront alignés sur les routes depuis l’aéroport de Beyrouth jusqu’à la frontière avec Israël.
La visite d’Ahmadinejad au Liban Sud sera le point fort de sa visite de deux jours. Pour préparer son arrivée à la ville frontière de Maroun-al-Ras, le Hezbollah a construit une réplique du Mont du Temple à Jérusalem orné de drapeaux iraniens. On a prévu que Ahmadinejad se tienne à l’extérieur de la structure pour jeter des pierres sur les forces de Tsahal patrouillant le long de ce qu’il aurait désigné comme « la frontière Sud de l’Iran avec Israël ».
Beaucoup d’Israéliens sont irrités par le voyage d’Ahmadinejad au coin de notre pays. Il est troublant que l’homme qui personnifie l’objectif islamiste d’éradiquer le Peuple juif se tienne au sens propre à notre porte pour nous provoquer.
Avant que nous ne perdions notre tempérament, il est loin d’être certain que Israël soit la première cible  d’Ahmadinejad. En jetant des pierres sur Israël, Ahmadinejad ne nous dira rien que nous ne sachions déjà sur ses sentiments à l’égard des Juifs et de notre Etat. Il ne nous signalera rien  que nous ne sachions déjà au sujet de la capacité de sa force vassale, le Hezbollah, de nous faire la guerre.
Alors quel nouveau message Ahmadinejad apporte-t-il avec lui ? Avec qui communique-t-il ?
La visite d’Ahmadinejad doit être observée dans le contexte régional où elle a lieu. En particulier, il faut la considérer sur l’arrière-fond de la politique libanaise. Elle doit aussi être vue dans le contexte d’un avertissement à la puissance et à l’influence américaines dans la région. En définitive, elle doit être évaluée selon les termes des affaires intérieures de l’Iran et de la lutte actuelle d’Ahmadinejad contre son peuple qui rejette sa direction. Alors que les intentions malignes de l’Iran à l’encontre d’Israël demeurent statiques, tous les autres développements dans la région sont dynamiques.  
Un aspect de la visite d’Ahmadinejad est parfaitement clair. C’est l’équivalent diplomatique d’un circuit victorieux. Le tyran iranien utilise son voyage comme opportunité pour afficher sa position de suzerain colonial du Liban.
Cela signifie que l’Iran considère maintenant qu’il est dans son intérêt de montrer que le Liban d’aujourd’hui n’est rien de plus qu’une colonie iranienne. L’indépendance du Liban est un mirage que l’Iran ne croit plus dans son intérêt de maintenir.
De plus, non seulement la visite triomphaliste d’Ahmadinejad montre que le Liban a perdu son indépendance et sert d’Etat vassal de l’Iran. Mais encore elle détruit le mythe de l’histoire occidentale populaire sur le Hezbollah comme force politique et militaire libanaise indépendante.
Avant la visite d’Ahmadinejad, les Gardiens de la Révolution Iraniens se sont déployés en force à travers le Liban. Le Hezbollah opère ouvertement sous le commandement des Gardiens de la Révolution. Il ne s’agit pas du comportement d’une entité libanaise interne. C’est le comportement d’un franchisé totalement possédé et contrôlé par l’Iran.
Au cours de la semaine écoulée, beaucoup de commentateurs et officiels régionaux ont prévenu que la visite d’Ahmadinejad pourrait être le prélude à la consolidation du contrôle du Hezbollah sur le Liban. Les évènements récents donnent du crédit à ces avertissements.
Le Premier Ministre libanais Saad Hariri n’a pas eu un seul jour de paix depuis qu’il s’est incliné face à la pression du Hezbollah et formé un gouvernement en novembre 2009, dans lequel le vassal de l’Iran se voyait conféré un pouvoir de veto sur toutes les décisions du gouvernement. La décision de Hariri l’a placé dans la situation peu enviable de devoir s’incliner et s’agenouiller face aux assassins syriens et du Hezbollah de son père, l’ancien Premier ministre Rafik Hariri.
La culpabilité syrienne et du Hezbollah dans le meurtre du père de Hariri en février 2005 a été le point central de la Commission de l’ONU chargée d’enquêter sur ce crime. Les derniers rapports indiquent que les enquêteurs de l’ONU désigneront des officiers du Hezbollah comme responsables de l’attentat. Le tribunal de l’ONU doit annoncer ses conclusions dans les semaines à venir.
Ainsi la visite d’Ahmadinejad survient juste avant que sa force libanaise vassale ne reçoive de graves éclaboussures au visage. Une déclaration de culpabilité du Hezbollah par l’ONU diminuerait à la fois la réputation du Hezbollah au Liban et sa réputation internationale. L’Iran a un intérêt évident à neutraliser l’impact de l’annonce attendue.
A cette fin, la Syrie et le Hezbollah ont constamment fait monter leurs exigences pour que Hariri et ses associés du mouvement du 14 mars désavouent l’enquête de l’ONU et dénoncent tous leurs collègues qui ont impliqué la Syrie et le Hezbollah dans l’attentat de 2005. Faisant monter la pression lundi, la Syrie a publié des mandats d’arrêt contre 33 officiels libanais de haut rang alliés de Hariri, en raison de ce que Damas prétend être leurs faux témoignages devant la commission de l’ONU. Le Hezbollah et ses subordonnés dans le monde politique libanais ont suivi le procès, exigeant que le gouvernement désavoue le tribunal de l’ONU et refuse de le financer.
A la fin de cette semaine, Hariri et ses alliés refusent de se plier à cette nouvelle série de pressions. Ils ont reconnu que s’ils se soumettent, cela détruira le Mouvement du 14 Mars en tant que force politique indépendante au Liban.
Hélas pour les forces du 14 Mars, le fond de l’affaire est que s’ils tiennent la dernière barricade, ce sera sûrement un exercice de futilité. Les articles des medias arabes de la semaine ont montré que Hariri et ses alliés peuvent bien chercher le soutien saoudien et égyptien pour les milices chrétiennes et sunnites qui pourraient être attaquées par le Hezbollah au cours de la confrontation anticipée après la visite d’Ahmadinejad.
Mais les réponses officielles à ces affaires montrent que personne ne veut en faire plus qu’un soutien rhétorique rapide aux Libanais. Jeudi, le ministre égyptien des affaires étrangères Ahmad Aboul Gheit a nié que l’Egypte aide les milices, mais il a aussi pointé un doigt accusateur sur l’Iran. Après avoir appelé l’article un « mensonge », Gheit ajouta : « Certains au Liban veulent être seuls à contrôler le pays et ce problème est lié à l’Iran ».
Cette absence de soutien arabe à Hariri et à ses alliés est une conséquence directe de l’abandon effectif des forces du 14 Mars par les USA. Alors que l’administration Bush a sans doute causé le plus grand dommage en forçant Israël à rechercher un cessez-le-feu en 2006 puis n’a rien fait pour mettre fin au coup d’Etat du Hezbollah en mai 2008, le gouvernement Obama a aggravé le dommage par son irresponsabilité abjecte.
Tout d’abord, il y a le maintien entêté du gouvernement des USA dans son soutien massif à l’armée libanaise en dépit des preuves surabondantes qu’aujourd’hui, l’armée libanaise agit comme le vassal du Hezbollah. De façon à maintenir ce soutien, le gouvernement des USA a fait passer une vague de pressions au Congrès après l’assassinat en août par l’armée libanaise du Lt-Colonel de Tsahal, Dov Harari.
Ensuite, il y a le gouvernement des USA qui se lisse les plumes et s’agenouille devant Assad. L’obsession de l’administration du soi-disant processus de paix entre Israël et ses voisins a rendu impossible pour Washington de tenir une position concertée à l’encontre de la Syrie, qu’elle espère convaincre de négocier avec Israël. Même lorsque Assad a rendu visite à Téhéran et déclaré sa dévotion immortelle à l’Iran, le gouvernement des USA a reçu à Washington son ministre adjoint des affaires étrangères Faisal Moqtad, et roucoulé que la Syrie est « absolument essentielle pour une paix complète »  et la stabilité régionale. 
Au sujet de l’incompétence stratégique des USA, il faut considérer les commentaires élogieux sur le Hezbollah du conseiller de haut rang pour le contre-terrorisme du président des USA Barack Obama, John Brennan, en mai dernier. Lors d’une conférence publique, Brennan a désigné le Hezbollah comme « une organisation très intéressante ». Ignorant totalement le fait que le Hezbollah est contrôlé par l’Iran, Brennan a dit que les USA cherchent à « bâtir avec les éléments les plus modérés du Hezbollah aux dépens de ces éléments du Hezbollah qui sont une vraie source de tracas pour nous ».
La dégringolade des USA dans l’imbécillité stratégique a convaincu les dirigeants arabes qu’ils doivent éviter de se placer du mauvais côté par rapport à l’Iran. Alors que les USA se tiennent à l’écart pendant que l’Iran paralyse le gouvernement de l’Irak d’après les élections, personne ne peut plus prendre au sérieux les garanties des USA. Et s’il persistait le moindre doute sur l’état des affaires, le fait que les USA n’ont pas de levier avec lequel contraindre le gouvernement libanais d’annuler la visite d’Ahmadinejad renforce cette réalité morose.
Le dernier public ciblé de la visite d’Ahmadinejad est le peuple iranien. Comme certains commentateurs l’ont remarqué, son circuit victorieux à Bint’Jeil et Maroun-al-Ras est un message à son propre peuple. D’un côté il montre au peuple iranien, qui cherche à renverser son régime despotique, que Ahmadinejad est une étoile montante régionalement. D’un autre côté, la consolidation violente attendue de la part du Hezbollah pour contrôler le Liban, signale au peuple iranien qu’il devrait être très effrayé. Au moment où son vassal libanais n’hésitera pas à assassiner son collègue libanais pour faire progresser les intérêts du régime iranien, de même le régime iranien n’hésitera pas à utiliser toute la force nécessaire pour étouffer tous les opposants intérieurs.
Si de fait, les publics cibles de Ahmadinejad sont libanais, panarabes et iranien, alors Israël devrait-il se préoccuper de sa visite ? La réponse à la question est oui, non du fait de la visite, qui par elle-même et au-delà augmente la probabilité d’une guerre. Avec son contrôle total sur le Sud Liban et ses 40.000 missiles, le Hezbollah peut déclencher une guerre contre Israël à n’importe quel moment. La visite d’Ahmadinejad n’ajoute ni ne retranche rien à cette sinistre réalité.
La raison pour laquelle les Israéliens devraient être préoccupés, c’est parce que la visite d’Ahmadinejad peut avoir un impact négatif sur les perceptions du résultat politique probable d’une guerre avec Israël.
En Octobre 1973, l’Egypte savait qu’elle n’avait pas les moyens de vaincre Israël militairement. L’avantage stratégique d’Israël sur l’Egypte était clair. Mais des évènements précédant cette guerre – dont le passage de l’Egypte du camp soviétique vers celui des USA dans la Guerre Froide – a convaincu le président égyptien Anouar Sadate qu’il pouvait utiliser une victoire militaire limitée pour gagner une victoire stratégique contre Israël. Son pari paya puisqu’une année plus tard, les USA obligèrent Israël à se retirer de la plus grande partie de la péninsule du Sinaï.
L’insécurité des Etats arabes, l’ascension de l’Iran au Liban et à travers la région, l’évanouissement de la puissance régionale des USA, et les voix de sympathie en faveur du Hezbollah dans le gouvernement Obama, forment un climat politique global qui augmente la probabilité que l’Iran mène une autre guerre contre Israël via le Hezbollah. Les options d’Israël dans ce contexte sont limitées. Evidemment, il doit se préparer à la guerre et s’engager à vaincre le Hezbollah comme force combattante et donner un coup paralysant à la Syrie dans le cas où la guerre éclatera. Israël doit également prendre toutes les mesures politiques possibles pour avoir un impact sur les calculs politiques des divers acteurs régionaux.
Avoir Ahmadinejad sur sa frontière est troublant. Mais pour se préparer et faire face convenablement à la menace qu’il représente, nous devons comprendre ce qu’il fait ici.
 
caroline@carolineglick.com

http://www.jpost.com/Home/Article.aspx?id=190612

Adaptation française de Sentinelle 5771 ©

Sentinelle 5769 8/10/2010

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  • Jean-Luc LUMEN dit :

     » L’homme qui a volé sa fonction puis tué des compatriotes pour couvrir son crime, sera accueilli comme un conquérant héroïque »
    …heu… vous auriez du mettre…un parmi tant d’autres « chefs d’états  » qui ont volés puis tués……….

    L’adage ne dit il pas…le vainqueur ou le plus fort a toujours raison…et sera accueilli en grande pompe…
    Ne pas mettre tous les œufs dans le même panier…
    …Mieux vaut prévenir que guérir…

    Bref…personnellement j’ai comme une impression…que le temps va se gâter…les nuages s’accumulent…que le casque lourd sera notre prochain couvre chef…le gilet-petite-laine-pare-balles recommandé ….pour les soirées… fraîches…

    Jean-Luc LUMEN