Le dialogue Euro-Arabe et la naissance d’Eurabia (2)

Les directives approuvées par les plus hautes autorités politiques, universitaires et religieuses engagées dans le DEA, impliquaient les médias, les télévisions, les radios, la presse, les universités, les diverses activités culturelles. Les thèmes majeurs de cette culture de la haine furent empruntés au monde arabe où ils étaient déjà diffusés dès les années 1950.

Les principaux sont:

1) le négationnisme concernant la Shoa ; 2) l’accusation de son instrumentalisation comme moyen de chantage sur l’Europe en faveur d’Israël ; 3) la délégitimation de l’État hébreu ; 4) l’occultation de son histoire transférée aux Arabes palestiniens; 5) le culte de la destruction d’Israël comme source de rédemption du monde ; 6) le boycott culturel d’Israël et son isolement sur la scène internationale — politique qui réactivait le statut du Juif en Chrétienté et celui du dhimmi dans l’islam ; 7) l’absurde inculpation de l’Europe pour la résurgence d’Israël.

L’engrenage induit par le DEA conduisit la CE à tolérer les terroristes palestiniens sur son propre territoire, à justifier et légitimer passivement leur terreur contre Israël, puis à financer de fait l’infrastructure terroriste palestinienne devenue « autorité palestinienne », et l’éducation de la haine dans ses écoles. L’UE a été l’un des plus grands donateurs de 1’UNRWA, auquel elle a fourni 38% de son budget. De 1994 à 1997 l’aide européenne s’est élevée à 1,68 milliard d’écus. En 1998, des aides supplémentaires furent planifiés sur cinq ans.

C’est en 2000-2002 qu’Eurabia a peut-être effacé Europa.


En Eurabia la conception islamique de l’histoire a supplanté le souvenir de l’institution du djihad, de la dhimmitude qui ont régi les relations des musulmans avec les non-musulmans du VIIe siècle à nos jours. La culture d’Eurabia présente aujourd’hui une combinaison d’animosité anti-juive, anti-chrétienne et anti-américaine. Les hommes politiques et les intellectuels qui ont mené aux forceps la naissance de cette nouvelle entité politicoculturelle ont nié la vague de diffamation et d’attaques contre les Juifs en Europe, vague qu’ils ont eux-même rendue possible et attisée de façon irresponsable depuis 30 ans. Ils négligent la réalité de l’antisémitisme comme ils ont négligé les atteintes aux droits fondamentaux des citoyens européens par des courants idéologiques générant la délinquance et la menace terroriste, qu’ils ont laissé s’installer impunément dans leur pays.

Le silence et la négligence des pouvoirs publics en France face à la vague d’agression antisémite durant les années 2000-2002 n’est que la face émergée de l’iceberg d’une politique globale. Sur tout le territoire d’Eurabia couvert par les accords du DEA, l’on retrouve la même uniformité de pensée, les mêmes tabous et les mêmes censures dans les universités et les appareils d’information, les mêmes contre-vérités historiques et politiques érigées en dogme, la même tactique d’obstruction des éditeurs et des libraires, le même culte de valeurs destructrices des libertés civiles et intellectuelles, la même démonologie des Juifs et d’Israël, la même culpabilisation des Juifs et des Chrétiens à l’égard du monde arabo-islamique. Quand les futures générations se pencheront étonnées sur la mort d’Europa, elles découvriront que les armes qui ont provoqué sa disparition furent l’intérêt économique et l’hostilité envers Israël. Le DEA qui lia l’économie européenne aux stratégies politiques arabes planifiant la destruction d’Israël, fut le cheval de Troie de cette dérive de l’Europe vers la sphère d’influence et de pouvoir arabo-islamique. Les apprentis sorciers ont ouvert la voie à un futur inquiétant.


Bat Y'eor

NOTES (1 et 2)


1. Saleh A. Al-Mani, The Euro-Arab Dialogue. A Study in Associative Diplomacy, ed. Salah Al-Shaikhly, Frances Pinter (Publishers), Lon-dres, 1983, p.48. Voir aussi sous la direction de Jacques Bourrinet, Le Dialogue Euro-Arabe, Economica, Paris 1979.

2. Documents d’Actualité Internationale (ci-après DAI), 1974, n°l, pp.2-3.

3. Voir Al-Mani, pp 70-73 ; 111 ; Bourrinet, p. 4. Analysant la formule du DEA, John Waterbury écrit « Le marchandage éventuel se déroulera sous forme d’un troc : les revendications politiques arabes contre les objectifs économiques européens. » ib., p.25, voir aussi Françoise de la Serre, «Conflit du Proche-Orient et Dialogue Euro-Arabe :La Position de l’Europe des Neuf » dans ib.

4. Voir la 2e Conférence islamique, Lahore, 24 février 1974, dans DAI, 1974, n° 14, pp. 274-81.

5. DAI 1974, Conférence des Chefs d’Etat Arabes (Alger, 26-29 novembre 1973) Déclaration de politique Générale (Alger, 28 novembre 1973) (Source : Conférence des Chefs d’Etat arabes, (en français) n°7, pp.122-26).

6. Al-Mani, pp.70-73.

7. Bat Ye’or, Juifs et Chrétiens sous l’Islam. Les dhimmis face au défi intégriste, Paris, Berg International, 1994, p. 252.

8. Al-Mani, pp. 65-66, 69. La Déclaration officielle dans le DAI, 13 mai 1979, n° 19 donne une autre formulation.

9. Ce numéro de DAI, ayant disparu de la collection à la Bibliothèque du Palais des Nations à Genève, la référence ci-après est celle de Bourrinet, pp.331-35 : DAI 1977, n° 16-17, pp. 315-19.-

10. Edmond Völker, ed., Euro-Arab Cooperation. Europa Instituut, University of Amsterdam, Amsterdam, The Netherlands, A.W. Sijthoff, Leyden, 1976, p. 179.

11. Euro-Arab Dialogue. The Relations between the two cultures. Acts of the Hamburg symposium April 11th to l5th 1983. English version ed. by Derek Hopwood, Croom Helm, Londres,1983, voir les recom-mandations du Séminaire de Venise, pp. 317-323.

12. Ib., pp.320-2l.

13. Ib., p.19.

14. DAI, 2 septembre 1977, n° 35, Conseil Européen (Londres, 29-30 juin 1977) p.137. Déclaration des Neuf sur le Moyen-Orient (Londres, 29, juin 1977) (Source Ministère des Affaires étrangères) Textes Offi-ciels, pp.666- 67.

15. Ib., 1977, n° 44, ONU, Assemblée Générale, Texte Officiel, pp.854-55.

16. Ib., 1974, n°14, La 2° Conférence islamique. 50. Déclaration finale (Lahore, 24 février 1974) pp. 275-76.

17. Le refus du terme « judéo-christianisme » a été souvent exprimé oralement, Bruno Etienne mentionne ce refus, voir La France et l’islam, Paris, 1989, Hachette, p.l89.

Michel Leubel 10/5/2015

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