7 février 2023
Non classé

Écouter la France qui gronde

Mais la coalition politique recherchée par le président de l’UDF lui interdit de mettre trop de mots sur cette crise existentielle mal assumée. Moins on a d’idées, mieux on s’entend. Or, il est temps de dire les choses. Hannah Arendt écrivait : « La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat. » Sur l’immigration, sujet tabou, la faute serait de laisser, une fois de plus, à Jean-Marie Le Pen le monopole des affirmations. Quand il déclare, samedi, que la France a accueilli dix millions d’immigrés en trente ans, Nicolas Sarkozy hausse les épaules : « C’est du Le Pen».

Mais quels sont les chiffres ?

Les voici : l’apport démographique de l’immigration depuis 1960 serait de six millions, selon la démographe Michèle Tribalat. Quinze millions de Français seraient issus de l’immigration (avec au moins un parent ou un grand-parent immigré). Selon Maxime Tandonnet, conseiller auprès du ministre de l’Intérieur, 350 000 étrangers entreraient chaque année en France, clandestins compris : un phénomène qui a explosé après 1997 et les régularisations du gouvernement Jospin. À ce rythme, que restera-t-il de la nation en 2050 ?

Bayrou et Royal ont raison de vouloir aider au développement des pays pauvres, afin qu’ils gardent leurs habitants. En attendant, ils regardent la baignoire déborder. En Seine-Saint-Denis, 23 % des jeunes filles (dont 8 % de nationalité étrangère et 62 % ayant des pères nés à l’étranger) disent, cette semaine, avoir subi des violences physiques ou sexuelles, y compris dans leur famille. Les politiques s’imaginent-ils que les électeurs ne voient rien de ce qu’ils ont sous les yeux ?

Trente ans d’omerta

L‘immigration extra-européenne, réticente à s’intégrer, est l’urgence à résoudre. D’autant qu’elle est bien la cause d’une partie de l’insécurité : la population carcérale serait étrangère à 30 % et 30 % auraient la double nationalité (Le Point, 24 juin 2004). Pour la délinquance en bande, seuls 9 % des meneurs seraient des Français d’origine (Le Monde, 25 février 2006). La réussite de nombreux compatriotes issus de l’immigration ne peut faire oublier apartheids et ghettos qui s’installent dans des écoles et des cités.

Cependant, trente ans d’omerta – respectée par les médias et les démographes officiels – ne se lèvent pas d’un coup. Quand le directeur de l’Institut national d’études démographiques, François Héran, estime : « Le brassage des populations est en marche et rien ne l’arrêtera», après avoir assuré : « La France n’est pas un pays d’immigration massive », c’est pour s’en féliciter. L’appel de 350 «professionnels du cinéma », lancé mercredi avec le soutien du Monde et de Libération, pour la régularisation des sans-papier et de leurs enfants, illustre le renoncement à limiter les arrivées.

Ce poids de l’endoctrinement explique la gêne qui se devine chez Nicolas Sarkozy. « Je mets au défi qui que ce soit de trouver une seule idée que j’ai défendue qui soit conforme à ce que pense Le Pen, y compris sur l’immigration choisie », dit-il. Mais si Le Pen s’est disqualifié par ses outrances, son diagnostic était recevable. L’imprononçable préférence nationale aurait même l’adhésion de 57 % des électeurs de l’UDF et de 55 % de ceux de l’UMP, selon le sondage OpinionWay pour Le Figaro (2 mars 2007).

La France se prépare à un lent suicide identitaire, si rien ne vient freiner le peuplement en cours.

Le collectif Ni putes ni soumises, qui lutte contre le sexisme dans les cités, aurait déjà été contraint de céder le terrain à un « féminisme voilé » (Afp, 7 mars).

Ceux qui exaltent le déracinement sont les mêmes qui le mettent en cause pour expliquer les violences. Lundi, à Marseille, Sarkozy a annoncé vouloir réduire encore un peu les conditions du regroupement familial. Le bon sens, mais au goutte-à-goutte.

Électorat indécis

Près d’un Français sur deux n’a pas arrêté son choix. Il est vrai que Sarkozy, Bayrou et Royal ont intégré dans leurs discours la révolution conservatrice qui a gagné la société. Nation, autorité, famille, mérite sont des valeurs dont tous se réclament. La différence se fera, sans doute, sur le courage qu’ils mettront à affronter les réalités, en ne s’arrêtant pas à la remarque de Montherlant : « Les amis de la vérité n’ont pas d’amis. » La droite, qui vient probablement d’assurer à Le Pen ses parrainages manquants, a l’occasion de réduire le FN à sa dimension initiale de parti nationaliste, martial et fascisant, en récupérant son électorat désorienté. Mais cette campagne molle est son pire ennemi.

La culture oubliée


Affaire conclue, mardi : il y aura un musée Louvre à Abu Dhabi. Cependant, plutôt que de commercialiser la culture, il serait plus urgent de la transmettre. Réflexion de Richard Millet (Qu’est-ce que la France ?, sous la direction d’Alain Finkielkraut, Stock) : « Le monde judéo-chrétien, qui a fait de nous ce que nous sommes, est en train de devenir illisible ».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


%d blogueurs aiment cette page :