19 septembre 2021

L’impasse et l’imposture

La politique est ainsi faite que pour accéder aux plus hautes responsabilités, il faut savoir rassembler sa famille politique. C’est un véritable défi car le plus souvent, il existe des courants dans son propre parti et plusieurs partis se disputent le leadership de la même famille politique. Mais les querelles de famille sont les plus destructrices. Quand on rassemble, on prend le risque de trahir la pureté idéologique dont se réclament tous ceux qui s’engagent en politique. A gauche comme à droite, les alliances avec les uns feront hurler les autres. Et pourtant, il n’y a pas d’autres choix. Mitterrand a su rassembler la gauche autour d’un programme commun en 1981, ce qui lui a permis de devenir président alors que la droite était majoritaire (mais divisée) dans le pays. Il a conservé ce pouvoir en s’appuyant sur le front national qui a longtemps divisé la droite française. Jospin, avec la gauche plurielle, a tenté en vain de rééditer cet exploit. Depuis, la gauche n’en finit plus de se sombrer dans ses divisions et ses contradictions. La droite française a longtemps souffert de pareilles divisions, notamment de l’affrontement entre Giscard d’Estaing et Chirac. Il a fallu en finir avec le R.P.R pour pouvoir recomposer le paysage politique à droite.
Même si le taux d’abstention record nous invite à réfléchir sur le sens des élections européennes, il n’empêche personne de constater la bérézina socialiste et communiste. D’ailleurs, rien n’empêche les gens d’aller voter. Dans un pays libre, voter est d’abord un droit et non pas encore un devoir. Et cette abstention record n’est pas dénuée de sens politique. Tous les candidats en effet n’ont de cesse de vouloir faire le bonheur des gens malgré eux, d’utiliser l’Europe pour les protéger, pour améliorer leur vie…etc. Or, ce discours ne convainc pas la majorité des électeurs qui ne croient sans doute pas que les hommes et femmes politiques aient tant de pouvoirs. Serait-il souhaitable d’ailleurs qu’ils aient tant de pouvoir ?
 
Les français savent hélas que les gouvernements se succèdent mais les déficits publics et sociaux s’accumulent en une dette devenue problématique [1]. Derrière les chiffres, il y a des comportements, des décisions et des non-décisions (un déséquilibre persistant traduit une incapacité à prendre une décision pouvant conduire à rétablir l’équilibre). Pourquoi la dette publique s’envole dans nos sociétés modernes : car ce que l’on ne veut pas faire soi-même, on cherche à le faire faire par les autres. Cette posture – ou plutôt imposture – se traduit aussi par le culte bien français du service public illimité : les autres doivent s’occuper de moi gratuitement. On doit me fournir la santé, l’éducation, le bonheur, les loisirs, gratuitement…et moi qu’est-ce que je fournis en échange ? Rien pensez-vous, la santé est un droit, l’éducation est un droit, le bus devrait être gratuit, et la culture aussi… Mais la nourriture est essentielle à la vie car, avant d’avoir la santé, il faut déjà avoir la vie. On devrait distribuer la nourriture gratuitement et interdire ces maudites grandes surfaces qui font des marges indues… Mais qui paient les médecins, la recherche pharmaceutique, les professeurs… La réponse est : l’Etat. Mais l’Etat, comme l’enfer chez Sartre, c’est les autres. Tout attendre des autres et ne rien donner soi-même, n’est-ce pas là la plus juste définition de l’égoïsme ? On ne peut pas dans le même temps faire mine d’être choqué par le téléchargement illégal qui priverait les artistes de revenus mérités tout en généralisant par ailleurs le principe de gratuité qui prend des faux airs de solidarité. Quand le consommateur paie pour un bien ou un service, il fabrique dans le même le revenu de ceux qui fournissent ces biens et services.
 
Tout attendre des autres est une impasse car les « autres » dont il est question ne sont pas d’accords puisqu’ils poursuivent le même objectif, étant conditionnés par les mêmes incitations. Depuis plus de trente ans, on se camoufle la facture (inflation, prélèvements à la source) tout en reportant la charge sur ceux qui ne sont pas encore nés (il est bien connu qu’ils n’ont pas leur mot à dire) dans la mesure où la dette publique, ce sont les impôts de demain. Dans les deux cas, c’est pourtant une impasse dont il faudra bien sortir.
 
[1] On prévoit cette année un déficit public record atteignant 6 % du PIB, le double de ce qu’autorisent les critères européens. De là à penser que ceux qui gèrent l’Etat ne croient pas non plus à l’Europe puisqu’ils n’en respectent pas les règles de vie commune…
 
Perpignan, le 16 juin 2009
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