17 octobre 2021

Comprendre l’alliance israélo-égypto-saoudienne

Le partenariat qui a émergé dans cette guerre entre Israël, l’Égypte et l’Arabie saoudite est une conséquence directe de l’abandon par Obama des alliés traditionnels des USA.
 
La guerre du Hamas contre Israël n’est pas un évènement isolé. Elle survient dans le contexte de vastes changements qui bouleversent de vieux modèles de comportement et d’interprétations stratégiques alors que des acteurs de la région commencent à réévaluer les menaces auxquelles ils font face.
 
Le Hamas était autrefois financé par l’Arabie saoudite et encouragé par l’Égypte. Désormais, les régimes de ces pays le considèrent comme faisant partie d’un plus grand axe de jihad sunnite menaçant non seulement Israël, mais eux aussi.
 
Les « Frères Musulmans » en
Égypte, et leurs États parrains le Qatar et la Turquie, sont les membres clés de cette structure d’alliance. Sans leur soutien, le Hamas se serait effondré avec le régime des « Frères Musulmans » en Egypte l’été dernier. Il se trouve que tous considèrent la guerre du Hamas contre Israël comme un moyen de remettre au pouvoir les « Frères Musulmans » dans ce pays.
 
Pour parvenir à une victoire du Hamas, la Turquie, le Qatar et les “Frères Musulmans” utilisent le soutien de l’Occident au Hamas contre Israël. Si les USA et l’UE sont capables de contraindre l’
Égypte et Israël à ouvrir leurs frontières avec Gaza, alors les puissances occidentales offriront à l’axe jihadiste une victoire stratégique.
 
Les implications d’une telle victoire seraient horribles.
 
Idéologiquement, le Hamas ne peut être en rien être distingué de « l’
État Islamique ». Comme celui-ci, le Hamas a développé le massacre de masse et la terreur psychologique comme outils primaires de sa doctrine militaire. Si les USA et l’UE obligent Israël et l’Égypte à ouvrir les frontières de Gaza, ils permettront au Hamas de parvenir à une stabilité politique et stratégique à Gaza. En conséquence, le Gaza d’après cette guerre-là deviendra vite une version locale de l’État Islamique contrôlé à Mossoul.
 
Dans le premier exemple, un tel développement rendra la vie dans le Sud d’Israël trop périlleuse à supporter. L’Ouest du Négev, et peut-être Beersheva, Ashkelon et Ashdod deviendront inhabitables.
 
Puis il y a la Judée et la Samarie. Si, comme l’exigent les USA, Israël permet à Gaza de se connecter avec la Judée et la Samarie, le Hamas  dominera ces zones dans un bref délai. Militairement, le transfert de quelques milliers de grenades propulsées par des rockets que le Hamas détient à Gaza mettra en péril les forces militaires et les civils aussi.
 
Les véhicules blindés de Tsahal et les bus civils blindés seront mis en miettes.
 
Bien qu’opérant depuis Gaza, le Hamas avait besoin du gouvernement Obama et de l’administration de l’aviation fédérale pour conduire à la fermeture de l’aéroport Ben Gourion ; depuis la Judée et la Samarie, tout ce dont le Hamas aurait besoin serait une paire de mortiers transportable à la main.
 
Le Jordanie sera aussi directement menacée.
 
Du point de vue de l’
Égypte, une victoire du Hamas dans sa guerre contre Israël qui reliera Gaza au Sinaï renforcera les « Frères Musulmans », son « État islamique » et ses autres alliés. Un tel développement représente une menace majeure contre le régime.
 
Et cela nous amène à l’Etat islamique lui-même. Il n’aurait pas pu grandir jusqu’à ses proportions monstrueuses actuelles sans le soutien du Qatar et de la Turquie.
 
« L’Etat islamique » est bien entendu intéressé par l’extension de ses conquêtes. Comme il se considère comme un Etat, sa prochaine décision doit être de lui permettre de s’emparer d’une économie nationale. La descente sur la banque centrale de Mossoul ne suffira pas à financer ses opérations très longtemps.
 
A ce stade, « l’Etat islamique » souhaite éviter une confrontation en règle avec l’Iran : aussi s’avancer dans le Sud de l’Irak n’est sûrement pas une perspective. Les forces des USA au Koweït, et la force et l’unité d’objectif de l’armée jordanienne, tient probablement les deux royaumes à distance du bloc coupant de « l’Etat islamique » actuellement.
 
Cela fait de l’Arabie saoudite, ou une partie de celle-ci, la prochaine cible de l’expansion de « l’Etat islamique ».
 
Les opérations actuelles de « l’Etat islamique » au Liban, qui menacent le régime soutenu par l’Arabie saoudite là-bas, montrent que le Liban est aussi pour le moins en grave danger.
 
Et puis il y a l’Iran, qui n’est pas un membre de l’axe jihadiste sunnite. Mais quand on en vient à Israël et aux régimes non jihadistes, il a collaboré avec eux.
 
L’Iran a financé, entraîné et armé le Hamas pendant la dernière décennie. Il considère la guerre du Hamas contre Israël du même oeil que celle de son substitut le Hezbollah contre Israël il y a huit ans.
 
Aussi bien en Irak et en Syrie, l’Iran et « l’Etat islamique » ont montré peu d’intérêt pour faire de l’autre leur cible principale. La Turquie et le Qatar ont souvent servi de soutien à l’Iran dans le monde sunnite.
 
Voilà le contexte dans lequel Israël mène ses combats contre le Hamas. Et de ce fait, deux évènements stratégiquement reliés sont survenus depuis le début de la guerre.
 
Le premier est lié aux USA.
 
La décision du gouvernement Obama de prendre le parti des membres de l’axe jihadiste contre Israël en acceptant leur exigence d’ouvrir les frontières de Gaza avec Israël et l’Egypte a servi de dernier clou dans le cercueil de la crédibilité stratégique de l’Amérique parmi ses alliés régionaux traditionnels.
 
Tandis les USA se tenaient avec le Hamas, ils ont aussi maintenu la poursuite d’un accord nucléaire avec l’Iran. La position des USA dans ces pourparlers est de mettre la mollahcratie en capacité de suivre le chemin de la Corée du Nord vers un arsenal nucléaire. Les Etats sunnites non jihadistes partagent la conviction d’Israël qu’ils ne peuvent pas survivre avec un Iran nucléaire.
 
Finalement, le refus du président Barack Obama jusqu’à ce jour de mettre en route une action offensive pour détruire « l’Etat islamique » en Irak et en Syrie démontre à l‘Arabie saoudite et aux autres Etats du Golfe qu’avec Obama, les USA permettront plutôt l’expansion de « l’Etat islamique » sur leur territoire et leur destruction plutôt que le retour des forces militaires des USA en Irak.
 
En d’autres termes, la stratégie politique d’Obama en faveur du Hamas, de l’Iran et de « l’Etat islamique » associée à son refus à ce jour de prendre des mesures efficaces en Irak et en Syrie pour annihiler « l’Etat islamique », ont convaincu les alliés traditionnels des USA que pour les trente mois à venir [terme de la présidence Obama], ils ne peuvent pas écarter la possibilité que les USA ne prennent des décisions qui leur portent préjudice.
 
C’est dans ce contexte de glissement d’alliances des USA sous Obama que les régimes sunnites non jihadistes ont commencé à réévaluer leurs liens avec Israël. Jusqu’à la présidence d’Obama, les Saoudiens et les Egyptiens se sentaient en sûreté dans leur alliance avec les USA. Par conséquent, ils n’avaient jamais senti la nécessité ni même le désir d’envisager Israël comme partenaire stratégique.
 
Sous la protection stratégique des USA, les régimes sunnites traditionnels se payaient de luxe de maintenir leur soutien aux terroristes palestiniens et de rejeter la notion de coopération stratégique avec Israël, que ce soit contre l’Iran, al Qaïda ou tout autre ennemi commun.
 
Ainsi séquestré par les USA, Israël se convainquit que la seule manière de bénéficier d’un bénéfice partagé avec ses voisins, c’était d’abord de s’incliner devant l’obsession de longue date des USA de renforcer l’OLP. Cela a impliqué de restituer des territoires, la légitimité politique et de l’argent à un groupe terroriste toujours engagé dans la destruction d’Israël.
 
La guerre contre le Hamas a changé tout cela.
 
Le partenariat qui a émergé dans cette guerre entre Israël, l’Egypte et l’Arabie saoudite est une conséquence directe de l’abandon par Obama des alliés traditionnels des USA. En reconnaissant la menace que le Hamas, composante de l’alliance jihadiste sunnite, constitue pour leurs propres régimes, et en l’absence de soutien américain à Israël, l’Egypte et l’Arabie saoudite ont œuvré avec Israël pour vaincre le Hamas et garder scellées les frontières de Gaza.
 
La majorité des Israéliens doivent encore saisir la signification stratégique de cette alliance émergente. Cela est dû en grande partie à la domination du discours public par la Gauche.
 
La Gauche israélienne voit bien ce nouveau partenariat. Mais elle ne parvient pas à comprendre son fondement ou sa signification. Pour la Gauche, tous les développements mènent à la même conclusion : quoiqu’il arrive, Israël doit renforcer l’OLP en renforçant le président de l’Autorité Palestinienne et chef de l’OLP, Mahmoud Abbas.
 
Ne parvenant à identifier le fondement pour Israël du partenariat stratégique émergent, conduit par le ministre des finances Yair Lapid et la ministre de la justice Tzipi Livni, la Gauche se fait l’avocat de nos nouveaux liens avec l’Arabie saoudite et l’Egypte comme moyens de renforcer Abbas en organisant une conférence régionale de la paix.
 
Ce qu’ils ne parviennent pas  comprendre c’est qu’une telle décision détruirait le partenariat.
 
La coopération stratégique d’Israël avec l’Egypte et l’Arabie saoudite est liée à leurs intérêts partagés. Elle ne peut pas aller au-delà. Et ils n’ont aucun intérêt partagé pour l’OLP.
 
Menacé par l’axe du jihad, Aucun gouvernement musulman ne peut être vu publiquement avec des Israéliens. Demander à des dirigeants égyptiens et saoudiens d’être pris en photo avec des Israéliens est comme leur demander de signer leur propre arrêt de mort.
 
De plus, l’Etat final demandé Par Israël dans les négociations avec l’OLP – avec des frontières défendables et la reconnaissance de sa souveraineté sur Jerusalem – est quelque chose qu’aucun régime musulman ne peut accepter publiquement – en particulier maintenant.
 
Jusqu’à présent en partant de notre nouvelle relation de coopération, si la gouvernement suit l’avis de la Gauche et utilise nos liens débutants avec les Saoudiens et les Egyptiens pour renforcer l’OLP, cela soulignera et aggravera les intérêts divergents et détruira le partenariat.
 
De plus, le fait est que l’OLP ne peut jouer Aucun rôle constructif pour a  aucune des parties en affaiblissant nos ennemis communs. Comme il l’a fait dans la décennie passée, pendant la guerre actuelle, Abbas a démontré qu’il est totalement inutile dans la lutte contre les forces du jihad – aussi bien dans sa variété sunnite que shiite.
 
Au moins, pendant la durée de la présidence d’Obama, les intérêts que l’Egypte, l’Arabie saoudite et Israël partagent pour empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires et vaincre les « Frères Musulmans » et l’Etat Islamique en tant que menaces militaires et politiques ne peuvent progresser que grâce à une action conjointe.
 
Le gouvernement Obama aurait obligé Israël à s’incliner devant les exigences du Hamas si les Egyptiens et les Saoudiens ne s’étaient pas opposés à une victoire du Hamas.
 
Sans l’action militaire d’Israël, l’Iran deviendra une puissance nucléaire. A la lumière du soutien des USA au programme nucléaire de l’Iran, une telle opération israélienne est en effet impossible sans un soutien régional.
 
De même pour « l’Etat Islamique », dès maintenant les USA sont intéressés à coopérer avec l’Iran pour combattre la force barbare.
 
En échange de la coopération iranienne, les USA pourraient céder Bassorah et le « Shott al-Arab » à l’Iran.
 
Une coopération effective entre Israël, les Kurdes et les Sunnites pourrait s’opposer, et peut-être vaincre « l’Etat Islamique » tout en réduisant les chances de l’Iran de s’assurer une voie navigable vitale stratégiquement.
 
Puisque le partenariat émergent entre Israël, l’Egypte et l’Arabie saoudite est un résultat direct de la destruction de a crédibilité stratégique des USA par le gouvernement Obama, il est bien clair qu’en le menant bien, il peut durer jusqu’en janvier 2017[terme de sa présidence]. Jusque là, selon toute probabilité, les USA ne voudront pas et ne pourront pas rebâtir leur réputation.
 
Et jusque là, les parties ne trouveront probablement pas de moyens alternatifs pour assurer leurs intérêts, plus efficaces qu’une action conjointe.
 
Suivant les risques et les capacités complémentaires des diverses parties, la tâche prioritaire d’Israël aujourd’hui doit être d’œuvrer tranquillement et avec diligence avec les Saoudiens et les Egyptiens pour élargir leurs réalisations conjointes à Gaza.
 
L’alliance Israélo-Egypto-Saoudienne permet d’assurer que tous les membres survivent pendant l’ère Obama. Et si cela perdure avec leur prochain gouvernement, les membres seront sur une base de sécurité mieux assurée avec les USA, que le nouveau gouvernement décide ou non de reconstruire sa structure d’alliance au Moyen-Orient.

Jerusalem  Post 21/08/2014
 
Caroline Glick est l’auteur de :

The Israeli Solution: A One-State Plan for Peace in the Middle East.


Adaptation française de Sentinelle 5774 ©

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