13 août 2020

Pandémie : et si l’État-nation se réinventait ?

Pandémie : et si l’État-nation se réinventait ?

Par Pierre-André Taguieff

(Article publié sur le site de L’Express le 6 avril 2020 ; ici version intégrale)

Une fois de plus, dans la vie politique, les peurs ont remplacé les projets. Mais le danger, cette fois-ci, n’est pas imaginaire. Quant au projet des Lumières, celui d’en finir avec la peur, il a été relégué au musée des idées mortes. L’événement déclencheur, la pandémie de coronavirus, nous place devant une conjonction fortement anxiogène : celle de l’inexplicable et de l’incurable (jusqu’à nouvel ordre). Voilà qui heurte de front le prométhéisme des Modernes, supposant que l’humanité ne rencontre que des problèmes qu’elle peut résoudre. Mais, pour réussir à expliquer et à maîtriser les phénomènes, il faut du temps, et la peur nourrit l’impatience. Or, le temps de la politique ne se confond pas avec celui de la recherche scientifique.

L’irruption de l’imprévu produit de l’incertitude qui, couplée avec la perception d’un danger mortel, alimente la peur et installe une dictature de l’urgence. Et la peur tend à dicter sa loi aux dirigeants politiques comme aux citoyens ordinaires. Les premiers croient devoir assurer aux seconds qu’ils en savent assez sur la pandémie et qu’ils agissent d’une façon responsable pour l’affronter. Mais la prétention à l’omnipotence explicative fausse le jeu : elle est censée avant tout rassurer les citoyens. Les parades et les défilés d’experts agréés, aussi compétents soient-ils, dissimulent mal notre ignorance et notre impuissance. Il s’agit de se garder autant du catastrophisme paralysant que d’un optimisme aveugle. Pour un dirigeant politique, tenir un discours de vérité en se montrant lucide et responsable, ce serait faire cet aveu : « Nous ne savons pas. » Mais qui, parmi les professionnels de la politique, oserait prendre le risque de la simple vérité ?

Dans les situations de grand danger (guerres, vague terroriste, catastrophes naturelles, épidémies), quand les questions de sécurité et de protection priment toutes les autres, le sentiment national remonte à la surface et le « repli » sur la nation devient un impératif majeur. Le réveil du tragique, soit l’expérience consistant à subir la Nécessité sans la Justice accompagnée du sentiment d’un conflit insurmontable des valeurs, impulse un grand retour au réel, qu’il faut affronter dans ce qu’il a de terrible. Le face-à-face avec la mort au coin de la rue nous rappelle brutalement notre finitude, mais aussi le fait que, nous humains, sommes des animaux sociaux qui, désormais, vivent dans le cadre de nations et non plus de tribus ou d’empires. La solidarité nationale retrouve alors son sens, pour ainsi dire « par le bas », faisant taire les utopistes et les marchands d’illusions comme les adeptes d’un individualisme négatif – hédoniste et concurrentiel –, qui sanctifient la désaffiliation et la désintégration des liens sous le masque de l’ouverture. Ce brutal réveil du tragique est la défaite de l’avenir radieux promis par les religions séculières.

En même temps que celle des frontières, les citoyens français sont disposés à reconnaître l’importance de l’État souverain, grignoté depuis plusieurs décennies par une européanisation bureaucratique et une mondialisation néolibérale, synonymes de désindustrialisation, de délocalisations et de dépendance technologique. D’où les gesticulations d’un État français aujourd’hui dépassé par des événements qu’il n’avait pas prévus ni même imaginés, les élites du pouvoir s’étant converties à la gnose adaptationniste, fondée sur la croyance que le salut du genre humain réside dans une adaptation toujours croissante à l’ordre marchand mondial, qui ne saurait rencontrer de limites, et qui est célébré comme une marche triomphale vers la prospérité et le bonheur pour tous. Une fuite en avant transfigurée, nommée naguère par Marcel Gauchet « légitimation par l’avenir ».

Cette adaptation à marche forcée devait être accomplie par le gouvernement des experts constitué autour du président Macron, orchestrateur de cette nouvelle tentative de réaliser la Raison dans l’Histoire. Mais le spectacle offert est plutôt celui d’une mise en scène involontaire de l’impuissance et de l’incompétence, dont l’action a été marquée par une série de démissions ou de défections, ainsi que par de successifs tournants avant tout rhétoriques, alimentant la défiance des citoyens. Les dirigeants politiques français ont tâtonné, multipliant les injonctions contradictoires, comme l’illustre l’épisode du non report des élections municipales au moment où le discours officiel commençait à être alarmiste. Aujourd’hui, le discours conquérant du premier macronisme, tourné vers l’avenir radieux de la start-up nation, fait place à un mode de dramatisation de la situation que traduit un discours martial, adapté à un futur sombre prévisible. Un nouvel « ennemi » imprévu, invisible et insaisissable, s’ajoute ainsi à la liste. Notre démonologie sécularisée s’enrichit.

L’activité de l’État macronien se réduit piteusement aujourd’hui à asséner des leçons de morale et d’hygiène à des citoyens infantilisés et à exercer la fonction de tribun à des fins d’intimidation ou de consolation (« patience, ça ira mieux demain » : vieux refrain progressiste). Ses représentants se contentent de répéter les nécessaires règles de « distanciation sociale » en stigmatisant les mauvais sujets qui s’inquiètent trop bruyamment de leurs bricolages d’amateurs affolés. L’expertocratie ne supporte pas la contestation. Ni sous la forme de la controverse scientifique, ni sous celle du débat politique fondé sur le respect de l’adversaire. Mais les faits sont têtus : des milliers de Français meurent, et l’on manque de masques, de lits, de respirateurs et de tests. Aucun discours ne peut transformer ni transfigurer la dure réalité.

On découvre par exemple que la France est dépendante de la Chine pour la production de masques (les fabricants français en sortent chaque semaine 8 millions alors que les personnels soignants en utilisent 40 millions dans le même laps de temps). Il faut reconnaître que, dans ce domaine, le gouvernement français n’est pas seul en cause et aussi que la France, avec son hôpital public sinistré, était très mal armée pour faire face à une telle épidémie (peu de lits de réanimation, peu de laboratoires de biologie moléculaire, etc.). L’incurie des gouvernements des pays occidentaux face à la pandémie est d’une évidence aveuglante. Ils ont commencé par sous-estimer le danger, ont pris tardivement des mesures préventives et n’ont pas hésité à tenir des discours rassurants fondés sur des chiffres approximatifs ou purement et simplement truqués.

Le président Trump, par exemple, n’a cessé de minimiser le danger de la pandémie en la comparant à la grippe saisonnière et en répétant que tout était « sous contrôle », que le pays était « très bien préparé », avant de s’affoler et de changer totalement de discours face à la multiplication des morts du Covid-19 aux États-Unis. Rappelons aussi les déclarations malheureuses d’Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, d’abord le 21 janvier 2020 : « Le risque d’introduction en France de ce virus est faible mais ne peut pas être exclu », puis trois jours plus tard : « Le risque d’importation est pratiquement nul ».  Le 15 février, elle déclare qu’il « faut préparer notre système de santé à une éventuelle diffusion pandémique du virus », avant d’annoncer dès le lendemain sa candidature à la mairie de Paris et  de démissionner de son poste de ministre. Quant au président Macron, le 12 mars, alors qu’il prononçait un discours alarmiste sur la propagation du Covid-19, affirmant notamment que « la priorité absolue pour notre Nation sera notre santé », il n’en a pas moins appelé les Français, en se réclamant de « l’avis des scientifiques », à aller voter le 15 mars au premier tour des élections municipales : inconséquence majeure. Messages d’autant plus contradictoires que, dès le lendemain du vote, le même président annonçait des mesures de confinement sur tout le territoire. Quant au malheureux Premier ministre britannique, Boris Johnson, après avoir fanfaronné en minimisant le danger – surfant sur l’idée rassurante qu’il fallait laisser se développer une immunisation collective –, il a dû reconnaître début mars 2020 qu’il s’agissait d’un « défi national », sans pour autant prendre des mesures claires face à la pandémie. Moins d’un mois plus tard, il était testé positif au Covid-19, avant d’être hospitalisé le 5 avril. Tous ces hauts dirigeants politiques n’ont cessé d’envoyer des messages contradictoires, reflétant souvent les désaccords des experts entre eux. Voilà qui ne peut qu’accroître la défiance à l’égard des dirigeants politiques, qui naviguent à vue et entrent dans l’avenir à reculons. La démagogie des gouvernants, masquant leur imprévoyance, leurs incertitudes et leur impuissance par des discours d’experts sous le ciel d’un scientisme à la Homais, saute aux yeux. La sacralisation de « la Science » permet aux gouvernants de se déresponsabiliser à bon compte.

Alors que le coronavirus est parti de Chine (plus précisément de la province du Hubei), qui a tardé à reconnaître l’épidémie et à prendre des mesures avant de falsifier le bilan des victimes, c’est la Chine qui, en se  présentant comme un modèle et un sauveur, va tirer des avantages économiques et géopolitiques de la catastrophe sanitaire. Globalement, on peut prévoir que les pays occidentaux, les Européens au premier chef, sortiront fortement affaiblis de la pandémie.

La pandémie aura joué le rôle d’une expérimentation sociopolitique dont on peut pointer certains résultats provisoires. Les citoyens conscients des enjeux ne croient plus que leur salut doive venir d’ailleurs. L’Union européenne ayant fait la preuve de son impotence, l’utopie qu’elle prétendait réaliser a perdu largement sa crédibilité. L’entraide n’a été observable que dans les limites de la nation. L’absence de solidarité et d’entraide intra-européenne est flagrante. À l’image du monde, c’est le sauve-qui-peut et la loi du marché qui prévalent (la lutte commerciale impitoyable pour les masques en témoigne). La dislocation de l’Union européenne relève désormais du probable. L’une des leçons qu’on peut tirer de la pandémie est que la santé des citoyens en chaque nation, impliquant une mobilisation générale et un état d’urgence – voué à rester provisoire –, doit être placée au-dessus des « valeurs européennes », chantées désormais par des canards sans têtes saisis d’une grande peur à l’idée d’une dissipation de leur utopie. Qui peut croire encore que l’Union européenne puisse sauver qui que ce soit ? C’est là la pierre de touche. Nul n’accepterait de mourir pour les « valeurs européennes ». Dans les moments difficiles, les Français chantent l’hymne national et non pas l’hymne européen. L’Europe n’est pas une patrie, les Européens ne forment pas un peuple. Ils ne constituent pas une communauté de destin et de responsabilité, en dépit des flots de rhétorique européiste déversés depuis trois décennies. Les peuples endormis par les berceuses européennes sont tout juste bons à rêver les yeux ouverts. À cet égard, la responsabilité des élites est grande.

En outre, les dégâts causés par les délocalisations et la désindustrialisation dans les nations rêveuses étant reconnus, la démondialisation revient à l’ordre du jour, en tant que condition de survie de l’espèce humaine. L’interdépendance s’avère une forme subtile de dépendance. Si gouverner, c’est prévoir, alors bien des gouvernements ne gouvernent pas. On peut supposer que les Français veulent être gouvernés, et bien gouvernés, c’est-à-dire en référence au bien commun. Si, en outre, gouverner, c’est choisir, alors les adeptes de la gouvernance fondée sur le principe du « en même temps » sont voués à  louvoyer et à tergiverser. On ne peut choisir et prendre une décision qu’en définissant clairement des priorités, lesquelles supposent une hiérarchie des valeurs que les leaders politiques timorés d’aujourd’hui n’osent pas affirmer. Où sont les Georges Clemenceau et les Charles de Gaulle ?

L’utopie de la « mondialisation heureuse » s’est fracassée contre le roc du réel. Mais aussi, tous les fronts du verbiage « politiquement correct » sont enfoncés. Le rappel paternaliste du « vivre ensemble » paraît incongru à l’heure du confinement planétaire, qui n’empêche nullement des formes concrètes et non marchandes d’entraide, qui sont redécouvertes. Il en va de même pour la célébration rituelle des sociétés multiculturelles, objets d’un culte idéologique au pays des intellectuels qui « pensent bien » et imaginent l’autodestruction des nations comme la voie du salut du genre humain. Les « théoriciens » postcoloniaux et décoloniaux n’ont rien à dire sur la question, sinon que, selon leur refrain, l’origine de nos maux ne peut être que l’héritage du colonialisme européen et du « capitalisme blanc ». Les écolo-catastrophistes, tout en se réjouissant de l’amélioration de la qualité de l’air, voient dans la pandémie une « sorte d’ultimatum de la nature », selon l’expression de Nicolas Hulot qui, donnant dans le plus sommaire anthropomorphisme, ajoute : « La nature nous envoie un message, elle nous teste sur notre détermination. » Les humains expieraient donc par la propagation du virus-monstre leurs fautes, la principale étant leur manque de conscience écologique. Les agitations néoféministes et misandres sur le modèle du mouvement #MeToo  ou #BalanceTonPorc deviennent dérisoires, voire grotesques.  Quant aux prêches antispécistes sur le « bien-être animal » et les opérations de commandos des fanatiques du véganisme, ils paraissent insignifiants ou burlesques. Les chimères s’effacent, libérant l’horizon.

Dans son adresse aux Français, le 12 mars 2020, le président Macron lui-même, paraissant revenir aux choses sérieuses, s’est référé d’une façon appuyée à l’idée de nation : « Je compte sur vous parce que le gouvernement seul ne peut pas tout, et parce que nous sommes une nation. » Des sans-frontiéristes de tous bords politiques en viennent à reconnaître la nécessité de contrôler les frontières, voire de les fermer et de respecter scrupuleusement ces micro-frontières intérieures prescrites par les règles de confinement. Un grand coup de balai pourrait bien être l’issue positive de la pandémie. Prévisible, cette table rase dans l’espace politique n’est bien sûr pas sans danger. Mais il faut courir le risque, en prenant pour boussole l’idée d’une démocratie forte.

Ce qu’il est permis d’espérer tient en deux mots : désutopisation et démythisation. Serait ainsi ouverte la voie d’une libération des esprits, jusque-là emmurés dans leurs croyances idéologiques – le « toujours plus » et le « toujours plus vite » dans les échanges et les mélanges. De nombreux signes montrent que l’imaginaire de l’accélération rédemptrice fait place à un désir prudentiel de décélération. Restons cependant d’un calme réalisme : cette bouffée de sagesse pratique n’empêchera pas la quête frénétique du nouveau pour le nouveau et du profit pour le profit de se poursuivre. Le « monde d’après » annoncé par les infatigables optimistes ne sera pas nécessairement « meilleur ». Mais les résistances seront plus fortes et mieux argumentées face aux promesses des démagogues et aux discours rassurants des faiseurs de nuages.

Dans l’épreuve, avec l’esprit civique, les citoyens redécouvrent cette vertu d’exception qu’est le courage, voire une forme d’héroïsme tranquille face à la menace. Ils se sentent et se veulent solidaires au sein de la communauté nationale. Les égoïsmes individuels et groupaux – les communautarismes – tendent à s’atténuer, sans pour autant disparaître. De très nombreux citoyens, jusqu’alors indifférents ou passifs, se perçoivent comme inclus dans un Nous national qu’ils reconnaissent comme le leur. Ils deviennent « nationistes » par lucidité. Le dos au mur, même les élites dirigeantes, mondialisées depuis longtemps, s’inquiètent du destin national, au moins du bout des lèvres. Elles en appellent à l’union et à la solidarité nationales, ce qui n’exclut nullement, en principe, la coopération entre nations souveraines. Mais la souveraineté doit d’abord être reconquise et réhabilitée. Et elle doit l’être sans ambiguïté. Or, lorsque le président Macron, le 31 mars 2020, appelle à « rebâtir notre souveraineté nationale et européenne », il recourt à une expression confuse. Où donc se trouve le « peuple européen » censé exercer la prétendue souveraineté européenne ? Celle-ci n’est qu’une chimère sanctifiée.  En appliquant mécaniquement la règle du « en même temps », on n’engendre que des synthèses boiteuses et nébuleuses. Ce qu’il faut reconstruire, c’est la souveraineté nationale.

Rappelons la grande illusion partagée par les communistes, les anarchistes et les néolibéraux : celle que l’État allait disparaître, et qu’il devait disparaître pour le plus grand bien du genre humain. Présupposant la disparition des conflits dans le monde et donc celle de la figure de l’ennemi, l’annonce de la « fin des territoires » et des souverainetés était au croisement de toutes les utopies de libération, alimentée par les promesses de la mondialisation : plus d’échanges et de mélanges, et l’« ouverture » comme nouvel impératif moral. La pandémie nous rappelle brutalement, tout d’abord, que le monde n’est toujours pas pacifié, qu’il regorge de menaces les plus diverses, ensuite que l’État souverain est le seul instrument efficace pour « répondre aux menaces existentielles omniprésentes », car il est la seule instance qui peut prendre des décisions cruciales[1]. Or, lorsque les dirigeants d’un État-nation ne peuvent ou ne veulent pas contrôler les frontières nationales, ils mettent en faillite le pouvoir étatique. Défendre l’État souverain, c’est défendre la liberté des citoyens.

Il faut donc poursuivre la dédiabolisation du fait national et désangéliser le postnational, lui ôter son parfum de promesse d’émancipation, voire de bonheur pour tous. L’enjeu est clair : il s’agit de ne pas abandonner la nation aux nationalistes xénophobes, ceux que les commentateurs pressés appellent aujourd’hui, avec peur et mépris, « populistes », manière d’amalgamer polémiquement des mouvements hétérogènes, aux orientations contradictoires. On peut espérer que telle sera la leçon pratique tirée par les Français de la terrible épreuve qu’aura été la pandémie de coronavirus. Mais cette pandémie nous rappelle aussi que les progrès de la médecine et de l’hygiène, aussi réels soient-ils, n’ont pas mis fin à la vulnérabilité des humains. Prométhée s’avère moins prévoyant que présomptueux. Le progressisme conquérant, qui attend tout de la techno-science et du libre-échange, n’offre guère que des promesses trompeuses, des admonestations arrogantes et des paroles consolantes.

Quant au « pragmatisme » supposé rédempteur, cette clé macronienne supposée ouvrir toutes les portes et résoudre tous les problèmes, nous savons désormais qu’il n’est que le nom d’emprunt de l’opportunisme et du caméléonisme. Quand on est avant tout un homme de spectacle, on peut parfaitement jouer, en professionnel, le rôle d’un homme d’État. Mais ce n’est là qu’un rôle parmi d’autres, joué par Macron comme par Trump, Bolsonaro, Johnson et bien d’autres comédiens qui ont fait leurs preuves sur la scène politique. À aucun d’entre eux ne peut s’appliquer la fameuse définition du président de la République proposée le 31 janvier 1964 par le général de Gaulle : « L’homme de la nation, mis en place par elle-même pour répondre de son destin. »

Ce qui nous manque cruellement, ce sont de véritables figures d’hommes d’État, à la hauteur des grands défis historiques du XXIe siècle. Nous cherchons en vain de possibles héritiers du général de Gaulle ou de Winston Churchill. Nous n’apercevons que des réincarnations de Louis XV dit « le Bien-Aimé », de Louis XVIII « le Désiré » ou de Napoléon le Petit, à l’âge impolitique des communicants, des réseaux sociaux et des professionnels des sondages, ce nouvel opium des peuples. Le culte de l’opinion souveraine a transformé tous les acteurs politiques en démagogues professionnels. Face à Macron et à ses brillants discours, il n’est qu’un conseil qui vaille, celui prodigué par Bergson à propos des dirigeants politiques : « N’écoutez pas ce qu’ils disent, regardez ce qu’ils font. »

Je remercie Annick Duraffour et Isabelle de Mecquenem pour leurs remarques.

Pierre-André Taguieff, philosophe, politiste et historien des idées est directeur de recherche au CNRS.

Derniers livres parus : L’Émancipation promise. Exigence forte ou illusion durable ?, Paris, Les Éditions du Cerf, 2019 ; Criminaliser les Juifs. Le mythe du « meurtre rituel » et ses avatars (antijudaïsme, antisémitisme, antisionisme), Paris, Hermann, 2020.


[1] Russell A. Berman, « The Reemergence of the State in the Time of COVID-19 », 31 mars 2020, https://amgreatness.com/2020/03/31/the-reemergence-of-the-state-in-the-time-of-covid-19/.