L’Islam et le temps

 


Sourate 2 :

 

190. Combattez dans le sentier d'Allah ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes. Allah n'aime pas les transgresseurs!

 

191. Et tuez-les, où que vous les rencontriez; et chassez-les d'où ils vous ont chassés: l'association est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée sacrée avant qu'ils ne vous y aient combattus. S'ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants.

192. S'ils cessent, Allah est, certes, Pardonneur et Miséricordieux.

 

193. Et combattez-les jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'association et que la religion soit entièrement à Allah seul. S'ils cessent, donc plus d'hostilités, sauf contre les injustes.

 

 

Sourate 4

89. Ils aimeraient vous voir mécréants, comme ils ont mécru: alors vous seriez tous égaux! Ne prenez donc pas d'alliés parmi eux, jusqu'à ce qu'ils émigrent dans le sentier d'Allah. Mais s'ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur,

90. excepte ceux qui se joignent à un groupe avec lequel vous avez conclu une alliance, ou ceux qui viennent chez vous, le coeur serré d'avoir à vous combattre ou à combattre leur propre tribu. Si Allah avait voulu, Il leur aurait donné l'audace (et la force) contre vous, et ils vous auraient certainement combattu. (Par conséquent,) s'ils restent neutres à votre égard et ne vous combattent point, et qu'ils vous offrent la paix, alors, Allah ne vous donne pas de chemin contre eux.

91. Vous en trouverez d'autres qui cherchent à avoir votre confiance, et en même temps la confiance de leur propre tribu. Toutes les fois qu'on les pousse vers l'Association, (l'idolâtrie) ils y retombent en masse. (Par conséquent,) s'ils ne restent pas neutres à votre égard, ne vous offrent pas la paix et ne retiennent pas leurs mains (de vous combattre), alors saisissez-les et tuez les où que vous les trouviez. Contre ceux-ci, Nous vous avons donné autorité manifeste.

Sourate 5

32. C'est pourquoi Nous avons prescrit pour les Enfants d'Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d'un meurtre ou d'une corruption sur la terre, c'est comme s'il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c'est comme s'il faisait don de la vie à tous les hommes. En effet Nos messagers sont venus à eux avec les preuves. Et puis voilà, qu'en dépit de cela, beaucoup d'entre eux se mettent à commettre des excès sur la terre.

33. La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s'efforcent de semer la corruption sur la terre, c'est qu'ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu'ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l'ignominie ici-bas; et dans l'au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment,

34. excepté ceux qui se sont repentis avant de tomber en votre pouvoir: sachez qu'alors, Allah est Pardonneur et Miséricordieux.

35. Ô les croyants! Craignez Allah, cherchez le moyen de vous rapprocher de Lui et luttez pour Sa cause. Peut-être serez-vous de ceux qui réussissent!

36. Si les mécréants possédaient tout ce qui est sur la terre et autant encore, pour se racheter du châtiment du Jour de la Résurrection, on ne l'accepterait pas d'eux. Et pour eux il y aura un châtiment douloureux.

37. Ils voudront sortir du Feu, mais ils n'en sortiront point. Et ils auront un châtiment permanent.

38. Le voleur et la voleuse, à tous deux coupez la main, en punition de ce qu'ils se sont acquis, et comme châtiment de la part d'Allah. Allah est Puissant et Sage.

Sourate 8

12. Et ton Seigneur révéla aux Anges: ‹Je suis avec vous: affermissez donc les croyants. Je vais jeter l'effroi dans les coeurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts.

13. Ce, parce qu'ils ont désobéi à Allah et à Son messager.› Et quiconque désobéit à Allah et à Son messager… Allah est certainement dur en punition!

14. Voilà (votre sort); goûtez-le donc! Et aux mécréants le châtiment du Feu (sera réservé).

15. Ô vous qui croyez quand vous rencontrez (l'armée) des mécréants en marche, ne leur tournez point le dos.

16. Quiconque, ce jour-là, leur tourne le dos, – à moins que ce soit par tactique de combat, ou pour rallier un autre groupe, – celui-là encourt la colère d'Allah et son refuge sera l'Enfer. Et quelle mauvaise destination!

17. Ce n'est pas vous qui les avez tués: mais c'est Allah qui les a tués. Et lorsque tu lançais (une poignée de terre), ce n'est pas toi qui lançais: mais c'est Allah qui lançait, et ce pour éprouver les croyants d'une belle épreuve de Sa part! Allah est Audient et Omniscient.

etc etc etc…

Et pourtant d'aucuns viendront dire que ce n'est pas bien compris.

 

Ainsi Jean-Pierre Filiu peut-il écrire : « [1] ; tandis que Kepel prévient, lorsqu’il avait présenté certains textes de Al Keida, que les propos de Ben Laden : « n’ont pas une grande profondeur théorique  »[2]. Tel n’est pourtant pas l’avis d’un Tariq Ramadan qui se prétend aussi expert en ces choses :

(…) ce n’est pas vrai que ces lectures radicales sont uniquement produites par la pauvreté et l’ignorance dans le monde musulman. Il faut sortir des idées reçues.

 

Question : Ben Laden et les gens qui sont autour en sont l’illustration : ils ont une formation solide et des moyens.

 

T.R. –Exactement, et il faut le dire. Il y a des gens extrêmement raffinés et formés sur le plan intellectuel qui peuvent être extrêmement tranchants (…).[3]

 

Ce qui se distingue des propos de Serge Halimi et de Dominique Vidal expliquant que le 11 septembre viendrait, entre autres « représailles » de « l’humiliation permanente d’un monde arabe trop souvent caricaturé sous les traits de bédouins, de barbus et de bandits »[4].

 

 

Gilles Kepel ajoute :

 

 

 " Le contenu même de ces libelles et tracts diffusés sur support numérique est un autre facteur de télescopage entre le Moyen Age et notre temps. Ils abondent en effet en références médiévales, qu’il s’agisse de la geste des compagnons du Prophète ou de l’histoire des califes arabes – sources inépuisables d’un mythe fondateur à vocation édifiante qui établit la règle pour jauger les évènements contemporains et déterminer les principes de l’action politique. Dans cette littérature, l’Histoire n’est que la répétition à l’infini d’un même récit : l’arrivée du Prophète et la survenue de l’islam, les combats pour l’extension de son domaine et la conquête de l’univers jusqu’à ce qu’il soumette tout entier  à cette religion".[5]

 

 

 

Il s’avère que notre temps historique -qui se veut désormais universel, malgré les décalages symboliques, parce que certaines de ses réponses semblent morphologiquement concerner l’espèce humaine dans son ensemble (comme l’indique Jean Baechler dans nombre de ses travaux[6])- n’a cependant guère de prise sur un discours qui cherche à se situer hors de sa portée ; en ce sens qu’il veut se temporaliser que spatialement, physiquement, pas ontologiquement, spirituellement, puisque tout est déjà écrit.

 

En tant qu’expert, spécialiste, de l’Islam, Gilles Kepel a nécessairement lu Charles-André Julien qui explique bien lorsqu’il relate la prise de pouvoir des Almoravides avec Ibn Yasin et Ibn Tachfin, et des Almohades avec Ibn Toumert, comment la vie pieuse –austère et militaire- et la discussion théologique relatant vie et gestes de Mahomet, versets et commentaires (Mahomet qui s’était retiré à Médine et avait procédé le premier à une retraite) prennent le pas sur toute autre considération pour configurer une légitimité :

 

 

 

" Le renom de sainteté des Almoravides et la vertu de leur discipline attirèrent bientôt un millier d’hommes, entraînés à la vie militaire et résolus à imposer par la force des armes la stricte observance aux incrédules et aux tièdes musulmans. Ces moines armés soumirent rapidement les tribus çanhajiennes. Leurs succès regroupa bientôt 30 000 adeptes (…) À Marrakech, Ibn Toumert manifesta avec éclat son tempérament de réformateur des mœurs. Il insulta, dit-on la sœur même de l’émir qui sortait sans voile et critiqua l’émir parce qu’il en portait un. (…) Trois ans durant, il pria et prêcha. Mais le chef politique ne le cédait en rien, chez lui, au théologien. (…). À ses disciples directs il donna le nom de tolba parce qu’ils étudiaient, sous lui, la vraie science ; les fidèles dont il était le chef spirituel reçurent le titre d’Almohades, ou unitaires. (…) il calqua son existence et l’organisation de sa communauté sur le modèle de Mohammed et du groupe des premiers compagnons de Médine. Comme le prophète, il agit en directeur spirituel, en juge et en chef d’armée (…)" [7].

 

 

Ben Laden ne fit pas autrement. Les salafistes djhadistes qui sont de plus en plus nombreux en Égypte, en Tunisie, au Pakistan, en Afghanistan, en Algérie, en France, sont dans le même temps qui en effet n'est pas celui du reste du monde. C'est de là qu'il faut partir.



 

 


 

 

[1] Les Neuf  Vies d’Al-Qaida, Paris, éditions Fayard, 2009, p.15.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[2] Al-Qaida dans le texte, Introduction générale, L’essentiel d’Al Qaida, Paris, éditions Puf, (2005), 2008, p.4.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[3] Alain Gresh et Tariq Ramadan, L’islam en questions, débat animé et présenté par Françoise Germain-Robin, Paris, éditions Babel, 2002, p. 143.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[4] Serge Halimi & Dominique Vidal avec Henri Maler   

 

 

 

 

 

 

 

 

[5] Al-Qaida dans le texte, op.cit., p.5.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[6] Par exemple Esquisse d’une histoire universelle, Paris, Fayard, 2002.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[7] Charles-André Julien,  

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Le criminologue canadien Maurice Cusson observe que « la criminalité décroît très sensiblement quand la probabilité des sanctions croît fortement et croît à tout vitesse quand les sanctions sont en chute libre »(1). Ainsi, pour prendre ce qui s’était déroulé en mars 2012 à Toulouse (et à Montauban) lorsque le petit délinquant s’étant fait arrêter à dix huit reprises (2) s’est transformé en assassin djihadiste ayant tué sept personnes (trois militaires de religion musulmane et de couleur, et quatre civils de religion juive dont trois enfants) il est légitime de se demander, d’une part, si une sanction plus lourde corrélée à un accompagnement moral conséquent n’aurait pas arrêté la spirale ; d’autre part, il est également légitime d’observer que nombre de ses coreligionnaires étaient dans les mêmes conditions sociales historiques sans pour autant passer à l’acte, ce qui exclut une relation de cause à effet de type si a alors b entre des conditions et une action ; il faut donc une intention, c’est-à-dire ici une prise de décision qui prend sa part de responsabilité et donc de libre arbitre ; une situation objective évidemment impossible à admettre pour certains sociologues, juristes, juges et psychiatres adeptes de thèses néo-lamarckiennes stipulant que le criminel n’est que le jouet, le vecteur de forces occultes qui l’habitent, thèses réfutées pourtant par la psychologie de la motivation (J.Nuttin, Théorie de la motivation humaine, éditions PUF 1980) et la sociologie cognitive (R.Boudon, La sociologie comme science, éditions La Découverte 2010) : l’action humaine n’est ni réductible au réflexe ni à l’instinct.



[1] La délinquance, une vie choisie,(2005), Canada, éditions bibliothèque québécoise, 2010 , p. 95.


 

 

 

 

 

 

Lionel Castériou 17/10/2016

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