Les efforts de Bush dans la guerre sont entravés non seulement par les médias, mais aussi par sa propre administration

Aujourd’hui, le débat public aux USA tourne autour de la question :  » Quand quitterons-nous l’Irak ?  » La sagesse coutumière veut que les opérations américaines en Irak soient vaines. Du fait en grande partie à la couverture de la presse orientée politiquement, les Américains ont l’impression que les USA ne peuvent réussir en Irak, et par conséquent, leurs dirigeants devraient concentrer leurs efforts sur une stratégie de sortie. Les comparaisons entre la guerre en Irak et la guerre au Vietnam sont légions.

Mercredi dernier, on a demandé au Président George W. Bush s’il était possible de faire une comparaison entre la montée aiguë récente de la violence en Irak, et l’offensive du Tet au Vietnam en janvier 1968. Bush a répondu en notant qu’alors comme maintenant :  » Il existe certainement une augmentation du niveau de violence, et nous sommes à la veille d’une élection « .

Pendant l’offensive du Tet, les Nord Vietnamiens ont attaqué quarante villages du Sud Vietnam simultanément, avec une force massive de 84.000 soldats. L’offensive échoua complètement. 45.000 soldats nord vietnamiens furent tués, aucun territoire ne fut conquis. Pourtant, quand le Président Lyndon B. Johnson proclama la victoire, le peuple américain ne le crut pas.

Walter Cronkite, le tout-puissant présentateur de ‘CBS Evening News’ leur avait dit que les USA avaient perdu l’offensive. Pour qui se prenait le Président pour argumenter avec Cronkite ? En mars 1968, Johnson annonça qu’il ne demanderait pas sa réélection pour les élections de novembre.

Aussi, quand les médias se demandent si l’on peut comparer les batailles d’aujourd’hui en Irak à l’offensive du Tet, ce qu’ils veulent vraiment savoir est s’ils ont réussi à convaincre le public américain que son armée a perdu la guerre en Irak.

Au cours des dernières semaines écoulées, Bush a mené une offensive politique pour convaincre le public que leur armée gagne la guerre en Irak. Mercredi dernier, Bush a donné une conférence de presse sur l’Irak, et il a renforcé ensuite son message lors d’une réunion avec des éditorialistes conservateurs.

Bush a mis en avant quatre points essentiels au cours de ces apparitions. D’abord, il a expliqué que les USA sont en guerre, et il a décrit la nature de la guerre. L’Iran, a-t-il dit, se tient à la tête des forces ennemies. Le rôle premier de l’Iran a été clarifié, dit-il, à travers le parrainage de la guerre de cet été du Hezbollah et des Palestiniens contre Israël. L’un des objectifs centraux de l’Iran – partagé par la Syrie est ses mandataires terroristes – est de détruire les forces de modération et la démocratie au Moyen-Orient.

Ensuite, Bush a affirmé que l’Irak est un front vital dans cette guerre. Selon son opinion, la seule manière pour les USA de perdre cette guerre serait de le quitter,  » laisser les choses tomber dans le chaos, et laisser al Qaïda disposer d’un abri sûr « . Bush a mis en avant que si les USA quittent l’Irak, l’Irak se répandra aux USA, vers les voisins de l’Irak, et en définitive vers le monde entier.

Troisièmement, Bush a mis en avant que les USA ne peuvent gagner la guerre que si le public américain la soutient. La seule manière d’assurer le soutien du public est de montrer que l’Amérique gagne. Bush a déclaré que montrer le succès est difficile : alors que les modèles de la victoire – liberté politique, développement économique, et progrès social – sont difficiles à formuler,  » l’ennemi peut définir la victoire en tuant les gens « .
Enfin, Bush avança que pour vaincre l’Iran, la Syrie et la Corée de Nord, les USA doivent avoir un soutien international dans leurs efforts. Des pays comme la Russie, la Chine et la France, doivent en comprendre les dangers, et donner leur accord pour isoler ces régimes avec des sanctions internationales efficaces.

Alors que le Président sait parfaitement ce qu’il veut faire, il est en dificulté pour réussir. Non seulement les Démocrates et les médias essaient de le couler, mais des membres de sa propre administration – et en particulier la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice et ses collègues du Département d’Etat – font échouer le programme du Président.

Par exemple, Alberto Fernandez, directeur de la Diplomatie Publique au bureau des affaires du Proche-Orient. Le boulot de Fernandez est de défendre les USA dans les médias arabes. Pourtant, dans un entretien avec Al Jazeera la semaine dernière, Fernandez a déclaré que les USA ont été  » arrogants  » et  » stupides  » en Irak. En septembre, il aurait dit que les Américains et d’autres  » essaient volontairement d’encourager l’enfer dans le monde arabe « .

Puis, il y a Rice elle-même. Plutôt que de promouvoir les victoires des USA en Irak, Rice transforme le gouvernement irakien en bouc émissaire du jihad en cours. Si le gouvernement [irakien] n’agit pas en synergie laisse-t-elle entendre, les USA se sentiront libres de se laver les mains de l’affaire. Ce ne sera pas une défaite américaine, mais un échec irakien. C’est-à-dire que loin de prôner un succès américain, elle prépare la voie pour justifier une défaite américaine.

Dans le même temps, plutôt que d’expliquer le rôle central de l’Iran dans la guerre, Rice courtise les mollahs. Ignorant le parrainage de l’Iran aux Palestiniens, Rice taquine la poésie en comparant les Palestiniens – qui ont choisi le Hamas pour les diriger – aux Pères Fondateurs américains, et au mouvement des Droits Civiques.

Mercredi dernier, Bush a explique que le niveau relatif de violence n’est pas un déterminant de la victoire ou de la défaite parce que l’ennemi peut utiliser les cessez-le-feu pour se réarmer. Selon son expression :  » Si l’absence de violence est la victoire, personne ne vaincra jamais, parce que tout cela signifie que vous avec donné le pouvoir de tuer à une grappe de suicidaires et de voyous « .

Pourtant, malgré la vision claire de Bush en la matière, les officiels du Département d’Etat négocient des cessez-le-feu tout au long du jour. En effet, l’un des sommets des efforts diplomatiques de Rice est le cessez-le-feu d’août au Liban, selon lequel Israël est empêché de se défendre lui-même, et le Hezbollah peut se mobiliser rapidement pour reconstruire ses forces.

En Irak, ce penchant dangereux pour les négociations est ce qui a permis au pro-iranien Moqtada al Sadr, et à l’armée du Mahdi proche du Hezbollah, d’émerger intacte et libre de son offensive en avril 2004 contre les forces de la coalition, pour devenir celui qui détient les clés du pouvoir dans la politique shiite actuelle. Le fait que le Premier Ministre irakien, Nouri al Maliki, ait senti nécessaire de condamner l’attaque conjointe USA – forces irakiennes contre les forces d’al Sadr à Bagdad mardi dernier, est un testament actuel pour le pouvoir d’al Sadr’.

Aujourd’hui, le seul diplomate de haut rang qui croit encore que l’objet de la diplomatie est de faire progresser les intérêts nationaux des USA, et non pas d’atteindre des accords pour leur seul fait, c’est l’ambassadeur des USA à l’ONU, John Bolton. Cette semaine précisément, Bolton a efficacement empêché le Venezuela d’être élu au Conseil de Sécurité.

Rice ne soutient pas Bolton. Selon des sources au Sénat, Rice a joué un rôle majeur pour empêcher Bolton de recevoir la confirmation du Sénat pour sa nomination. En conséquence, il sera sûrement obligé d’abandonner l’ONU le mois prochain.

Les machinations de Rice l’ont rendue populaire auprès des médias. Mais sa popularité se fait aux dépens du soutien publique et international aux objectifs de la guerre des USA. Ses actions, et celles de ses collègues du Département d’Etat, ont contribué à une situation anormale dans laquelle, alors que les forces américaines ont amélioré leurs capacités en Irak, le public américain s’est convaincu que la guerre va de plus en plus mal. Plutôt que de craindre les USA, l’Iran, la Syrie et la Corée du Nord se comportent comme si les USA étaient un tigre de papier. Plutôt que de soutenir les USA, les  » alliés  » européens considèrent de plus en plus que leurs intérêts nationaux sont mieux servis en prenant leurs distances avec les USA autant que possible.

La situation peut être inversée. Les médias ne sont plus le pouvoir qu’ils étaient aux temps de Cronkite. Si l’administration mettait en cause les réseaux, les réseaux seraient obligés d’ajuster leur couverture à la réalité.

La semaine dernière, CNN a diffuse la vidéo du ’sniper’ irakien. Le président du Comité des Forces Armées à la Chambre des Représentants, le membre du Congrès Duncan Hunter a réagi en critiquant vertement la diffusion, et en appelant l’armée à interdire aux journalistes de CNN de se mêler aux forces américaines en Irak. Hunter a déclaré qu’en montrant ce film, CNN collaborait avec les ennemis de l’Amérique et par conséquent, les journalistes de CNN ne devraient bénéficier d’aucun soutien des forces des USA en Irak. Ses attaques ont été largement rapportées, et il y a peu de doute que CNN y réfléchira à deux fois avant de diffuser un autre film de propagande ennemie.

Pour Israël, les résultats du débat américain sur l’avenir de la guerre en Irak sont d’importance critique. Un retrait américain placera Israël en grave danger. Le front oriental, dont les  » experts  » militaires ont été prompts à annoncer la disparition en 2003, pour justifier la réduction considérable du budget de la défense, sera de retour – gonflé de quantités massives d’armes, et de dizaines de milliers de soldats jihadistes entraînés, qui croiront qu’ils viennent de gagner leur jihad contre les USA. De plus, si les USA se retirent, les forces de Tsahal se trouveront confrontées en direct à une armée shiite équipée et formée par les USA. C’est-à-dire, si les USA se retirent, qu’Israël pourrait se trouver confronté à une force ennemie mieux entraînée et équipée que Tsahal.

Les dirigeants du Parti Démocrate sont aujourd’hui en compétition pour déterminer qui pourrait être le plus défaitiste. Si aux élections du 7 novembre, les Démocrates prennent le contrôle des deux Chambres du Congrès [Sénat et Chambre des Représentants, ndt] ou même seulement de l’une d’entre elles, la poussée en faveur d’un retrait des USA ira croissante.

Quels que soient les résultats des élections, Israël doit espérer que pour ses deux dernières années de mandat, le Président Bush prendra fermement en mains le contrôle de son administration – d’abord et avant tout en refreinant Rice et ses associés du département d’Etat – et conduira une offensive diplomatique et publique concertée et sans réserve.

Si Bush le fait, il gagnera le soutien du public et un support suffisant de la communauté internationale pour aller de l’avant dans la guerre. Si Bush ne reprend pas le contrôle de son administration, l’analogie avec la guerre du Vietnam se vérifiera pour l’Irak, et Israël se retrouvera à jouer le rôle du Cambodge.

Adaptation française de Sentinelle 5767

Caroline B. Glick 28/10/2006

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