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Trois témoignages d’experts sur les recettes pour un désastre

settled10/04/2016 

Ce mois-ci, je me propose d'aborder un sujet qui me tient particulièrement à coeur ainsi, sans aucun doute, qu'à celui de nombreux autres scientifiques. De fait, les dangers d'un pilotage de la recherche par la politique sont aussi réels que redoutables, exactement comme nous en avait prévenu Le Président Eisenhower lors de son discours d'adieu cité par Richard Lindzen dans le billet du mois dernier. Eisenhower nous avertissait, dès 1961, que :

"La possibilité d'une domination des scientifiques de la nation via l'emploi fédéral, les attributions de crédits et la puissance de l'argent est toujours présente – et doit être envisagée avec gravité".

Parmi beaucoup d'autres, deux experts européens reconnus en matière de relations entre la science et la politique se sont récemment exprimés sur ce sujet. Pour sa part, la climatologue Judith Curry n'a pas manqué d'aborder cette question cruciale lors d'un tout récent témoignage auprès du Sénat US. C'est ce que nous allons voir dans les lignes qui suivent.

1) Deux experts en relations entre la science et la politique s'expriment au sujet de la COP21 et des relations science-politique lors d'un mini-symposium européen.

Leurs déclarations sont publiés dans l'EJRR (Le journal Européen de Gestion des Risques). Les deux auteurs ne critiquent pas la science climatique en tant que telle mais relèvent, tous deux que, dans le cas de la question climatique, l'association science-politique conduit à une démarche catastrophique. Judith Curry a sélectionné les extraits les plus significatifs de leurs articles que je vous traduis (*) ci-dessous. Dans cette section, les caractères engraissés le sont par Curry.

A) Lucas Bergkamp

Lucas Bergkamp (Bio) est un docteur en médecine et juriste (docteur d'Etat, PhD) des Pays-Bas. Il est l'auteur de nombreux livres et articles au sujet des relation science/société/politique. Il siège dans une quantité de comités (notamment européens) en tant qu'expert dans ces matières.

Dans un des articles de Bergkamp, référencés sur son blog, on trouve le dessin explicite ci-contre (que j'ai francisé) qui fait allusion au débat entre les inquisiteurs et Galilée.

Voici l'entête de son article au EJRR.

ejrrbergkamp

"Mini-symposium au sujet de l'Accord de Paris sur le changement climatique : Une perspective dans la gestion des risques."

[...]"L'Accord de Paris sur le Changement Climatique qui a été conclus lors de la COP21 en Décembre 2015 a été qualifié de "Plus grand succès diplomatique" et de "réussite historique" mais aussi d'"échec dramatique" et même de "fraude" et de "discours sans intérêt". Déçu par l'Accord de Paris, un groupe de onze scientifiques ont signé une déclaration qui affirme que cet Accord souffrent de "défauts mortels" et qu'il donne de "faux espoirs". Ils déclarent que le temps pour les "voeux pieux et l'optimisme aveugle" est terminé et que le "spectre le plus large des possibilités de la géo-ingénierie" [NdT : c'est à dire de l'intervention délibérée sur le climat de la planète par divers procédés] devrait être envisagé.

Le désaccord largement répandu au sujet des résultats de la COP21 à Paris (en particulier pour ce qui concerne l'aspect contraignant) illustre non seulement les attentes divergentes des groupes d'intérêt, mais aussi les antagonismes qui se dressent dans tous les aspects de la mise en oeuvre des politiques entre les dogmatiques et les pragmatique, entre les idéalistes et les réalistes et entre les internationalistes et les nationalistes.

Vu de manière objective, l'accord de Paris n'apparaîtrait guère plus que comme un cadre de procédure pour la mise en place par les parties d'une future politique climatique flexible qui va de la base au sommet, habillé dans un langage non contraignant qui insiste sur les ambitions et les progressions. De manière à satisfaire le désir du gouvernement US d'éviter l'approbation par le Sénat, l'Accord n'impose aucune obligation contraignante substantielle mais il met en avant l'objectif ambitieux de limiter la température moyenne de la planète à bien moins que 2°C ou même à 1,5°C. En d'autres termes, le texte qui est ressorti de l'Accord de Paris, constitue un exemple de plus d'un accord délibérément basé sur une cible et avec des réalisations dont les résultats sont difficiles à prédire.

La thèse principale de cet essai va au delà du rejet de l'affirmation que "la science est comprise " qui est, de toute manière, une affirmation dont les termes sont contradictoires. Cela postule qu'il existe une tendance "scientiste" en matière de climatologie selon laquelle on croit que le climat, dans son ensemble, peut être expliqué et contrôlé en se référant à un seul paramètre. Une telle tendance scientiste se manifeste dans les modèles climatiques qui assujettissent toutes les politiques aux projections numériques plutôt qu'aux connaissances acquises par l'observation empirique. Bien que les auteurs reconnaissent que les modèles constituent une méthode utile et acceptée dans de nombreux domaines de la science, le problème clef pour les modèles du climat est de savoir s'ils satisfont à la rigueur des "tests" pour ce qui relève de la conformité de leurs prédictions (ou projections) avec les observations ou encore, avec les exigences plus softs de tests tels que ceux dits "adaptés pour le but poursuivi".

Même si les modèles du climat sont utiles dans des buts de recherche, ceci ne signifie pas qu'il devraient être utilisés pour déterminer une politique. En dépit des limitations inhérentes aux modèles, ceux-ci sont supposés décrire, dans sa totalité, le futur du climat terrestre. L'Accord de Paris légitimise implicitement la pensée scientiste qui sous-tend l'utilisation des modèles dans l'élaboration de la politique climatique. De manière plus décisive, il contribue à la codification ultérieure des relations supposées entre les émissions anthropiques et l'augmentation de la température du globe, entre l'augmentation de la température et le changement climatique et entre le changement climatique et les impacts négatifs. Peu importe ce que la science climatique révélera dans le futur, la voie de la politique a été déterminée pour ce siècle. Dans notre monde post-moderne, la climatologie n'est pas une science toute puissante parce qu'elle dit la vérité, elle dit la vérité parce qu'elle est toute puissante.

L'Accord de Paris et, plus généralement, la politique en matière de changement climatique, illustrent les contradictions de la gestion du risque par le monde industrialisé post-moderne, lequel se caractérise par des menaces perçues confirmées par une science politisée et réglementées par une sous-politique échappant au contrôle démocratique. Le Changement Climatique constitue le cas ultime de l'application du principe de précaution associé à une justice distributive. Il existe une tendance qui vise à assujettir toutes les questions politiques au courant du changement climatique de manière à ce que la justice climatique puisse être poursuivie comme une politique holistique, globale et en relation avec la justice sociale, comme, par exemple, comment voyager ou que faut-il manger. Après Paris, le Changement Climatique restera une sujet "chaud". C'est celui où est l'argent et où il sera. Et dans la ligne des décisions de la COP-21, les nations développées devraient collectivement contribuer à une dotation d'au moins 100 Milliard de dollars par an, à partir de 2020, pour aider les nations pauvres à gérer le changement climatique." [...]

B) Jaap C. Hanekamp :

Dans une autre communication (cosignée avec Bergkamp) présentée lors du même symposium, le Prof. Jaap C. Hanekamp qui enseigne la chimie d'une part et, d'autre part, l'histoire et la philosophie des sciences à l'University College Roosevelt d'Utrecht (CV et Bio) s'exprime sur le même sujet. Comme Bergkamp, Hanekamp est titulaire de 2 doctorats dont le plus récent traite du principe de précaution. Il est l'auteur d'un grand nombre de publications sur les relations entre la politique et les questions sociétales notamment relatives à la chimie (fréquemment en relation avec l'alimentation).

Voici l'entête de son article au EJRR :
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"Mini-symposium sur l'Accord de Paris sur le Changement Climatique. La "meilleure science disponible" et l'Accord de Paris sur le Changement Climatique".

"La "meilleure science disponible" et l'Accord de Paris sur le Changement Climatique. (extraits)

En reconnaissant l'importance de la science pour les politiques climatiques, l'Accord de Paris sur le changement climatique stipule qu'une "réponse efficace et progressive à la menace urgente du changement climatique" devrait se baser sur "la meilleure connaissance scientifique disponible". Les termes "meilleure connaissance scientifique disponible" ou "la meilleure science disponible" est utilisé en de nombreux endroits tout au long de l'Accord. Les parties devraient entreprendre des réductions des émission et parvenir à une neutralité en carbone (c'est à dire à des émissions nettes égales à zéro) dans la seconde moitié de ce siècle, en conformité avec "la meilleure science disponible", ce qui semble prendre en compte le progrès de la science. En dépit de ces références à la science, la relation entre "la meilleure science disponible" et l'Accord est, au mieux, ambiguë et, au pire, calamiteuse.

Dans le domaine de la politique en matière de climat, il y a quatre questions interdépendantes qui mettent en péril les bases scientifiques sur lesquelles repose la politique. Tout d'abord, les définitions de "changement climatique" qui circulent au sein de l'Accord de Paris et de la sphère scientifique sont inconsistantes et apocryphes, ce qui obère l'entreprise scientifique de la recherche sur le climat. Ensuite, la capacité prédictive de la science climatique est pilotée par des modélisations informatiques faisant ainsi reposer toutes les politiques sur des projections d'ordinateur plutôt que sur un savoir empirique. Troisièmement, il résulte de ces déficiences que la science climatique est pilotée par la politique au lieu que la politique climatique soit pilotée par la science, ainsi que l'Accord de Paris semble s'en réclamer. In fine, dans ces conditions, le concept de "meilleure science disponible" autorise la poursuite de politiques politiquement correctes qui interagissent avec les projections des ordinateurs."


Extraits des conclusions :

"Bien que l'Accord de Paris fasse usage du concept de la mise en place d'une politique basée sur la science, son aptitude à nous assurer que les politiques sont correctement informées par la science se trouve gravement entravée. Le concept mal défini de la "meilleure science disponible" attribue aux décideurs le pouvoir discrétionnaire de mettre en oeuvre des politiques qui leur conviennent, basées sur des projections de modèles informatique.

Dans un premier temps, une communauté politique militante qui agissait sous un faible contrôle démocratique de la part du système politique international et en dehors des structures décisionnelles et judiciaires nationales, a défini les objectifs que la science climatique "devait soutenir". Leur mode de pensée reposait sur le principe de précaution et l'inversion de la charge de la preuve. Selon un consensus implicite, l'hypothèse par défaut était que les émissions anthropiques de gaz à effet de serre induisaient un changement climatique dangereux et que c'est l'innocuité de ces émissions qui devait être prouvée. C'est par l'usage de ces hypothèses par défaut et au moyen de l'utilisation de modèles prédictifs que la science climatique est capable de fournir des informations "utiles" aux décideurs. Il en résulte que plutôt qu'une démarche politique reposant sur la science, c'est la science qui s'est retrouvée basée sur la politique.

Tout comme l'affaire de hiatus de la température du globe l'illustre, la capacité de la science climatique à s'auto-corriger et à informer correctement pour la mise en oeuvre de la politique, se trouve affectée par son incapacité à réexaminer les hypothèses fondamentales qui sous-tendent sa démarche scientifique et ses conséquences en matière de politique. Etant donné les objectifs politiques en matière de climat, les agences chargées du financement, les scientifiques et les responsables scientifiques, sont, à leur tour, encouragés à fournir une science "politiquement correcte " qui supporte les politiques engagées par les politiciens.

Au lieu de tenter de renverser cette tendance, l'Accord de Paris aggrave les problèmes existants en renforçant la pensée scientifique qui sous tend la politique climatique : Il codifie les relations causales prétendues entre les émissions anthropique et l'augmentation de la température du globe, entre l'augmentation de température et le changement climatique et entre le changement climatique et les conséquences néfastes. Ils vont même jusqu'à intensifier et étendre ce mode de pensée jusqu'à rendre plus ambitieux les objectifs de limitation de la température et jusqu'à exiger un taux net d'émissions nul pour la seconde moitié de ce siècle.

Avec l'Accord de Paris, la relation entre la mise en oeuvre de la politique climatique et la science est devenue encore plus contraignante et plus profondément ancrée. Comme Kuhn l'a observé, un scientifiques est un "résolveur de problèmes et les problèmes sur lesquels il concentre son attention ne sont rien d'autres que ceux dont il pense qu'ils peuvent être posés et résolus dans le cadre de la tradition scientifique existante". Malheureusement, à ce stade, la révolution qui est nécessaire pour changer l'état des choses exige non seulement une analyse scientifique mais aussi un changement de paradigme politique. Tandis que le premier est déjà plutôt difficile à obtenir, l'Accord de Paris a rendu le second encore plus ardu en augmentant les enjeux au moyen de flux financiers très substantiels en faveur de l'hypothèse dominante du changement climatique d'origine anthropique.

Rien de tout ceci n'aura aucune d'importance si les découvertes scientifiques parviennent à mettre en oeuvre des nouvelles technologies de conversion de l'énergie. Ainsi, malgré la débacle à Paris, l'espoir demeure."

2) Extraits d'une déclaration prononcée par la climatologue Judith Curry devant le Sénat US, le 8 Décembre 2015, au sujet de la relation science-société (texte complet et références) currymarsh

DECLARATION PRONONCEE DEVANT LE SOUS-COMITE POUR L'ESPACE, LA SCIENCE ET LA COMPETITIVITE, DU SENAT DES ETATS-UNIS.
Sur le thème :
“Données ou dogme ? Pour la promotion d'une analyse ouverte pour le débat au sujet de l'amplitude de l'impact humain sur le changement climatique"
8 Décembre 2015
Judith A. Curry
Georgia Institute of Technology

Dans la première partie de son exposé détaillé, Judith Curry met en lumière les incohérences qui existent entre les modélisations numériques, les affirmations du GIEC avec les observations effectives ainsi que l'importance (négligée) de la variabilité naturelle du climat. Elle aborde la question primordiale de la "sensibilité climatique" largement surestimée selon elle. Dans la dernière partie, elle traite du caractère vicié des relations existantes entre la science et la politique (ou la société). C'est cette partie qui est traduite ci-dessous. Les caractères qui sont engraissés dans la suite, le sont par PU.

[...] "Le contrat social entre la science du climat et la société est détruit

Via le Congrès, le public s'est montré généreux dans ses financements pour le climat et les sciences connexes. Cependant, des tensions récentes ont effiloché le tissu du contrat social entre les climatologues et la société. Malheureusement, de nombreux climatologues ont réagi dans des termes militants, tout à la fois pour obtenir une augmentation du niveau de leurs financements et pour promouvoir des politiques spécifiques en relation avec l'énergie et le climat. Pire encore, trop de climatologues ont abandonné toute prétention à la neutralité et à l'objectivité.

Les scientifiques militants pour la réductions des émissions de CO2 sont devenus l'option par défaut qui est attendue de la part des climatologues. Voici un exemple tiré de l'éditorial du Huffington Post intitulé "Curry fait de la promotion contre les actions sur le changement climatique" et qui a été signé par cinq climatologues. Cet op-ed constituait une réponse à mes arguments en faveur d'une sensibilité climatique se trouvant dans la partie la plus basse des estimations du GIEC. Je ne fais, en aucune façon, la promotion, pour ou contre, d'une action en termes de réduction des émissions de CO2. Mes articles au sujet de la réponse politique au changement climatique s'inscrivent dans le cadre de la prise de décisions en présence de profondes incertitudes, y compris sur la question des prises de décisions robustes et au sujet des concepts de résilience et de lutte contre la vulnérabilité.

Dans ses efforts pour promouvoir sa "cause", l'establishment scientifique qui se trouve derrière la question du réchauffement climatique s'est laissé entraîner dans le piège qui consiste à gravement minimiser les incertitudes associées au problème climatique. Ce comportement risque de détruire la réputation d'honnêteté et d'objectivité de la science - En l'absence d'objectivité et d'honnêteté, les scientifiques en viennent à être considérés comme un simple groupe de pression supplémentaire. [NdT : Lindzen était encore plus incisif : " la science sera, à juste titre, considérée comme un nouveau racket"]

Les biais individuels ne sont pas un inconvénient pour le progrès de la science si les institutions académiques s'efforcent de corriger les erreurs et les défauts de la recherche scientifique. Un processus honnête de revue par les pairs et un débat énergique via les post-publications par les pairs auront tôt fait d'identifier les erreurs les plus manifestes et les biais. Les chercheurs ayant des perspectives différentes (y compris en termes de valeurs et d'identité politique) effectueront leurs propres recherches et obtiendront des résultants opposés. Ainsi le domaine d'activité pourra-t-il parvenir graduellement à la vérité.

Ce système fonctionne dans la mesure où les institutions qui supportent la science – les sociétés professionnelles qui publient les journaux scientifiques, organisent les conférences et attribuent les distinction honorifiques – ne sont pas, elles-même, biaisées.

Pratiquement toutes les société professionnelles en rapport avec ces questions, ont publié des déclarations politiques sur le changement climatique, y compris des affirmations telles que "Le changement climatique anthropique exige une action urgente" et "appellent à soutenir les actions qui réduiront les émissions". Encore plus flagrant est le militantisme manifeste d'éditeurs de journaux scientifiques, tels, notablement, Marcia McNutt (éditeur de Science) qui a récemment publié cette déclaration dans une rubrique "opinion" dans Science : "Le temps pour le débat est terminé. L'action est nécessaire de manière urgente".
De telles déclaration officielles de la part des sociétés professionnelles, donnent aux éditeurs des journaux toute licence pour rejeter les articles qui remettent en question le consensus.

Plus insidieux encore est le problème qui surgit quand il n'y a pas une masse critique de scientifiques qui pensent différemment ou qui se restreignent de parler parce qu'ils s'attendent à faire l'objet d'ostracisme en réaction à leurs propos. Les perspectives minoritaires en climatologie sont effectivement rejetées des universités et les personnalités qui s'opposent choisissent de rejoindre le secteur privé, de s'associer à des groupes de réflexion [NdT : tels Bengtsson] ou de changer de sujet de recherche. Les climatologues qui ne sont pas d'accord avec le consensus sont progressivement relégués dans le rang des professeurs en retraite et de celui des personnalités d'autres disciplines qui s'auto-financent tout en posant des questions importantes qui sont "inopportunes" pour les priorités gouvernementales en matière de financement de la recherche.

Alors que les inquiétudes au sujet des comportements et des motivations des scientifiques et des institutions qui supportent la science reposent sur des bases solides, l'autre versant du contrat social est, au moins, aussi problématique. L'administration du Président Obama utilise la science du climat pour soutenir son projet politique et s'active à décourager les désaccords en renforçant le consensus. Par exemple, son " Dénoncez les négationnistes du climat" [NdT : Sic !]. Ainsi, sous la présente administration, le contrat social avec la climatologie semble être : "supportez le consensus et faites la promotion de l'alarmisme et vous recevrez beaucoup de crédits de recherche".

La capacité qu'a le financement fédéral de biaiser la science a été discutée dans un rapport récent [NdT : qui fait écho au discours d'adieu d'Eisenhower en 1961]. De mon point de vue, voici comment le financement fédéral de la recherche pilote ce qu'il se passe actuellement. Le "succès" des chercheurs, particulièrement dans les grandes université, est déterminé par la quantité de dollars récoltés – de grands espaces pour les laboratoire, de hauts salaires, un prestige international et une progression dans la carrière . Au niveau d'un Gestionnaire de Programme au sein d'une agence de financement, le "succès" est attesté par l'augmentation de la taille de son programme (c'est à dire, un financement croissant) et par l'obtention de résultats qui permettent un rayonnement accru (c'est à dire qui bénéficie de mentions dans la presse). A un niveau plus élevé, les Administrateurs Divisionnaires se trouvent en compétition avec les autres divisions ; Associer leur recherche à une priorité nationale en matière de politique aide à gagner des points dans cette compétition. Au niveau de l'agence, le "succès" est attesté par la croissance ou, au moins, par la préservation du budget de l'agence. L'alignement de vous-même, de votre programme et de votre agence avec les impératifs actuels de la politique, représentent une clef décisive pour le "succès".

Il est très difficile d'obtenir une financement fédéral pour la recherche scientifique qui n'est pas dans la ligne. Les difficultés rencontrées dans le processus du peer-review (revue par les pairs) n'est qu'un partie de la question. Un problème de ce genre est reflété dans un email que j'ai reçu récemment en provenance d'un scientifique employé par la NASA :

“J'ai assisté à une petite conférence de scientifiques affiliés à la NASA et mon responsable m'a dit que son patron de la NASA lui a dit que que nous ne devrions pas essayer de publier des articles contraires aux affirmation actuelles sur le réchauffement climatique parce qu'il (le patron de la NASA) aurait alors des maux de têtes en luttant contre la publicité "indésirable".

J'hésite quelque peu à dénoncer ici la direction de la NASA parce que je pense que des problèmes plus graves se posent avec la direction de la NOAA. Cependant, le plus gros problème provient du fait que les appels d'offres de la part des agences de financement (en particulier, la NASA et la NOAA) font l'hypothèse implicite de la dominance de la cause anthropique sur le réchauffement climatique dans les sujets sur lesquels ils demandent des propositions de contrats de recherche. Il y a quelque chose de clairement vicié dans le contrat entre les climatologues et la société qui résulte dans une distorsion de la science et qui favorise la prolifération des scientifiques militants, partisans et alarmistes. Et le contribuable paye la note.

Comment pouvons-nous faire un reset de tout ceci ?

Tout d'abord, nous devons reconnaître que la pression exercée par les politiques pour mettre en avant un consensus prématuré sur le caractère anthropique du changement climatique, biaise la recherche sur le climat et, en particulier, résulte dans la négligence relative de la recherche sur la variabilité naturelle du climat. Tant que nous n'aurons pas une meilleure compréhension et une capacité de prédiction de la variabilité naturelle du climat, nous n'aurons pas une base solide pour prédire le climat dans les décennies ou le siècle à venir.

Ensuite, nous devons briser le "monopole de la connaissance" en matière de science climatique – Le GIEC. Le résultat de ce monopole de la connaissance, c'est qu'il existe une diversité intellectuelle et politique insuffisante dans les déclarations au sujet du changement climatique. Pour briser ce monopole, nous devons identifier et créer des structures nouvelles destinées à encourager, publier et rendre publiques, les idées indépendantes et leurs conclusions.

Et, finalement, nous devons trouver le moyen de financer un spectre plus large des recherches qui remettent en question les conclusions privilégiées par les politiciens."

Voici une vidéo d'une présentation antérieure (2014) de Judith Curry dans laquelle elle s'exprimait sur ces mêmes sujets.

3) Résumé et conclusions :

Bien qu'exprimées différemment, les analyses de ces trois spécialistes, tous de formation scientifique mais de domaines d'activités différents, aboutissent sensiblement aux même conclusions :

- La science climatique est hautement politisée ce qui, entre autres, a pour conséquence de biaiser gravement le processus de la démarche scientifique qui devrait prévaloir dans ce domaine comme elle le fait dans beaucoup d'autres.

- La politique a pris le dessus par rapport à la science, au point de décréter et d'imposer ce qui est vrai ou faux en matière scientifique. L'organisation centralisée par le GIEC (une émanation fondamentalement politique) de l'ONU a crée un "monopole de la connaissance" qui a éliminé la nécessaire diversité des analyses et des points de vue qui sont indispensables au développement normal du progrès scientifique.

-La COP21, vantée comme une grande réussite diplomatique, a gravement accentué les défauts du système en ancrant et codifiant l'idée que la "science est dite" alors que les "certitudes" ne reposent que sur des modélisation informatiques qui doivent encore faire la preuve de leur pertinence et alors que de graves incertitudes demeurent encore et qu'un flot permanent de publications revues par les pairs, remet en question, jour après jour, ce que l'on considérait comme acquis. La science évolue en permanence. Décréter et inscrire dans le marbre qu'elle est figée pour un siècle est une aberration.

En réalité, la science des systèmes complexes progresse, et a toujours progressé, par une suite ininterrompue d'erreurs et de corrections. Malheureusement, les politiques, totalement sous-informés en matière scientifique, ignorent cette évidence et, en particulier, leur intervention aussi massive que décisive dans les processus de distribution des financements a eu pour résultat, de vicier le processus fondamental du progrès de la connaissance scientifique.

A ce propos, autrefois – il n'y a pas si longtemps – les chercheurs des organismes publics français de recherche (tels, entre autres, le CNRS et les Universités) s'insurgeaient contre ce qu'ils appelaient le "pilotage par l'aval", c'est-à-dire contre la menace de la mainmise de l'industrie sur la recherche fondamentale. On pourra s'étonner de constater que nombre de ceux-là mêmes qui, il y a quelques années, s'opposaient énergiquement au "pilotage par l'aval" de l'industrie avec le leitmotiv "On n'a pas découvert le laser en cherchant à améliorer la lampe à incandescence" (ce qui est exact), ne semblent guère voir, à présent, d'inconvénient au pilotage de la recherche par la politique.

Pour progresser, la science doit rester, autant que possible, libre et indépendante des groupes de pression, quels qu'ils soient et d'où qu'ils viennent.

Stay tuned !

 

*également en partie traduit sur Skyfall.fr.

Pensée unique 15/4/2016

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