Terrorisme : la stratégie guerrière d’al-Qaida au Maghreb

Bien avant l’apparition officielle, fin janvier dernier, d’une coalition salafiste régionale appelée al-Qaida au pays du Maghreb islamique, le processus de récupération des maquis djihadistes maghrébins par al-Qaida avait été amorcé dès le début de l’année 2002, après la chute des bases d’al-Qaida en Afghanistan.
Cette nouvelle vague d’Afghans maghrébins de retour au pays (après celle du début des années 90 à la fin de la guerre antisoviétique) avait bouleversé les rapports de force au sein des islamistes radicaux locaux. Trois groupes armés directement affiliés à al-Qaida ont été créés début 2003 : le Groupe islamique combattant libyen (GICL) dirigé par Abou Abdallah al-Sadek, le Groupe islamique combattant tunisien (GICT) de Tarek Maroufi et surtout le Groupe islamique combattant marocain (GICM), fondé par Abdelkrim al-Medjati devenu, après avoir « réussi » les attentats de Madrid, en mars 2004, émir de tous les réseaux d’al-Qaida en Europe et au Maghreb.
Deux autres figures de cette nouvelle vague afghane sont à l’origine des deux groupuscules impliqués dans les attentats de Casablanca, en mai 2003. De retour d’Afghanistan, al-Miloudi Zakaria a créé al-Sirat al-Moustaqim (le droit chemin) et Mohamed Rafiki, alias Abou Hafs al-Maghribi, a fédéré les différents courants de la nébuleuse Salafiya Djihadiya, dont le maître à penser est le cheikh Mohamed al-Fizazi.


Plus de 2 000 combattants

Cependant, c’est en Algérie qu’al-Qaida a réussi son plus grand coup de force. Les 400 djihadistes internationalistes ayant rejoint le maquis algérien après la chute du sanctuaire afghan ont destitué l’émir fondateur du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), Hassan Hattab, qui refusait toute alliance avec al-Qaida et toute action armée en dehors du territoire algérien.

Aussitôt intronisé émir du GSPC, le chef de file de ce courant internationaliste, Nabil Sahraoui, a fait officiellement allégeance à al-Qaida, le 11 septembre 2003. Deux ans plus tard, son successeur, l’émir actuel du groupe, Abdelmalek Droukdel, alias Abou Mossaâb Abdelouadoud, a scellé une alliance stratégique avec Zarqawi en Irak. Une alliance renouvelée et validée par le numéro deux d’al-Qaida, Aymen al-Zawahiri, le 11 septembre dernier, avec une recommandation explicite au GSPC : s’attaquer tout particulièrement à la France. (Les services spéciaux espagnols viennent d’ailleurs de mettre en garde la France sur un risque élevé d’attentat avant l’élection du 6 mai)

L’unification des groupes salafistes algériens sous la houlette du GSPC a été confiée à Mohamed Walbani, alias Abou Bilal al-Albani, le successeur d’Abdelkrim al-Medjati (tué en Arabie saoudite en mai 2004) à la tête du département Europe et Maghreb d’al-Qaida. Infiltré clandestinement en Algérie, al-Albani, dont la tête a été mise à prix par le FBI cinq millions de dollars, a sillonné pendant trois mois les maquis de l’ouest puis du centre algérien, distribuant une énorme manne financière. Lors de son arrestation à la veille de Noël dernier, en Kabylie, il était en possession de 3 millions de dollars, 7 millions d’euros et une somme plus importante encore en dinars algériens.

Avant sa chute, il avait fédéré les Protecteurs de la prédication salafiste (PPS) de Mohamed Ben Slim, le Groupe salafiste pour la prédication et le djihad (GSPD) d’Abdelkader Souane, le Groupe salafiste combattant (GSC) de Yahya Djouadi et le Groupe Hijra wal-Takfir (exil et excommunication) d’Ahmed Guellila. Ainsi le GSPC, qui compte environ 1 200 combattants, s’est vu renforcé par plus 900 éléments djihadistes. C’est donc tout naturellement que les autres groupes liés à cette mouvance, au Maroc, en Tunisie et en Libye, ont décidé de le rejoindre, fin janvier dernier, pour constituer al-Qaida au pays du Maghreb islamique.

Les récents attentats d’Alger et de Casablanca illustrent la réalité de cette alliance, notamment par le modus operandi propre à al-Qaida, à savoir le recours à des kamikazes et la planification de plusieurs attentats simultanés. Mais la mutation la plus inquiétante est d’ordre idéologique :

il ne s’agit plus pour ces groupes armés maghrébins de lutter contre les pouvoirs en place dans leurs pays, mais de constituer un front régional s’inscrivant dans le cadre du djihad mondialisé que prône al-Qaida.

Illustration de ce tournant inquiétant : l’ouvrage du numéro deux d’al-Qaida Aymen al-Zawahiri, intitulé Glorifier l’étendard de l’Islam, largement diffusé depuis le début de l’année par les réseaux du GSPC. Il préconise l’abandon temporaire du djihad contre l’ennemi proche (les pouvoirs en place dans les pays musulmans) pour se concentrer sur l’ennemi lointain : l’Occident ! « 

* Spécialistes en matière de terrorisme, dernier ouvrage paru Ben Laden, la destruction programmée de l’Occident (éditions Picollec).

Le Figaro-28-04-07


29/4/2007

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