29 janvier 2023

Que gagne-t-on à cataloguer de musulman les “terroristes”?

Tout. On y gagne absolument tout. Déjà la clarté par la simplicité. En effet, ces gens ne coupent pas de mains, ils ne flagellent pas, ils ne décapitent pas au Mali (et ailleurs) pour faire croire qu'ils sont musulmans afin de mieux cacher qu'ils sont en fait des bandits : ils le font parce qu'ils sont musulmans, tout bonnement. D'autres musulmans ne font pas ainsi. Certes. Il n'empêche que ceux-là le font et ils le font en appliquant strictement les écritures, l'histoire, la tradition elles aussi écrites et commentées.

Ne serait-ce pas plutôt dans ce cas, et comme il se dit, des "intégristes", des "islamistes" bref des partisans d'une islam politique, radical, etc, qu'il s'agirait de différencier d'un islam plus religieux plus pacifique ? Cette distinction ne sert à rien en définitive, et, d'ailleurs, même ce terme est désormais écarté par les partisans du politiquement correct qui parlent la novlangue de 1984 en taxant de "terroristes" ceux qui tout simplement appliquent les textes, répétons-le. Mais pourquoi les autres musulmans ne font pas comme ça dans ce cas ?  C'est ce que d'ailleurs leur reprochent ceux qui appliquent intégralement l'islam.

Les autres ne font pas comme ça parce qu'ils sont encore entre trois systèmes, le système ancestral, celui de l'islam, et celui apporté par la colonisation. Et la post colonisation loin d'aider à une transition vers un système plus universel c'est-à-dire dépassant les origines occidentales pour atteindre une armature politique de type démocratique (balance des pouvoirs, égalité dans l'accès aux libertés de penser et d'entreprendre) a régressé vers des systèmes autoritaires totalitaires issus de la pensée communiste anti-démocratique ;ainsi, on oublie souvent d'analyser l'influence néfaste des courants tiers-mondistes et culturalistes qui ont voulu eux aussi à leur façon renouer avec des "racines authentiquement africaines" qui n'existaient que dans une pensée imaginaire. Tant et si bien, que profitant de cet entre-deux, de la corruption, les classes politico-intellectuelles qui en sont issues ont laissé la place aux ONG wahhabistes qui ont déversé leur venin et leur fric comme elles le font également au coeur de l'Europe, en France particulièrement.

L'intérêt de caractériser ces actes non pas de terroristes mais de musulmans permettrait alors de forcer les musulmans eux-mêmes qui ne sont pas d'accord à se mobiliser bien plus, à se lever, à manifester, à l'encontre de ceux qui parmi eux veulent revenir à une lecture salafiste (originaire) des textes.

C'est aux musulmans eux-mêmes de faire le travail de clarification et non pas aux non musulmans qui de toute façon seront considérés par les uns et par les autres comme incompétents.

Il faut juste critiquer les musulmans qui disent que les djihadistes ne sont pas des musulmans parce que cela ne suffit pas, cela ne sert à rien.

En effet, c'est ce qui se dit depuis des lustres, avec le résultat que l'on sait, et l'on ne peut plus dire que l'islam littéralement appliqué est minoritaire lorsqu'il est devenue majoritaire en Tunisie, en Egypte, à Gaza, au Soudan, en Arabie Saoudite, au Qatar, en Iran (même s'il s'agit de l'autre branche) au Liban, en Afghanistan par certains côtés, etc; même ce qui est nommé " L'Algérie" se trouve de plus en plus islamisé au dire de certains observateurs pourtant peu enclins à partager l'analyse ci-dessus : les restaurants vendant de l'alcool ferment de plus en plus au moment même où il n'y a jamais eu autant de trafic d'alcool dans le pays.

Voilà d'ailleurs l'hypocrisie : nombre de ces populations voudraient vivre une autre façon le lien entre religion et politique, faire en sorte que le religieux devienne plutôt une éthique, une attitude, mais pas au détriment de la liberté de penser et d'entreprise ou la démocratie. Sauf que des opportunistes vont plutôt favoriser les littéralistes de l'islam en les plaçant à des postes clés comme en "Algérie", tout en se plaignant que ceux-ci fassent des petits, montent des écoles coraniques, mettent sur pied des systèmes de solidarité, tout en punissant selon le "Livre" comme ils l'ont fait au Mali ; or, en insistant sur le fait que ce sont des musulmans qui tuent violent amputent et non pas seulement des terroristes, cela permettrait que la crise identitaire musulmane s'aggrave (fitna) dans un premier temps, mais fasse effet cathartique dans un second temps en forçant à la clarification, y compris en France où est vendu un islam imaginaire empli de colombes de paix dans une espèce de peinture de propagande semblable au réalisme socialiste de sinistre mémoire.

Il y a aussi une autre solution : celle adoptée par l'Europe, Obama, etc : soutenir du bout des lèvres l'effort des socialistes français, ne rien faire en réalité contre l'émergence d'Etats wahhabistes qui peuvent jouer le rôle de foyers contrôlables (containment) en attendant… Mais quoi ?… Peu importe pour les "obamaïstes" qui ont basculé en Asie de toute façon, en se dédouanant par des attaques à coup de drones au Pakistan alors que tout le pays est lui aussi malade de cette crise identitaire musulmane qui fait crever à marches renforcées tout ce qui restait encore de système démocratique, laissant place à l'inconnue d'une aventure guerrière en forme d'impasse puisque jamais il ne gagnera contre l'Inde. 

En tout cas, l'idée qu'il suffit de taxer de "terroristes" ceux qui tuent au Mali et ailleurs, et d'abreuver de crédits des populations que l'on suppose uniquement touchées par "la" crise économique, est une vue de l'esprit : les individus ne sont pas des animaux seulement, ils ne se nourrissent pas que de pain (contrairement à ce que pensait un…Chirac lorsqu'il vantait le régime de Ben Ali…). Par ailleurs, n'oublions pas que ce que l'on appelle les acquis fabuleux de la "civilisation arabo-musulmane" sont en fait le résultat du génie de chaque peuple en son sein et non pas du fait seul de l'islam ; ce n'est pas l'islam qui a produit une mathématique, une médecine, mais la corrélation entre les mathématiques grecques babyloniennes, perses, indiennes… Avicenne était Perse, Saladin Kurde, Avarroès, Marocain, etc etc etc…et les Mille et une nuits sont perses à 90%….Idem, ce n'est pas parce qu'Einstein était juif qu'il a découvert la relativité, mais par son génie propre ; d'ailleurs Poincaré était en chemin, et Einstein s'est aussi appuyé sur les travaux de Lorentz pour y arriver ; on peut juste dire que les sciences, la finance, les arts, ont été délaissés en Europe par les classes hégémoniques qui préféraient le pouvoir et le prestige de la robe et de l'épée, ce qui a permis aux exclus juifs de faire le trou dans ces domaines qui se sont avérés essentiels avec la révolution industrielle et technologique ; idem, les populations issues de contrées dominées par la culture arabo-musulmane peuvent fort bien s'insérer dans des domaines délaissés par les élites postmodernes étatistes en voie d'implosion comme le font les immigrés aux USA en créant des entreprises high tech et en s'insérant dans les entreprises délaissées à la façon des mexicains et des asiatiques. Sauf qu'en France les "djeuns" de "lieuban" ont été contaminés par l'étatisme de l'assistanat généralisé : dans ces conditions d'handicap national, certains préfèrent aller faire le coup de feu à l'étranger ; conclusion ; ce n'est pas seulement à cause de l'islam mais de l'ambiance étatiste généralisée.

Lucien SA Oulahbib

https://en.wikipedia.org/wiki/Lucien-Samir_Oulahbib

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