Jusqu’où va la laïcité ? (Thème de l’AG du 30 juin)

Dans celui-ci, l’enfant voit sa mère mettre son foulard sur ses épaules, ce qui veut dire qu’elle accepte le fait de ne pas afficher une conviction, privée, dans un cadre républicain, c’est-à-dire le cadre commun.

Son foulard, en tant que symbole, reste un symbole culturel et cultuel (critiquable, mais là n’est pas le propos pour l’instant), sur les épaules, il ne devient en tout cas pas un symbole politique qui concurrence ceux de la République. L’enfant peut être soulagé, sa mère ne se distingue pas politiquement des autres mères.

Et lui-même n’a pas besoin de renchérir en matière de défi. De sur-souligner qu’il a des origines particulières qu’il veut préserver.

Alors que, en imaginant maintenant que sa mère porte le voile, voire l’habit islamique, il est clair que l’enfant, au lieu de se distinguer seulement comme singularité individuelle et particularité culturelle et cultuel, se voit dans le regard de ses camarades comme un totalement autre qui affirme une différence exclusive, fermée.
Car celle-ci empêche qu’un contenu universel significatif, discuté et enseigné dans l’école de la République en tant que tel, c’est-à-dire en tant que savoir et méthode scientifique du Connaître, puisse s’échanger autrement que par les mots.

En empêchant le regard, républicain, c’est-à-dire tissé par ce contenu significatif, universel, basé sur une acception libératrice, ouverte, du genre humain perçu comme un tout au-delà des singularités et des particularités, de pouvoir ainsi se poser sur la silhouette de sa mère, il s’avère que le foulard ou l’habit islamique, dévoile alors qu’il est bien plus qu’un symbole d’appartenance cultuel et culturelle.

Il dévoile qu’il est un symbole également politique qui vient signaler à l’enfant qu’il doit en permanence se distinguer de ses camarades, en particulier dans le fait que le savoir qu’il apprend ne doit en rien lui rappeler qu’il est aussi un être humain partageant avec d’autres êtres humains une singularité et une particularité communes : celles de l’universel qui se personnifie dans l’espace républicain laïc et se décline dans diverses cultures et temps social historique donné.

Or, en lui refusant cette possibilité, on ne peut que renforcer, en corrélation, une contestation de plus en plus affirmée du savoir universel enseigné puisque lui non plus ne correspond pas à cet autre pendant du voile islamique qu’est le texte d’où celui-ci s’autorise.

Cette question là peut aussi se décliner dans tout l’espace public, qu’il s’agisse des hôpitaux, des services administratifs, des séances de naturalisation…

Aussi la question, stricte, devient celle-ci : le Corps républicain, sous peine de se voir contesté dans sa Chair, ne peut que renforcer sa vitalité en étendant l’espace de neutralité laïque, c’est-à-dire d’universalité qui l’entoure nécessairement en matière d’Espace et de Temps Public.

Voilà ce qu’il nous faudra considérer, par exemple en appelant à un renforcement de la loi sur les signes ostensibles.

Nous en parlerons le 30 juin.


16/6/2007

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