Philosophie politique d’un futur Mouvement Néo-Moderne (MNM)

Ainsi pour Marx la division sociale du travail serait certes déterminée par une division technique. D’où la notion de compétence. Mais celle-ci serait elle-même dépendante cependant des rapports politiques juridiquement cristallisés en rapport de propriété dont la forme varie historiquement. Or ceci n’est pas exact. Il est, bien entendu, nécessaire de souligner l’aspect déterminant du rapport de propriété. Mais ce n’est pas celui-ci qui est toujours le plus déterminant. Car en situation de concurrence et selon le degré de technicité requis pour permettre une allocation de ressources optimum, le taux de profit se trouve déterminé d’autant. Certes, il est possible de pallier cette double contrainte par des limitations drastiques des coûts tels ceux de la masse salariale et des investissements. Mais ceci a des limites.

Parce que si les services publics essentiels comme la justice, la protection des personnes et des biens, l’aménagement du territoire doivent être pensés dans le cadre d’une mise en concurrence, il s’agit de le faire avec un strict cahier des charges préservant l’accès égal de tous les citoyens, doit être la donne fondamentale pour l’ensemble de ces sous-systèmes. Il ne faut donc pas parler de « dérégulation  » mais de nouvelle régulation plus conforme au double souci d’atteindre le meilleur développement dans des conditions optimum. –

C‘est également dans cette perspective d’optimisation du développement au sens qualitatif du terme qu’il faut penser l’actuel déploiement de la « nouvelle économie « . Ainsi qu’il s’agisse du commerce électronique, des organismes génétiquement modifiés, ou de l’amorce actuelle du clonage thérapeutique de cellules humaines, les principes libéraux, écologiques, et laïques, en économie politique, restent les mêmes : ils intègrent intrinsèquement dans leur approche qualitative les dispositifs à la fois éthiques et socioculturels nécessaires au bon développement. Dans ce cas, loin d’agiter des peurs obscurantistes qui condamnent en soi des nouveaux rapports techniques de production, quand bien même ceux-ci toucheraient à des matières spirituellement sensibles, ces principes tiennent compte de ce qu’il y a de mieux pour la conservation et l’affinement et rejettent ce qui dispersent et dissolvent l’humain puisque telle est leur fonction.

Dans ces conditions, des expériences de génie génétique, de clonage de reconstitution des tissus cellulaires, qui respecteraient les principes éthiques et de protection peuvent fort bien se déployer puisqu’elles sont au préalable testées dans leur contribution positive au développement durable.

On l’a bien vu durant la grève des routiers en Septembre 2000.

La route a pris de plus en plus le pas sur le rail. Ainsi en matière de fret et d’après un récent rapport parlementaire  » la part du transport routier dans l’acheminement des marchandises est passée de 33% en 1960 à 73,7% en 1997, au détriment des voies d’eau mais aussi de la SNCF, qui a perdu plus de la moitié de ses parts de marché, passées de 57% en 1960 à 17% en 1999.  » ( Le Monde du 8 septembre 2000, p 7). Or s’il existe un lien entre l’accroissement du trafic routier et l’effet de serre, il est vain de croire que l’on pourrait inverser le processus vers le rail si celui-ci n’est pas réformé en profondeur dans les infrastructures qu’il propose et dans l’organisation du travail des cheminots. Mais comment faire si de puissants intérêts corporatifs empêchent ce genre de solution pourtant impérative ? Il en est de même dans l’éducation et la santé.

Comment faire pour accroître l’efficacité du service public, améliorer l’interaction avec l’environnement global, et donc permettre un réel développement , en particulier pour une certaine jeunesse de plus en plus manipulée comme on l’ a vu à l’automne 2005 en France ? Il est nécessaire de séparer la fonction de service public en deux: il existe d’une part des principes de service public à respecter. D’autre part la gestion de ceux-ci peut être en totalité ou en partie rétrocédée à des officines privées. Du moins si l’entreprise publique s’avère incapable de répondre à de tels défis. Dans ces conditions on ne voit pas pourquoi il ne serait pas possible d’y arriver dans le rail, l’école, et l’hôpital. Il faut d’abord évaluer l’étendue des besoins. Puis voir en quoi les employés peuvent être intéressés au résultat. Enfin il s’agit d’ouvrir à la concurrence. Tout en respectant la contrainte de service public.

Ainsi en matière d’éducation l’autonomie financière et pédagogique signifie que le fait de donner un cours gratuit de grec ancien ou d’histoire théologique n’est pas incompatible avec l’existence d’un cours payant de gestion financière pour adultes. Le fait d’apprendre par le biais de concours inter-lycées, et via Internet, est déjà en train de se faire.
Seulement il s’agit maintenant d’aller plus loin encore. En aidant beaucoup plus les individus à devenir maîtres de leur propre destin.

Certes, l’acquisition des compétences est inégale et dépend pour une part du milieu et de l’instruction, ce que Durkheim et le mouvement progressiste à sa suite appelaient « l’héritage « . Mais cette dépendance de l’acquisition des compétences à ce dernier n’en découle que pour une part. Car l’apport de la compréhension personnelle transcende autant les inégalités sociales que biologiques. Puisque, s’agissant de ces dernières, ce que l’on appelait les dons et aujourd’hui les aptitudes, transcendent les rapports sociaux.
Il est vrai que tel individu issu d’un milieu pauvre ou moyen aura plus de mal ou mettra plus de temps à y  » arriver « . Mais selon ses aptitudes et aussi un développement mental adéquat il atteindra ses objectifs bien que le haut de la stratification sociale soit en effet beaucoup plus ouvert aux personnes issues de milieux favorisés. Sauf que l’on ne peut laisser croire comme il se dit ces temps-ci en France qu’il suffirait de placer tout le monde dans les mêmes conditions initiales pour voir émerger des génies à profusion. Et qu’une rotation permanente des tâches permettrait qu’une  » cuisinière puisse faire fonctionner l’Etat « .
Ceci reste illusoire comme il fut d’ailleurs démontré grandeur nature à l’Est. Déjà parce qu’il est difficile de rattraper en un tour de main des conditions d’héritage qui s’échelonnent parfois sur plusieurs générations. Par ailleurs il s’avère que certaines tâches sont d’une extrême complexité et nécessitent une grande compétence articulant doigté et connaissance qu’une longue expérience affine de surcroît. Dans ce cas, l’idée de rotation est tout à fait incertaine et même dangereuse en dehors du moins des fonctions électives. Mais ceci ne veut pas dire qu’il ne faille pas œuvrer en direction d’une meilleure formation et information pour tous.
C’est ce qu’avaient bien compris les artisans de la troisième république lorsque, avec Jules ferry, ils décidèrent de placer l’instruction au cœur de la socialisation.

L‘inégalité des hommes dans le processus de production et d’échange n’est donc pas seulement due aux conditions d’héritage, mais aussi, et surtout aujourd’hui, au degré de complexité atteint par les rapports techniques de production. Et leur intensité opératoire s’accentue d’autant plus qu’ils se trouvent placés en situation de concurrence extrême. Surtout lorsque la planète s’ouvre de plus en plus à la démocratie des échanges, pour le meilleur et pour le pire de la volonté de puissance.

Dans ce contexte de contrainte objective, et lorsque l’on exclut l’idéalisme qui veut précisément passer outre, une réelle politique néomoderne consisterait à articuler au mieux les universaux d’émancipation aux possibilités de leur réalisation.

Ceci implique alors de penser l’environnement, au sens large, à la fois au sens naturel, ouvré, et spirituel du terme. C’est-à-dire d’intégrer que c’est le concept même de développement, au sens de déploiement optimum de capacités et de projets donnés qui est son point d’ancrage ultime.L’homme interagit en effet en permanence avec l’environnement multiforme pour se développer dans ses dimensions matérielles et spirituelles, sociales et culturelles. Tout est donc nécessaire et il n’y a plus de facteurs privilégiés en soi, sauf lorsqu’il s’agit d’en mobiliser certains en fonction des deux contraintes objectives décrites plus haut.

Dans ces conditions, la lutte contre le bruit, l’élimination des déchets, l’amélioration des transports, la lutte contre la pollution, la bonne interactivité administration-citoyens, salariés-entrepreneurs, Etat-régions, la défense et l’évolution des principes éthiques universels visant à un affinement des pratiques humaines, deviennent les éléments d’un même système d’interaction. Ce qui implique de s’en occuper à parties égales. Et donc de recalculer toute la quantification du produit national brut non plus à partir d’indicateurs bruts de croissance mais d’indicateurs de développement pondérés par un débit calculant la somme des nuisances dans laquelle doit s’inscrire les attaques contre les libertés de penser et d’entreprendre.

Car si l’on admet que la liberté et son conflit éthique sont au centre de l’interaction homme-environnement (au sens large), il y va alors de la possibilité permanente du développement durable d’être non seulement conservé mais affiné. Le rôle de la puissance publique consiste dans ce cas à veiller sur tous les principes qui régulent les interactions entre tous les éléments du système aussi importants les uns que les autres. Et elle l’effectue en déléguant largement à divers sous-systèmes les moyens de le faire.

Ainsi en améliorant la justice dans le fait par exemple de rendre recevable toute plainte mettant en cause un facteur environnemental donné, le citoyen peut alors contrebalancer la toute puissance de l’administration et des complexes industriels. De même, le rôle de la puissance publique est de permettre que, dans l’entreprise, les salariés soient co-responsables du processus de production. Ou que, dans le système éducatif, la direction d’enseignement, les enseignants, les parents d’élèves et les élèves, puissent avoir les moyens de participer à la désignation des objectifs et aux moyens d’œuvrer pour leur pleine réalisation. Il en est de même pour les systèmes de santé, de retraite et de réinsertion sociale : les moyens d’intégration doivent y être toujours pensés en fonction du meilleur service à rendre au citoyen et non à partir de considérations idéologiques surannées qui transforment les moyens d’action en tonneaux des Danaïdes.

Ce qui accentue et surtout dilapide la ponction fiscale au lieu d’employer celle-ci pour amélioreron plus incompatible avec une rigueur qui en effet ne peut réduire le rôle du professeur à celui d’animateur socio-éducatif. De même en matière de transport régional, en particulier le métro et le bus, il serait judicieux de penser à ce que la carte orange soit prise en charge entièrement par la taxe professionnelle, elle-même déduite des charges. Et que les jeunes des banlieues puissent voyager gratuitement jusqu’à leur premier emploi afin d’éviter les incivilités et les dégradations. En matière de santé la place de la médecine de relaxation et de kinesthésie devrait être beaucoup plus développée car la relation entre exercices physiques et bonne santé s’avère de plus en plus probante et permettrait de lutter ainsi contre les inégalités en matière de durée de vie.

Toutes ces réformes qui obligent à une autre approche du service public rendent alors non seulement nécessaire la réforme de l’Etat mais aussi la mise sur pied de référendums ambitieux. Déjà parce que tous les citoyens sont concernés et qu’un large débat doit parcourir tout le pays. C’est cela faire de la politique. Ensuite ces référendums (malgré l’échec du dernier) sont nécessaires afin d’empêcher que des intérêts corporatistes sapent de telles réformes. Nous savons en effet d’expérience qu’il ne sert à rien de gagner les élections générales sur un programme ambitieux de réformes puisque celles-ci seront impossibles à mettre en œuvre. Car certains au sein des services publics prétendront en savoir beaucoup plus que la collectivité, s’agissant d’esprit du service public. Qu’est ce donc que cet  » esprit « ? Pas plus que les principes.

Or, les réformes visent précisément à en accroître l’efficience. Mais les intérêts corporatistes n’en ont cure. Et troubleront le vote pourtant favorable de l’opinion en se prétendant les meilleurs défenseurs de cet esprit. Sauf qu’il n’en est rien. Le recul de la SNCF en matière de fret en est une preuve. Les difficultés de l’éducation et les inquiétantes déficiences en matière de santé en sont d’autres. Seule une volonté résolue d’aller jusqu’au bout de la nécessité des réformes, s’appuyant sur une politique audacieuse de référendums, permettrait de faire à nouveau de la France le modèle du développement durable qui penserait l’interaction homme-environnement dans toutes ses dimensions.

Ainsi l’application de tels principes néomodernes aux structures multiformes du développement, dont l’économie politique n’est qu’un élément, permettrait de conjurer le pire en conservant et en affinant le meilleur de la production humaine car c’est de cette façon que le projet d’émancipation peut atteindre réellement sa pleine réalisation.

Mais il faudra le défendre.

Par une coopération militaire et policière de plus en plus probante, incluant l’élaboration d’un bouclier anti-missile, cela devient indispensable comme l’admet également le Parti démocrate américain. Car la prolifération des armes nucléaires, hors Etats, accélérée par l’agressivité de certains (Iran, Corée du Nord, bientôt Venéezuela ? ) rendra nécessaire une telle protection. Il faut donc écarter toute politique prétendant empêcher un tel déploiement sous prétexte de relancer la course aux armements comme le prétendent hypocritement ceux-là mêmes qui organisent de plus en plus un chantage planétaire pour toucher des fonds que l’on pourrait fort bien consacrer plutôt au développement durable de nombres de pays du Sud.

D’ailleurs, c’est précisément parce que l’ex-URSS ne pouvait contrecarrer la stratégie américaine dite de la guerre des étoiles qu’un Gorbatchev est venu au pouvoir afin de réformer un système qui connut la destinée que l’on sait. D’une pierre deux coups dans ce cas : en se protégeant, l’Europe dissuaderait toute force hostile de faire du chantage nucléaire, tout en incitant les forces amies à changer de stratégie dans leurs relations internationales. Et donc à de plus en plus axer leur politique économique sur le développement durable respectueux des populations, de l’environnement, et des institutions internationales, plutôt que de baser leur volonté de puissance sur une politique de chantage permanent. Tel est l’enjeu pour les années à venir.

Année 2001, actualisé en octobre 2006

[i]Iris Canderson est philosophe[/i][img align=right]http://www.resiliencetv.fr/uploads/img4369e56335552.png[/img]

Iris Canderson 31/10/2006

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