Retour sur l’affaire des Minarets

Depuis le référendum sur les minarets tenu en Suisse, on entend s'élever partout en Europe et dans le monde des voix moralisatrices et islamiquement correctes qui condamnent non seulement la consultation populaire par laquelle les électeurs helvètes ont rejeté les Minarets mais aussi le peuple suisse souverain lui-même, accusé de faire le jeu des partis de droite populistes ou « racistes », d’être devenus intolérants et « islamophobes », etc, « rejeter l’Autre », de remettre en questions les droits de l’Homme, etc.

Quelques observations sur l’indignation à sens unique

La première observation que cet évènement médiatisé à outrance éveille en moi est la suivante : Lorsque le dictateur ou « Guide » de la Jamahariyya socialiste libyenne Muammar Khadafi et son fils ont appelé ces derniers mois à « démembrer la Suisse » (cf discours de Khadafi à l’ONU) ou de « d’atomiser puis rayer de la carte ce pays » (dixit Hannibal Khadafi) sous prétexte que la justice suisse a osé envisager d’appliquer la loi helvétique à Hannibal Khadafi qui avait séquestré et battu des employés de maison (il fut en fait libéré et le Président suisse en personne dut présenter ses excuses officielles…), AUCUNE des voix actuellement tant indignées à propos des minarets interdits en Suisse n’a osé s’élever contre l’une des grandes dictatures du monde, parraine de maints attentats, organisations terroristes et même complice du génocide des Chrétiens et musulmans du Soudan et du Darfour voisins. De même, et il ne s’agit pas là que de mots, lorsque chaque jour des Chrétiens d’Egypte, d’Irak, du Liban, du Soudan, d’Indonésie, du Pakistan et même de la soi-disant laïque et tolérante Turquie sont brimés, humiliés, persécutés ou assassinés par des groupes islamistes, nationalistes ou paragouvernementaux, nos indignés professionnels et autres « anti-racistes » de profession ne brillent pas particulièrement par leur réactivité. Curieusement, lorsque maintes dictatures rouges ou vertes (Cuba, Corée du Nord, Iran, Arabie saoudite, Pakistan, Zinbabwé, etc) trucident leurs minorités ethno-religieuses et les membres de l’opposition lorsque qu’elle peut encore s’exprimer, les médias et les autorités morales de la vieille Europe si vigilante par ailleurs en ce qui concerne les moindres réactions identitaires en Suisse ou en Italie (diabolisation du Gouvernement Berlusconi par exemple) ne bronchent pas.
La seconde observation que suscite en moi la désormais « affaire des minarets » – qui ne fait d’ailleurs que suivre celle des « caricatures » de Mahomet au Danemark, celle du « discours du Pape Benoist XVI à Ratisbonne » ou celle de la récente décision de la Cour européenne des droits de l’Homme de Strasbourg visant à interdire le crucifix dans les écoles italiennes – c’est la contradiction interne qui anime nos « indignés » sélectifs, qui se font laïques ou théocrates selon l’identité des croyants concernés. Leur indulgence et leur anti-laïcisme à l’endroit des Barbus mahométants et autres prosélytes islamistes ambitionnant d’empêcher l’intégration des jeunes musulmans au nom du repli communautaire, n’a en effet d’égal que leur intransigeance laïcarde anticléricale à l’endroit des Chrétiens. Ainsi, lorsque la Cour européenne des droits de l’Homme a condamné en novembre 2009 la présence de crucifix dans les écoles italiennes, ceux-là même qui crient à l’islamophobie à propos de l’interdiction des minarets en Suisse saluent – excepté le Vatican – la décision de retirer les crucifix dans les écoles publiques italiennes. Etonnamment, ce qui est légitime pour les croyants musulmans, c’est à-dire la progression publique de symboles politico-religieux conquérants de l’Islam théocratique (Voile islamique, Minarets, qui n’ont rien à voir avec les lieux de culte et le droit légitime à la pratique de la religion dans l’espace privé, aucunement menacé en Europe), ne le serait pas du tout pour les catholiques dans leur propre pays, même s’il s’agit de pays de tradition catholique forte ou concordataires comme l’Italie, la Pologne ou l’Irlande, qui ont d’ailleurs réagi ces dernières semaines face aux dérives christianophobes des lobbies islamophiles et laîcistes à sens unique. Mais la comparaison atteint ici ses limites, car ce qui a été refusé aux Italiens chrétiens – la présence de crucifix à l’école, symbole pacifique et que l’humanisme peut faire sien – est préconisé pour les associations islamistes qui veulent quant à elles, à travers d’imposants minarets, non pas témoigner d’une culture majoritaire fondatrice de l’identité nationale, mais démontrer que l’Islam conquérant progresse et domine en terre chrétienne alors que le prosélytisme chrétien est éradiqué, interdit ou persécuté partout en terre musulmane.
Curieusement donc, ceux-là même qui sont d’habitude les défenseurs des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes et du droit à la différence des minorités en terre européenne, entendent réprimer le droit des autochtones européens à défendre sur leur propre seul leurs racines judéo-chrétiennes, même laïcisées, sous prétexte que cela pourrait « heurter des minorités », ainsi que l’a stipulé la Cour de Strasbourg et ainsi que l’entendent les nouveaux censeurs islamiquement corrects.

Le zèle islamiquement correct des Européens dépasse désormais celui des pays islamiques

Troisième observation, je constate que les élites gouvernantes, intellectuelles et médiatiques européennes – en décalage total avec les populations qui ne supportent plus la culpabilisation et l’islamiquement correct, comme l’a compris le président Sarkozy au sein de la majorité en France, sont désormais devenus plus royalistes que le roi, plus islamiquement corrects et islamo-indignés que les Musulmans et certains pays islamiques eux-mêmes ! En effet, les pays musulmans ont plutôt assez peu réagi cette fois-ci, par rapport aux affaires passées des caricatures de Mahomet et autres scandales « d’islamophobie ». Et s’ils ont tous condamné la décision référendaire suisse d’interdire les minarets, en premier lieu la Turquie (candidate à l’Union européenne et qui y serait un super lobby islamique si elle y parvient), ils l’ont toutefois souvent fait avec moins d’islamo-indignation zélée que les dirigeants européens politiquement corrects et terrorisés par leur ombre culpabilisante. On rappellera les « graves préoccupations » ou « inquiétudes » exprimées par le Vatican, les principales capitales européennes, le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, le Conseil de l’Europe. Les innombrables éditoriaux (exceptés ceux des courageux Yvan Rioufol au Figaro ou Christophe Barbier à l’Express), ou autres déclarations assimilant la décision suisse à « l’intolérance », au « populisme », au « racisme », à la « xénophobie » et même à « l’islamophobie ». Pour la petite histoire, rappelons que ce terme à la mode a été forgé dans les années 1990 par la République islamique iranienne pour justifier les campagnes d’appels au meurtre contre l’écrivain musulman modéré Salman Rushdie et la liberté d’expression dont celui-ci a pu bénéficier en Europe. Une liberté d’expression que les 57 pays de l’Organisation de la Conférence islamique entendent bien réduire, ainsi qu’ils sont déjà parvenus à le faire accepter par des résolutions de l’OCI puis par le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU basé à Genève et désormais contrôlé par les Etats rouges-verts comme l’Iran, Cuba, la Libye ou autres pays exemplaires du point de vue du respect des droits de l’homme… Malgré cela, les pays européens ont cette fois-ci anticipé les pays islamiques de l’OCI. Car cette fois-ci, à la différence de l’affaire des caricatures et du discours du Pape, le Conseil de l’Europe, les capitales de la quasi-totalité des pays européens ont fustigé en bloc la Suisse avant même que les pays musulmans portent l’affaire auprès de l’OCI ou de la Ligue arabe, avant qu’un seul drapeau suisse ne soit brûlé.

L’Islam et le Coran n’ont jamais fait des minarets un élément de foi ou une obligation cultuelle

Par ailleurs, comme l’expliquent des Musulmans savants comme l’Imam Souheib Bencheikh ou l’intellectuel tunisien soufi Abdel Wahhab Medeb, l’édification de Minarets imposants dans la Cité n’a jamais été une obligation inhérente à la pratique de l’Islam. Les Minarets sont essentiellement un symbole de puissance des grands pays islamiques qui mesurent depuis des siècles leur leadership à la hauteur de leurs mosquées, comme on le constate à Istanbul, où le nombre de minarets de la Mosquée Bleue (7) indique la suprématie passée de la Turquie islamo-ottomane et non le degré de la foi des habitants. Précisons par ailleurs, qu’avec des centaines de mosquées, des centaines d’associations islamiques, une liberté d’expression totale, y compris pour critiquer l’Occident et faire de Genève) une des bases-arrières officielle de l’Islamisme anti-occidental et subversif (Centre islamique des Frères Musulmans des deux frères Ramadan), la Suisse est loin d’être un pays qui « persécute les Musulmans, bien au contraire.

En guise de conclusion : une première brèche de taille dans l’arsenal de l’islamiquement correct

L’islamiquement correct est désormais devenu le cœur de l’idéologie relativiste et culpabilisatrice du Politiquement correct, idéologie totalitaire soft de répression de l’identité occidentale et d’autodissolution. Cet islamiquement correct que j’ai défini en 1998 dans les colonnes du Figaro Magazine est désormais intériorisé comme un interdit absolu, une nouvelle échelle de valeurs et de pouvoirs au sein des nations. Mais dans le même temps, depuis que j’ai forgé cette expression, cette idéologie d’autoflagellation européenne qui culpabilise les Occidentaux dans leur légitime sentiment de frustration identitaire et dans leur crainte vis-à-vis d’un Islam politique conquérant toujours plus inquiétant, est autant présent au sein des élites qu’il est désormais rejeté parmi les masses et les électeurs exaspérés et en demande d’identité, comme l’a bien montré d’ailleurs le débat judicieusement lancé avec grande liberté de ton par l’UMP et le Président de la République française, cas unique en Europe.
Ma conclusion est que les Suisses qui ont voté contre les Minarets ostensibles dans leur pays ne sont pas tous « intolérants » ou « islamophobes », même si il existe aussi comme partout dans ce pays des réalités xénophobes et populistes, mais plutôt des adeptes conscients ou inconscients, de Sir Karl Popper, le célèbre épistémologue et philosophe qui avait écrit « La société ouverte et ses ennemis » et qui expliquait que la tolérance s’arrête là où les intolérants et ennemis des démocraties profitent de la tolérance de ces dernières.
Ces électeurs et les millions d’Européens lambda qui les approuvent n’ont fait qu’exprimer leur exaspération, leur rejet d’une idéologie d’autodestruction politiquement correcte qui est trop souvent complice non pas des prétendus opprimés mais des idéologies totalitaires anti-occidentales conquérantes comme le tiersmondisme revanchard et l’islamisme politique. Le vote référendaire suisse doit être perçu comme l’amorce, le début d’un phénomène européen plus vaste de prise de conscience. Elle incarne la réaction populaire d’un peuple européen souverain et libre ouvert aux Autres mais qui tient à son identité, comme l’a très justement rappelé le président Nicolas Sarkozy qui retrouve (on s’en félicite) ses accents politiquement incorrects qui avaient fait son génie lors de la campagne électorale de 2007. Cas unique au sein des pays européens, le président Sarkozy a en effet eu le bon sens de prendre acte de l’exaspération suisse et de la demande générale d’identité des électeurs qui veulent, comme il l’a dit lui-même, défendre leur racines et leur identité nationale. Le président Nicolas Sarkozy en en effet parfaitement a bien posé le problème, tranchant ainsi avec les professions de fois islamiquement correctes de Bernard Kouchner et autres pièces rapportées au sein de la majorité présidentielle , lorsqu’il a expliqué que « Les Suisses ne veulent pas, comme les Français, que leur pays change, qu'il soit dénaturé. Ils veulent garder leur identité. Les Français ne veulent pas voir des femmes en burqa dans la rue, mais cela ne veut pas dire qu'ils sont hostiles à la pratique de l'islam." Tout est dit. Une fois de plus, on retrouve dans la pensée de Nicolas Sarkozy l’idée fondamentale chère au député européen d'origine égyptienne fondateur du parti Io amo l'Italia (moi j'aime l'Italie) Magdi Cristiano ALlam : aimer son pays est une vertu, défendre ses racines civilisationnelles est légitime, intégrer l’Autre ne doit jamais signifier se désintégrer soi-même. Mais c’est au contraire à l’Autre de s’adapter à nos us et coutumes et à respecter des règles et devoirs non négociables valables pour tous.


Alexandre del Valle 9/12/2009

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