Pour une économie libérée des politiques

En France, nous n’avons de leçon à recevoir de personne (et surtout pas de la perfide Albion) tandis que nous en donnons à tout le monde. Cette remarque rappelle aussi la position morale de Ronald Reagan pour qui, « à force de pencher tantôt à gauche, tantôt à droite, les responsables politiques oubliaient que l’homme aspirait à s’élever, s’arrachant du bas pour tendre vers le haut ».

En Europe, la question de la production/répartition des richesses fait le plus souvent l’enjeu de luttes partisanes et de déchirements passionnels plutôt que l’objet de raisonnements logiques et de considérations pragmatiques. Dans les années 70, les leaders de gauche se réclamaient d’un programme commun en vertu duquel ils s’étaient donnés « 100 jours pour rompre avec le capitalisme ». Dans les années 90, la gauche plurielle s’attribuait le « retour de la croissance ». Du « grand soir » au mythe du plein-emploi, quel chemin parcouru ! Pendant ce temps, d’autres nations refusaient la fatalité du déclin en montrant la voie des réformes et du redressement. Cette voie est suivie aujourd’hui par un grand nombre de pays autrefois prisonniers du rideau de fer ou englués dans les mirages du développement alternatif.

Il y a un grand danger pour les politiques à s’avancer sur le terrain économique qu’ils ne pourront jamais maîtriser sauf à détruire complètement la dynamique de l’économie. Notre société gagnerait en vitalité si l’Etat abandonnait à la société civile quelques-unes de ses prérogatives, notamment en matière économique et sociale. Il est temps de faire confiance à nouveau aux individus plutôt que de décliner toutes les dimensions de la vie sur le thème du « social ». Les prélèvements « sociaux », les mouvements « sociaux » ou la justice « sociale », la social-démocratie ou le tourisme « social », l’économie sociale et les tarifs sociaux… Ce vocabulaire constructiviste est entré dans le langage courant, nous enfermant à notre insu dans des raisonnements fallacieux.

Une telle banalisation témoigne d’une emprise croissante du collectif sur l’individuel, toujours néfaste à l’initiative privée et à la dynamique économique elle-même. Le problème du chômage ne trouvera jamais de réponse tant que nous n’aurons pas intégré le fait que la plupart des décisions économiques relèvent davantage d’arbitrages individuels, qui impliquent des citoyens réellement libres de passer des contrats, que d’une gestion administrative de l’économie qui étouffe la responsabilité individuelle. Les responsables politiques perdent leur identité en déclinant leurs programmes par rapport à des enjeux économiques qui transcendent les découpages traditionnels gauche-droite.

Il a fallu des siècles pour mettre en place des institutions favorables à la prospérité parce qu’elles laissent toute latitude aux individus dans l’expression de leurs choix privés et de leurs projets personnels. Les politiques doivent reconquérir leur légitimité en prouvant qu’ils sont réellement au service d’une morale publique en agissant dans des domaines dans lesquels leurs compétences sont réelles et leur autorité reconnue.
Ce n’est pas en gérant des « clientèles » par la distribution sélective de subventions – sur le dos du contribuable toujours plus sollicité -, ce n’est pas non plus en lançant des promesses qu’ils sont de toute manière incapables de tenir tant la réalité économique ne se décrète pas, que les politiques pourront convaincre de leur engagement pour la cause publique.

Jean-Louis Caccomo 20/4/2006

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