Premier Bulletin du Collectif Urgence Darfour

La présidence américaine du Conseil de Sécurité au mois de février n’a débouché sur aucune mesure concrète, même pas des sanctions sur les personnalités gouvernementales soudanaises impliquées dans les massacres. La Chine continue son business avec le Soudan, tranquillement et cyniquement. Ses techniciens en grand nombre, dont la présence se fait de plus en plus voyante dans le pays, renforcent le sentiment d’invulnérabilité du régime de Khartoum, qui sait compter sur le veto chinois en cas de menace de sanction de la part du Conseil de sécurité. Quant aux européens, encore tétanisés par la vague d’hostilité dans le monde arabe suite à l’affaire des caricatures, ils vont demander à réfléchir avant de s’engager dans une démarche active au Soudan. C’est un calcul à court terme car toute la région risque de s’enflammer en commençant par le Tchad, si une solution politique n’est pas rapidement trouvée. La seule bonne nouvelle est l’échec d’Omar El Béchir pour conquérir le poste de président de l’Union africaine.

Reste, afin d’alerter sur le Darfour, pour le moment, la seule société civile. Human Rights Watch demande à l’ONU que la Cour Pénale Internationale enquête sur les responsables en fonction au Darfour. International Crisis Group milite pour une intervention « solide » de protection des populations civiles et à défaut des casques bleus, un tandem Union africaine-OTAN. Les mouvements de solidarité avec le Darfour sont plus actifs dans les pays anglo-saxons qu’ici en France. Certainement pour des raisons historiques et culturelles. Force est de constater que pèse dans l’Hexagone le poids de la « politique arabe ».Mais dans le pays « patrie des droits de l’homme », et qui a donné naissance aux French doctors, il reste encore quelques forces qui ne se résignent pas à l’indifférence face aux drames que vivent des millions de personnes dans l’ouest du Soudan.

Nous n’abandonnerons pas les populations du Darfour !


FORFAITS et INIQUITES au SOUDAN


Darfour, Sud, Est
En juin 1989, le Soudan, meurtri par 6 ans d’une guerre qui avait déjà provoqué 500 000 morts, s’apprêtait à faire la paix avec le Mouvement insurrectionnel de Libération du Soudan (MLS) basé dans le tiers Sud du pays. Cinq jours avant des signatures décisives, El Béchir prit le pouvoir par un coup d’État pour arrêter le processus. Il créa un régime islamiste, aggrava la guerre, tortura tout opposant supposé, même les musulmans qui n’adhéraient pas à son genre d’Islam ; il enrichit ses amis, déstabilisa la région, y compris par une tentative d’assassinat du Président égyptien. Après ses premières exportations de pétrole en 1999, il mit un bémol à ses activités islamistes ; après le 11 septembre, paniqué par la pensée d’une vengeance américaine, il reprit les pourparlers avec le Sud et signa la paix.
Il a perpétué, souvent en la renforçant, la domination politique et économique de la région de Khartoum sur le reste du pays, Ouest comme Est, qui meurt de faim et qui, après naguère le Sud, s’est révolté.
Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) aura besoin de 700 millions de dollars pour nourrir des Soudanais cette année ; les Nations Unies (NU), l’Union Africaine (UA), d’une somme supérieure pour essayer de maintenir la paix au Soudan.
Pendant ce temps, El Béchir enrichit toujours ses partisans. Il reçoit luxueusement à Khartoum les sommets arabe et africain, dans l’espoir de devenir le prochain Président de l’UA.
Ce qui lui fut refusé pour cause de violences au Darfour.

DARFOUR

L’horreur continue


Au petit matin, l’aviation soudanaise bombarde un village africain du Darfour, peuplé de Four, Masalit ou Zaghawa ; peu après de miliciens arabes nomades à cheval, les janjawid arrivent, souvent avec l’armée. Ils tuent, violent, pillent les biens, les récoltes, les troupeaux et brûlent le village au cri de « Tuez les Noirs, tuez les esclaves ». Dans les huttes on retrouvera les restes de gens brûlés vifs. Des hommes sont châtrés. La population s’enfuit. Les familles sont dispersées, les liens sociaux, rompus.
Les villageois se retrouveront souvent dans un camp de déplacés au Darfour ou un camp de réfugiés, au Tchad. Plus de 80% des villages africains de la région ont été détruits ainsi en 2003 et 2004. Depuis, les janjawid, n’ayant plus de villages à détruire, s’attaquent à la population, même dans les camps. La guerre a fait plus de 300 000 morts, le plus souvent de misère, ainsi que deux millions et demi de personnes déplacées, plus de 200 000 réfugiés au Tchad, sans compter d’autres lieux.

Ces attaques hideuses, dans une région grande comme la France, proviennent de la même politique anti-insurrectionnelle que Khartoum avait utilisée au Sud. Deux mouvements s’étaient rebellés, le Mouvement de Libération du Soudan (MLPS), laïque, et le Mouvement pour la Justice et l’Égalité, islamiste. Ils se plaignaient de l’abandon total de leur région et de l’absence endémique de partage du pouvoir et des richesses. Ils se sont manifestés, lors des pourparlers de paix gouvernement soudanais / MLPS, car, selon le chef MLS, « Khartoum ne parle qu’à qui prend les armes »
Si le Président El Béchir n’avait pas fait son coup d’État pour faire cesser les pourparlers de paix de 1989, la guerre du Darfour n’aurait pas eu lieu. La riposte de Khartoum fut de lever des milices, le plus souvent arabes, que nous avons vues à l’œuvre. Le gouvernement soudanais nie tout lien avec ces janjawid malgré des milliers de témoignages, y compris celui du chef janjawid le plus célèbre, Musa Hilal.

La réponse des NU, de l’UA et de la communauté internationale fut :
- de presser Khartoum pour que l’aide internationale atteigne les victimes. Il y eut un grand progrès depuis le refus quasi-total de ses débuts ;
- d’organiser des pourparlers de paix sous l’égide de l’Union Africaine. Seul le partage des richesses, entre le gouvernement central et le Darfour, a avancé ;
- d’ordonner à Khartoum de désarmer les janjawid et de mettre un embargo sur les armes à destination du Darfour. Khartoum n’en a pas tenu compte et aucune sanction n’a été prononcée. Le Conseil de Sécurité a menacé d’interdiction de voyager et de sanctions financières sur leurs comptes à l’étranger les hauts responsables des crimes, mais rien n’en a rien fait à ce jour;
- de nommer une commission d’enquête. Celle-ci a déclaré qu’elle n’avait pas trouvé de génocide généralisé. Elle a dénoncé de très nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité, et conseillé au Conseil de Sécurité de déférer devant la Cour Pénale Internationale (CPI) au moins 51 personnes dont les noms ont été tenus secrets. À l’instigation de la France, qui dut aplanir des difficultés avec les États-unis, le Conseil de Sécurité l’a fait. Le Procureur de la Cour n’est pas autorisé par Khartoum à enquêter au Soudan et le fait donc seulement au Tchad.

Pour montrer l’inutilité de la CPI, Khartoum a organisé un tribunal ad hoc, qui a condamné pour des affaires secondaires six sous-fifres. Ceux-ci ont interjeté un appel basé sur l’immunité accordée par la loi soudanaise aux membres de l’armée et des forces de sécurité. Puis on n’a plus entendu parler de rien ;
- d’établir une force d’observation de l’UA qui s’élève aujourd’hui à 7000 hommes, destinée à faire respecter le cessez-le-feu qui n’est pas observé. Cette force a un mandat insuffisant, elle ne peut protéger les civils, car Khartoum le lui refuse. Il faut un mandat au-toritaire (chapitre 7 du Conseil de Sécurité des NU), ce à quoi s’oppose, comme à beaucoup d’autres décisions, la Chine, un des cinq membres du Conseil de Sécurité qui a le droit de veto. Au Soudan, cet Etat exploite le pétrole et a d’autres contrats très importants. L’armée soudanaise peint désormais ses véhicules des couleurs de ceux de l’UA. Si le sommet africain avait élu El Béchir Président de l’Union, il aurait été responsable du cessez-le-feu entre sa propre armée et les rebelles.

Le mandat de la force africaine expirait en mars. Elle coûte 465 millions $ par an qui étaient subventionnés par l’UE et les États-unis. Mais la Chambre des Représentants américaine ne veut plus payer. L’UE ne veut pas le faire seule. Une déclaration unanime du Conseil de Sécurité, présidé par les Etats-Unis, a demandé au Secrétaire Général d’initier un plan d’urgence avec l’UA pour une transition vers une opération des Nations Unies. Khartoum s’est insurgé violemment contre cette suggestion. Finalement, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine décida de proroger le mandat de ses troupes jusqu’à fin septembre, date à laquelle, il espère que la paix au Darfour étant signée, le Soudan acceptera de transférer ses opérations aux Nations unies. Or, rien ne dit que la paix sera alors signée. Le problème du financement des forces africaines n’est pas résolu à ce jour. La contribution aux Nations unies est obligatoire, celle à l’Union Africaine ne l’est pas.
La situation empire chaque jour au Darfour. La population civile africaine est toujours harcelée par les milices, la police et même la justice. Le gouvernement s’est longtemps efforcé de la persuader de rejoindre ses villages. Les gens qui le firent furent massacrés. Il y a de plus en plus de bandits des grands chemins qui attaquent en particulier les convois humanitaires, comme le font Janjawid, Armées de Libération déserteurs tchadiens. Et même certaines factions des Armées de Libération. Le MLS s’est en effet scindé selon des lignes tribales.. Bien des endroits sont devenus trop dangereux pour que les humanitaires puissent s’y aventurer.

SOUDAN et TCHAD

en belligérance ?


Déjà Hissène Habré, puis Idriss Déby, avaient conquis le pouvoir à N’Djamena depuis le Soudan. Dès 2003 le Soudan et le Tchad s’accusent mutuellement de soutenir les rebelles l’un de l’autre. Le dilemme du tchadien Déby est qu’il appartient à la tribu zaghawa, qui vit dans une zone à cheval sur le Soudan et le Tchad, et qui, du côté soudanais, est largement rebellée contre Khartoum. D’autre part, il a peur de son puissant voisin soudanais et doit au Président El Béchir, qui lui a permis d’accéder au pouvoir, un renvoi d’ascenseur. Le Soudan ne croit pas en sa bonne foi ; d’autant que des Zaghawa ont aidé les rebelles soudanais. Les tensions se sont aggravées entre les deux pays, avec l’attaque d’Adré, une ville tchadienne, depuis le Soudan, le 18 décembre.
Parmi les nombreux rebelles tchadiens, citons l’Alliance Nationale de Résistance (ANR) qui était un mouvement d’opposition dirigé par deux cousins de la tribu Tama, en mauvais termes avec les Zaghawa. Mahamat Nour, chef militaire de l’ANR, a fondé le Rassemblement pour la Démocratie et la Liberté (RDL) en évinçant son cousin, probablement avec l’aide des services de Sécurité soudanais. Ces services auraient voulu favoriser Mahamat Nour, reprenant la tradition de la prise de pouvoir au Tchad depuis le Soudan. Le RDL fut responsable de l’attaque d’Adré soutenu par des déserteurs de l’armée tchadienne.

Mahamat Nour aurait eu des propositions des services des Renseignements soudanais ; il aurait travaillé en collaboration avec le célèbre chef janjawid Musa Hilal, et aurait beaucoup contribué à affaiblir le Mouvement insurrectionnel pour la Justice et l’Égalité.
Le but du gouvernement soudanais serait « d’en finir avec les Zaghawa », tribu d’où le MLS, le plus important mouvement rebelle au Darfour, tire les cadres de sa branche armée. Or le Zaghawa le plus illustre est le Président Déby. Pour le gouvernement soudanais, il faudrait apparemment en finir aussi avec lui, quoiqu’il soit atteint de leucémie. La plupart des rebelles tchadiens se sont unis pour détrôner Déby au sein du FUC, Front Uni pour le Changement Démocratique, sous la présidence de Mahamat Nour. Ils occupent une zone tchadienne à la frontière soudanaise, ce qui empêche les réfugiés du Darfour d’être secourus. Dès le 23 décembre, le Tchad déclarait être en état de belligérance avec le Soudan qui dément toute implication au Tchad.
Human Rights Watch (HRW), dans un communiqué du 21 février, a « appelé la Mission de l’Union africaine au Soudan à patrouiller de façon plus active autour des points stratégiques qui jalonnent la frontière tchadienne. Il s’agit de dissuader d’éventuelles attaques contre les populations. »

Un rapport, « LE DARFOUR SAIGNE : LES RÉCENTES VIOLENCES TRANSFRONTALIÈRES AU TCHAD », basé sur une enquête de HRW dans l’Est du Tchad en janvier et février derniers, rend compte d’une « augmentation alarmante des attaques contre les civils au Tchad. Elles sont perpétrées, avec l’appui du gouvernement soudanais, par les milices janjawid et les groupes rebelles tchadiens. Ces derniers opèrent depuis des bases situées dans les régions du Darfour contrôlées par le gouvernement soudanais ». L’implication de ce gouvernement est attestée par des témoins interviewés par HRW dans l’Est du Tchad. « Les troupes et les hélicoptères de combat soudanais auraient, par exemple, soutenu une attaque des milices janjawid vers l’autre côté de la frontière,
dans la région de Goungor, à deux reprises, au début du mois de décembre». « À la suite du retraitde l’armée tchadienne de la région en octobre et décembre 2005, et en particulier depuis l’attaque du 18 décembre contre Adré, la sécurité s’est gravement détériorée et l’activité des milices s’est accrue (…) avec, pour conséquence, des douzaines de morts parmi les civils et le déplacement de dizaines de milliers de personnes supplémentaires », témoigne HRW.

Les tentatives de médiation de l’UA, de l’Égypte, de l’Organisation de la Conférence Islamique, de l’Éthiopie, sont restées sans effets. La Libye de son côté vient d’obtenir des promesses de désarmement mutuel. Le Tchad a demandé aux
NU de mettre le Darfour sous mandat international. Les relations franco-soudanaises se sont rafraîchies dès le début de la guerre du Darfour qui déstabilise le Tchad. La France semble soutenir modérément Déby. Elle l’a transporté ainsi que quelques collaborateurs près d’un lieu où il voulait livrer bataille, mais ne se serait pas chargée du déplacement de ses troupes.

SUD-SOUDAN

Mise en œuvre sans enthousiasme de la paix


Après 22 ans d’une seconde guerre qui a fait désormais deux millions de morts, quatre millions de déplacés et de longues cohortes de réfugiés, l’Accord de Paix Global entre le gouvernement fédéral soudanais et le Mouvement/Armée de Libération du Soudan (M/ALPS) a célébré le 9 janvier 2006 son premier anniversaire. Où en est la mise en œuvre de la paix ?
Malgré les déclarations fracassantes du parti du Congrès National du Président de la République, El Béchir, peu a été réalisé. La mort de Garang, le héros du MLPS, qui a retardé les choses, n’explique pas cette immobilité, d’autant que son successeur Salva Kiir fut élu dans la foulée et devint, conformément au traité, premier vice-Président du Soudan et Président du Sud-Soudan.

L’accord de paix du Sud devait organiser un gouvernement d’unité nationale, composé, avant les élections, de 52% des sièges au parti du Congrès National d’El Béchir, de 28% au MLPS et de 20% à l’opposition. Malgré les promesses, le MLPS n’eut qu’un ministère de souveraineté, les Affaires Étrangères, encore ce ministère est-il doublé par l’ancien ministre devenu conseiller d’El Béchir. Le MLPS n’obtint ni la Défense, ni l’Intérieur ; ces ministères commandent les exactions du Darfour et leurs services de Sécurité ou de Renseignements torturent et tuent impunément qui leur déplait. Il n’eut pas le ministère du Pétrole, alors que quasiment tout le pétrole est sis dans le Sud, et que seul ce ministère connaît la réalité des contrats et des dessous de tables. Il n’accéda pas non plus aux ministères de l’Économie et les Finances. Khartoum est loin de régler au Sud-Soudan les 50% des revenus pétroliers du Sud prévus selon l’accord ; le Sud n’en connaît d’ailleurs pas le montant total exact. De plus, Khartoum a placé unilatéralement une partie des puits du Sud dans le Nord. On attend le référendum des Sudistes, prévu par l’Accord, qui, six ans et demi après la paix, décidera si le Sud doit toujours faire partie du Soudan. La plupart des Sudistes sont pour l’indépendance, mais Khartoum espère bien prendre possession de l’unité par ruse ou par supercherie. Sinon, peut-on craindre la reprise de la guerre ?

Lors de l’indépendance du Soudan le 1er janvier 1956, le Sud était totalement sous développé. Quarante ans de guerre n’ont rien arrangé. Il n’y a pratiquement pas d’eau potable, de nourriture, de latrines, de centres de santé, d’écoles, d’administration, de transports, par contre, il y a partout des mines antipersonnel. Les troupeaux, la source de vie d’une grande partie du Sud, ont été pillés pendant la guerre et vendus sur les marchés d’Omdurman proche de Khartoum. Des milliers de gens commencent lentement à retourner chez eux et alourdissent le sort des villageois restés sur place. Le Programme Alimentaire Mondial a construit, en 2005, 800 kilomètres de route au Sud Soudan. Les donateurs internationaux s’étaient engagés à Oslo pour 4,5 milliards de dollars. L’argent tarde à venir.

L’accord de paix prévoit une force de maintien de la paix de 12 000 hommes des NU. Il prévoit aussi qu’il n’y aura plus que trois armées au Soudan, des Unités Jointes, Armée soudanaise/MLPS en certains lieux, l’Armée soudanaise au Nord et le MLPS au Sud. Cela implique que les milices progouvernementales sises au Sud rejoignent soit l’armée soudanaise soit le MLPS. Pour l’anniversaire du traité de paix, une grande partie de l’énorme milice progouvernementale SSDF, qui se conduisait comme les Janjawid dans les régions pétrolifères du Sud, s’est rattachée au MLPS, ce qui est un grand succès pour Salva Kiir. Mais les autres n’ont toujours pas quitté le Sud, et les rebelles ougandais de l’Armée de Résistance du Seigneur perpétuent leurs massacres dans le grand Sud, soutenus en sous-main par des éléments des Renseignements militaires soudanais.
Alors qu’en sa qualité de vice-Président du Soudan, Salva Kiir s’efforce de faire accepter par Béchir son projet de paix au Darfour, l’accord de paix du Sud implique que le MLPS se retire des collines de la Mer Rouge, ce qui risque d’aggraver la guérilla dans l’Est.

Pour en savoir plus

25/4/2006

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