Observations contre modèles du GIEC

Août 2011 : Encore un scoop : Observations contre modèles du GIEC : Le flux de chaleur s'échappant du sommet de l'atmosphère (et qui donc refroidit la terre) est largement sous estimé par les modèles du GIEC. D'autre part, les mesures traditionnelles des taux de rétroaction sont aussi erronées qu'irréalisables, nous démontrent, observations et modèle à l'appui, Roy Spencer (avec Will Braswell), le responsable des mesures satellitaires de la NASA à l'Université d'Alabama Huntsville (UAH).

Autrement dit, les observations satellitaires montrent que le piégeage de la chaleur par l'effet de serre atmosphérique est beaucoup moins efficace que prévu par les modèles qui utilisent un taux de rétroaction surestimé. Roy Spencer et son collègue à l'UAH, Braswell, nous expliquent pourquoi et comment.

Introduction et rappels :

L'article que nous examinons plus bas dans ce billet fait suite à un article précédent des mêmes auteurs
(Spencer, R.W.; Braswell, W.D.
"A propos du diagnostic des rétroactions radiatives en présence d'un forçage radiatif inconnu."

On the diagnosis of radiative feedback in the presence of unknown radiative forcing.
J. Geophys. Res. 2010, 115, D16109.

Qui est, lui-même, une extension d'un précédent article paru dans Journal of Climate (2008) (accessible en ligne)

Leur approche précédente avait été critiquée par un article subséquent de Dessler
"Dessler, A.E. A determination of the cloud feedback from climate variations over the past decade."
Science 2010, 330, 1523-1527.

D'une certaine manière et avec une présentation notablement différente de celle des articles précédents, le nouvel article de Spencer et Brasswell constitue un démenti et une critique de la méthodologie utilisée par Dessler et donc, par les modélisateurs du GIEC.
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- L'article, sujet de ce billet : Voici donc une brève analyse de ce nouvel article de Spencer et Braswell qui constitue une sérieuse pierre dans le jardin des modélisateurs du GIEC :

Cet article est paru dans la revue Remote Sensing des spécialistes des mesures satellitaires (ou par ballons sondes) dont les lecteurs de ce site savent que Spencer est l'un des principaux initiateurs et l'un des principaux responsables. De ce fait, Spencer dispose de la totalité des bases de données des mesures par satellites. Il en est évidemment un fin connaisseur et il n'est guère surprenant qu'il publie dans cette revue, un article qui traite, en premier lieu, de la signification réelle des mesures satellitaires.

"A propos du diagnostic erroné des rétroactions dues à la température de surface à partir des variations de l'équilibre énergétique radiatif de la Terre."

On the Misdiagnosis of Surface Temperature Feedbacks from
Variations in Earth’s Radiant Energy Balance
(accessible en pdf ici)

Roy W. Spencer * and William D. Braswell
ESSC-UAH, University of Alabama in Huntsville, Cramer Hall, Huntsville, AL 35899, USA

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Abstract: The sensitivity of the climate system to an imposed radiative imbalance remains the largest source of uncertainty in projections of future anthropogenic climate change. Here we present further evidence that this uncertainty from an observational perspective is largely due to the masking of the radiative feedback signal by internal radiative forcing, probably due to natural cloud variations. That these internal radiative forcings exist and
likely corrupt feedback diagnosis is demonstrated with lag regression analysis of satellite and coupled climate model data, interpreted with a simple forcing-feedback model. While the satellite-based metrics for the period 2000–2010 depart substantially in the direction of lower climate sensitivity from those similarly computed from coupled climate models, we find that, with traditional methods, it is not possible to accurately quantify this discrepancy in terms of the feedbacks which determine climate sensitivity. It is concluded that atmospheric feedback diagnosis of the climate system remains an unsolved problem, due primarily to the inability to distinguish between radiative forcing and radiative feedback in satellite radiative budget observations.

Résumé : La sensibilité du système climatique en réponse à un déséquilibre radiatif demeure la plus grande source d'incertitudes dans les projections sur le changement climatique anthropique. Dans cet article nous présentons une preuve supplémentaire que cette incertitude, du point de vue des observations, est en grande partie due au masquage du signal de rétroaction radiative par un forçage radiatif interne, probablement dû aux variations naturelles de la couverture nuageuse. Le fait que ces forçages radiatifs naturels existent et, probablement, corrompent le diagnostic des rétroactions, est démontré en effectuant une analyse retardée des données satellitaires et des modèles climatiques, interprétés à l'aide d'un modèle simple de forçage-rétroaction. Tandis que les mesures satellitaires pour la période 2000-2010 s'écartent sensiblement -dans le sens d'une sensibilité climatique plus faible – des valeurs calculées de la même manière à partir des modèles climatiques couplés, nous trouvons qu'en utilisant les méthodes traditionnelles, il n'est pas possible de quantifier avec précision ce désaccord au sujet des rétroactions qui déterminent la sensibilité climatique. On en conclut que le diagnostic des rétroactions atmosphériques du système climatique demeure un problème non résolu. Ceci résulte principalement de l'incapacité des observations satellitaires du bilan radiatif à distinguer entre le forçage radiatif et la rétroaction radiative.
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Pour bien comprendre ce qui va suivre, il est bon de se remémorer la distinction (introduite par les climatologues modélisateurs proches du GIEC) qui est faite entre le "forçage" et la "rétroaction". Le forçage résulte de l'action directe sur le climat (par exemple sur la température globale) d'un agent externe tel que l'irradiation solaires ou encore l'augmentation atmosphérique du CO2 d'origine anthropique. C'est du moins ce que postulent les modèles en vigueur.
Une rétroaction climatique constitue une réponse à un forçage climatique c'est à dire, par exemple, une réponse à un réchauffement de la planète.. Un exemple fréquemment utilisé est le suivant : Si le taux de CO2 atmosphérique (c'est un forçage, selon le GIEC) augmente, la terre se réchauffe (par effet de serre). Toujours selon le GIEC, ce réchauffement provoque à son tour une augmentation de la concentration (c'est une rétroaction) de l'atmosphère en vapeur d'eau qui est un autre gaz à effet de serre. Lequel induit un réchauffement supplémentaire et ainsi de suite.
Comme l'a rappelé Richard Lindzen (dont les conclusions rejoignent sensiblement celles de Spencer et Braswell) (voir notamment ce billet précédent), le forçage direct induit par le CO2 anthropique est négligeable (environ 1°C /100 ans). Ce sont les rétroactions supposées (par exemple de la vapeur d'eau) qui permettent aux modélisateurs du GIEC d'avancer des projections d'augmentation de température de quelques 2 à 6°C en l'an 2100.

On comprend immédiatement que la question des rétroactions est absolument primordiale. C'est celle à laquelle s'intéressent Lindzen et Choi, comme Spencer et Braswell.

Note : Du point de vue de la physique théorique, les choses se présentent de manière un peu différente et nécessairement plus formelle. De fait le système climatique, comme la plupart des systèmes complexes, est décrit par un certain nombre d'équations différentielles dépendantes du temps (et non-linéaires) couplées, qui ne sont rien d'autre que l'expression mathématique de "tout dépend de tout, à chaque instant". Autrement dit, du point de vue du physicien, il n'existe a priori pas de maître ni d'esclave. Il n'existe pas de "forçage" distinct des "rétroactions". Il n'existe que des phénomènes couplés. De fait, créer a priori cette distinction maître-esclave (ou forçage-rétroaction) revient à supposer, d'emblée, qu'un certain nombre de couplages (les termes dits croisés) existant entre les équations différentielles couplées qui régissent le système, sont négligeables ou inexistants.
En toute rigueur, il est nécessaire de résoudre le système d'équations différentielles complet
avant d'en tirer de telles conclusions. Ce n'est que lorsque l'on connaît les solutions détaillées d'un système complexe qu'il est possible de remonter la chaîne et de simplifier le jeu des équations initiales.
Dans le cas de la climatologie (et aussi dans le cas d'autres problèmes physiques ou physico-chimiques), on a fait le contraire. On suppose a priori que certains facteurs sont les "maîtres" (les forçages) et que d'autres, les esclaves (les rétroactions) n'en sont que les conséquences. Ce genre d'approximation, faite a priori, repose sur des hypothèses et notamment sur l'hypothèse qu'on a, au moins en partie, compris comment fonctionnait le système, avant de résoudre les équations. A strictement parler, ce ne sont que des hypothèses qu'il est nécessaire de valider (si possible) par l'observation (Voir le point de vue équivalent d'un autre physicien, sur ce site).
salby

Un exemple particulièrement frappant du degré d'incertitude qui existe, quoiqu'en disent certains, entre les notions introduites artificiellement et a priori telles que les "forçage" et les "rétroactions" peut être donné en se référant à une communication récente du Professeur Murry Salby au SydneyInstitute. Murry Salby (ci-contre) est, entre autres, le responsable de la Climatologie à l'Université de Macquarie (Australie). Ce dernier a réanalysé avec soin les données relatives à l'origine du CO2 dont on mesure la concentration dans l'atmosphère, par exemple à Mauna Loa. Il est maintenant convaincu que la majeure partie (96%) de ce dernier provient non pas des émissions humaines mais des émissions naturelles des biotas, de la végétation, des phytoplanctons et des océans eux-mêmes, qui varient en fonction du réchauffement actuel de la planète. Comme chacun le sait, le CO2 constitue, pour les chercheurs proches du GIEC, un forçage. C'est à dire un (et même le) maître qui détermine l'évolution du climat.
Les récentes déclarations de Murry Salby, si elles sont vérifiées, montreraient qu'au contraire, le CO2 atmosphérique serait une rétroaction climatique due au réchauffement de la planète provoqué par un forçage naturel qui pourrait résulter de la variation de la couverture nuageuse résultant d'un processus externe comme celui qui est proposé par le Dr Svensmark, souvent mentionné ci-dessus, dans cette page.
Inutile de dire que, si cela se vérifie (un article a été peer-reviouvé favorablement et va paraître sous peu), la modélisation climatique sera totalement bouleversée. Murry Salby déclare aussi que "Quiconque pense que la science de cette affaire complexe est comprise, vit dans un rêve."
A ce propos, Judith Curry qui est une ancienne collègue de Salby et qui est souvent mentionnée dans ce site, parle à ce sujet d'une possible "révolution" de la science climatique. Judy note aussi qu'il est fort dommage que les lancements du satellite US OCO aient avortés (deux crashes successifs et plus d'argent pour recommencer !). Leurs mesures auraient permis de résoudre cette question absolument fondamentale. Elles auraient sans doute permis, entre autres, de situer les véritables sources du CO2 atmosphérique.
 

 

Que les lecteurs me pardonnent la longue digression (l'encart jaune ci-dessus) qui précède mais il m'a semblé important d'insister sur le fait que le sujet des rétroactions auquel se sont intéressés Spencer et Braswell, tout comme d'ailleurs Lindzen et Choi, est fondamental pour notre compréhension du climat.

Revenons maintenant à l'article de Spencer et Braswell.
Leur article s'adresse manifestement à des spécialistes déjà bien avertis du problème en question. De ce fait et à mon sens, cet article est peut-être rédigé de manière moins pédagogique que ce que nous propose généralement Spencer.
Je me permets donc de vous le présenter de manière un peu différente, peut-être plus "intuitive" que l'article initial en espérant que la compréhension de cet article (qui semble important à beaucoup) en sera facilitée. Les citations tirées de l'article original seront écrites en italique (à l'exception des légendes des figures, des résumés et de quelques autres citations).

Comme dans leurs articles précédents et en se basant sur les observations satellitaires (comme on va le voir), Spencer et Braswell considèrent que les variations de la température de la surface terrestre et surtout de la surface des océans, ΔT, répondent aux diverses sollicitations (forçage radiatif N(t) , forçage non radiatif S(t)) par l'intermédiaire d'une simple équation (1) dépendante du temps, telle que la suivante :

Cp dΔT/dt = S(t) + N(t) − λΔT (Eq. 1)

Les auteurs expliquent :

"L'Equation (1) indique que les sources, dépendantes du temps, de forçage non-radiatif S et de forçage radiatif N, provoquent une variation de température dépendante du temps du système climatique dont la capacité thermique est Cp. Cette variation de température l'écarte de son état d'équilibre (dΔT/dt), avec une "force de restauration" radiative résultante (NdT: c'est à dire une rétroaction radiative) agissant pour stabiliser le système. ".

De fait, cette équation n'a rien de mystérieux ni de révolutionnaire. Au terme de rétroaction près (-λΔT), c'est l'équation standard qui indique l'évolution temporelle de la température d'un corps soumis à forçage radiatif N et à un forçage non radiatif S (convectif, par exemple), telle qu'on peut la retrouver, entre autres, dans cet exercice pédagogique destiné à faire prendre conscience aux étudiants de l'importances relative des pertes par radiation et par convection, d'un corps chauffé.
Cependant, et par rapport aux techniques traditionnelles destinées à évaluer les taux de rétroactions, notamment ceux qui sont utilisés par les modèles climatiques, cette équation (1) présente l'intérêt de mettre en évidence l'effet retardateur (on dirait plutôt "intégrateur" en terme de description d'un circuit RC en électronique) joué par la capacité thermique Cp de la couche supérieure des océans. L'équation (1) dépendante du temps, tient compte du fait que la réponse en température est, en réalité, une forme d'intégrale des sollicitations radiatives et non radiatives. Ce qui, exprimé en langage courant, traduit le fait que la couche active des océans (ici, les quelques dizaines de premiers mètres) doit stocker l'énergie incidente (à l'image d'un condensateur en électronique) avant que la température de la surface s'élève et que l'énergie ainsi stockée ne se dissipe par rayonnement/convection (et mutatis mutandis pour le refroidissement de la surface). En langage imagé on dirait que quand vous allumez le gaz sous une casserole pleine d'eau, il faut un certain temps pour que l'eau atteigne sa température maximale et que les pertes finissent par équilibrer la quantité de chaleur apportée par le gaz. Pour ce qui est des océans, le délai de quelques mois qui en résulte, joue un rôle fondamental dans la démonstration de Spencer et Braswell et dans la critique que font les auteurs des méthodes traditionnellement utilisées par le GIEC, comme nous allons le voir ci-dessous.

1 – La forme de l'équation (1) est directement visible dans les relevés satellitaires :

La relation "intégro-différentielle" qui existe entre les variations de température et les flux émis et absorbés mesurés par le satellite Terra CERES est immédiatement perceptible si on considère la Figure 2 de l'article de Spencer et Braswell. La voici, accompagnée de sa légende.

spencer4

 

 

 

"Figure 2. Séries temporelles des anomalies moyennes mensuelles pour le globe.
Dans (a) des températures de surface selon le HadCRUT3,

 

et dans (b) des flux radiatifs selon le satellite Terra CERES SSF Edition 2.5,

pour la période allant de Mars 2000 à Juin 2011. Toutes les séries temporelles ont subi un lissage 1-2-1 de manière à réduire le bruit d'échantillonnage. "

 

 

 

Comme on le constate de visu, les graphes qui montrent la variation temporelle des flux émis par les océans (en rouge : en lumière infra-rouge, en bleu : en lumière visible et en noir : le flux net émis (valeurs positives) ou absorbé (valeurs négatives)), sont nettement plus "chahutés" que les variations correspondantes de température reportées dans le graphe (a) situé au dessus. A première vue, on pourrait dire que la variation temporelle des flux émis et absorbés ressemble grossièrement à la dérivée de la courbe des températures (a), ce qui est bien cohérent avec la forme de l'équation (1).

2 – Les mesures directes des flux radiatif qui ne tiennent pas compte du retard (notamment) induit par les océans, c'est à dire les mesures qui sont faites au temps 0, conduisent à une évaluation erronée du taux de rétroaction :

Il est important de se souvenir que les instruments de mesure du satellite ne sont sensibles qu'aux flux radiatifs (N− λΔT) et non pas aux échanges non-radiatifs (S).
Spencer et Braswell le précisent dans les termes suivant et avec l'aide d'un graphique tiré directement de la représentation graphique de l'équation (1) :

"Il est utile de rappeler que le bilan radiatif mesuré par les satellites est une mesure des effets combinés des termes radiatifs de l'équation (ci-dessus), c'est à dire du forçage radiatif N et du facteur de rétroaction (− λΔT).Le fait que la présence de N a un impact considérable sur le diagnostic de la rétroaction est facilement démontré à partir d'un simple modèle dépendant du temps, basé sur l'équation (1). Si nous supposons que la valeur de Cp (NdT : la capacité calorifique) est celle d'une couche d'océan de 25m, que le paramètre de rétroaction net est λ = 3, et qu'un forçage sinusoïdal de période de un an est appliqué, la réponse de la température sera celle indiquée sur la figure 1."

spencer6

 

 

Figure 1. "Démonstration à partir d'un modèle simple de forçage-rétroaction du fait que les mesures instrumentales du budget radiatif du flux net radiatif (forçage + rétroaction) à l'aide des satellites sont très différentes de ce qui est requis pour diagnostiquer le paramètre de rétroaction net (c'est à dire de la rétroaction seule)."

En rouge : Forçage radiatif direct N.
En noir : forçage radiatif mesuré qui résulte de la somme du forçage radiatif direct et de la rétroaction.
En bleu : le "feedback" c'est à dire la rétroaction.

Dans ce graphe, on suppose qu'il n'existe que des forçages radiatifs. C'est-à-dire qu'on suppose qu'il n'existe pas d'autre cause de réchauffement ou de refroidissement non-radiatifs tels que l'évaporation ou la convection (Ce qui est évidemment peu réaliste.)

Le graphe suivant montre ce qui se passe quand on introduit, (comme c'est le cas dans la réalité), un forçage non radiatif (convection, chaleur latente d'évaporation etc.) spencer7

 

 

Figure 4. "Variation des coefficients de régression décalés (NdT : voir l'explication de cette expression difficile à traduire, ci-dessous) entre la température et le flux radiatif déduits du modèle simple (NdT : équation ci-dessus) forçage/rétroaction résolu pour trois cas de forçages : forçage purement non-radiatif (ligne en pointillés) ; forçage purement radiatif (ligne en tiretés) et un mélange de forçage radiatif à 70% /forçage non-radiatif à 30%. Un paramètre de rétroaction de 3 W m−2 K−1 et une profondeur de 25m pour le mélange océanique ont été utilisés pour toutes les simulations qui ont tourné, chacune, pour une durée de 500 ans de temps de simulation."

Sur son site, Spencer nous explique le sens de l'expression "coefficients de régression décalés" exprimés en W/m2/°C utilisée aussi bien dans le graphe ci-contre que dans les graphes suivants :

"Les courbes des graphes suivants (c'est à dire les Fig. 3 et 4) sont des coefficients de régression retardés lesquels peuvent être compris comme le taux de gain (ou de perte) d'énergie radiative par degré Celsius de changement de température, mesurés à différents décalages de temps. Un décalage temporel de zéro mois peut être vu comme le mois où la température est maximale (ou minimale). J'ai effectivement vérifié cette interprétation en examinant des événements chauds et froids à partir d'itérations de modèles climatiques CNRM-CM3 qui montraient une activité intense El Niño et La Niña."

Les figures 1 et 4 montrent clairement que l'estimation de la valeur du taux de rétroaction est impossible au temps zéro, parce que le flux mesuré dépend grandement des divers facteurs qui forcent la variation de température de surface, que ceux-ci soient d'origine radiative ou non-radiative. Comme Spencer le précise lui-même dans son site et dans son article, le décalage temporel entre les forçages radiatifs et la réponse en température (identique à la courbe en pointillés des forçages non-radiatifs, ci-dessus), rend impossible l'évaluation du facteur de rétroaction qui peut être estimé positif, alors qu'il est négatif, ou l'inverse. Tout cela est illustré par les courbes précédentes.

Je rappelle que Richard Lindzen a déclaré, en conclusion de son dernier article, que : "les modèles divergent fortement des observations. La simple corrélation entre le flux sortant et la température de surface donnera une représentation fausse de la sensibilité climatique et les observations suggèrent des rétroactions négatives plutôt que positives".
C'est à dire que Lindzen et Choi parviennent, par d'autres moyens, sensiblement aux mêmes conclusions que Spencer et Braswell.

Voyons maintenant ce que donnent la comparaison des mesures effectives des flux radiatifs (globaux et océaniques) avec les résultats des modèles du GIEC, toujours selon l'article de Spencer et Braswell.

3 – La mesure des flux radiatifs réellement émis par la planète et, notamment, par les océans, diffèrent considérablement de ceux qui résultent des modèles du GIEC. Les pertes de chaleur sont supérieures à celles qui sont calculées.

spencer5

 

 

 

Figure 3. Coefficients de régression retardés et avancés entre les températures mensuelles de surface et les anomalies de flux radiatif net selon les observations (courbes en vert) et les modèles climatiques couplés.
En rouge pour les deux modèles les plus sensibles au CO2, (dont celui de l'IPSL français), et en bleu pour les modèles les moins sensibles.

(a) Pour les moyennes globales.

 

 

 

 

 

(b) Pour les moyennes océaniques globales de 60°N à 60°S.

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme on peut le voir du premier coup d'oeil, les variations observées ont des apparences conformes à celles du modèle (équation 1) de Spencer et Braswell. On voit aussi immédiatement que si les modèles restituent, approximativement, une forme qui s'apparente à celle des observations et du modèle "décalé" de Spencer et Braswell, les amplitudes sont nettement différentes. En bref, on constate que les modèles "piègent" nettement plus de chaleur que la réalité objective. Autrement dit, les océans et la planète libèrent plus de chaleur vers l'espace que ne le croient les modélisateurs. En d'autres termes, comme Richard Lindzen et Choi, Spencer et Braswell observe que les sensibilités climatiques des modèles du GIEC sont exagérées.

Concernant les graphes ci-dessus, Spencer ajoute ce commentaire, sur son site:

"Le graphe ci-dessus est peut-être une représentation plus intuitive pour analyser les données que celle des "diagrammes de phase" que j'ai mis en avant durant ces dernières années. Un des éléments CLEF que cela montre est qu'effectuer ces régressions seulement au temps zéro (Comme Dessler l'a fait récemment dans son article de 2010 sur les rétroactions des nuages de même que tous les chercheurs avant lui qui ont tenté de le faire), n'a en réalité que peu de sens. Du fait des temps de retard (ou d'avance) dans la réponse de la température au déséquilibre radiatif, on DOIT effectuer ces analyses en prenant en compte le comportement retardé (ou avancé) si on veut avoir quelque espoir de diagnostiquer les rétroactions. Au temps t=0, il ne reste que très peu de signal à analyser."

4) Voici quelques extraits des conclusions de Spencer et Braswell : (caractères engraissés par R. Pielke Sr)

“We have shown clear evidence from the CERES instrument that global temperature variations during 2000–2010 were largely radiatively forced. Lag regression analysis supports the interpretation that net radiative gain (loss) precedes, and radiative loss (gain) follows temperature maxima (minima). This behavior is also seen in the IPCC AR4 climate models.”

“…..we are…… faced with a rather large discrepancy in the time-lagged regression coefficients between the radiative signatures displayed by the real climate system in satellite data versus the climate models. While this discrepancy is nominally in the direction of lower climate sensitivity of the real climate system, there are a variety of parameters other than feedback affecting the lag regression statistics which make accurate feedback diagnosis difficult.”

“….much of the temperature variability during 2000–2010 was due to ENSO…, we conclude that ENSO-related temperature variations are partly radiatively forced. We hypothesize that changes in the coupled ocean-atmosphere circulation during the El Niño and La Niña phases of ENSO cause differing changes in cloud cover, which then modulate the radiative balance of the climate system. As seen in Figure 3(b) for the ocean-only data, the signature of radiative forcing is stronger over the oceans than in the global average, suggesting a primarily oceanic origin.”

En français :

"Nous avons montré un élément de preuve évident, tiré des données des instruments CERES que les variations de température globale pendant la période 2000-2010 (NdT : CERES n'existait pas auparavant) étaient largement d'origine radiative. Une analyse des relations en fonction du temps supportent l'interprétation que le gain radiatif net (ou la perte) précède et que les pertes radiatives (ou les gains) suivent les maxima (minima) de température. Ce comportement est également observé dans les modèles numériques du rapport AR4 du GIEC."

"Nous sommes …confrontés avec un assez grand désaccord entre les coefficients de régression retardés entre les signatures radiatives du système climatique réel, mises en évidence par les satellites et les modèles climatiques. Alors que ce désaccord est globalement en direction d'une plus faible sensibilité du système climatique réel, il existe une variété d'autres paramètres que les rétroactions affectant la statistique des régressions retardées qui rendent un diagnostic fiable des rétroactions difficiles." (NdT ; Roger Pielke Sr a sans doute souligné cette phrase parce qu'il pense que les paramètres qui affectent le climat sont loin d'être inclus dans les modèles, tels que l'utilisation des sols par exemple).

"…La plupart de la variabilité de la température de 2000 à 2010 résulte de l'ENSO…Nous concluons que les variations de températures en relation avec l'ENSO sont partiellement radiativement forcées. Nous avançons l'hypothèse que les variations de la circulation couplée océans-atmosphère durant les phases El Niño et La Niña provoquent différentes modifications de la couverture nuageuse qui, à leur tour, modulent l'équilibre radiatif du système climatique. Comme on le voit dans la figure 3(b) pour les données relatives aux océans, la signature du forçage radiatif est plus forte sur les océans que dans la moyenne du globe ce qui suggère une origine surtout océanique."
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En bref en en résumé pour ceux qui n'auraient pas eu le courage ou la patience (on les comprend !) de lire ce billet in extenso, voici ce que l'on peut tirer de cet article de Spencer et Braswell :

1) Les variations observées (et calculées) des flux radiatifs ne sont pas en phase avec les variations de température observées (et calculées). Ceci provient de l'inertie thermique (de l'ordre de quelques mois) de la surface terrestre ou océanique. Cette inertie résulte de la capacité thermique non nulle de la fraction de la couche superficielle terrestre ou océanique réchauffée (ou refroidie). Il est donc indispensable d'effectuer une analyse temporelle détaillée des échanges de flux et des variations de température afin d'établir un diagnostic correct des échanges énergétiques.

2) Même si on effectue cette analyse temporelle, il apparaît qu'il est impossible d'obtenir, à partir des mesures satellitaires, une estimation correcte du paramètre de rétroaction qui joue un rôle absolument décisif pour les scénarios climatiques du futur.

3) La comparaison des résultats des modèles du GIEC avec les observations montre que les modèles sous-estiment la quantité de chaleur qui est irradiée vers l'espace. Autrement dit, la terre se refroidit plus et plus vite que ne le croient les modèles.

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6) Des échos dans la presse et diverses réactions :

A la différence de nombre des articles "contrariants" que j'ai eu l'occasion d'analyser dans les pages de ce site, il semble que l'article de Spencer et Braswell ait suscité quelques échos dans la presse grand public (anglophone, bien sûr). Même dans la presse qui, d'ordinaire reste silencieuse lors de la publication d'articles qui s'écartent du dogme en vigueur. Il semble que le cas de l'article de Spencer et Braswell ne soit d'ailleurs plus un cas isolé. D'autres articles "dérangeants" ont, tout récemment,. également bénéficié d'une certaine diffusion médiatique (anglophone).C'est bon signe.

En voici quelques exemples, non exhaustifs :

Forbes.com : "De nouvelles données de la NASA creusent un trou béant dans l'alarmisme au réchauffement climatique."

Mail (online) : "Le changement climatique est beaucoup moins sérieux que les "alarmistes" le disent, déclare un scientifique de la NASA.

Yahoo news fr :( reprend Forbes).

Slashdots (forum anglophone très fréquenté): " De nouvelles données de la NASA jettent le doute sur les modèles du réchauffement climatique."

Prof R. Pielke Sr : "…l'étude de Spencer and Braswell est une très importante contribution au débat sur la science du climat. Si, comme ils l'ont montré, les modèles sont incapables de rendre compte correctement de la façon dont le système climatique répond à un déséquilibre radiatif sur des périodes temps courtes, ceci soulève indubitablement de sérieuses questions sur la robustesse des modèles en termes de modélisation par la physique, ce qui résulterait nécessairement dans des simulations numériques erronées sur des échelles de temps multi-décennales. "

Judith Curry donne un rapport assez complet (plutôt sympathique pour S et B) sur diverses réactions suscitées par la publication de cet article. Elle rapporte, en particulier, les propos de Kerry Emanuel (collègue de R. Lindzen au MIT). Voici ce qu'a dit Kerry Emanuel (non sceptique) : " Les bloggers et d'autres ne reflètent pas les vraies découvertes de Spencer. Emanuel a dit que le travail (de Spencer et Braswell) était précautionneux et essentiellement limité à la mise en évidence de problèmes liés à la prédiction des rétroactions de chaleur. Il a déclaré que ce qui était écrit à propos de l'étude de Spencer par des non-scientifiques, n'avait aucun rapport avec la réalité. "

Il est inutile de préciser que cet article qui prend gravement en défaut le coeur même des modèles des gaz à effet de serre du GIEC, a soulevé une tempête de protestations de la part des tenants du dogme en vigueur (tels Gavin Schmidt, Michael Mann, Kevin Trenberth, comme d'habitude).
D'autre part on trouve dans une dépêche de l'AP (l'Agence Associated Press), un article de Seth Borenstein qui ne semble pas avoir lu ni compris cet article. De même dans The Salon, un blog "dans la ligne du GIEC" publie un texte qui n'hésite pas à ressortir les clichés injurieux habituels. On y apprend que Spencer serait financé par Exxon-Mobil, alors que l'étude de Spencer est financée par le DOE, c'est à dire par le Département de l'Energie des Etats Unis.
On peut trouver d'autres exemples révélateurs d'attaques plus ou moins en dessous du niveau requis, cités sur le blog de Roy Spencer et bien entendu,yanntruth sur Real Climate (le blog de Gavin Schmidt et de Michael Mann).

En réponse (partielle) à certaines de ces attaques, Spencer écrit sur son blog :

"..Si vous essayez, vous aurez un "faux positif", même si la rétroaction est fortement négative.

La démonstration est simple et persuasive. Elle est comprise par Dick Lindzen du MIT, Isaac Held de Princeton (qui est loin d'être un sceptique) et de beaucoup d'autres qui ont pris le temps de chercher à la comprendre. Il n'est pas nécessaire que vous croyiez que "ce sont les nuages qui provoquent le changement climatique" (comme je le pense), parce que c'est le retard temporel -qui est sans ambiguïté – qui est la cause du problème de l'estimation de la rétroaction."

Visiblement cet article dérange énormément l'Establishment médiatico-politico-scientifique. C'est un indice qui ne trompe pas. Cependant, en cette occasion et une fois encore, beaucoup des détracteurs proches du GIEC ont visiblement dépassé et de loin, les limites acceptables du débat scientifique.
Lequel semble décidément impossible lorsqu'il s'agit de "sciences du climat".

Comme Roy Spencer et Will Braswell, nous attendons, avec impatience, un article scientifique étayé qui nous expliquerait en quoi et comment cet article qui se base sur un modèle simple corroboré par des observations directes (et non pas sur des modèles informatiques), serait inapproprié ou erroné…

A suivre donc.

Stay Tuned !

Pensée unique 28/8/2011

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