L’Optimum Médiéval et le Petit Age Glaciaire retrouvés

27 Octobre 2012 :

Au cours des années précédentes, je n'ai qu'assez rarement évoqué l'affaire, pourtant emblématique, de la "Crosse de Hockey" (une reconstruction de l'évolution de la température moyenne du globe au cours des siècles écoulés) qui a été à l'origine d'une polémique persistante entre les tenants du GIEC et ses opposants durant plus d'une décennie, c'est à dire depuis 1998-1999 jusqu'à nos jours. De fait, la couverture de cette sorte de feuilleton à multiples épisodes, aurait fourni, à elle seule, matière à des sites encore plus fournis que celui-ci.

Il faut dire que cette affaire est d'importance, comme vous allez le voir.

Cependant, la résurgence toute récente d'une nouvelle crosse de hockey Australienne (qui concernait donc, cette fois-ci, l'hémisphère Sud alors que la crosse de hockey originelle ne concernait que l'hémisphère Nord) m'avait incité à rédiger un billet relativement détaillé sur ce sujet. Je vous y renvoie pour plus de détails techniques, notamment sur les méthodes statistiques assez "inhabituelles" utilisées et sévèrement remises en cause.

Ce billet me donne l'occasion de faire le point sur la situation en cette fin Octobre 2012.

1) Introduction. Quelques rappels (en bref) :

Que les connaisseurs me pardonnent, mais il est extrêmement difficile, sinon impossible, de résumer la longue et ténébreuse affaire de la crosse de hockey qui a précédé la publication de l'article commenté ci-dessous, en peu de mots. L'encart jaune qui suit est donc un peu copieux. Il est destiné aux nouveaux visiteurs. Les connaisseurs pourront passer directement au point 2.

Années 1990-2000 : Les deux premiers rapports du GIEC (Le FAR et le SAR, le First Assessment Report, et le Second Assessment Report), respectivement publiés en 1990 et 1995, ont tous les deux rapporté un graphe qui résumaient nos connaissances de l'époque sur l'évolution de la température du globe depuis l'an christian51000 de notre ère (AD). Le voici :

Comme on le voit, ce graphe identifie une période plus chaude vers 1000-1300 AD (baptisée l'Optimum Médiéval en Français et le MWP (Medieval Warm Period) suivi d'un refroidissement marqué connu sur le nom de "Petit Age Glaciaire" qui a perduré jusque vers 1850-1900. L'échelle indiquée sur la gauche correspond à environ 1°C entre les tiretés.

Les rapports FAR et SAR du GIEC étaient pour le moins elliptiques sur l'origine de cette figure, connue sur le nom de "Fig. 7c du rapport FAR" ou encore sous le nom de "Courbe de Lamb" du nom de Hubert H. Lamb (décédé en 1997). H. Lamb, un éminent climatologue britannique, a été le créateur et le directeur du célèbre CRU (Climate Research Unit) de l'Université d'East Anglia qui, plus tard, en 2009, allait devenir le siège du Climategate (les courriels piratés du CRU).
En 2008, Steve Mc Intyre a effectué des recherches afin d'en savoir plus sur l'origine de cette fameuse "courbe de Lamb" alias la "Fig. 7c du FAR du GIEC, 1990". Il a retracé l'histoire de cette courbe avant sa publication par le GIEC. Il a rédigé, à mon avis, le texte le plus complet sur cette question.

Il faut se souvenir que la paléo-climatologie était encore dans l'enfance à l'époque de la première publication de cette courbe. Les données connues en 1990 et remontant jusqu'à l'an mil, étaient essentiellement tirées d'une grande quantité des récits historiques, de la phénologie (les plantes, les dates des récoltes) et de quelques autres indicateurs. Ce graphe, généralement admis à cette époque, mettait clairement en évidence l'existence d'un Optimum Médiéval (ou de l'"Epoque Chaude Médiévale" (MWE) comme l'avait baptisée Lamb) et d'un petit âge glaciaire qui s'est prolongé jusque vers 1850-1900.

Cependant et comme on s'en doute, si les données historiques remontant jusqu'à l'an mil étaient relativement accessibles pour l'Europe du Nord, il n'en était pas de même pour une grande partie du globe et notamment pour l'hémisphère Sud où les données n'étaient que fragmentaires ou inaccessibles. Dès lors, et faute d'informations supplémentaires, il était relativement aisé de soutenir que l'OM et le PAG n'avaient guère été qu'un phénomène plus ou moins localisé autour de l'Europe du Nord (pour coller avec les récits relatifs aux Vikings qui avaient colonisé et cultivé une partie du Groenland vers l'an mil, et l'auraient baptisé "Terre Verte").
C'est ce qui fut fait par les participants du GIEC, notamment lors de la parution de la fameuse "crosse de hockey" en 1998 (jusqu'à 500 AD) puis en 1999 (jusqu'en l'an mil). Pour ces derniers, faute d'indication contraire et sans que personne en ait la moindre certitude; l'Optimum Médiéval n'aurait été qu'un phénomène strictement localisé et donc nullement global ni même hémisphérique. Par la suite, certains participants du GIEC et notamment les auteurs de la "crosse de hockey", sans doute pour accentuer le caractère "anormal" (sous-entendu "négligeable") de l'Optimum Médiéval, l'ont d'ailleurs assez subtilement rebaptisé du nom de MCA (Anomalie Climatique Médiévale) qui est une dénomination que l'on rencontre encore parfois sous la plume des certains tenants du GIEC..

C'est en 1998, puis 1999 que sont parus deux articles appelés MBH98 (Nature) et MBH99 (GRL) signés par la même équipe (Mann, Bradley, Hughes) qui remettaient fondamentalement en cause les connaissances que l'on possédait à l'époque sur l'évolution de la température moyenne mondiale durant le dernier millénaire.

L'article MBH99 faisait état de la courbe suivante, établie à partir de plusieurs indicateurs incluant essentiellement l'études des cernes des arbres plus ou moins distribués sur la surface de l'hémisphère Nord, jusque vers 1980, date à laquelle la thermométrie classique prenait le relais après un recouvrement depuis 1902. hockeymann

 

 

Mann et al en concluaient que le réchauffement actuel était sans précédent, depuis, au moins, mille ans. Ce n'était pas rien.

Le graphe ci-contre, connu sous le nom de "Crosse de hockey" parce qu'il en a la forme, effaçait purement et simplement l'Optimum Médiéval. C'était donc une véritable révolution pour ceux qui avaient passé des années à collecter une quantité de résultats résumés par H.H.Lamb et le GIEC lui-même dans ses rapports FAR et SAR de 1990 et 1995.

 

 

houghton2

Cette image, très parlante et compréhensible par tous, est alors devenue littéralement emblématique, pour ne pas dire iconique, dans le rapport TAR (Third Assessment Report, 2001) du GIEC, alors co-présidé par Sir John Houghton, que l'on voit sur l'image ci-contre commenter une projection de la crosse de hockey.

C'est ainsi que la "crosse de hockey" qui nous assurait que la température avait été pratiquement stable durant le dernier millénaire, que l'Optimum Médiéval n'avait pas existé à l'échelle du globe (alors que le graphe ne concernait que l'hémisphère Nord) sauf pendant le période récente, a certainement été utilisée pour convaincre nombre de décideurs de l'urgence qu'il y avait à prendre des mesures et notamment d'oeuvrer pour la réduction des émissions de CO2…

Années 2003 à aujourd'hui :
Bien que les articles de Mann et al (MBH98 et 99) constituent une véritable révolution remettant fondamentalement en cause les connaissance de l'époque, et à l'inverse de ce qui se produit en de telles occasions, le (petit) monde scientifique resta étrangement silencieux à ce propos. Apparemment, très peu nombreux furent ceux qui eurent le désir (le courage ?) de se plonger dans les arcanes des analyses dendroclimatiques publiées par ces auteurs. Ce silence, sans doute entretenu par la mise en exergue de ces publications par le GIEC (FAR 2001) se poursuivit jusqu'en 2003, date à laquelle Steve McIntyre (ingénieur des mines) et Ross McKitrick (Professeur de Statistiques) se sont penchés sérieusement sur la question et ont apporté de sévères critiques aussi bien sur les méthodes statistiques employées par Mann et al, que sur le choix des échantillons sélectionnés pour ces études. Ces même critiques ont d'ailleurs été reformulées récemment lors de la publication de Gergis et al (à présent définitivement retirée de la publication, pour cause "d'erreurs").

Compte tenu du caractère emblématique de la "Crosse de Hockey" dans le rapport TAR du GIEC et de ses inférences politiques, les critiques de McIntyre-McKitrick ont connu plusieurs développements, notamment en 2006 (soit 7 ans après les publications de Mann et al et quatre ans après les premières critiques de McIntyre-McKitrick) :

-La rédaction, par un comité d'experts, d'un rapport indépendant suite à la demande de la commission compétente du Sénat US, dit le "rapport Wegman" qui, en substance, confirmaient les graves critiques et l'invalidation formulées par McIntyre-McKitrick. Ce rapport est également instructif sur le fonctionnement de la dendroclimatologie autour de Michael Mann.
-L'analyse par le National Research Council qui, bien que moins sévère que le rapport Wegman, jetait un doute sur ces reconstructions remontant plus loin que les 4 siècles précédents, ce qui excluait donc l'Optimum Médiéval et les affirmations de Michael Mann et al du type "sans précédent depuis au moins mille ans".
-La tenue ( 06 Déc 2006) d'une séance de la commission sénatoriale US dédiée, d'un audit sur la question. C'est au cours de cette séance que le Dr. David Deming de l'Université d'Oklahoma fit un témoignage inquiétant, à propos d'un email qu'il avait reçu en 1995, donc peu de temps avant les publications de MBH98 et MBH99; de la part d'une "sommité en climatologie" (sic, sans préciser laquelle) lui affirmant que :"We have to get rid of the Medieval Warm Period" ("Nous devons nous débarrasser de la Période Chaude Médiévale").

Vous trouverez ici un résumé relativement exhaustif, rédigé en 2008, sur les multiples rebondissements de cette affaire (en anglais). L'auteur de ce résumé, Andrew Monford, a également publié un livre complet sur la polémique de la "crosse de hockey" qui a opposé d'une part Michael Mann (et al.) et Steve McIntyre -Ross Mckitrick, d'autre part, ainsi que sur les échanges (révélateurs) des courriels du Climategate, relatifs à la Crosse de Hockey. Ce livre a connu un certain succès. Il est assez complet et très bien écrit. Sa lecture est conseillée à ceux qui veulent approfondir le sujet.

De fait, cette ténébreuse affaire qui a connu de nombreux rebondissements, ne s'est pas achevée sur un accord ou une acceptation d'un côté ou de l'autre, chacun campant sur ses positions depuis lors. A noter que "la Crosse de Hockey" est le sujet d'une grande quantité d'échanges d'emails entre les protagonistes des Climategates 2009 et 2011. Il faut noter que certains commentaires des proches collègues de Michael Mann ne sont pas indulgents, pour ne pas dire qu'ils sont passablement critiques à son égard et sur l'obstination dont il a fait preuve sur ce sujet.

Ce qui a évolué depuis et sans aucun doute, c'est la quantité, et surtout, la qualité des reconstructions de la température des siècles passées publiées récemment. Les critiques formulées par les statisticiens sur la qualité des indicateurs et, surtout, sur les méthodes statistiques employées ont fini par porter leurs fruits et rares sont maintenant ceux qui s'aventurent à publier des articles (sauf Gergis et al, peut-être) sur ce sujet sans s'assurer qu'ils échappent au fameux "double dipping" ou "décentrage des composantes principales" (comme disait Wegman et al), tels que je les ai décrits dans ce billet.

Le corpus des reconstructions impliquant l'existence d'un Optimum Médiéval planétaire aussi chaud ou même plus chaud que la période actuelle est maintenant considérable. Une bibliographie et un dossier pratiquement exhaustifs, pour les hémisphères Sud et Nord, ont été réalisés et publiés sur ce site.
Dans son dernier rapport (AR4 2007), le GIEC, lui, s'en tenait aux publications successives de Michael Mann ou de ses proches dans lesquelles on observait la résurgence progressive, de publication en publication, d'un Optimum Médiéval, quoique d'une amplitude nettement moindre que la période actuelle.

Et de fait, c'est la pertinence et l'existence même du GIEC de l'ONU qui sont en jeu. En effet, que valent les théories et les modèles actuels, tous centrés sur l'influence du CO2 d'origine anthropique, si la température du globe a varié de manière équivalente, il y a près de mille ans (ou plus), hors de toute influence humaine significative et sans que l'on puisse l'expliquer de manière convaincante ?

 

2) 2012 – Les reconstructions "modernes" de la température moyenne de l'hémisphère Nord : Le retour de l'Optimum Médiéval et du Petit Age Glaciaire.

Voici les références d'un article assez remarquable, publié en Avril dernier dans la revue (estimée par les pairs) "Climate of the Past".

Clim. Past, 8, 765–786, 2012
www.clim-past.net/8/765/2012/
doi:10.5194/cp-8-765-2012
christian4

Pour une fois, l'article original en anglais est libre d'accès (l'article complet). Son titre :

"The extra-tropical Northern Hemisphere temperature in the last two millennia: reconstructions of low-frequency variability"

"La température extra-tropicale de l'hémisphère Nord durant les deux derniers millénaires : reconstructions de la variabilité à basse fréquence."

Les auteurs :
B. Christiansen1 and F. C. Ljungqvist2

Leurs affiliations :

1Danish Meteorological Institute, Copenhagen, Denmark
2Department of History, Stockholm University, Stockholm, Sweden

Article publié le 18 Avril 2012

Voici le résumé original en anglais suivi d'une traduction en français :

Abstract. We present two new multi-proxy reconstructions of the extra-tropical Northern Hemisphere (30–90° N) mean temperature: a two-millennia long reconstruction reaching back to 1AD and a 500-yr long reconstruction reaching back to 1500 AD. The reconstructions are based on compilations of 32 and 91 proxies, respectively, of which only little more than half pass a screening procedure and are included in the actual reconstructions. The proxies are of different types and of different resolutions (annual, annual-to-decadal, and decadal) but all have previously been shown to relate to local or regional temperature. We use a reconstruction method, LOCal (LOC), that recently has been shown to confidently reproduce low-frequency variability. Confidence intervals are obtained by an ensemble pseudo-proxy method that both estimates the variance and the bias of the reconstructions. The two-millennia long reconstruction shows a well defined Medieval Warm Period, with a peak warming ca. 950–1050AD reaching 0.6 °C relative to the reference period 1880–1960 AD. The 500-yr long reconstruction confirms previous results obtained with the LOC method applied to a smaller proxy compilation; in particular it shows the Little Ice Age cumulating in 1580–1720AD with a temperature minimum of −1.0 °C below the reference period. The reconstructed local temperatures, the magnitude of which are subject to wide confidence intervals, show a rather geographically homogeneous Little Ice Age, while more geographical inhomogeneities are found for the Medieval Warm Period. Reconstructions based on different subsets of proxies show only small differences, suggesting that LOC reconstructs 50-yr smoothed extra-tropical NH mean temperatures well and that low-frequency noise in the proxies is a relatively small problem.

Résumé : Nous présentons deux nouvelles reconstructions multi-indicateurs de la température moyenne de l'hémisphère Nord extra-tropical. Il s'agit d'une reconstruction sur une durée de 2 millénaires remontant à l'an 1 AD* et d'une reconstruction de 500 ans remontant à l'an 1500. Les reconstructions sont basées sur les compilations de, respectivement, 32 et 91 indicateurs, dont seulement un peu plus de la moitié sont passés par la procédure de filtrage (NdT : Voir les détails sur "le filtrage" dans le billet sur l'article de Gergis et al) et sont inclus dans les reconstructions présentées. Les indicateurs indirects (les proxys) sont de différente nature et de résolution différente (annuelle, annuelle à décennale et décennale) mais tous ont été préalablement démontrés comme suivant les températures locales ou régionales. Nous utilisons une méthode de reconstruction, LOCale (LOC) dont on a montré récemment qu'elle reproduit de manière satisfaisante la variabilité à basse fréquence. Les intervalles de confiance sont obtenus par une méthode d'ensemble de pseudo-indicateurs qui estiment à la fois la variance et le biais des reconstructions. La reconstruction sur les deux millénaires montre un pic de l'Optimum Médiéval bien défini avec un maximum situé vers 950-1050AD atteignant 0,6°C par rapport à la période de référence 1880-1960 AD. La reconstruction sur 500 ans confirme les résultats obtenus précédemment avec la méthode LOC appliquée à une population moins nombreuse d'indicateurs. En particulier, elle montre le Petit Age Glaciaire qui culmine en 1580-1720 AD avec une température minimale de -1°C en dessous de celle de la période de référence. Les températures reconstruites localement qui sont sujettes à de grands intervalles de confiance, montrent un Petit Age Glaciaire géographiquement distribué de manière assez homogène, tandis que plus d'inhomogénéités géographiques sont observées pour l'Optimum Médiéval. Les reconstructions basées sur différents sous-ensembles d'indicateurs ne montrent que de faibles différences ce qui suggère que les reconstructions par la méthode LOC de la température moyenne, lissée sur une période de 50 ans, de l'hémisphère Nord extra-tropical sont correctes et le bruit à basse fréquence des indicateurs constitue un problème relativement mineur.

*AD = Anno Domini. Après JC.

Comme je l'avait mentionné dans le billet sur l'article de Gergis et al, la principale difficulté que rencontrent les "reconstructeurs" de température relève du fait qu'il n'existe de comparaison possible et donc d'étalonnage, qu'avec les données thermométriques de la période récente , typiquement depuis 1850 (ce qui a d'ailleurs conduit à l'erreur de "décentrage des composantes principales" signalée par McIntyre-McKitrick, Wegman et beaucoup d'autres). Les auteurs de cet article en sont conscients et le mentionnent. Pour éviter ce biais, ou du moins, en partie, le contourner, les auteurs ont compilé un nombre impressionnant de mesures données par des indicateurs très variés, distribués dans tout l'hémisphère Nord. Les indicateurs (carottages glaciaires, stalactites dans les grottes, sédiments lacustres et marins, pollens, données historiques et cernes de arbres (densité et épaisseur). Il y a ainsi pas moins de 91 séries d'indicateurs remontant jusqu'en 1500 AD et 32 remontant jusqu'au début de l'ère chrétienne.

Après avoir mentionné les travaux précédents et notamment ceux de Michael Mann et al, les auteurs précisent que les précédentes reconstructions du climat ont "gravement sous-estimé" la variabilité et les tendances des températures durant les deux derniers millénaires.

Dans la conclusion, les deux auteurs écrivent que :

“The level of warmth during the peak of the MWP (Medieval Warm Period) in the second half of the 10th century, equaling or slightly exceeding the mid-20th century warming, is in agreement with the results from other more recent large-scale multi-proxy temperature reconstructions.”

"Le niveau de réchauffement au pic de l'Optimum Médiéval durant la seconde moitié du Xème siècle, lequel est identique ou dépasse légèrement le réchauffement partant de la moitié du XXème siècle, est en accord avec les autres résultats des reconstructions multi-indicateurs les plus récents et à plus grande échelle."

Comme on le voit sur les figures suivantes (tirées de la publication et accompagnées de leurs légendes) que voici :

christian2"Fig. 1. La situation géographique de tous les 91 indicateurs de la table (à gauche) et de ceux qui sont corrélés de manière significative avec les températures locales (du HadCRUT3v) dans la période commençant en 1880 et ceci jusqu'à la dernière année pour chaque indicateur (à droite). La résolution (annuelle, annuelle à décennale, décennale) est indiquée avec les symboles. Les indicateurs qui remontent au moins jusqu'à 300 AD sont marqués en bleu."

(NB : Pour occuper moins de place que la figure originale, j'ai replacé la figure qui était en bas dans l'original à droite sur cette image).

 

christian6

Extraits de la légende de la Fig. 5 (voir l'original pour le texte détaillé et complet )

"Reconstruction de la température de l'hémisphère Nord extratropical (en °C) basée sur les indicateurs ombrés en gris de la table 1 qui remonte jusqu'à au moins 300 AD. La période de calibration est 1880-1960 AD… Les courbes en trait fin représentent les valeurs annuelles ; Les courbes en trait épais représentent des moyennes lissées sur 50 ans.." .."La courbe en vert représente la température moyenne de l'hémisphère Nord extra-tropical observée. La courbe en jaune montre la moyenne des températures sur les cellules de grille des indicateurs considérés. Toutes les courbes sont relatives à zéro pour la période 1880-1960."

Note : Comme on peut le constater, selon les résultats de ce travail, d'une part, l'Optimum Médiéval, situé autour de l'an mil, est très apparent. Son amplitude est très comparable à celui de l'an 2000 et donc à celui de la décennie actuelle. D'autre part, et contrairement à ce qui est souvent affirmé par ailleurs, la vitesse du réchauffement actuel n'excède pas celle du réchauffement de l'Optimum Médiéval. A noter la présence très visible du Petit Age Glaciaire bien connu des historiens qui était également très apparente dans la "courbe de Lamb".

 

Comparaison avec les reconstructions antérieures : christian1

 

Fig. 6. "Quelques reconstructions antérieures de la température (Hegerl et al., 2007; Loehle and McCulloch, 2008; Huang et al., 2008; Mann et al., 2008, 2009; Ljungqvist, 2010; Christiansen and Ljungqvist, 2011) qui ont été par la suite publié dans le rapport AR4 du GIEC (Solomon et al., 2007) montrées avec les reconstructions LOC de cet article. Toutes les reconstructions sont reportées par rapport à la moyenne zéro de la période 1880–1960AD et ont été lissées sur 50 ans avec un filtre Gaussien. Les intervalles de confiance des reconstructions LOC de cet article (de la Fig. 5 à la Fig. 8) sont aussi indiquées (courbes en pointillés)."

 

 

 

Note : Comme on peut le constater, les reconstructions de Michael Mann et al. publiées jusqu'en 2008 et 2009 (vert et bleu roi), n'indiquent pratiquement aucun Optimum Médiéval, ce en quoi, elles sont assez proches de celle qu'ils avaient publiées en 1999…Elles diffèrent donc très nettement de celles des auteurs de l'article rapporté ici et d'une quantité d'autres reconstructions plus récentes.

De manière à remettre en question l'assertion fréquemment avancée par le GIEC et/ou par ses adhérents selon laquelle l'Optimum Médiéval n'aurait guère été qu'un phénomène localisé et non pas à l'échelle d'un hémisphère tout entier, Ljungqvist et al. montrent que :

“on centennial time-scales, the MWP is no less homogeneous than the Little Ice Age if all available proxy evidence, including low-resolution records are taken into consideration in order to give a better spatial data coverage.”

"à l'échelle centenaire, l'Optimum Médiéval n'est pas distribué de manière moins homogène que ne l'est le Petit Age Glaciaire si on prend en compte tous les indicateurs disponibles, y compris les indicateurs a basse résolution (NdT temporelle) de manière à obtenir une meilleure couverture spatiale."

———————

Il serait très fastidieux d'énumérer la longue litanie des articles parus récemment qui montrent que l'Optimum Médiéval a été plus chaud ou aussi chaud que la période actuelle tels qu'on peut en trouver les références sur le site mentionné plus haut. Cependant à titre d'exemple, on peut citer la toute récente publication suivante qui est paru en Juillet dernier dans le Quaternary Research :

A 1000-yr record of environmental change in NE China indicated by diatom assemblages from maar lake Erlongwan
Quaternary Research, Volume 78, Issue 1, July 2012, Pages 24-34
Luo Wang, Patrick Rioual, Virginia N. Panizzo, Houyuan Lu, Zhaoyan Gu, Guoqiang Chu, Deguang Yang, Jingtai Han, Jiaqi Liu, Anson W. Mackay

La conclusion de cet article qui concerne l'analyse des assemblages de diatomées (une sorte de pytoplancton) prelevés dans le fond d'un lac du Nord Est de la Chine, indique que :

"The diatom record suggests that the period between ca. AD 1150 and 1200 was the warmest interval of the past 1000 yr. The length of the seasons is also different between the MWP and the 20th century; during the MWP the duration of summer was longer while the spring and autumn were shorter than the 20th century."

Soit "Les données des diatomées suggèrent que la période située aux environs de 1150 et 1200 a été la période la plus chaude des 1000 dernières années. La durée des saisons est aussi différente entre l'Optimum Médiéval et le XXème siècle.. Durant l'Optimum Médiéval l'été était plus long tandis que le printemps et l'automne étaient plus courts que durant le XXème siècle."

Bien sûr, il ne s'agit que de l'Est de la Chine mais on peut penser qu'il est quand même assez difficile de considérer qu'elle fait partie de l'Europe du Nord qui, selon le GIEC et ses adhérents, était la seule partie du monde à avoir connu un Optimum Médiéval…

om2

A noter également que l'existence de plusieurs périodes chaudes (entre autres Médiévale, Romaine et Minoénne) durant les 5000 ans écoulés est également très apparente dans les carottages glaciaires du Groenland GISP2 tels que je l'avais rapporté dans ce billet dont voici une illustration :

 

 

 

 

christian7

Enfin, pour tenter d'avoir une vue d'ensemble des publications qui ont analysé l'évolution de la température depuis au moins l'an mil, le site CO2 Science qui suit cette affaire depuis des années, propose une statistique sur le nombre des articles publiés dans la littérature qui ont trouvé que l'Optimum Médiéval était plus chaud (MWP >CWP) (CWP = Current Warming Period), également chaud (MWP = CWP) ou moins chaud (MWP < CWP) que la période actuelle. Voici le graphe :

Comme on peut le constater et si on en croit cette statistique (il y en a une autre, plus quantitative, sur le site cité), les articles qui ont trouvé que la période médiévale (autour de l'an mil) était plus chaude ou aussi chaude que la période actuelles seraient donc plus de douze fois plus nombreux que ceux qui ont trouvé l'inverse. Bien entendu, ceci n'est que purement indicatif.

 

3 – Conclusion :

Comme je l'ai souvent écris dans ces pages, la science progresse à petits pas, envers et contre tout. Il n'est pas douteux que les conflits qui ont vu le jour entre les chercheurs sur cette question des reconstructions de la température, locale, régionale, hémisphérique ou globale, s'atténueront peu à peu. Dans ce genre de situation, plus fréquente dans l'histoire des sciences qu'on ne le croit généralement, l'évidence finit par triompher. En réalité, il n'existe pas de preuve absolue en matière de science. Il n'existe que des points de vue que personne n'a été capable de contredire de manière crédible.

Cependant et pour ce qui est d'un Optimum Médiéval hémisphérique et même global, équivalent au réchauffement que nous connaissons, il apparaît que la balance des évidences accumulées penche de plus en plus en faveur de son existence. Il faudra bien que le GIEC le reconnaisse pour ce qu'il est et ne se contente pas de compiler les publications d'un petit groupe de chercheurs interconnectés. Dès lors, on pourra se poser la question à laquelle il faudra bien répondre un jour : Si la Nature, seule, a été capable de faire varier la température du globe de manière notable durant les millénaires précédents, pourquoi ne serait-elle plus capable de le faire de nos jours ? (h/t D.W).

Vous l'avez compris, sous-jacente à cette question, se trouve la lancinante interrogation sur notre compréhension notoirement insuffisante des variations naturelles du climat de la planète qu'il faudra bien résoudre un jour, pour pouvoir (enfin) déterminer, avec une meilleure certitude, quelle est exactement l'influence de l'homme sur le climat.

A suivre !

 

Pensée unique 30/10/2012

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