27 octobre 2026

Posséder une carte d’identité française est-il raciste ?

Entendre le premier édile de Saint-Denis distribuer les brevets de racisme à quiconque ose rappeler qu’une nation possède des frontières et privilégie ses citoyens relève d’une savoureuse farce contemporaine. À ce compte, notre carte d’identité nationale ne serait plus le symbole d’une émancipation juridique commune, mais une pièce à conviction, un stigmate d’exclusion qu’il faudrait presque dissimuler (déjà le drapeau subit cette opprobre). Cette manie de transmuer la règle de droit en offense morale est le propre d’idéologues, violents par ailleurs (des “goulaguistes” avancés) qui préfèrent les postures indignées aux réalités historiques ; ainsi les réactions miliciennes des propagandistes nihilistes du journal Le Monde ou adeptes transi(e)s) refusant de répondre aux fausses nouvelles répandues par ce qui est devenu, depuis des lustres il est vrai, et, lui aussi, un torchon dont le contenu prodjihadiste nihiliste globaliste n’est même plus digne du caniveau.

La confusion est pourtant si grossière dès le départ. Distinguer le citoyen du non-citoyen n’a jamais été une invention biologique, mais le fondement même de la politeia grecque à la source de notre philosophie politique en tant que ce principe d’appartenance et de destin partagé qui définit la République depuis Platon et Aristote. La cité antique adoubait cependant le métèque méritant, tout comme la Rome impériale intégrait ses élites bien au-delà de ses collines primitives. Nombre de personnalités antiques dont Septime Sévère ne portaient-elles pas en elles des racines numides et berbères ? L’intégration romaine et républicaine se fondait sur l’adhésion à un projet de civilisation, non sur la pureté du sang.

Notre Constitution est pourtant à cet égard limpide : n’en déplace aux adeptes d’une vision uniquement biologique de la citoyenneté, la française ignore la race, la religion ou l’origine sociale. Elle ne s’embarrasse pas non plus d’une quelconque infériorisation de l’étranger (à la différence des relativistes qui en viennent à défendre excision et enfermement vestimentaire des femmes) mais exige l’appartenance volontaire à ce que Renan nommait une « communauté de destin ». C’est un legs spirituel qui oblige. Être français, ce n’est pas seulement figurer là de manière inerte, comme la pierre kantienne qui existe sans être. C’est embrasser le to be or not to be shakespearien : choisir l’existence active du citoyen responsable plutôt que la passivité de l’assisté.

Le drame contemporain réside dans le dévoiement de cette idée républicaine par les partisans d’un absolu centralisé idéologisé ou divinisé (malgré l’injonction christique de la distinction, nette, entre César et Dieu). Jean Bodin tenta jadis de résoudre l’ambivalence entre l’appartenance (politeia) et la gestion administrative (polis) par la figure eschatologique du monarque, «lieu/tenant de Dieu ». Thomas Hobbes lui emboîta le pas avec son Léviathan, ce colosse dont le corps est géométriquement composé de la multitude des sujets. Mais cet absolutisme, même repeint aux couleurs de la technostructure contemporaine, oublie que le pouvoir absolu corrompt absolument, comme l’avaient sagement anticipé Locke et Montesquieu en théorisant les contre-pouvoirs.

Aujourd’hui, les contre-pouvoirs traditionnels – Parlement, justice, presse – semblent s’être dissous dans une gouvernance verticale qui méprise la volonté du démos. Lorsque la souveraineté populaire s’exprime, elle est balayée d’un revers de main par une oligarchie si sûre d’elle-même qu’elle en est devenue sectaire en voie de goulaguisation. On l’a vu lorsque le triple référendum local concernant l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes a été piétiné. On l’a vu de manière plus flagrante encore lorsque le « non » massif des Français en 2005 a été contourné pour imposer le traité de Lisbonne et ses majorités qualifiées, véritable machine à broyer les identités singulières qui composent l’Europe.

Pour sauver la République de cette dérive directoriale, il devient impératif de repenser nos institutions à l’aune d’une démocratie authentiquement directe et décentralisée, sur le modèle du fédéralisme helvétique. Une horizontalité politique exigeante, appuyée sur une profonde régionalisation et des référendums d’initiative locale, permettrait de redonner au citoyen les clés de sa politeia. Cela demande une fermeté institutionnelle absolue face aux féodalités locales et aux injonctions idéologiques qui tentent de culpabiliser le sentiment national.

La Modernité n’est pas une simple case sur le calendrier de l’histoire, mais un état d’esprit. C’est l’exigence permanente de s’affiner, de s’élever et de préserver la tension créatrice entre la liberté de l’individu et sa responsabilité envers la communauté.

Décréter au contraire que la carte d’identité et les distinctions qui lui sont affiliées sont des outils d’exclusion est bien le symptôme d’un nihilisme affairiste qui veut réduire la nation à un simple hall de gare et les entrants comme des inputs nécessaires à leurs moyens de production électoraux et institutionnels.

Contre les prophètes d’une telle corruption politique, il est temps de rappeler qu’être citoyen est un acte d’affirmation spirituelle et politique, le seul rempart contre l’émiettement du monde désiré par ses adeptes morbides.


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Lucien SA Oulahbib

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