L’affaire Bengtsson


bengtsson1 1) Introduction :

J'ai déjà eu, à plusieurs reprises, et notamment dans le billet précédent, l'occasion de citer les propos du Professeur suédois Lennart Bengtsson. Ce chercheur éminent qui est, sans conteste, l'un des plus expérimenté de son domaine, a consacré la plus grande partie de son activité de recherche à la modélisation numérique de la météorologie et du climat. Il est particulièrement bien placé pour porter des jugements étayés sur la situation actuelle de la science climatique qui comme chacun sait repose essentiellement sur des projections/scénarios générés par des programmes d'ordinateurs.

Les propos récents et actuels de Lennart Bengtsson que j'ai rapporté dans ces pages, pourtant exprimés dans le langage mesuré propre aux scientifiques, se révèlent particulièrement critiques et destructeurs dans le contexte actuel du fameux "consensus"
qui est l'argument d'autorité le plus souvent utilisé par la classe médiatico-politique. Dans ces conditions, les déclarations de Bengtsson ne pouvaient que déplaire à ceux, nombreux, qui ont investi leur crédibilité, leur réussite professionnelle et parfois leurs investissements, dans le pessimisme climatique avec l'appui et le soutien de la quasi-totalité de l'establishment politique.

V  enant d'une personnalité de ce statut qui faisait partie intégrante et travaillait au coeur même de l'establishment climatique, ceci ne pouvait être considéré par certains que comme une trahison. Dès lors, les critiques, les menaces, le dénigrement systématique, le harcèlement et les pressions exercées sur Bengtsson n'ont pas manqué comme d'ailleurs cela a été le cas pour la plupart des collègues scientifiques qui l'ont précédé dans cette voie, tels que Lindzen, Christy, Spencer, Curry, Vahrenholt, Pielke et beaucoup d'autres, dans un passé récent. Jusqu'à présent, ces agissements étaient restés plus ou moins confinés dans le microcosme climatique et n'avaient que peu ou pas touché le grand public.

Cependant, cette fois-ci, les limites du supportable semblent avoir été franchies. La grande presse (US-anglo-germanophone) s'est faite, en cette occasion, l'écho des pratiques délétères exercées par ses propres collègues à l'encontre de Lennart Bengtsson. Certains des comportements bien connus des connaisseurs mais ignorés du grand public ont percé le "plafond de verre" et des journalistes en vue s'en sont émus d'autant plus que la personnalité de la victime, âgée et méritante, attire plutôt la sympathie.
C'est ainsi qu'a commencé ce que beaucoup ont appelé "l'affaire Bengtsson".

En réalité, l'"affaire" à laquelle est consacrée ce dossier s'est déroulée en deux épisodes successifs, aussi inquiétants l'un que l'autre, ce qui a amplifié le phénomène par une sorte d'"effet réplique".
Les réactions des uns et des autres, plus ou moins directement impactés dans le "scandale" ont été intéressantes comme vous pourrez en juger.

En guise de préambule, je rappelle ici quelques données documentaires sur le professeur Bengtsson :

  Le Professeur Suédois Lennart Bengtsson a été le Directeur de la Recherche du European Centre for Medium-Range Weather Forecasts de 1975 à 1981, puis Directeur, jusqu'en 1990 de l'Institut Max Planck pour la Météorologie à Hambourg. Toujours actif à 79 ans, il est à présent chercheur invité à l'Environmental Systems Science Centre de l'Université de Reading (UK). Il continue de publier régulièrement des articles dans les revues scientifiques comme on peut le constater en visitant son site à l'Université de Reading (UK). Il est actuellement l'auteur ou coauteur de 238 publications, ce qui est considérable même après 51 ans de carrière.bengtsson5

Quelques récompenses attribuées à Lennart Bengtsson :
2007 Rossby Prize 2007 by the Swedish Geophysical Society (SGS)
2007 Elected Honorary Member of the American Meteorological Society (AMS)
2006 International Meteorological Organization (IMO) Prize of the World Meteorological Organization (WMO)
2005 Descartes Research Prize
1999 Fellow of American Meteorological Society
1998 Umweltpreis 1998 der Deutschen Bundesstiftung Umwelt
1998 Member of the Finnish Academy of Science
1996 Milutin Milancovic medal by the European Geophysical Society
1995 Member of the Nordrhein-Westfälischen Wissenschaftsakademie
1993 Member of the Swedish Academy of Science
1991 Honorary Member of the Swedish Meteorological Society
1990 Doctor honoris causa, University of Stockholm
1990 Förderpreis and the Golden Rosette for European Science by the Körberstiftung, Hamburg
1989 Member of Academia Europea
1986 Julius von Hann´s Gold Medal by the Austrian Meteorological Society

2) La lettre de démission de Bengtsson :

En tant qu'éminent climatologue de l'Académie des Sciences suédoise, Lennart Bengtsson est réputé avoir largement déterminé l'orientation (mainstream) de son pays en matière de politique vis à vis du climat. En tant que modélisateur, il était, il y a quelques années encore, parfaitement dans la ligne du GIEC. Il apparaît, comme il le déclare lui-même que ses points de vue sur la science climatique ont évolué et divergé de ceux de l'establishment du GIEC à la mesure des progrès réalisés dans les observations qui, peu à peu, ont mis en évidence la divergence qui existe entre les modèles et la réalité. Les citations que j'ai relevées dans le billet précédent et dans quelques autres, reflètent parfaitement le recul, relativement récent, pris par Bengtsson par rapport à ses collègues de l'establishment. Ainsi, j'avais rapporté ces phrases de Bengtsson qui expliquent, en grande partie, sa démarche intellectuelle :

"En d'autres termes, le réchauffement climatique n'a pas été un problème sérieux jusqu'à maintenant si nous nous fions aux observations. Cela ne devient un problème que si nous nous basons sur les simulations numériques du climat par les ordinateurs.[...]Mais comme il n'y a aucun moyen de s'assurer de leur validité, les prévisions numériques reposent plus sur de la croyance que sur des faits. Le GIEC a publié l'opinion de ses experts il y a quelques mois et a présenté ces dernières sous la forme de probabilités. Tant que les résultats ne peuvent pas être étayés par des modèles dûment validés celles-ci donnent l'impression trompeuse d'être fiables."

Venant d'un expert de la simulation sur ordinateur comme Bengtsson qui connaît parfaitement la fragilité intrinsèque des modélisations numériques dans ce genre de problème particulièrement complexe, on imagine aisément que ces déclarations n'ont pas dû soulever l'enthousiasme (c'est un euphémisme), chez les nombreux supporters du GIEC ainsi qu'auprès des rédacteurs des rapports de cet organisme. Un expert renommé jetait le doute sur les modélisations climatiques qui, à défaut d'observations concordantes, constituent le fer de lance des arguments défendus par le GIEC.
On ne pouvait pas faire pire, pensaient, sans aucun doute, les émules du GIEC de l'ONU. C'était une attaque frontale de la raison même de l'existence de l'alarmisme climatique sur laquelle reposent les politiques énergétiques d'une partie des gouvernements de la planète (dont la France).
Pourtant, la personnalité de l'éminent Professeur Bengtsson forçait quand même au respect et les critiques (acerbes) restaient limitées au petit cercle des initiés.

C'est dans ce contexte, déjà tendu, que la décision récente (le 1er Mai) de Lennart Bengtsson de rejoindre le GWPF (considéré par la plupart des supporters-participants du GIEC comme le grand satan) a fait l'effet d'une bombe.

Mais, qu'est-ce exactement que le GWPF ?

Le GWPF (Global Warming Policy Foundation, la fondation pour la politique du réchauffement climatique) est ce que l'on appelle dans les pays anglo-saxons un "think tank", c'est à dire un groupe de réflexion. C'est une structure extrêmement courante dans les pays anglophones. Ce groupe de réflexion a été fondé en 2009 par Lord Lawson (ancien ministre des finances britannique) et le Dr. B. Peiser qui est à présent chargé de la communication. Le GWPF se consacre aussi bien à la science du réchauffement climatique qu'à ses conséquences (éventuelles) économiques et à son traitement politique. Le GWPF explique son état d'esprit et sa mission dans cette présentation. En bref, le GWPF a été créé dans la perspective d'ouvrir un débat qui, selon lui, fait défaut, aussi bien sur le plan scientifique qu'économique ou politique ce qui le place, notamment, en opposition directe avec les tenants du GIEC qui affirment que la science est comprise.
Le GWPF prétend à la neutralité aussi bien scientifique que politique. C'est ainsi que son Conseil d'Administration de 8 membres inclut un membre du Labour et un(e) autre du Lib. Dem. à côté de personnalités conservatrices ou indépendantes.
Le conseil scientifique du GWPF regroupe 26 personnalités du monde scientifique et de l'économie ainsi que du secteur journalistique dont plusieurs sont bien connues des lecteurs de PU. Parmi les scientifiques, on retrouve, entre autres, Richard Lindzen, Freeman Dyson, Henrik Svensmark, Nir Shaviv, Vincent Courtillot, William Happer, Ross McKittrick, Paul Reiter, Robert Carter et Ian Plimer. Le président de ce conseil est, actuellement, le Prof. David Henderson, un économiste et statisticien éminent qui a été notamment le directeur du Département de l'Organisation pour la Coopération et le Développement de l'OCDE. Comme on le sait, tous ces scientifiques et le professeur Henderson lui-même, professent de grands doutes quand au sérieux des rapports du GIEC et de l'alerte climatique.

Lennart Bengtsson avait donc accepté de rejoindre le conseil scientifique du GWPF pour travailler aux côtés des personnalités mentionnées ci-dessus (pour lesquelles il a de l'estime, dit-il), ce qui a immédiatement déclenché une énergique levée de boucliers de la part de ses collègues supporters du GIEC. On ignore la nature, les noms des auteurs et le contenu exacts des pressions qui se sont exercées sur Lennart Bengtsson à cette occasion mais la lettre qu'il a adressée, le 14 Mai, soit deux semaines après son adhésion, au responsable actuel du GWPF, le Professeur Henderson, a ému et soulevé l'indignation de la plupart de ceux qui en ont eu connaissance.

Cher Professeur Henderson,

J'ai été soumis à une énorme pression de la part de mes pairs durant ces derniers jours et ceci venait du monde entier au point que c'est devenu pratiquement insupportable pour moi. Si cela continue je serai incapable de poursuivre mon travail habituel et je commencerai même à m'inquiéter pour ma santé et ma sécurité. De ce fait, je ne vois aucune autre porte de sortie que de démissionner du GWPF. Je ne m'attendais pas à subir une telle pression à l'échelle de la planète, de la part d'une communauté dont j'ai été proche tout au long de ma carrière. Des collègues me privent de leur soutien, d'autres retirent leurs noms de la liste de mes coauteurs etc.

Je ne vois aucune limite ni aucune fin à ce qui va arriver. C'est une situation qui me rappelle l'époque de McCarthy. Je ne me serais jamais attendu à quelque chose de semblable de la part d'une communauté autrefois aussi pacifique que l'était la météorologie. Apparemment, les choses ont bien changé ces dernières années.

Dans ces conditions, je serai incapable de contribuer de manière positive au travail du GWPF et, en conséquence, je crois qu'il est préférable pour moi de revenir sur ma décision de rejoindre le conseil et ceci dès que possible.

Avec mes meilleurs sentiments,
Lennart Bengtsson

Et de fait, qu'un éminent professeur de 79 ans, mondialement connu, particulièrement méritant, bénéficiant de l'estime générale et qui a consacré son existence à la recherche en météorologie et climatologie, déclare subir des pressions "pratiquement insuppportables" et en arrive à craindre "pour sa santé et sa sécurité" du fait du harcèlement (à la McCarthy, dit-il) de la part de ses propres collègues pose quand même quelques problèmes quand à la déontologie du microcosme des climatologues.
Comme on peut s'y attendre, les réactions ne se sont pas faites attendre. Elles ont été nombreuses et énergiques. Elles se poursuivent encore à l'heure où j'écris ces lignes. En voici quelques-unes. D'autres références, notamment journalistiques, seront indiquées à la fin de ce billet.

3) Quelques réactions à "l'affaire Bengtsson":

 Le Times de Londres (UK) (Ben Webster,15 Mai 2014) titre :
"Une "chasse aux sorcières" force un scientifique à la démission" .

"Un climatologue renommé a démissionné du conseil scientifique d'un groupe de réflexion après avoir été soumis à ce qu'il a décrit comme des pressions "du style McCarthy" de la part de certains de ses collègues. Le Professeur Lennart Bengtsson, chercheur invité à l'Université de Reading, a déclaré que les pressions étaient si intenses qu'il serait incapable de continuer à travailler et qu'il craignait pour sa santé et sa sécurité à moins qu'il ne renonce à participer au conseil scientifique de la la fondation GWPF. Il a déclaré que les pressions venaient essentiellement de climatologues US, y compris de la part d'un d'entre eux employé par le gouvernement US qui l'avait menacé de retirer son nom en tant que coauteur d'un article à venir à cause de son lien avec la fondation."

National Review Online (US), Rupert Darwall, 15 Mai 2014. Titre : "La science comme du McCarthysme".

La science régresse si elle devient intolérante aux critiques. Au début de son règne, la reine Elizabeth Iére d'Angleterre avait proféré des paroles de tolérance à une époque de luttes religieuses en déclarant qu'elle n'avait aucunement l'intention d'épier l'âme de ses sujets. A la différence de la religion, la science n'est pas une affaire de coeur ou de croyance. Elle n'existe que par ce qui peut être démontré. En persécutant un de leurs vieux collègues qui avait avancé un pied en dehors de la ligne et en forçant les scientifiques à être soumis à un test sur leur foi, les climatologues du XXIe siècle se sont montrés moins tolérants qu'un monarque du XVIe siècle. Il y a quelque chose de pourri dans la situation actuelle de la science climatique."

Professeur David G. Gee, un collègue suédois à l'Université d'Uppsala, 15 Mai 2014

J'ai reçu votre lettre avec stupeur, désarroi et une grande sympathie. La pression qui est exercée sur vous par la communauté des climatologues confirme les pires aspects d'une science politisée. J'ai moi-même été réprimandé pour m'être opposé à la cause climatique et son dévouement aveugle aux ambitions politiques. Ceci doit être révélé, au plan global. Merci d'avoir montré tant de courage. Espérons qu'il y a d'autres personnes honnêtes dans le monde de la climatologie que ce qui est apparent de nos jours."

 Daily Mail (UK), Wills Robinson,15 Mai 2014. Titre : "Un climatologue déclare qu'il a été forcé de démissionner d'un nouveau poste dans un style chasse aux sorcières à la "McCarthy" par des collègues du monde entier."

"Un climatologue mondialement connu a été contraint de démissionner d'un groupe de réflexion après avoir été soumis à des pressions du style "McCarthy" de la part de scientifiques du monde entier. Le Professeur Lennart Bengtsson, âgé de 79 ans, est un scientifique de l'Université de Reading. Il a quitté la Fondation Pour la Politique sur le Réchauffement Climatique bien connue, à cause de menaces dont il dit qu'elles "sont pratiquement insupportables" a déclaré le Dr. Benny Peiser, directeur du GWPF au Mail Online. "Cette annonce a été accueillie avec un grand étonnement et une vague de colère. Cela montre à l'évidence qu'il existe une inquiétude grandissante parmi les observateurs intéressés que l'intolérance qui règne au sein de la communauté des climatologues fragilise les déclarations des scientifiques. Ceci constitue un scandale qui se retournera contre les scientifiques si leur communauté ne se mobilise pas pour venir à son secours. "

Judith Curry, Climate Etc, 14 Mai 2014
Judith Curry reproduit les échanges de courriers entre le GWPF et Bengtsson suite à la démission de ce dernier. Elle conclut :

"Je regrette vivement que n'importe quel scientifique mais tout particulièrement un scientifique aussi éminent que Bengtsson ait eu à subir de telles attaques. La semaine dernière nous avons assisté à de nombreuses et enrichissantes déclarations faites par Bengtsson au sujet de la situation de la science climatique. Il en résulte que la politique, la science et la société en ont été les bénéficiaires. Nous avons aussi assisté à un répugnant étalage de McCarthysme climatique de la part de climatologues, lequel a le potentiel de faire autant de mal à la science climatique que l'avaient fait les emails du Climategate. Nous avons observé que le GWPF a géré cette situation avec maturité et avec dignité."

Par ailleurs, Judith Curry décrit les vexations et humiliations subies par ceux qui ont eu la malencontreuse idée de s'écarter du "consensus" de la "communauté", ce qu'elle fait depuis quelques années, notamment en évoquant constamment les grandes incertitudes qui affectent la climatologie.Voici ce qu'elle a écrit dans son blog, récemment, le 16 Mai 2014.

“Ainsi qu'en est-il de l'impact sur un scientjifique de ce qui est appelé le "McCarthysme climatique"?
Comme résultat du dénigrement à mon encontre par (Joe) Romm, par (Michael) Mann et d'autres, je suis écartée de toute possibilité d'obtenir des postes administratifs dans les universités et de situations de responsabilité dans les sociétés professionnelles. Ma candidature est systématiquement écartée de toutes les récompenses attribuées par les sociétés professionnelles, un grand nombre de collègues ne collaboreront pas avec moi et quiconque voudrait m'inviter comme orateur principal doit se justifier par rapport à toute les con…ries que vous pourrez trouver sur le WEB si vous googlez "Judy Curry"."

En effet. Je confirme. Visiblement, Judith Curry sait de quoi elle parle.

Lord Nigel Lawson, Standpoint Magazine Mai 2014
Lawson est l'un des deux fondateurs du GWPF.

Il y a quelque chose d'étrange quant au débat sur le réchauffement climatique – ou le débat sur le changement climatique comme nous sommes supposés l'appeler maintenant, du fait, qu'à l'heure actuelle, le réchauffement climatique s'est arrêté. Je n'ai jamais reculé devant les controverses, ni par exemple en tant que Chancelier (NdT : de l'échiquier, ministre des finances) ni ne me suis jamais inquiété d'être impopulaire si je pensais que ce que je disais et faisais servait l'intérêt public. Mais, jamais dans ma vie, je n'avais subi autant d'extrême hostilité envers ma personne, autant de vitupération et de calomnies dont moi-même – ainsi que les autres contestataires, bien sûr – avons été l'objet du fait de nos points de vue sur le réchauffement climatique et la politique qui en découle.

Mike Hulme a été (2000-2007) le Directeur-Fondateur du Centre de Recherche Tyndall du Royaume Uni. Il a été très actif dans les débuts du GIEC. Hulme est très loin d'être un climato-sceptique. Pourtant, entre autres critiques, il avait sévèrement pointé du doigt "l'esprit tribal" de ses collègues mis en lumière par les courriels du Climategate.
Voici quelques déclarations de Mike Hulme au sujet de "l'affaire Bengtsson" (rapportés par le Times UK, Ben Webster, 17 mai, cité aussi dans The Telegraph UK du 16 mai):

"Les climatologues qui diffament un collègue pour avoir apporté son concours au conseil scientifique d'un groupe de réflexion sont "aveugles de leurs propres biais", selon un ancien membre du conseil de l'ONU sur le changement climatique. Mike Hulme, professeur sur le climat et la culture au King's College de Londres. Hulme a condamné ses collègues climatologues pour avoir "persécuté" Lennart Bengtsson et il avertit que la science climatique est devenue trop politisée. Il a condamné les climatologues qui "croient que c'est leur rôle de prononcer des jugements publics quant à savoir si un collègue scientifique devrait apporter sa contribution à des organisations politiques, publiques ou faisant campagne, et d'exercer des persécutions sur ce scientifique jusqu'à ce qu'il "rentre dans le rang"…"Cet épisode nous en apprend beaucoup sur la profonde politisation actuelle de la science et aussi sur le fait que certains scientifiques demeurent aveuglés par leurs propres orientations. ""

Steve McIntyre (l'auteur de l'analyse destructrice de la fameuse "crosse de hockey") titre "L'épuration de Lennart Bengtsson".

Ceci est encore le fait d'une conduite honteuse de la part de la "communauté" des climatologues.
D'un point de vue général, il me semble que si le changement climatique est un problème aussi sérieux que le croit la "communauté" des climatologues, alors celui-ci exigera de prendre des mesures qui requièrent un engagement de la part de toutes les branches de notre société. La plupart des "sceptiques" ne sont pas de suppôts des frères Koch (NdT : Une famille de milliardaires qui sont réputés soutenir les climato-sceptiques aux USA) mais ce sont des gens qui n'ont pas été convaincus jusqu'à présent que le problème est aussi sérieux que ce qui est leur est présenté et que les politiques qui sont prescrites (le vent et le solaire tout particulièrement) représentent une forme quelconque d'assurance contre les risques. Ce sont ces gens-là que la "communauté" climatique devrait essayer de persuader.
Le projet de la participation de Bengtsson au GWPF me semblait être une sorte de main tendue aux sceptiques rationnels, ce dont la "communauté" aurait dû se réjouir.
Au lieu de cela, la "communauté" a lancé une fatwa. C'est exactement le genre d'action et d'attitude qui ne peuvent qu'engendrer le mépris de la part de la société au sens large, envers la "communauté".

Dr. Roy Spencer de l'UAH.

Le harcèlement de Lennart Bengtsson par des collègues n'est que le dernier exemple du comportement déplorable des climatologues qui ont passé un contrat avec le diable. Ils ont troqués leurs âmes de scientifiques contre des contrats de recherche, du prestige et un accès facile aux revues scientifiques pour publier leurs articles.
Je prédis que l'histoire les traitera sans indulgence et que la réputation de tous les climatologues pâtira de ces procédés. Dans l'état actuel des choses, le public qui paye nos salaires, est déjà en train de rire à notre sujet.
Certains d'entre nous (Christy, Lindzen, moi-même et d'autres) ont dû subir des années de traitement déloyaux de la part d'une poignée de collègues activistes et gardiens du temple qui ont empêché la publication de nos articles et bloqué nos demandes de crédits pour des raisons les plus futiles.

…Ce n'est pas tout. L'"affaire Bengtsson" ne s'est pas arrêtée là. Il y a eu un second épisode. Voyez la suite.

4) Un article scientifique de Bengtsson et al. est refusé avec des commentaires de relecteurs pour le moins étonnants :

Perçu comme s'inscrivant dans la lignée de cette "épuration" comme l'appelle Steve McIntyre, un article récent de Bengtsson et de quatre collaborateurs américains et suédois vient d'être rejeté par l'éditeur d'une revue de l'IOP (UK) (Environnment Research Letters).
Cet article mettait en lumière les divergences entre les modèles et les observations relevées notamment à partir des données telles que celles qu'on peut trouver dans le dernier rapport du GIEC (AR5) (comme je l'avais noté dans des billets précédents) et avançait l'idée (comme quelques autres) d'une sensibilité climatique au CO2 nettement plus faible que celle qui est prônée par les rapports du GIEC, ce qui, à l'évidence, rejetterait le "changement climatique anthropique" dans les profondeurs du classement des préoccupations.
Entre autres commentaires négatifs, le rejet de l'article est justifié, par l'un des rapporteurs, de la manière suivante :

"En résumé, la comparaison simpliste des prédictions tirés de l'AR4, de l'AR5 et de Otto et al, ceci combiné avec les affirmations qu'elles sont incompatibles est moins qu'utile, et de fait, cet article est nuisible car il ouvre la porte à des affirmations exagérément simplistes d'"erreurs" ou encore pire de la part des médias climato-sceptiques.

Plusieurs médias (anglophones et germanophones) ont réagi à ces assertions, pour le moins surprenantes de la part de relecteurs de revues scientifiques dont le devoir est de se limiter strictement à des considérations scientifiques à l'exclusion de toute considération politique. Ainsi le très connu Times de Londres (qui a démontré timesukdans le passé qu'il était très loin d'être un "média climato-sceptique", bien au contraire) titre, en une, dans son édition du 16 Mai avec une accusation gravissime (pour des scientifiques) : "Des scientifiques dissimulent des points de vue "nuisibles" sur le climat" et explique à ses (très nombreux) lecteurs :

Hier soir, un travail de recherche qui accumule les doutes sur le taux du réchauffement climatique a été délibérément écarté par des scientifiques parce qu'il était "moins qu'utile" pour leur cause. Faisant écho au scandale infamant du "Climategate" à l'Université d'East Anglia [NdT : Voir ce billet], une des revues au top des journaux académiques a rejeté le travail de cinq experts suite à un jugement confidentiel d'un relecteur dénonçant cet article comme "nuisible". Lennart Bengtsson qui est actuellement chercheur invité à l'Université de Reading et l'un des auteurs de cette étude, a déclaré qu'il soupçonnait que l'intolérance vis à vis des vues dissidentes sur la science climatique était à l'origine du refus de publier cet article. [...]
"Le problème que nous rencontrons maintenant dans la communauté scientifique c'est que quelques scientifiques confondent leur rôle en tant que scientifiques avec celui d'activistes du climat." a dit Bengtsson.

Toujours dans le Times (UK) du 16 Mai, (Lord) Matt Ridley (Ridley est un écrivain-journaliste, membre de la chambre des Lords, de la Royal Society of Literature, de l’Académie britannique de médecine et de l’Académie américaine des Arts et des Sciences) écrit sous le titre :
"Ce harcèlement contre les sceptiques de la science climatique doit cesser.
Depuis quand la diabolisation de ses contradicteurs est-elle devenue une pratique acceptable ?"

La démission du Professeur Bengtsson montre que le "consensus" revendiqué au sujet du réchauffement climatique alarmant implique la suppression des désaccords au moyen du harcèlement académique. Le Professeur insiste sur le fait qu'il n'y a pas de consensus au sujet de la vitesse et de l'intensité future du réchauffement dû aux gaz à effet de serre et encore moins au sujet des réponses qui peuvent être apportées.

 

 

Les preuves de l'existence d'un tel harcèlement sont apparues lors du scandale du "Climategate" en 2009 dans lequel les emails de quelques scientifiques ont révélé qu'ils étaient disposés à menacer et à blackbouler les collègues, les journalistes et les éditeurs qui exprimaient des points de vue sceptiques. Je discute fréquemment avec des scientifiques qui ne sont pas convaincus que le changement climatique soit, même de loin, le problème environnemental le plus urgent pour la planète mais qui ne mettront pas leur tête au dessus du parapet [NdT : Allusion aux soldats dans les tranchées] par peur de représailles pour leurs carrières.
Qu'advient-il du monde académique si la pratique de la diabolisation et du bâillonnement de vos opposants est devenue une pratique acceptable ? Les persécutions exercées à l'encontre du Professeur Bengtsson montrent précisément pourquoi des groupes de réflexion tels que le GWPF sont essentiels. En vérité, la vieille plaisanterie s'est révélée encore plus pertinente : "Quel est l'opposé de diversité ? C'est l'Université."

Partant du communiqué de l'éditeur de la revue de l'IOP qui endosse la prise de décision du rejet de l'article de Bengtsson et al. en y incluant l'argument politique mentionné ci-dessus, Steve McIntyre, pour sa part, remarque (ironiquement) :

Ainsi, l'"erreur", selon l'éditeur, semble n'être rien d'autre que l'exigence de Bengtsson que les modèles soient cohérents avec les observations. Sans aucun doute et même en matière de science climatique, une telle exigence ne peut pas être sérieusement considérée comme une "erreur".

De fait, la lecture du rapport des referees montre que selon ces deniers, Bengtsson et al commettent l'erreur" de comparer les résultats des observations avec les résultats des simulations numériques qui, selon eux, ne sont pas des prédictions ou des prévisions mais des projections ou des scénarios, et donc que cette comparaison serait une "erreur"(selon les referees).
Si on se souvient que Bengtsson a consacré la plus grande partie de sa longue carrière (51 ans !) à la modélisation numérique, il est difficile d'imaginer qu'il ne sait pas exactement de quoi il parle et on imagine aisément qu'il a suffisamment d'expérience pour savoir qu'il est indispensable de comparer les résultats des projections ou des scénarios numériques avec la réalité afin de valider ces derniers, si possible…

Pour sa part, Roy Spencer, climatologue à l'UAH, responsable des mesures satellitaires du même nom, écrit, le 16 mai :

"Les manoeuvres d'intimidation à l'encontre de Lennart Bengtsson ne sont que le dernier exemple du comportement déplorable de climatologues qui ont passé un contrat avec le diable. Ils ont échangés leurs âmes de scientifiques contre des contrats de recherche, du prestige et un accès facile aux revues scientifiques pour publier leurs articles. Je prédis que l'histoire les traitera sans indulgence et qu'en conséquence la réputation des climatologues sera mise à mal. Ce comportement déplorable de la communauté des scientifiques du climat n'a rien de nouveau. Il perdure depuis au moins 20 ans.
Certains d'entre nous (Christy, Lindzen, moi-même et d'autres) ont eu a subir des traitements inéquitables depuis plusieurs années de la part d'une poignée de collègues activistes et gardiens du temple qui ont empêché la publication de nos articles ou l'obtention de contrats de recherche avec les arguments les plus fragiles."

Le climatologue vétéran Roger Pielke Sr. est cité par le Spiegel Intl online en ces termes :

"Roger Pielke Sr. de l'Université du Colorado déclare : "Malheureusement, la climatologie est devenue très politisée et les points de vue qui diffèrent de ceux qui contrôlent le processus de rédaction des rapports sont, soit ignorés, soit ridiculisés. Au vu de ma propre expérience, je suis d'accord à 100% avec les déclarations du très éminent Lennart Bengtsson."

Le professeur Roger Pielke Jr. (le fils du précédent) et également cité dans le Spiegel Intl online. A noter que ni lui, ni son père ne sont des climato-sceptiques.

Pielke Jr. confirme que la recherche en climatologie est un boulôt difficile. "Nous avons affaire à "des gens qui jouent dur" dit-il. "A titre personnel, j'ai subi de très fortes pressions professionnelles au cours de ces années. Ceci incluait des menaces contre mon travail, l'ostracisme professionnel, des présentations publiques déformant mes propos et mes points de vue, des tentatives pour m'empêcher de parler en public ainsi que des menaces personnelles dont beaucoup d'entre elles ont été documentées en public." Il ajoute que "Quiconque désirant participer au débat public sur le changement climatique devrait le faire en sachant comment cela se passe de nos jours — C'est sordide, méchant, destructeur."

Le Grantham Institute à l'Imperial College de Londres représente le versant opposé au GWPF avec lequel il est en conflit ouvert. Pourtant, dans cette occasion peu reluisante et au vu de la réaction outrée des médias, ses responsables ont choisi de se désolidariser des chercheurs qui ont harcelé Bengtsson et de rappeler quelques grands principes oecuméniques tout en égratignant au passage le GWPF, leur "pire ennemi".
Un responsable du Grantham écrit, sous le titre "La science et une société ouverte":

La démission du Professeur Lennart Bengtsson du conseil scientifique du GWPF a fait l'objet d'une importante couverture médiatique. Elle pose des questions importantes.
Quel que puisse être le point vue de quiconque sur le rôle, les motivations et l'intégrité du GWPF dans cette affaire, il relève du choix personnel des scientifiques de s'associer ou non avec lui afin d'y assurer un rôle de conseil.
Il est regrettable que les orientations politiques au sujet du climat affectent apparemment à ce point l'activité scientifique. Le Grantham Institute de l'Imperial College s'est toujours opposé à ce genre de comportement, pensant que le progrès scientifique exige que la société demeure ouverte. Nous essayons d'échanger avec un large éventail de personnalités, certaines d'entre elles ayant des points de vue radicalement différents sur le changement climatique.
Le déroulement de cette affaire est probablement un effet du "eux ou nous" qui a imprégné le débat sur la science climatique depuis des décennies. Il résulte, en partie de – et en réaction à – une pression externe exercée sur la communauté climatique.

Mais nous devons être clairs, ceci ne constitue en aucun cas une justification. Une pression concertée externe – si c'est ce qui a été fait – sur le Professeur Bengtsson pour le forcer à démissionner de sa fonction au GWPF était une faute et une erreur de jugement.

[...] Cet événement nous montre que le maintien d'une saine séparation entre la science et la politique – de chaque côté du débat politique – constitue un enjeu aussi permanent qu'indispensable..

3) Quelques titres récents dans la presse US/UK/Allemande :
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Der Spiegel (All) (Axel Bojanowski, 12 mai) : "Débat sur le changement climatique : Un scientifique renommé devient un sceptique". "Le météorologue Lennart Bengtsson a depuis longtemps été considéré comme une tête froide dans le conflit souvent virulent sur le réchauffement climatique. Il défend sa décision de rejoindre une organisation sceptique sur le changement climatique au cours d'un interview."
La légende de l'image ci-contre en entête de l'article est une citation de Bengtsson tirée de l'interview : "Je ne crois pas que cela ait du sens que notre génération croit ou prétende qu'elle peut résoudre les problèmes du futur."

The Financial Post (Peter Foster, 15 mai) : "Un scientifique suédois éminent est la dernière victime du McCarthysme climatique."

The Wall Street Journal (US) (James Taranto, 15 Mai) "L'autoritarisme scientifique. La question du scepticisme pour les climatologues."
Taranto conclut : "L'intuition est suffisante pour faire la distinction entre l'autoritarisme et l'autorité authentique."

The Times of London (UK) (Ben Webster, 15 Mai) ""La chasse aux sorcières" contraint un scientifique à la démission."

Investor.com (éditorial, 16 Mai) : "Climategate II et la montée du McCarthysme climatique".

The Telegraph (UK) (Lucy Kinder, 15 Mai): "Un climatologue est forcé de revenir sur ces positions suite à des pressions dignes du McCarthysme"
"Un climatologue suédois déclare qu'il a été soumis à une chasse aux sorcières réminiscente de l'ère McCarthy."
dailymailbeng


Daily mail (UK) (Ben Spencer, 16 Mai) : "Une étude suggérant que le réchauffement climatique a été exagéré a été rejetée par un journal réputé parce qu'elle était " moins qu'utile" pour la cause climatique, déclare un professeur."

Mail on Sunday (UK) (David Rose, 18 mai) : "Révélation : Comment des zélotes verts ont bâillonné un professeur qui avait osé remettre en question le réchauffement climatique."

  • Une étude du Professeur Lennart Bengtsson a été rejetée en étant qualifiée de "nuisible".
  • Ceci a déclenché des accusations selon lesquelles des scientifiques censurent des découvertes.
  • Le Professeur, âgé de 79 ans, est l'un des plus éminents climatologues au monde.
  • La semaine dernière, il a démissionné du conseil scientifique du GWPF.

Times (UK) (Ben Webster, 17 mai): "Des scientifiques condamnés pour biais politique sur le changement climatique".

The Telegraph (UK) (Sarah Knapton, 16 Mai) : "La science du changement climatique est devenue aveugle vis à vis de son biais pour les idées vertes". " La climatologie est devenue aveugle au biais vert ce qui risque de supprimer la recherche qui remet en cause le changement climatique anthropique nous disent des scientifiques."

The Sunday Times (UK) (Rod Liddle, 18 Mai) "Oui, nous sommes condamnés – Si nous traitons les climato-sceptiques comme le feraient des nazis."

Der Spiegel (All) (Axel Bojanowski, 17 Mai)) "L'attaque contre ceux qui ne sont pas d'accord : L'angoisse d'un climatologue face aux pressions de ses pairs."

Forbes (US) (Björn Lomborg, 22 Mai) : "Le McCarthysme en sciences du climat."

National Review Online (US) (John Fund, 23 Mai) : "Il est difficile de vendre le changement climatique" (citation de la lettre de Bengtsson et commentaires)

Spiegel Interntional online (All) (Axel Bojanowski, 23 Mai) : "Un débat houleux : Les climatologues sont-ils forcer de rester dans les clous ?"
"Après avoir rejoint un groupe de lobbying controversé, critique du réchauffement climatique, le météorologiste
Lennart Bengtsson déclare qu'il a été rejeté par des collègues, ce qui l'a pousé à la démission. Des scientifiques se plaignent que des pressions pour se conformer aux opinions du consensus sont devenues de sérieux handicaps pour ce domaine de recherche."

Etc.

A ma connaissance, RIEN dans la presse francophone à ce sujet. Il en avait été pratiquement de même lors de l'affaire du Climategate (en 2009) où le débat qui avait soulevé l'intérêt de la presse internationale à l'époque, avait été rapidement glissé sous le tapis par les médias francophones, comme "sans intérêt".

4) Quelques compléments récents :

1) En réponse à une accusation du Guardian à l'encontre de Lindzen et Bengtsson qui ont rejoint les conseils scientifiques de divers groupes de réflexion, Judith Curry donne une liste rapide mais déjà longue, des climatologues mainstream officiellement affiliés à des organisations ou à des groupes de réflexion environnementalistes.

2) Andrew Montford dresse, sur son blog Bishop Hill; une liste de quelques réactions des pro-GIEC à l'annonce de la participation puis de la démission du conseil scientifique du GWPF par Lennart Bengtsson. Les commentaires lus dans les blogs ou dans les médias sociaux vont de l'accusation de sénilité ( Andrew Dessler) à celle de William Connelley (un activiste vert qui a longtemps fait la pluie et le beau temps sur tout ce qui touche au climat dans Wikipedia avant d'en être remercié) qui,lui, sans vergogne, n'hésite par à qualifier Lennart Bengtsson de "crybaby", c'est à dire de "pleurnichard". L'IOP (l'Institute of Phyiscs UK) qui exerce la tutelle de la revue ERL donne un point de vue relativement mesuré sur cette affaire tout en renouvelant son credo envers le processus de peer-review qui est pourtant sérieusement remis en cause par cette affaire comme par quelques autres.

3) Enfin, tout récemment, le 21 Mai, Lennart Bengtssson a souhaité publier un texte résumant ses points de vue sur la situation de la science climatique dans un blog suédois (pourtant franchement hostile à sa démarche). Ce texte, publié en version anglaise approuvée par l'auteur, mérite d'être lu. Il est intitulé : "Mes points de vue sur la recherche en climatologie".

On peut y lire notamment (caractères engraissés par PU) :

"Ce qui est encore plus inquiétant c'est la tendance qui consiste à donner au public l'impression que les événements météorologiques deviennent plus extrêmes et que ceci est déjà en cours [NdT : C'est ce que font actuellement le président Obama et son secrétaire d'état John Kerry, entre beaucoup d'autres]. A l'exception d'une possible augmentation des précipitations et d'une possible intensification des ouragans tropicaux qui n'ont pas encore été observés, il n'y a aucune indication de l'augmentation d'événements météorologiques extrêmes dans les simulations des modèles et encore moins dans les observations actuelles. [...]

Ce qui est, peut-être, plus préoccupant encore est la tendance croissante à la pseudo-science dans le domaine de la recherche climatique. On le voit par le biais des publications qui ne publient que des résultats qui vont dans le sens d'une seule hypothèse climatique en s'abstenant de publier les résultats qui s'en écartent. Même le temps extrêmement froid comme celui qui a régné cette année au Nord des USA et au Canada a été considéré comme une conséquence de l'effet de serre.

Si Karl Popper était vivant aujourd'hui, nous aurions certainement dû affronter une féroce critique de ces comportements. Ceci est également démontré par la réticence des journaux scientifiques à publier des résultats qui contredisent les affirmations simplistes sur le climat, telles que celles sur la longue période de ces 17 dernières années qui a connu un réchauffement insignifiant ou nul au dessus des océans et une augmentation de la couverture glacée autour de l'Antarctique. Mes collègues et moi n'avons reçu qu'un accueil mitigé quand nous avons essayé de montrer que les observations indiquent une sensibilité climatique plus faible que celle qui résulte des calculs des modèles. Un tel comportement peut très bien ne pas être intentionnel. Il peut plutôt relever de ce que mon collègue Hans von Storch appelle un effet de "la construction sociale" [...]

Je tiens à insister sur le fait que je suis un adversaire affirmé de la construction sociale des sciences naturelles qui a pris une grande ampleur au cours de ces dernières années. Par exemple, des scientifiques allemands [NdT : Bengtsson fait sans doute allusion aux récentes déclarations de Schellnhuber du PIK qui ont provoqué un tollé en allemagne] ont tenté de lancer le concept de ce qu'ils appellent "la bonne science" qui consiste à s'assurer que les recherches en sciences de la nature ne seront pas conduites par ce qu'ils considèrent comme de la recherche motivée par une curiosité anti-sociale en poursuivant des objectifs de recherche qui ne seraient pas les "bons"."


En bref, Bengtsson persiste et signe. Son allusion au concept de "bonne science" possède des relents de sinistre mémoire, tout particulièrement en Allemagne. Il n'est pas surprenant que ce concept qui distingue la "bonne" recherche scientifique effectuée selon des prémisses politiques, sociales ou autres, y ait soulevé un tollé lors des déclarations du climatologue de Potsdam, Schellnhuber qui est toujours conseiller scientifique auprès de Merkel.


5) Conclusion :

Comme on le constate, l'intolérance, les tentatives d'intimidation, les menaces etc. ont littéralement infesté ce (petit) domaine de la science. Pourtant, par définition même, la pratique de la science et, surtout, de la découverte, impliquent, le plus souvent, une démarche nécessairement hérétique par rapport aux acquis et au consensus de l'époque. Hélas, ceci n'est pas vraiment nouveau. L'histoire des sciences et des découvertes n'est qu'une longue litanie des avanies et des vexations subies par des chercheurs novateurs qui ont eu à souffrir et parfois durement, des critiques, des dénigrements ou pire, de la part de leurs collègues de l'Establishment de l'époque. Certains, comme Wegener, sont morts avant que leurs mérites soient reconnus…

Richard Feynmann, un des esprits scientifiques le plus brillants du XXè siècle, avait énoncé quelques principes à propos des certitudes et des doutes en matière de science. Il avait dit :

Les scientifiques ont une certaine expérience au sujet de l'ignorance, des doutes et des incertitudes et cette expérience est d'une très grande importance, je pense. Quand un scientifique ne connaît pas la réponse à un problème, il est ignorant. Quand il a une intuition sur ce qu'est le résultat, il est incertain. Et quand il est est à peu près sûr de ce que sera le résultat, il a encore des doutes. Nous avons observé qu'il est d'une importance cruciale, qu'afin de progresser, nous devons reconnaître nos ignorances et laisser la place au doute. La connaissance scientifique est une collection d'affirmations qui ont divers degrés de certitude – Il y en a qui sont plutôt incertaines, d'autres presque certaines, mais aucun n'est absolument certaine.

Sages paroles.

Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont eu la patience de suivre ce long dossier qui montre une fois de plus, comme je l'avais déjà écrit et comme cela a été relevé par de nombreux intervenants cités ci-dessus, que la politisation de la science et l'intolérance ont été et demeurent de véritables fléaux pour la science. La science ne peut procéder que par un long enchaînement de débats contradictoires, d'erreurs et de corrections. Y mettre un terme en déclarant que "The science is setlled" (la science est comprise) est une erreur majeure.
La mise en place, par les politiques, de "la machinerie à fabriquer des consensus" qu'est le
GIEC traduit une incompréhension fondamentale du fonctionnement même de la recherche et de la découverte.
Lennart Bentgtsson s'est exprimé clairement à ce sujet. Il a dit :

"Dans sa globalité, le concept même du GIEC est fondamentalement faux"

J'ajoute que je ne suis vraiment pas fier du comportement de certains de mes collègues de cette discipline et je me demande comment les jeunes chercheurs frais émoulus dans ce domaine de recherche parviennent à supporter, sans broncher, de vivre leur vocation dans une atmosphère aussi opressante…
Bon courage à eux.

Stay tuned !


Pensée unique 1/6/2014

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