2 février 2023
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Clearstream, késaco ?

Moi, je n’ai pas trop suivi non plus, mais je me doute comme tout le monde que c’est une nouvelle illustration des relations incestueuses typiquement françaises (via notamment… l’ENA, où la plupart de ces messieurs-dames ont commencé à monter leurs réseaux !) du monde politique et du monde des affaires (notamment de l’armement, comme avant, avec Elf-Total, du… pétrole !).

Que le Luxembourg (où se trouve la société de compensation – une sorte de “clearing- house” ? – interbancaire Clearstream) est l’un des hauts-lieux européens du blanchiment d’argent et que l’histoire en question remonte loin, puisqu’au départ c’est l’affaire de la vente de frégates à Taiwan en 91 où on sait que les politiciens de la Mitterrandie, via toutes sortes de circuits parallèles dont bien sûr le Luxembourg, s’en sont mis plein les poches (commissions et rétro-commissions, ie. backchichs & “kickbacks”).

Et enfin que là-dessus (une affaire de règlements de comptes à l’intérieur de l’industrie de l’armement française), s’est apparemment greffée une tentative de déstabilisation politique où le fameux “cabinet noir” de Chirak dirigé par son principal homme de main Villepin et assisté des services secrets a tenté de mouiller et couler leur principal ennemi politique, Sarko, qui lui, du haut de sa place de chef de la police (Ministère de l’Intérieur), se défend et contre-attaque devant la justice jusqu’au jour où les juges faisant leur boulot et les uns et les autres alimentant leurs différents réseaux médiatiques, les choses commencent à sortir et… risquent de démolir le camp-même du futur candidat de la droite aux élections présidentielles dans moins d’un an maintenant, un certain… Sarkozy !

Mais quelqu’un a peut-être mieux compris … ?

Tentons de démêler (un peu) l’écheveau :

Les grands moments de l’affaire Clearstream


Les juges Renaud Van Ruymbeke et Dominique de Talancé sont saisis de l’instruction portant sur la vente de six frégates à la marine taïwanaise par Thomson-CSF (aujourd’hui Thales) en 1991. Un contrat qui aurait donné lieu au versement de commissions via une chambre de compensation interbancaire implantée à Luxembourg, Clearstream.

Imad Lahoud, un informaticien et expert financier, entre en possession d’un listing de comptes censés provenir de la chambre de compensation luxembourgeoise Clearstream.

L’écrivain Denis Robert affirme les lui avoir remis. M. Lahoud travaille pour la DGSE depuis le mois de janvier 2003, sur la recommandation du général Philippe Rondot.

Jean-Louis Gergorin, vice-président du groupe industriel EADS, les a mis en relation.

M. Gergorin remet au général Rondot, dans son bureau, au ministère de la défense, les 5 et 23 novembre 2003, des listings de comptes Clearstream qui contiennent, selon le militaire, des noms d’hommes politiques suspectés d’avoir touché des rétrocommissions dans l’affaire des frégates.

Le 15 novembre, le général Rondot avait reçu l’ordre, par Philippe Marland, directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie, d’enquêter sur ces listings.

Dans le bureau de Dominique de Villepin, alors ministre des affaires étrangères, M. Gergorin exhibe à nouveau, en présence du général Rondot, des listings de comptes Clearstream.

Le général Rondot assure à Mme Alliot-Marie que les listings ont été manipulés.

Le juge Van Ruymbeke reçoit un courrier anonyme affirmant que Clearstream abrite un système de blanchiment qui impliquerait notamment Alain Gomez, l’ex-patron de Thomson-CSF, Andrew Wang, l’intermédiaire principal de la vente des frégates, et le vice-président d’Airbus, Philippe Delmas. Ce dernier est interpellé et placé en garde à vue. Son ordinateur est saisi. Aucun lien avec Clearstream n’est découvert.

Un nouveau courrier parvient au juge Van Ruymbeke, qui dénonce “le dévoiement d’un extraordinaire système financier et informatique, Clearstream, au profit d’intérêts crapuleux et même mafieux”. Un listing informatique y est joint, qui recense 895 comptes ouverts auprès de Clearstream, en face desquels apparaissent les noms de personnalités : Jean-Pierre Chevènement, Alain Madelin, Dominique Strauss-Kahn ou Nicolas Sarkozy sont accusés d’avoir perçu des fonds occultes.

Des notes de la direction de la surveillance du territoire (DST) mentionnent une “manipulation” et citent à plusieurs reprises le nom de Jean-Louis Gergorin, vice-président d’EADS. Grand ami de Dominique de Villepin, il voue une inimitié profonde à Philippe Delmas.

Une information judiciaire est ouverte par le parquet de Paris pour “dénonciation calomnieuse”. Elle fait suite à une plainte déposée avec constitution de partie civile au mois de juillet par Philippe Delmas. Elle est confiée aux juges Jean-Marie d’Huy et Henri Pons. L’affaire prend alors un tournant politique : en plus de la concurrence qui agite l’industrie française de l’armement, surgit la rivalité entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. M. Sarkozy accuse à mots couverts l’entourage de Dominique de Villepin d’être à l’origine de l’affaire.

M. Gergorin affirme dans Le Monde “n’être en rien impliqué ni concerné par l’affaire Clearstream et les manœuvres qui l’entourent”. S’estimant désormais “gravement” mis en cause, il entend dénoncer “une campagne de rumeurs sur fond de manipulations diverses [qui] portent gravement atteinte à son honneur et lui causent un important préjudice”. “Désigner mon client comme étant le corbeau, c’est allumer un contre-feu”, estime son avocat, Me Paul-Albert Iweins.

Le patron de la DST, Pierre Bousquet, remet toutes les notes de son service à Nicolas Sarkozy, de retour au ministère de l’intérieur. Le président de l’UMP entend débusquer d'”éventuels complots” contre lui. Il soupçonne de plus en plus le premier ministre.

Les juges d’Huy et Pons perquisitionnent les domiciles et bureaux, chez EADS, de Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud.

Le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, qui veut savoir si la manipulation ne vise pas à l’atteindre politiquement avec l’aide d’officines ou de services de l’Etat, se constitue partie civile.

Le général Rondot est interrogé par les juges.

Il admet avoir menti pour, dit-il,”[se] mettre à l’abri et protéger [son] ministre”.

Perquisitions à la DGSE, au ministère de la défense et à l’état-major d’EADS. EADS se constitue partie civile pour “dénonciation calomnieuse”. Michèle Alliot-Marie dément avoir été au courant dès 2003, comme le soutient l’hebdomadaire L’Express, de l’affaire Clearstream et d’avoir gardé le silence.

Selon des révélations du quotidien Le Monde, le général Rondot a affirmé aux juges avoir reçu l’ordre de Dominique de Villepin – qui lui aurait affirmé agir sur instruction du chef de l’Etat – d’enquêter sur des personnalités politiques, dont Nicolas Sarkozy.

Dominique de Villepin affirme dans un communiqué n’avoir jamais demandé d’enquête sur Nicolas Sarkozy. Le président Jacques Chirac dément, à son tour, “catégoriquement avoir demandé la moindre enquête visant des personnalités politiques” en liaison avec cette affaire.

PS : Il est difficile (comme le fait, après Rondot, Libération) de ne pas en effet mettre au centre de tout ça le personnage singulier du polytechnicien et énarque Jean-Louis Gergorin au CV particulièrement bien rempli:

– Direction (avec Montbrial) de 1973 à 1984 du Centre d’analyse et de prévision du Quai d’Orsay où il se lie avec Villepin

– Orchestration au milieu des années 80, pour la filiale militaire Matra de Lagardère, de la riposte à la campagne de déstabilisation du groupe rival Thomson de Gomez – aujourd’hui Thales- (jusqu’à… acheter les services de – déjà ! – la DST !)

– Actuelle vice-présidence exécutive du consortium EADS, dont il a avec son supérieur et ami Camus piloté la création (via la fusion Aérospatiale-Matra), avant de subir l’OPA hostile (pendant deux ans à la fin des années 90) de… l’équipe rivale Delmas-Forgeard d’Airbus pour la direction du plus grand groupe européen d’aéronautique et de défense.

De même, il ne faut probablement pas sous-estimer le fait que l’ensemble du renseignement français (DST et DGSE !) a été récemment et proprement décapité (Pascal et Cousseran) par Chirak pour se venger des enquêtes, à la veille des élections présidentielles du printemps 2002, desdits services sur ses liens avec l’un de ses amis mafieux, le Tapie japonais Shoichi Osada (qui, sur son ile de Cythère Awashima, fournissait apparemment aussi… les jeunes actrices !), ainsi que sur les mystérieux retours en France pour ses amis politiques (via Pasqua-Marchiani) d’une partie des rançons versées pour les otages du Liban, ce qui aurait pu créer de ce côté-là (y compris contre l’électron libre Rondot) quelques… rancoeurs ?

JC Durbant


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