8 décembre 2022
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Une tempête dans un bol de soupe?… (update 5)

Certes, de jeunes nationaux-identitaristes ont judicieusement trouvé cette parade pour faire passer leur salade, -(anti-occidentale en réalité, comme on le vit en 1933 lorsque les nazis allièrent leur propre horreur avec certains zélateurs de l’islam, donc méfiance, même s’ils récusent tout antisémitisme par le biais de leur idéologue anti-libéral Karl Hauffen …)-, et ils auraient mieux fait de distribuer, aussi, de la soupe aux légumes (au lieu de faire comme les autres qui dans certaines cantines suppriment carrément le porc).

Mais, et n’en déplaise à certains qui réduisent cette soupe à n’être qu’une “mare aux cochons” pour identitaires en mal d’iradication et de ratonnage, ce phénomène surgit dans un contexte global de sacralisation de la parole islamique et de ses fêtes, d’interdiction de la critiquer, de volonté intransigeante de l’imposer, brassage oblige, faisant fi par exemple des singularités ( comme si par exemple on imposait d’écouter de la variété à un concert de techno) le tout teinté d’intolérance anti-chrétien, anti-juif, anti-blanc, (malgré l’apparence du contraire) illustré par cette chasse aux tirelires en forme de cochon au Royaume Uni, des tentatives de certaines franchises de distribution alimentaire de vendre de la viande à l’exclusion du porc dans certaines cités, sans parler des intimidations dans certains supermarchés, restaurants, venant de certains membres du personnel ; j’en ait fait l’expérience dans une pizzeria lyonnaise : le préposé m’a servi une Calzone brûlée, puis à moitié cuite, ce qui fait que j’ai mangé seulement l’intérieur, soit le jambon, j’ai alors entendu le cuisinier ricaner en direction de ses collègues serveurs et aide-cuisiniers en disant que dans ce cas j’aurais dû juste aller me chercher une tranche de jambon ; il est vrai que je suis brun, j’avais un peu de barbe et que c’était le mois du ramadan, le soir, ce qui devait aiguiser ses palpitations et autres démangeaisons identitaires…

Parce que cette distribution, au-delà des motivations, met le doigt sur un fait, courant, mais guère relevé sinon par quelques intrépides enseignants : le porc est sinon interdit du moins supprimé dans certains endroits. Autrefois, il y avait le choix, plus maintenant ; aussi ne faut-il pas s’étonner de certaines irritations… Car au lieu de penser le problème, celui de la diversité, vers l’universel, à savoir la liberté de choix, on fait office de relativisme et de culturalisme en écartant le porc pour ne pas effaroucher, mais, ce faisant, on impose une nourriture sans porc : de fait. Cela n’est pas nouveau à vrai dire. Je me souviens d’une association d’aide aux originaires d’Afrique du Nord qui proposait à chaque repas des mets sans porc alors qu’il y avait pas mal de français de souche et de nord africains non musulmans ou chrétiens. Sous prétexte de respecter la culture de l’autre on en vient à nier la sienne alors que l’autre n’en demande nécessairement pas tant : j’ai un bon copain tunisien qui ne voit aucun mal à ce que je mange devant lui une bonne cochonnaille, la religion n’étant pas pour lui un critère discriminant il est vrai…

Soit par exemple ce refus, bien entré maintenant, de dire joyeux Noël ! mais plutôt un vague “bonnes fêtes”, ce qui, après tout, partirait d’un bon sentiment, celui de la tolérance et d’une pudeur sur l’affichage des choix religieux, s’il n’y avait cette idée d’en faire moins, toujours moins, de raser les murs, de passer d’un extrême à l’autre en réalité : d’un universel conquérant, uniforme, prétentieux, à un chuchotement de harem. Un peu comme Israël qui rend sans contrepartie des territoires sur lesquels plus aucun juif n’a le droit, de fait, de rester (espérons que la Turquie fasse de même et rende Constantinople…à commencer par le sud de Chypre); un peu comme l’Eglise catholique qui gonfle les pectoraux sur l’homosexualité, mais s’efface en Algérie alors que la demande y est à nouveau forte, tant mieux pour les protestants évangéliques qui en récoltent les fruits remarquez… Et ne parlons pas de l’Eglise d’Orient, devenue à vrai dire un courant externe à l’islam, en passe d’absorption, alors qu’au temps de son émergence ce dernier était considéré comme une hérésie chrétienne, vague copie de l’arianisme et de la Bible…

Mais revenons à la tempête…une soupe laïque serait-elle possible ? S’agirait-il de placer dans le bol toutes les viandes possibles? De créer une viande universelle ? D’étiqueter le porc de chrétien et d’occidental (alors que l’Asie en consomme des quantités) le couscous d’islamique et d’oriental (alors qu’il est berbère -il n’y a pas de couscous en Egypte par exemple- et il peut fort bien se manger avec du porc), s’agit-il en un mot de devenir de plus en plus à cheval sur des interdits ayant de moins en moins de légitimité à l’époque des frigidaires et de la liberté de conscience ? Bien sûr que non. Ne tombons pas dans ce piège visant à crisper les identités dans une seule face, monochrome de préférence. Mais ne soyons pas dupes non plus en pensant qu’il suffirait de masquer sa différence pour signifier la tolérance. Autant dans ce cas inciter toutes les femmes à porter le voile pour ne pas effaroucher le musulman ou de les dévêtir totalement pour faire plaisir à son allié de circonstances : le nihiliste bon chic bon genre (lisant Libé ou Télérama ou les Inrocks ou le Nouvelobs, le Monde, le Figaro, Le Point, écoutant France Info, RTL, etc…etc…) qui sous le prétexte d’être voltairien en vient non seulement à défendre mais à excuser celui qui ne veut que le détruire (Voltaire n’aurait pas été jusqu’à là semble-t-il…).

L‘arbre ne doit donc pas cacher la forêt.Car on ne peut faire oublier d’une part que l’on ne répond pas à la provocation par la répression mais le débat (du moins en démocratie et jusqu’à ce que le provocateur abatte ses cartes) et que d’autre part ce phénomène ne vient pas là par hasard mais comme l’irruption d’une brèche, d’une fêlure, celles d’un édifice qui s’effondre, non pas la France comme le croit Nicolas Baverez, mais toute la superstructure qui l’empêche de s’ébrouer librement, qui la freine, la pique, la ligote, parce que, de façon complètement paradoxale et au fond shizophrénique, on prétend d’un côté faire en sorte qu’elle compte encore dans le monde, tout en évitant le plus méticuleusement qui soit qu’elle y arrive puisque l’on enferme, corsète, ses forces vives.

(Article écrit en hiver 2006, up daté en septembre 2006).

Lucien SA Oulahbib

https://en.wikipedia.org/wiki/Lucien-Samir_Oulahbib

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