16 septembre 2021

Une guerre des Juifs ?

 

On n’a pas assez réfléchi aux conséquences possibles du rapport Goldstone sur l’opération « Plomb durci » à Gaza. Profondément défaillant sur sa méthode d’investigation, il compare l’État d’Israël à l’organisation terroriste du Hamas et l’accuse de crimes de guerres et de crimes contre l’humanité.

L’accusation n’est pas nouvelle parmi les ennemis d’Israël. La seule différence, c’est qu’elle est endossée en bonne et due forme (1) par une institution internationale qui leur fournit ainsi un acte d’accusation juridique pour fonder leur entreprise mondiale de délégitimation.

Il est possible que ce rapport reste sans lendemain, ce que je ne crois pas, mais il nous rappelle qu’il ne faut nullement négliger la guerre symbolique qui se livre aujourd’hui contre Israël et, plus largement, le peuple juif. N’oublions pas qu’on avilit moralement un ennemi avant de le supprimer. On le déshumanise pour mieux l’abattre moralement (2). Il faut regretter que le leadership juif dans tous les pays n’ait pas encore compris que là était pour l’instant la clef de la bataille qui se livre depuis 10 ans, lorsque nous sommes entrés dans sa phase la plus accélérée, car le projet de l’extermination du peuple juif n’est pas nouveau.

Sur le plan des symboles, dans ce rapport Goldstone, c’est le Juge Goldstone lui-même qui est significatif. Il est effectivement juif, pratiquant et sioniste même, ajoute la rumeur, avec des antécédents de lutte contre l’Apartheid en Afrique du Sud.

Il n’est pas dénué de sens que l’ONU ait choisi un tel profil pour exécuter ses basses œuvres contre Israël. Il lui assurait l’impunité morale et la garantie de l’impartialité. Pensez donc, si un Juif le dit ! Alors c’est vrai.

C’est là un cas de figure que nous rencontrons régulièrement depuis 10 ans. Il y a le Juge Goldstone, il y a aussi l’entourage juif d’Obama, leviers de sa politique moyen orientale, et combien d’autres cas… On a vu surgir dans tous les pays occidentaux toute une galerie de personnages juifs prenant des poses de pères-la vertu et de sages au-dessus de la mêlée pour jeter l’opprobre sans fondements sur d’autres Juifs et notamment Israël.

C’est un phénomène unique que l’on ne rencontre que dans le monde juif et qui soulève de sérieuses questions sur la puissance de l’instinct de mort en lui. On a parlé de haine de soi, on a parlé d’alterjuifs (3) pour définir ce type d’identité, mais le problème est plus profond, plus vaste. Il n’est pas récent mais consubstantiel à la condition juive.

Les accusateurs publics auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui sont dans la plupart des cas d’origine juive, beaucoup sont israéliens. C’est un fait massif qui n’a pas été assez souligné. Or, nous avons constaté, durant ces années, que le fait d’être juif ne prémunit nullement contre l’antisémitisme. En l’occurrence, le rapport Goldstone s’apparente à une accusation de crime rituel quand on y lit qu’Israël a « délibérément terrorisé une population civile » et que « la violence israélienne contre les civils relève d’une politique délibérée ». Je ne peux me livrer dans ce cadre à une étude détaillée des malversations et des manipulations qui caractérisent ce rapport (4). Est-ce étonnant quand on sait que l’ONU et le Conseil des Droits de l’Homme sont sous l’influence des 60 États membres, très démocratiques comme on le sait, de l’Organisation de la Conférence Islamique ?

Il est temps d’entamer une sérieuse réflexion sur ce phénomène. Que recherche cette mouvance ? Sauver sa peau parce qu’elle pressent une impasse prochaine ? C’est effectivement un mauvais indice psychosociologique d’une tragédie qui est peut-être en train de se préparer sous nos yeux de spectateurs impuissants (5). Jouer sans danger aux grands moralistes sur la montagne ? C’est comme la fameuse boutade sur la morale kantienne : « Kant a les mains pures, mais ils n’a pas de mains ». Régler son compte à une judéité mal assumée ? Leur malaise élevé à une doctrine empoisonnerait le monde, en tel cas. Servir, plus prosaïquement, un carriérisme ? Il est en effet prouvé que la position qu’ils défendent est le « sésame ouvre-toi » des médias, des prébendes et des honneurs. C’est ce qui fonde justement la prépondérance de facto de leur discours et la censure qui pèse sur nombre d’intellectuels juifs dans la presse, les arènes publiques et les plateaux de télévision où ils ne sont invités que pour être « exécutés » publiquement sur le pan de leur respectabilité intellectuelle et morale.

Leur posture est doublement amorale, parce que leur jugement est infondé (on peut reprendre une à une toutes les pièces du dossier pour les contester) et parce qu’il est lancé à la cantonade au moment où les Juifs sont en but à l’hostilité, comme pour hurler avec les loups. Elle témoigne surtout d’un terrible manque de sens politique parce que le discrédit rejaillira toujours sur eux et les emportera, en premier, dans la tourmente qu’ils auront attisée. C’est justement parce qu’ils sont juifs qu’ils jouent le rôle qui leur est assigné par l’idéologie dominante. Et c’est ce qui les exclura ipso facto de ses rangs.

Qu’on ne me dise pas qu’il y va de la liberté d’opinion et de critique (6). Il suffit de se livrer à une comparaison pour constater que le discours des détracteurs et des dénonciateurs est abusif et excessif dans la mesure où aucun autre État dans le monde, et parmi les pires cas, n’est sujet à une telle attaque symbolique. Non, c’est de bien autre chose qu’il s’agit, d’un phénomène pathologique, d’une corruption du débat démocratique qui caractérise le monde juif, comme nulle part ailleurs.

La question n’est pas uniquement morale et spirituelle. Elle est politique et stratégique : une guerre des Juifs est-elle en train de se dérouler aujourd’hui ? Répondre à cette question déchirante décidera de la capacité des Juifs de faire face à cette situation.

J’ai en tête une mémoire historique très précise. Quand j’entends (7) Élie Barnavi, qui fut ambassadeur d’Israël, déclarer souhaiter que « la paix » soit imposée à Israël par les États-Unis et tout spécialement Barak Obama, sans autre forme de procès et au mépris du choix démocratique des Israéliens qu’il invoque pourtant sans cesse, quand je lis que toutes les pseudo Organisations « Non gouvernementales » (O.N.G.) des droits de l’homme en Israël et parmi les Palestiniens sont financées par l’Union Européenne et ses États pour mener leur politique d’accablement humanitaire d’Israël au service de leur politique pro-arabe, cela me rappelle irrésistiblement le début de l’époque finale du deuxième État juif (détruit en l’an 70) quand une faction d’une société alors en proie à une guerre civile en appela (en – 63) à l’empire romain, au consul et général Pompée, pour triompher de ses adversaires. Pour la suite que l’on sait.

La question à laquelle nous devons nous confronter soir et matin – et c’est déjà le cas depuis 10 ans pour les plus clairvoyants – est de savoir si nous sommes en train d’assister au processus qui conduira à la destruction de l’État d’Israël. Il faut le dire clairement et que chacun prenne ses responsabilités devant l’histoire et la conscience.

Notes

1 – Cette caractéristique n’est vraie que parce que le Rapport est certifié par une institution. Selon le rapporteur lui même : « Ce n’était pas une enquête [criminelle], mais une mission d’établissement des faits [fact-finding] […] Nous devions faire de notre mieux avec le matériau à notre disposition. S’il s’était agi d’un tribunal, rien n’aurait pu être prouvé. » (Goldstone, interviewé par "Forward", le 2 octobre, Forward.com, October 07, 2009, issue of October 16, 2009) , cf. pour l’article de Forward :
http://www.upjf.org/actualitees-upjf/article-17255-145-7-goldstone-court-lac-would-have-been-nothing-proven-gal-beckerman.html#). Le problème est que ces faits sont établis uniquement sur la foi des « témoignages » des gens de Gaza (sur l’affaire de la mort de la Samouni, voir l’étude de Anna Lifschitz Krams, « La presse et Gaza, histoire du massacre de Zeitoun ») (Controverses, 11, mai 2009). Le Rapport est une pure accusation laissant à Israël le soin de se disculper : « ce ne sera pas un problème embarrassant pour moi si l’investigation israélienne prouve que nombre des faits avancés dans ce rapport sont infondés ».L’accusation sans fondement aura été entre –temps lancée. Personne ne prêtera plus attention à la démonstration du contraire. « Mentez, il en restera toujours quelque chose… »

2 – Le fait que c’est le seul État du monde à être l’objet d’une condamnation « morale », alors que ceux-là même qui le condamnent sont les dictatures les plus obscurantistes de la planète et que les États sont tous des monstres de la « Raison d’État », est un indice très significatif de l’identité d’Israël, même chez ses pires détracteurs.

3 – Cf. « Les Alterjuifs », Controverses n° 7,

4 – La démonstration, point par point, a été faite en anglais par NGO Monitor : « Goldstone Report: 575 pages of NGO "cut and paste" » , « Two NGO Monitor reports on Goldstone :1) House of Cards: NGOs and the Goldstone Report ; 2) Made in Europe: How government funded NGOs shaped the Goldstone report

5 – Exactement le même phénomène s’est produit avant la deuxième guerre mondiale. A l’époque de la guerre froide, ce fut au tour des Juifs communistes à monter sur la scène de l’autodestruction. Dans toutes les occurrences de ce travers, il y avait un indice sociologique de la pression ambiante exercée sur les Juifs, annonçant un assaut à leur encontre.

6 – Sur ce plan-là, personne n’a à me faire de leçons. Un travail de 40 ans, durant lesquels je n’ai pas fait l’économie d’une critique du monde juif, le démontre.

7 – Les Matins de France Culture, 1/10/2009. Entre autres déclarations: ”James Baker … a dit, on l’a enregistré… « we will screw the Jews » on va baiser les Juifs. C’était de la musique à mes oreilles”.

 

par Shmuel Trigano

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