3 février 2023

La tentation obscurantiste

Déjà, le seul fait de penser et, pire encore, d'oser écrire noir sur blanc que la cervelle des gens de gauche ne serait pas tout à fait faite comme la vôtre revient à commettre, sans coup férir, un acte qui ne peut être que de nature raciste.

De plus, s'attaquer de front à la nomenklatura (funeste appellation d'origine contrôlée soviétique) solidement ancrée qui règne sans partage sur la France aux ordres d'un cadavre ne peut, de toute évidence, que vous valoir d'être cloué au pilori.

Mais je ne vois pas non plus pourquoi, en tant que libéral avant tout épris de Liberté, je me priverais d'émettre un tel jugement de valeur, manquât-il radicalement de charité chrétienne, surtout quand je fais l'effort de m'informer aux meilleures sources.

Ainsi en est-il de ma lecture attentive du dernier ouvrage de Caroline Fourest, journaliste à Charlie Hebdo et rédactrice en chef de la revue ProChoix, "La tentation obscurantiste" (Grasset), dont j'extrais un aspect fondamental à mes yeux.

Madame Fourest est donc progressiste mais se défend aussi bien de tout intégrisme qu'elle laisse volontiers aux adeptes catholiques de feu Mgr Lefèbvre et surtout, désormais, pertinence oblige, aux fous d'Allah coagulés autour de la pensée fondamentaliste islamiste.

Caroline Fourest est une femme courageuse car elle désapprouve publiquement les thèses de Tariq Ramadan et se désole même visiblement de constater, depuis Porto Alegre et la suite, que des altermondialistes progressistes en viennent ainsi à pactiser avec le diable vert.

Mais ce qui m'a finalement le plus touché dans son livre, c'est la définition qu'elle donne du mouvement altermondialiste progressiste, qui trouve grâce à ses yeux comme à ceux d'ATTAC, à l'opposé de ceux qui, en son sein, rêvent d'une alliance avec les islamistes.

Page 121 : "Un autre monde est possible. Mais peut-on militer pour un autre monde en compagnie d'intégristes… rêvant eux aussi d'un autre monde ? (…) Car si les altermondialistes comme les intégristes musulmans désirent tous deux faire barrage au modèle américain, le monde alternatif auquel ils rêvent est fort différent".

Mme Fourest, en l'occurrence lucide, a correctement détecté et décrit le dilemme cornélien dans lequel se sont enfermés ses bons amis altermondialistes, fussent-ils les plus progressistes du monde, qui considèrent à tort que la fin justifie tous les moyens.

"Les altermondialistes progressistes (…) ont en commun de vouloir résister à l'ultralibéralisme non pas parce qu'ils détestent en soi l'Amérique mais parce qu'ils rêvent d'un contre-pouvoir qui oblige l'OMC, le FMI, le G8 à ne plus être les instruments d'une conception du monde ultralibérale, où le profit prime sur l'intérêt commun, où le Nord exploite le Sud, où la financiarisation des échanges et les abus de pouvoir des multinationales aggravent les inégalités et même les injustices".

Ce texte (toujours page 21) est particulièrement éclairant dans le sens où, fourmillant de sophismes et de contre-vérités avérées, il permet de justifier mon précédent jugement de valeur sans aller, je le concède, jusqu'à évoquer l'esprit faux… avec, en prime, le vent du boulet.

Donc, exit Tariq Ramadan et toute sa clique de fondamentalistes explosifs; en revanche, bienvenue à la multitude des "damnés de la terre" que la mondialisation (ultra)libérale, bien entendu suscitée par le seul Occident américanisé, ne cesserait plus de produire en masse.

Pour proposer quoi ? Quel autre monde paisible est-il possible de construire ? A mon sens, la seule alternative possible à la mondialisation libérale revient comme toujours à instaurer, à l'échelle de la planète, une nouvelle lutte des classes universelle qui, d'ailleurs, ne s'est jamais éteinte.

Le mur de Berlin est tombé ? Et alors ? Cela n'a nullement incité les héritiers du socialisme réel criminel dans l'âme à rendre les armes, au contraire. Le monde est dual, l'homme lui-même est dual, par quel miracle voudrait-on que l'Humanité se prît, tout à coup, à baigner dans une totale et définitive unanimité terrestre ?

Aussi, ne rêvons pas : le combat continue plus que jamais entre la Liberté et la servitude, entre l'humanisme et l'idéologie, sans même savoir s'il s'arrêtera un jour et qui, dans cette bataille titanesque, sera proclamé vainqueur ! Finalement, tout se jouera dans le coeur des hommes.

Librement !

(2005)

Une réflexion sur « La tentation obscurantiste »

  1. Caroline Fourest est en effet l’une des icônes de la paresse intellectuelle. La récitation compulsive de chapelets de bons sentiments ça ne fait pas une pensée politique. Après le slogan, rien; sinon le grand néant. “Un autre monde est possible”, oui mais lequel? Mystère. Hors la rhétorique des pieuses intentions généreuses, pas la moindre esquisse de début de piste de politique viable. La communion dans le ressentiment ne fera jamais une politique. http://www.jiceo.fr/2010/02/04/communion-ressentiment-politique-challans/

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