7 février 2023

Le tourisme : symbole du syndrome français

(ARCHIVE)

C’est vrai que l'année fut difficile et les excuses officielles ne manquent pas de tomber : le tsunami, la grippe aviaire, les attentats, les crashs aériens.

Pourtant, les chiffres sont là : les arrivées mondiales de touristes internationaux ont progressé de 5 % en 2005 ! Le secteur touristique est un secteur dynamique et prospère au plan mondial. Il y a tout de même un point positif : les recettes touristiques françaises ont progressé de 3.5 % pour s’établir à 34 milliards d’euros en 2005. Mais ce niveau de recettes est comparable à ce que réalisent l’Italie ou l’Espagne avec une fréquentation moindre.

Que nous connaissions des difficultés dans des secteurs en déclin (textile, sidérurgie), je veux bien l’admettre bien qu’il n’y a pas de secteurs en déclin en tant que tels mais seulement des technologies dépassées. Mais que nous soyons en difficulté dans un secteur en pleine ébullition où, de surcroît, nous bénéficions d’un a priori favorable, c’est quelque chose de difficile à accepter. Les alibis ne peuvent tenir lieu d’explication ni d’excuse. Il y a trois ans, on mettait sur le compte de la canicule les contreperformances du secteur.

Mais il y aura toujours des chocs conjoncturels. Il est dans la nature d’une activité ouverte et internationale comme le tourisme d’être exposée à quantités de chocs (politique, géopolitique, militaire, sanitaire, catastrophes naturelles, accidents technologiques…). Les touristes et les professionnels l’ont d’ailleurs parfaitement intégré, ce qui explique la formidable progression du tourisme mondial en 2005. Les Amériques, qui ont connu de terrifiants ouragans, et l’Asie, ravagée par le tsunami, ont finalement réalisé des performances remarquables dans ce domaine, avec des progressions de la fréquentation situées au-dessus de la moyenne mondiale.

C'est ce genre de constat qui avait déjà motivé la rédaction, il y a déjà 6 ans, de notre livre consacré aux stratégies d’innovation dans le secteur touristique [1]. Les responsables français se flattaient déjà d'être champions du monde dans un domaine où, dans les faits, la France perd chaque année des parts de marché. Au diable les faits, vive les discours ! Les chiffres de 2005 confirment nos craintes. Mais à défaut d'analyses économiques rigoureuses, on ne sera jamais en mesure de prendre conscience du phénomène, et donc de le corriger.

D’un secteur d’excellence, le tourisme est peu à peu devenu à son tour un secteur d’assistance, dépendant du ministère des transports, du secrétariat d' État au tourisme, des offices de tourisme, des conseils régionaux et autres collectivités locales dont l’ensemble des décisions échappent le plus souvent à tout calcul économique. Ce syndrome est exacerbé dans les départements d’outre-mer : alors que le tourisme aux îles Baléares, aux îles Canaries, à Cuba, Saint-Domingue, l’île Maurice, les Seychelles est en pleine explosion, les départements d’outre-mer français stagnent et s’enfoncent dans l’assistanat.

Le secteur touristique est un reflet de la situation économique générale. Dans le discours, la France est la quatrième puissance du monde. A Davos, l’Asie a non seulement dépassé la France, mais elle passe désormais avant l’Europe.

Au diable les faits, vive les discours !


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