24 septembre 2021

État juif ou « monstre froid » ? Israël après la tempête de neige

 jabotinsky,nietzsche,sionismeL'État, c'est le plus froid de tous les monstres froids. Il ment froidement et voici le mensonge qui rampe de sa bouche : « moi l'État, je suis le peuple ».
C'est un mensonge !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas l'État et il le déteste comme le mauvais œil et une dérogation aux coutumes et aux lois. »

Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

L’État est-il un monstre froid, comme le pensait Friedrich Nietzsche, le plus intelligent et le plus mal compris des philosophes occidentaux du 19e siècle ? Cette question m’est revenue à l’esprit au lendemain de la tempête de neige qui a frappé Israël et paralysé le pays pendant plusieurs jours, laissant des milliers de familles privées d’électricité, de Jérusalem à la Galilée et à la Samarie. Notre Premier ministre a certes prétendu, non sans raison, que d’autres grands pays occidentaux avaient rencontré les mêmes situations et ne s’en étaient pas mieux sortis…

 

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La route Jérusalem Tel-Aviv enneigée


L’argument est plausible, mais il ne me convainc guère. Une semaine après la fin de la tempête, en effet, les trottoirs de la capitale étaient encore impraticables pour les piétons, obligés de marcher sur la chaussée, à leurs risques et périls… La jeune Shira Metzger, habitante du quartier de Talpiot, a payé un prix terrible pour cette incurie : elle a eu les deux jambes écrasées par les roues d’un chauffard ! On aurait pu attendre des services de voirie municipaux qu’ils s’emploient non seulement à dégager les routes, ce qui a été plus ou moins fait, mais aussi à permettre aux piétons de se déplacer normalement, sans prendre de risques pour leur vie…

Au-delà du fait divers, cet accident pose la question de la responsabilité de l’État et de ses obligations envers les plus faibles, qui sont les premières victimes en cas d’intempéries. Trop souvent, en Israël, on a l’impression pénible que l’État est injuste et cruel avec les plus faibles : les survivants de la Shoah qui n’ont pas de quoi payer leurs médicaments ; les classes défavorisées qui ont du mal à boucler leurs fins de mois, pendant que nos dirigeants se vantent des performances de notre économie ; ou encore les personnes âgées, qui vivent et meurent dans l’isolement total, privées de chaleur humaine, alors qu’elles appartiennent souvent à la génération qui a construit le pays (et cette liste n'est pas exhaustive, on doit y ajouter Jonathan Pollard qui croupit dans une prison américaine…).

 

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Cruel avec les faibles: manifestation de survivants de la Shoah à Jérusalem


 

 


 On rétorquera que c’est le lot de toute société humaine, et que ce problème n’est pas spécifique à l’État d’Israël. Mais cet argument néglige le fait fondamental que le projet sioniste ne visait pas seulement à créer un État-refuge pour le peuple le plus honni de la terre, mais à faire de cet État un modèle de justice et d’équité – idéal partagé par tous les pères fondateurs et théoriciens du sionisme, de la gauche à la droite en passant par les sionistes religieux ! S’il est une idée qui rassemble en effet Herzl, Borochov, Jabotinsky et le rav Kook, c’est que l’État juif doit être un État meilleur que les autres, quel que soit le nom qu’ils donnent à cette idée (Lumière des nations, socialisme, justice sociale ou « 5 mems »).

            jabotinsky,nietzsche,sionismeChez le fondateur du sionisme révisionniste notamment, cette idée a pris la forme d’un programme concret : Jabotinsky ne s’est pas contenté d’esquisser, comme Herzl dans son roman utopique Altneuland, la description d’une société idéale, mais il a élaboré un programme économique concret, inspiré à la fois de la Bible hébraïque et des idées sociales de son époque *. Au lendemain de la grande crise économique de 1929, il a développé sa pensée sociale d’inspiration biblique dans ses Eléments de philosophie sociale biblique (publié en yiddish en 1933) et surtout L’idée du Yovel (publié en russe en 1930).

Dans ce dernier article, il oppose la vision biblique d’une révolution sociale permanente, ou plutôt cyclique – illustrée par la conception du Jubilé – à l’idée de révolution messianique définitive incarnée par la pensée socialiste. « La différence principale entre la révolution biblique et la révolution socialiste, écrit-il, est que cette dernière aura lieu ‘une fois pour toutes’, tandis que la révolution du Yovel doit par définition se reproduire à intervalles réguliers ». Dans ses Eléments de philosophie sociale biblique, Jabotinsky explique que « la Bible hébraïque ne contient pas seulement le principe de la protestation sociale, mais aussi un système, un schéma de reconstruction sociale.

Une troisième voie entre le « capitalisme sauvage » et « l’esclavage socialiste »

Pour développer ses conceptions sociales et économiques originales, incarnant une troisième voie entre le « capitalisme sauvage » et « l’esclavage socialiste », Jabotinsky n’a pas seulement lu et étudié la Bible, mais il s’est également intéressé à un penseur aujourd’hui largement méconnu, Josef Popper-Lynkeus, juif viennois précurseur des conceptions sociales modernes comme le revenu minimal et le « droit à l’alimentation ». Popper-Lynkeus avait développé l'idée – révolutionnaire en son temps – que l'État devait veiller aux besoins fondamentaux des citoyens : nourriture, habillement et logement.

Jabotinsky reprendra cette idée et y ajoutera deux éléments : l'éducation et les soins médicaux (ce sont les fameux "5 mems" – en hébreu ces mots commencent tous par la lettre "mem").Dans son livre publié en 1912, « Le droit à l'alimentation comme solution à la question sociale »), Popper-Lynkeus énonce un principe que Jabotinsky rapproche de l’idée biblique de la « Péa » (« bordure du champ »), qui doit être laissée aux pauvres.

Mais, insiste Jabotinsky, « il ne s’agit pas de ‘tsedaka’, mais d’un commandement positif, d’une loi, c’est-à-dire d’un impôt imposé aux membres de la classe des propriétaires en faveur de ceux qui sont dénués de biens. Cette loi renferme une idée extraordinaire, dont la Bible est là encore la source d’inspiration première, tout comme pour le Chabbat, car la ‘Péa’ est inconnue des conceptions sociales tant romaine que grecque ».

On mesure en lisant ces lignes combien Jabotinsky, fondateur de la Légion juive et le père de la conception de défense d’Israël, était imprégné des idées sociales de la Bible et combien il aspirait à faire de l’État juif – à la fondation duquel il a consacré sa vie – un modèle de justice sociale. Sur ce point, comme sur d’autres, les disciples actuels de l’ancêtre du Likoud ont, hélas, oublié les enseignements de Jabo…

 

* Voir notre article : « Jabotinsky, prophète de la « Révolution sociale » biblique en Israël ? »

 

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Commentaires

Cher P.I.L., je ne peux qu'admirer, une fois de plus, tes efforts talentueux et pertinents pour rendre justice au grand Jabotinsky – que nous sommes certainement un certain nombre, aujourd'hui, à mieux connaître et apprécier grâce à toi.

Écrit par : Marcoroz | 21/12/2013

 

 

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