16 mai 2021

Quand Zemmour reçoit la pleureuse Finkielkraut

Chaque mercredi soir sur Paris Première Zemmour et Naulleau délibèrent s'affrontent reçoivent et il semble bien que cela soit la meilleure émission de débat du moment, d'où des invités de prestige qui acceptent de montrer leur minois (malgré le soufre dégagé supposément par Zemmour) d'où donc la présence d'un Finkielkraut (mercredi 18 janvier) et de son fiel habituel émis à partir de ses deux dadas du moment : l'école et Trump.

Sauf que quelque chose ne tourne pas rond lorsque Finkielkraut entame sa ritournelle sur la "destruction de l'école" qu'il met d'ailleurs de plus en plus sur le dos du numérique ce qui est loin d'être la cause principale car en fait si l'on peut se plaindre en effet de l'appauvrissement des programmes de littérature ou de la réécriture du passé à l'aulne des débats contemporains (ainsi les Francs auraient été chassé par la misère lorsqu'ils avaient envahi la Gaule) il n'empêche que cette destruction voulant également éduquer et convertir à cette instruction faussée est la résultante de pensées postmarxistes (postmodernisme et post-vérité) du genre Foucault que Finkielkraut précisément défend…

C'est en effet Foucault qui a considéré que l'humanisme était une "invention du XIX° siècle" (alors qu'il date du…christianisme, chemine vers Plutarque puis s'affirme avec Abélard puis la Renaissance avec La Pléiade, Du Bellay, Rabelais…) ce qui implique que l'universalisme, citoyen, des droits humains (liberté égalité solidarité à décliner selon les peuples) serait à remettre en cause, d'où son soutien à la révolution islamique iranienne.

C'est également Foucault qui a remis en cause l'école elle-même comme production d'enfermement au même titre que la prison et l'asile bien avant Bourdieu qui en a donné le dernier coup de patte prônant l'appauvrissement des programmes (Rapport Gros-Bourdieu) pour promouvoir "l'égalité sociale" alors que Boudon prônait plutôt le tutorat pour aider les enfants en difficulté à tenir le niveau.

Tout cela je l'ai montré en long et en large dans nombre de mes ouvrages et articles, mais Finkielkraut comme les autres, et comme Zemmour d'un certain côté, s'en prennent plutôt et principalement à la "pensée 68" pour circonscrire la source principale du démantèlement actuel de l'école française. Or, Foucault tout comme Deleuze ou Derrida n'ont rien à voir avec 68 (ils n'étaient même pas en France à l'époque hormis Deleuze) car le mouvement des années 60 (pour voir cel de manière plus large) prônait plutôt une ouverture dans l'appréhension du savoir en ce sens qu'il ne suffit pas d'apprendre  par coeur il faut aussi comprendre de quoi il s'agit et ce sans attendre de la faire dans les prépa qui amènent aux concours….

En effet, avec la remise cause de la notion même de leçon, par exemple de son organisation comme discours, avançant alors que ce ne serait que le "discours de l'Ordre (bourgeois)", les Foucault Derrida etc ont bien plus sapé la parole du maître que le fait de la soumettre à discussion dans de petits groupes qui ensuite vont se servir de livres et d'Internet pour contre-argumenter et observer alors la difficulté de le faire si l'on n'a pas les bases ; c'est en tout cas ce que je fais dans mes cours qui vont de la 6ème à la 3ème année de licence (sans oublier le tutorat en Master I et II).

Finkielkraut se trompe en réalité d'adversaire. Cela fait penser aux communistes qui s'opposaient à l'arrivée du magnétophone, de la caméra, de l'appareil photo, de la radio lycéenne et universitaire, sous le prétexte qu'il fallait laisser la prépondérance au livre et combattre l'impérialisme culturel anglo-saxonne qui prônait le multi-support, alors que l'un n'exclut pas l'autre, et a permis d'ailleurs qu'il existât une vaste contre-culture dont les actuels réseaux sociaux sont les enfants. Cette résilience a heureusement créé les possibilités de la remise en cause actuelle de cette pseudo-culture savante actuelle qui se réduit de plus en plus à une culture de propagande comme le dit justement Zemmour.

Sauf que les principaux idéologues qui construisent cette culture ont été précisément formés par ces penseurs qu'adule Finkielkraut (et Onfray) cherchez l'erreur…

Lorsque l'on fait lire des textes de Bataille (maître de Foucault, Deleuze) ou de Blanchot (idem) insistant sur l'errance volontaire des relations affectives et sexuelles comme moyens pour détruire un moi conservateur par définition et qui donc risque de capitaliser une énergie de vie susceptible d'engendrer de l'envie, de la domination, il ne faut pas s'étonner de voir émerger une génération erratique, cynique, vide, celui-ci étant alors rempli pour compenser par du consumérisme et de la TV réalité exacerbés.

Ce type de lectures, aux trames également forgées par les lointains échos de la pensée libertine radicale des Sade et Laclos, ont été de surcroît dentelées par des remarques acerbes sur la notion d'auteur, par la remise en cause du je, voire du nous puis de territoire puis de frontière par exemple Derrida et sa diff/errance d'une terre sans patrie, sans rivages sans frontières puisque le moi ne doit pas avoir de limites doit être dissous d'où le dédoublement de personnalité prôné par Deleuze ou comment détruire, de l'intérieur, une énergie de vie qui peut amener au capitalisme honni ; ainsi, puisqu'il n'a pas été possible de le détruire par l'extérieur détruisons le à la source dans la conscience voilà le constat que fait Derrida en avançant (dans Positions) qu'il faut aller plus loin non seulement que Bataille mais Lénine…

Ce sont Foucault Derrida Deleuze Lyotard qui ont prôné la "fin de l'Homme", la "dérive" comme mode de vie, la destruction de la notion de personne dans la littérature et dans la vie etc etc etc formant des générations entières d'enseignants avides de faire de leur vie un spectacle une oeuvre d'art oubliant qu'il s'agit aussi, même dans ce cas, de promouvoir l'effort le travail etc…

Il est alors navrant de voir s'échiner un Finkielkraut combattant leurs effets qu'il a lui même produit puisqu'il en protège les sources tout en s'en prenant à des boucs émissaires. La destruction actuelle de l'histoire de France n'est pas la faute du numérique, ni aussi de la philosophie réduite à une sorte d'histoire de la domination occidentale en particulier celle de sa raison destructrice de la nature. Tout se tient.

Finkielkraut refuse en effet de voir que les auteurs qu'il défend sont les principales sources actuelles de la destruction du savoir, et cette destruction fait en effet l'affaire du consumérisme scolaire vendant des abstracts de connaissances formatées par ces maîtres de la destruction abstracts que l'on avale comme des pilules recrachées ensuite dans les concours formatant ces technocrates cyniques qui nous gouvernent ou alors produisant des radicaux rejetant en bloc tout cela pour aller dans des pensées absolutistes qui tentent ainsi de contrecarrer ce relativisme morbide.

Il aurait été bon que Zemmour tance un peu plus Finkielkraut qui joue plus ici le rôle du pompier pyromane…

Lucien SA Oulahbib

https://en.wikipedia.org/wiki/Lucien-Samir_Oulahbib

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