5 février 2023

Le nouveau communisme français et l’économie

Ce qui frappe lorsque l'on lit la lettre de soutien promulguée par des "économistes" au programme de ladite "France insoumise" (et critiquée ailleurs) est d'emblée l'absence d'analyse quant à la création des richesses et l'organisation de sa production, or ce furent ces deux points qui ont été à l'origine de l'échec du système soviétique/maoïste, comme ils le sont encore pour expliquer la course vers l'abîme du Venezuela, du Zimbabwe, et tant d'autres ("Algérie"…).

Pourquoi cette absence d'analyse sur la création de richesses ? Parce que pour certains l'analyse existe déjà, elle est même sous-jacente aux différentes mesures proposées : la richesse ne serait que le produit d'une extorsion qu'il faut dans ce cas se réapproprier et partager, CQFD.

Or ceci est faux, et ce dans le détail, puisque tout repose en réalité sur des compétences coordonnées capables de susciter et de répondre au jeu de l'offre et de la demande ; sauf que d'autres détails peuvent donner l'impression du contraire, comme les très hauts salaires, les hauts dividendes, et aussi que le jeu semble biaisé face à des mastodontes multinationaux.

Mais, avant de répondre sur le fond, ne voit-on pas la chose par le petit bout de la lorgnette ? Si en effet l'on observe quelques exemples récents comme la résurgence d'Apple face à Microsoft, la percée d'entreprises comme Free, NRJ, la disparition des TWA, PANAM, la montée en puissance des GAFA inexistants il y a vingt ans… la force de ces nouvelles entreprises a principalement résidé dans leur capacité d'innovation, y compris dans la gestion des ressources humaines.

Certes, il y a aussi cette capacité de gérer au mieux leurs coûts en s'appuyant sur le prix de marché des compétences et non pas en fonction d'un partage idéologique apriori. Or n'est-ce pas là en ce point même que les syndicats français ont failli ? Car au lieu de demander à l'instar des entreprises allemandes et américaines à ce que les salariés participent à la gestion et donc à détenir des actions, les syndicats français préfèrent se mettre en retrait de la responsabilisation se positionnant alors uniquement en position de demandeurs perpétuels d'augmentations par ailleurs principalement quantitatives.Or les rapports de force ne se construisent pas seulement sur des positions défensives mais également offensives (d'où la percée confirmée de la CFDT en France). Voilà le fond.

Bien sûr, les partisans de la France dite "insoumise" se targuent de vouloir précisément s'immiscer dans la gestion des entreprises en imposant une "autre" production "plus respectueuse des besoins fondamentaux et de l'environnement" sauf que cette façon de penser a déjà été expérimenté en Russie et ailleurs, sans succès, et surtout ne tient pas compte, d'une part, que le respect de l'environnement (en particulier via la hausse des normes de pollution) existe depuis plusieurs décennies maintenant (hors exceptions telles les boues rouges et les dégazages).

D'autre part, l'idée que l'on réduira la production de l'offre à quelques "produits de base" est aussi vieille que la consommation elle-même lorsqu'elle se détache de la seule reproduction des besoins vitaux et de l'artisanat de base. Même Marx avec son idée du "fétichisme de la marchandise" admettait en creux que l'acte d'achat est bien plus d'ordre psychologique que strictement vital, or vouloir réduit le premier volet au second c'est nous réduire à notre part animal au détriment de notre spécificité humaine basée sur le sens y compris transcendantal donné à nos actes.

Observons d'ailleurs comment les populations russes polonaises chinoises se sont ruées sur la consommation lorsqu'ils en ont eu la possibilité alors qu'elles avaient été pendant des décennies éduquées à l'idéologie anti-consommation aujourd'hui défendue par nos "économistes insoumis".

Il ne s'agit donc pas de promouvoir en soi l'idée de passer d'un extrême à l'autre, déjà parce que c'est un problème de choix individuel : certains préfèrent vivre frugalement et s'abandonner plutôt aux délices des débats internationaux allant de colloques en colloques (payés souvent par le contribuable) ensuite ce n'est pas une raison pour imposer l'idée de "la culture pour tous" croyant d'ailleurs naïvement que la culture serait uniquement de la contemplation passive ou alors ludique alors que la culture sert à affiner l'action à améliorer son quotidien également.

Mais comment se passe la création d'une entreprise ? Qui en a l'idée? Comment s'organise l'entrepreneur qui ne fait pas partie nécessairement des grandes familles ? Comment fait-il pour étoffer réaliser son projet ? Comment se paie-t-il au début du moins ? Comment a été créé Facebook ? Comment fera-t-il si le SMIC augmente de 15 à 20% écrasant par ce biais l'échelle des salaires ? Ne vaut-il pas mieux commencer par un salaire minimum, puis se former pour acquérir de meilleures compétences et ainsi gagner plus peu à peu, plutôt que rester au même salaire déconnecté de la compétence et en fait capté comme otage des idéologies clientélistes soucieuses de cantonner les salariés au rôle d'exécutants alors qu'ils pourraient être pleinement ?…

Comment se fait-il que nombre de jeunes entreprises françaises n'arrivent pas à dépasser le stade de la start-up ? Pourquoi le seuil des 9 puis des 49 salariés freine-t-il autant ? Pourquoi l'idée de réduire la part des importations afin de ne pas officiellement aggraver les déficits et favoriser les "circuits courts" va-t-elle aggraver la situation des travailleurs étrangers et les pousser, pour certains proches de nos côtes, soit à entrer dans les cartels internationaux de la drogue et de la prostitution, soit à venir bénéficier de notre modèle social qui coûte si cher par ailleurs (alors qu'il pourrait coûter bien moins s'il était bien mieux organisé, une proposition que Fillon a été incapable d'expliquer et qui lui a coûté la fuite vers Macron) ?

En définitive la méconnaissance des principes de base de l'économie-politique est aggravée par l'adhésion toujours originaire quoique masquée à l'analyse étriquée réduisant la richesse à de la spoliation, analyse aggravée par du rousseauisme mal compris, lui-même saisi dans son plus mauvais côté par ce marxisme romantique stipulant que toute propriété privée et surtout individuelle serait, en soi, source du "mal" celle de "l'inégalité" à terme entre les hommes alors que cette dernière, surtout dans son aspect non justifié contractuellement, possède des sources qui plongent profondément dans la psyché humaine non réductible au milieu social-historique considéré, des sources liées à la dextérité donnée par la nature (une suite de gros mots en France) ; ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas agir sur les manques et les tricheries, mais n'indique en aucun cas qu'il faudrait la brider pour que cela aille mieux. Or, c'est précisément ce dernier point qui semble le plus surnager des programmes qui n'ont d'insoumis en réalité que le nom.


Lucien SA Oulahbib

https://en.wikipedia.org/wiki/Lucien-Samir_Oulahbib

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