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Pourquoi Sarko a évité Mick Jagger?

Ce n'est pas de la petite histoire : le fait de ne pas soutenir le défi d'une présence de légende (qui habite à côté d'un ancien appartement d'Yves Saint Laurent convoité puis écarté), alors que l'on est Président de la République, démontre bien d'une part la relativité aujourd'hui d'une telle fonction dans l'ordre symbolique mondial des fonctions, et, d'autre part, ce qui est sans doute plus symptomatique, souligne en quoi Sarkozy était au fond à côté de la plaque sur tous les plans :

il ne connaît pas les rouages de la séduction (sixties en sus), faite de présence pleine et en même temps de défi esthétique et spirituel (dans un environnement très techno et jet set) ; il a trop roulé des mécaniques, et pas au bon moment ou de façon stylée, un peu comme dans une fête très "in" (et un peu cul/tu/re et namedropping) où quelqu'un viendrait uniquement briller en posant comme sujet central son jogging du matin ou le match de l'équipe de France de la veille. On comprend que Jagger puisse rigoler, surtout si Lagarfeld n'est pas loin.

Sarko, poussé aussi par son conseiller Gaino qui se croit encore le 18 juin 40 ("la" crise de 2008 n'a été qu'un épiphénomène d'une crise bien plus vaste et durable), a cherché plutôt à séduire petitement en montrant ses petits biceps et ses petites canines à l'autre camp (muni de crocs gigantesques mais cachés par un sourire "normal") alors qu'il ne sait même pas y faire dans les codes de l'anormalité postmoderne. Pendant ce temps, les réelles réformes de la protection sociale, du rôle de l'État, du service public, ont été ratées, ou mécaniquement appliquées (c'est-à-dire à moitié ou mal).

Certes Sarko a été battu de peu, d'où d'ailleurs la difficulté de se débarrasser de sa façon de faire, portée encore par ses lieutenants ; mais tout comme il a été battu par défaut, Hollande a gagné de la même manière ; de plus la plupart des Français sont régicides. Ils veulent que "les" puissants d'aujourd'hui mordent la poussière comme ils ont accepté naguère la décapitation de 1789 au profit de 1793 ; et il s'il y a eu 1794 ce fut presque par défaut tant Robespierre se serait lui-même envoyé à l'échafaud : le désir (sado-maso) de pureté est si contaminant ; on sent d'ailleurs encore ses effets aujourd'hui, amplifié par 1917 qui voulait l'imiter, mais cela s'est transformé en farce selon le mot de Marx lorsque l'Histoire repasse les plats deux fois de suite.

Et que se passe-t-il lorsqu'il s'agit de la troisième fois ? De la tragédie à la farce on bascule dans l'attrape-nigaud d'être ou pas du côté du manche.


Iris Canderson 13/7/2012

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