Ni Putes Ni Soumises : dix ans après…

Le 4 avril dernier avait lieu le dîner anniversaire de  Ni Putes Ni Soumises. Il y a dix ans, quelques mois après l’assassinat de Sohane Benziane (brûlée vive dans la cité Balzac de Vitry-sur-Seine),  Fadela Amera déposait les statuts de l’association avec cette mission de défendre la condition des femmes dans les « quartiers ».

Mais le moins que l’on puisse dire est que NPNS ne fait pas aujourd’hui l’unanimité.  Comme en témoignent les propos de Maryam al Shamiya sur le site de Médiapart et Nadia Lakehal du Bondy Blog, ou encore les déclarations de la sociologue Nacira Guénif-Souilamas (auteur de Féministes et le garçon arabe), interrogée par les Inrocks à l’occasion de ce dixième anniversaire : « Il n’y rien de bon à retenir de Ni Putes ni Soumises ».

Il y a pêle-mêle la personnalité de Fadela Amera (Rachida Dati du pauvre, à laquelle NPNS a permis de devenir secrétaire d’état avec un seul CAP en main), il y a les agissements de Mohammed Abdi, ( secrétaire général de l’association et compagnon de Fadela, condamné en 2006 pour escroquerie, il y a les dépenses somptuaires (permises par les coquettes subventions annuelles), la réputation de tyran de Sihem Habchi (surnommée la « Khadafi » de NPNS) celle qui a succédé à Fadela Amara jusqu’en 2011, date à laquelle elle a dû céder la place à Asma Guenifi, il y a les collusions successives avec les gouvernements de tous bords (Fadel auprès de Sarkozy, Silhem auprès d’Arnaud Montebourg), qui sentent l’instrumentalisation, mais tout cela n’aurait sans doute  jamais fait surface si le NPNS ne s’était pas rendu d’un péché autrement plus grave : tenter de remplir son impossible mission féministe au sein des cités.  Et c’est cela qui risque bien d’ébranler définitivement l’association toute médiatisée, soutenue par les politiques, proche de SOS racisme, et reconnue qu’elle ait été.

Car le féminisme, bien sûr, n’est amusant, intéressant, constructif, essentiel que lorsqu’il s’attaque à défendre la cause de la femme occidentale et à stigmatiser les agissements honteusement sexistes de son compagnon, tout autre combat est nul et non avenu.  C’est ce que disent en substance les blogueurs Maryam al Shamiya, Rachid Barbouch ou encore Nadia Lakehal, relayés par Mediapart.

Ainsi Maryam al Shamiya loue-t-elle temps béni des années 70, avec son Manifeste des 343 salopes et ses « femmes merveilleuses comme Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi, Christine Delphy, Marguerite Duras, François Sagan, Marina Vlady, Agnès Varda, j’en passe et des meilleures ». Mais tout cela est bien fini, se lamente-t-elle : « Las, aujourd’hui, le féminisme vire de mal en pis », il a pris « le garçon arabe comme bouc-émissaire ».

Les dirigeantes de NPNS par exemple opposeraient insidieusement dans leurs discours  « une France  laïque, républicaine, moderne, égalitaire et émancipée, qui est blanche de peau, qui vit dans les centre-villes et qui bénéficie des acquis du combat féministe » à  « La France des quartiers, soumise à la loi de la cité, mélange de machisme traditionnel hérité de parents immigrés et d’intégrisme musulman promu par les grands frères ».

Nacira Guénif-Souilamas, dans les Inrocks, affirme quant à elle que le « stéréotype du garçon arabe découle de NPNS. Leur discours est devenu un alibi pour entretenir un discours anti-arabe, et est devenue une cause de la xénophobie d’état. C’est du féminisme de bas étage et donc extrêmement dommageable pour le féminisme ».

Ces tirs de mortier récents en direction du NPNS sont surtout révélateurs des déchirements qui agitent l’univers du féminisme «traditionnel ».

Que les héritières d’Olympe de Gouges se cantonnent donc à leurs vieilles lunes, à guerroyer pou rajouter des « e » à la fin des mots du dictionnaire et à affubler les enfants de prénoms neutres, c’est tout ce qu’on leur demande. Si elles s’aventuraient à aller chercher des poux dans d’autres têtes que celles des godelureaux de culture chrétienne, elles se rendraient immédiatement coupables de racisme  et de colonialisme (comme l’a appris à ses dépens l’an passé,  médusée et fumasse, Caroline Fourest elle-même).

Emblématique de ces féministes schisophrènes adeptes sans complexe du deux poids deux mesures, Christine Delphy…  après avoir enjoint les françaises à brûler leurs soutiens gorges, elle tire furieusement au canon de vingt sur quiconque s’aviserait de vouloir remettre en cause le voile islamique.

Pour la faire courte, les femmes occidentales seraient des cruches qu’il faudrait libérer par la force, quand les autres pourraient opposer aux féministes un droit inaliénable à s’opprimer elles-mêmes… Un raisonnement auquel NPNS est priée de bien vouloir adhérer si elle ne veut pas s’isoler dangereusement.

D’autant que dans un autre registre, NPNS, en allant jusqu’au bout de ses convictions féministes, a fini par s’aliéner d’autres soutiens de poids : il y a quelques semaines, l’association s’est élevée dans un communiqué contre la circulaire Taubira visant à régulariser la situation des enfants nés de mère porteuse à l’étranger.

On comprend  mieux pourquoi les Inrocks qualifient l’association NPNS de « lessivée pour ne pas dire moribonde ». Après la gloire la disgrâce. visuel npns.


Gabrielle CLUZEL 26/4/2013

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