Un Américain favorable au changement de régime irakien se rend à l’évidence

Le courage des Irakiens qui votaient pour la première fois dans un scrutin leur proposant un véritable choix forçait l’admiration et émouvait jusqu’aux larmes.

De tels souvenirs semblent lointains, en quelque sorte révolus. Ces derniers mois, depuis l’attentat du mosquée de Samarra du 22 février pour être précis, la guerre civile tant redoutée sévit et s’étend ; dans certains quartiers de Bagdad une sorte de séparatisme confessionnel de fait s’impose comme stratégie de survie ; la présence de soldats de pays étrangers n’apaise pas les esprits de plus en plus échauffés, bien au contraire.

La concentration des forces armées américaines en Irak immobilise indéfiniment ces derniers dans ce pays et les rend d’autant moins aptes à entreprendre d’autres tâches bien plus urgentes, évidence première dont nos ennemis iraniens et nord-coréens (parmi d’autres, dont l’inénarrable Hugo Chavez) n’ont pas tardé à se rendre compte.

D’autre part, les dirigeants politiques américains peuvent difficilement continuer à demander de la part de certains citoyens des sacrifices impensables à la grande majorité, alors que les soldats en question s’embarquent dans une mission littéralement impossible (et interminable), mission dont la poursuite entêtée et futile contribue à la dégradation ahurissante de l’image des Etats-Unis au monde entier, y compris chez les amis et alliés les plus fidèles du pays « indispensable » (dixit Madeline Albright).

Il est pourtant également évident que le départ précipité d’Iraq des soldats de la « coalition of the willing » risquerait d’être interprété par les terroristes de tout poil comme un triomphe ; il ne peut par conséquent nullement être question ni de leur accorder cette macabre satisfaction ni de tourner le dos aux nombreux Irakiens qui savent tout de même gré aux Etats-Unis, voire même personnellement au Président George Walker Bush, d’avoir mis fin au règne calamiteux d’un mégalomane sanguinaire.

Suite aux élections législatives américaines du 7 novembre dont les résultats vont probablement constituer un cinglant désaveu de la politique du Président Bush dans de nombreux domaines (déficits budgétaires vertigineux, faillite opérationnelle du gouvernement fédéral pendant et après le cyclone Katrina…), un changement de majorité a désormais des chances tout sauf négligeables d’avoir lieu. Par ailleurs, une commission de sages bipartite présidée par le républicain James Baker (ancien ministre des affaires étrangères et ami de longue date de George Herbert Walker Bush) et le démocrate Lee Hamilton (ancien sénateur) chargée d’éplucher le dossier irakien va très vraisemblablement préconiser vers le mi-novembre un changement important de cap.

C’est dans ce contexte qu’il va falloir que soit organisé un repli stratégique – le retrait pur et simple fourbirait effectivement les armes de nos ennemis – des « occupants » de l’Irak. Il s’agira de manière prioritaire de limiter les dégâts dans la mesure du possible et d’éviter à tout prix la réédition de la déconfiture américaine au Viêt Nam de 1975. Personne de sensé, y compris et surtout le gouvernement français actuel ou futur, n’a intérêt à laisser transpirer une telle issue funeste.

J’ose espérer que compte tenu des desseins meurtriers de nos ennemis communs, nous – les Américains et les Français – allons parvenir à jeter nos rancunes à la rivière en vue de faire face.

Jeffrey Arsham 28/10/2006

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