L’idéalisation des droits humains oublie les devoirs qui les constituent aussi

Il est en effet tout de même curieux de voir les droits humains être réduits à leurs aspects de solidarité alors que les dimensions qui précisément permettraient de renforcer celle-ci sont minimisées, voire écartées. Ainsi la solidarité est opposée en soi à la liberté d’entreprendre alors que celle-ci est la clé de la prospérité comme le démontre avec fracas la Chine communiste, prenant l’exact contre-pied d’un Chavez et son supposé socialisme christique. Celui-ci, et tous les partisans du social-nationalisme, au-delà de ses variétés chiraco-royalistes, ou alter, confondent justice distributive au sens d’assurer à chacun un bien en échange de ce qu’il apporte (tout en aidant les plus méritants à se former), et justice de répartition qui prétend comptabiliser la richesse en soi et la découper arbitrairement à la façon d’un gâteau que l’on irait autoritairement réquisitionner chez le boulanger et que l’on partagerait à tous, qu’ils travaillent ou non.

Avec cette conception de la répartition, nous basculons dans l’inégalité la plus flagrante en réalité. Puisqu’il suffira, d’une part, d’établir un lien entre la richesse produite et le nombre de bouches à nourrir pour décider mécaniquement que chacune d’entre-elles, parce qu’elle est une bouche, doit avoir « droit » à cette richesse, qu’elle l’ait produite ou pas, et ce peu importe la pénibilité de la production qui, par ailleurs, n’est pas seulement physique mais aussi psychique lorsque tel ou tel métier entraîne de la concentration, du temps, du stress.

D’autre part, en prétendant que l’argent privé réquisitionné sous forme d’impôts afin de devenir public peut par ce fait avoir la vertu de résoudre les problèmes, les tenants de ce discours, démenti pourtant par les faits, vont se positionner dans les réseaux du pouvoir et ainsi prétendre en savoir plus que tout le monde sur l’intérêt général pour capter donc l’argent privé, transformé en argent public grâce à l’impôt, en vue ensuite de le dépenser via des capillarités incontrôlées sinon uniquement de façon comptable en ce sens que leur utilité publique ne sera presque jamais évaluée.
On ne comprendrait pas sinon pourquoi existe-t-il encore tant de problèmes en matière de logements sociaux, éducation, justice, retraite, santé, si l’on observe la manne financière et la somme de travail analytique qui ont été mobilisées dessus depuis des décennies… Pourtant, il a été prétendu que la solidarité serait plus effective par la captation de l’argent privé et sa transformation en argent public. Or, force est de constater que ce présupposé s’est avéré faux au fil du temps.

Dans ces conditions, l’idée qu’il suffirait de clamer l’existence universelle des droits humains (tout en niant ou réduisant la liberté d’entreprendre) pour les voir se réaliser par la contrainte étatique a fait son chemin malgré les démentis les plus cinglants et les retours en arrière des Etats ayant été le plus loin dans cette voie comme la Suède. Ce qui ne veut pas dire que la puissance publique doit se fier uniquement aux forces autocorrectrices du marché pour rendre stable la solidarité et la prospérité. Il est nécessaire en effet que le Bien commun soit protégé par des instances publiques, indépendantes, et sous le contrôle de la Représentativité démocratique.

Néanmoins, c’est en refusant de faire confiance à l’initiative privée comme vecteur de la prospérité et la solidarité, et ce en s’appuyant sur certains excès de la volonté de puissance, (alors que la corruption dans les affaires publiques existe tout autant…), que l’on aggrave en réalité la situation des plus démunis qui demandent souvent qu’une chose : qu’on les aide à apprendre à pêcher plutôt que de les conforter dans un rôle d’assisté, tandis qu’ils voient dans les médias ceux qui leur refusent cet apprentissage parler en leur nom, et, ainsi, en vivre…ce qui est le comble. Le summum de l’absurde étant atteint par ces dirigeants si prompts à capter de l’impôt toujours de l’impôt, tenter d’en réchapper par des subterfuges divers ou des passe-droits…

Aujourd’hui, et ce de façon générale, les partisans de cette vision restrictive des droits humains ont non seulement échoué à améliorer le sort des plus humbles en les sortant de leurs conditions d’assistés, mais ils l’ont même aggravé, tout en refusant de sanctionner les pires ennemis de ces droits, ceux-là mêmes dont la façon de penser et la vision du monde vont précisément à l’encontre de leur philosophie première : celle non seulement qui vise à l’émancipation mais cherche aussi à affiner la liberté humaine en prenant de plus en plus compte les conséquences envers autrui au sens large (soi, l’autre, le monde).

Il est clair que les partisans actuels des droits humains réduisent ceux-ci à des exigences d’assistance et, partant, les desservent. Il serait bon de tourner enfin la page et d’envisager une autre approche du développement humain, ce que je nomme la néomodernité qui précisément articule solidarité et prospérité au lieu de les opposer ou de croire qu’il suffit de capter la richesse privée et de la transformer en argent public pour atteindre ces fins dernières, celles du bien-être et du mieux-être.

Lucien SA Oulahbib 12/1/2007

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