La peur exponentielle

Le livre de Benoît Rittaud, mathématicien, iconoclaste, vient à point nommé pour rappeler que les superstitions,  les grandes peurs, ne se sont pas estompées loin de là avec la montée en puissance de "la" science. Au contraire. Censée être pourtant la pointe du raisonnement le plus abouti, l'auteur développe que c'est bien désormais "la" science ou du moins ceux qui prétendent parler en son nom qui fomentent principalement ces superstitions et ces peurs, ce catastrophisme de fin du monde. Un tel paradoxe a même atteint aujourd'hui son paroxysme avec tous ces explorateurs des confins du monde rapportant que le climat change alors qu'il l'a toujours fait comme disait le si regretté climatologue (un vrai lui) Marcel Leroux.

Même les pensées que l'on aurait pu croire les plus critiques à l'égard de la science-sans-conscience sont touchées : elles n'échappent pas par exemple à ce syndrome de la toute puissance conceptuelle qui fait qu'en haut, à la cime du progrès scientifique et technique, elle laisse accroire que nous (l'Humanité) serions également capables d'influer non seulement sur le cours du monde humain mais au plus profond du cours terrestre (voire pourquoi pas céleste) jusqu'à, tenez vous bien, influer sur " les tremblements de terre " comme l'a énoncé sans sourciller François Hollande, et sans être démenti,  hormis parmi des sites aussi opposés que notre-planète.info et pensée unique.

Il est vrai qu'un géophysicien, Bill McGuire, soutient ce point de vue, mais en prenant comme point de comparaison la sortie de la dernière époque glaciaire, ce qui n'a rien à voir avec l'idée d'un lien entre activités humaines et tremblement de terre ; à moins de le penser précisément comme cette exponentielle dont parle Benoit Rittaud à savoir cette idée que des effets donnés à cet instant T peuvent se multiplier au carré selon une courbe ascendante de type géométrique  (2, 4, 16, 256,65536, 4294967296….) ou la fable de l'échiquier et son grain de blé doublé par case bien rappelée par Benoît Rittaud (p.63) : 64 cases donnant 63 doublements soit l'équivalent de 18 446 744 073 709 551 615  grains de blé.D'où le caractère inéluctable et sa "sidération" selon le mot à la mode.

Comme si les phénomènes pouvaient s'engranger ainsi sans que des interférences fassent bifurquer l'effet papillon ailleurs en d'autres formes ou l'amoindrisse. Ainsi souvent l'arrivée des tornades sur le golfe de Mexico apparaissent comme étant toujours "celle du siècle", par exemple la dernière dénommée "Patricia" alors que sa course exponentielle a été freinée par la force d'inertie du bloc montagneux, rétrogradant alors la supposée super-tornade en dépression tropicale classique…

Ne parlons pas de la supposée démographie galopante qui entrainerait automatiquement la submersion et la faim dans le monde…Rappelons-nous le fameux "péril jaune"…le pétrole à 200 dollars le baril, le fait que d'ici l'an 2000 nous passerions nos week-ends sur la lune…

En fait, l'idée, fausse, mais encore présente, de la supériorité supposée des sciences dites "dures" sur les "molles" laisse toujours accroire que la continuité asymptotique serait l'alpha et l'oméga du devenir humain.

Benoît Rittaud montre bien dans son livre comment s'est constitué peu à peu de nouveaux mythes, cerclés de chiffres et de courbes quasi cabalistiques à l'instar des mythes orphiques et pythagoriciens ; aujourd'hui la recherche du Nombre d'Or, de la fameuse transmutation du plomb en or, ont toujours leurs adeptes, parfois métamorphosés également en chasseurs d'OVNI nouvelle mouture ou ces planètes parallèles habitées aux confins de l'univers chiffonné ou du multivers.

Il y a cent cinquante ans à peine d'éminents scientifiques assuraient qu'il était impossible de rouler vite en train sans voir ses organes en souffrir (mythe néanmoins controversé), tandis que plus près de nous Lyssenko mettait en doute la transmission chromosomique des caractères. Le socialisme était "scientifique", dire le contraire revenait à sacrifier une carrière intellectuelle ou artistique. Cela faisait consensus…

En 2015 Google nous promet l'immortalité ou quasiment ; et aujourd'hui émettre un doute sur le caractère inexorable et principalement humain dudit "réchauffement climatique" équivaudrait à défendre la terre plate ou encore l'idée de voir le soleil tourner autour d'elle.

Cette assurance crâne s'avère effrayante alors que rien dans les observations souligne Rittaud corrobore ces affirmations comme le développe également Jacques Durand depuis des années sur Pensée Unique. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu'il ne faille rien faire contre la pollution multiforme et autres "dégâts du progrès" comme le disait déjà Raymond Aron. Mais il faut souligner aussi que ceux-ci n'ont jamais été autant déplorables dans les pays communistes (et on le voit encore aujourd'hui en Chine avec ce smog impitoyable à Pékin) alors que dans les pays libres, la critique a permis d'amoindrir ces effets négatifs. Aussi est-il risible d'observer que les partisans du communisme aujourd'hui recyclés dans la deep ecology en viennent à épouser l'eschatologie de la fin du monde la peur exponentielle de sa disparation du fait de la "production capitaliste" alors que c'est celle-ci qui semble bien devoir être à la base de son propre renouvellement en assurant plus de filtrage et de durabilité…

Mais l'idéologie n'en est pas à une contradiction près, puisqu'elle les absorbe, les dépasse (la vitesse de la pensée spéculative étant illimitée).

Lucien SA Oulahbib 29/11/2015

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