Ségolène Royal : Un danger objectif

Au-delà des sarcasmes, c’est triste, pour l’histoire de notre pays, que la première candidate de l’histoire de France à être en position éligible, apparaisse à un point aussi caricatural comme pain béni pour les misogynes. Serait-elle une fausse brune ? En tant qu’homme convaincu de l’égalité des femmes, j’aurais été ravi si la première femme éligible avait insufflé un débat de fond riche et combatif, une approche plus transparente et plus clairvoyante de l’argumentation, de la persuasion et du débat. Mais il ne peut y avoir de clairvoyance, puisque l’idée « révolutionnaire » de Madame Royal est qu’il ne faut rien voir, et que c’est le peuple, par cette esbroufe du « débat participatif » qui nous dira ce que nous devrons penser.

Et voilà comment, en matière de clairvoyance, on nous renvoie à nos moutons : Madame Royal ne veut rien voir par elle-même. Son slogan, dont je vais montrer qu’il est vide, mais surtout qu’il est très dangereux, « le débat participatif », lui interdit de voir par elle-même. Son tour d’horizon des régions, ses « débats » avec le « peuple », lui permettront, selon elle, de nous proposer des solutions, « choisies par le peuple ». Mais tout cela est mensonge, mépris et tromperie, comme je vais le montrer. Et il ne peut pas en être autrement.

Tout d’abord, ce tour d’horizon aurait dû être fait en préparation à sa candidature. En effet, on ne peut pas prendre la parole en public si on n’a rien à dire. Etre candidat c’est prendre la parole. Etre candidat, c’est donc avoir quelque chose à dire. Et pour avoir quelque chose à dire, il faut y avoir pensé avant de monopoliser le micro. Ne pas le faire, ne pas travailler son discours avant de se porter candidat, c’est mépriser le peuple, mépriser la France, mépriser ses institutions, mépriser la fonction présidentielle.

Que veut dire Madame Royal ? Les autres candidats n’auraient-ils pas écouté le peuple ? Le discours de Madame Royal laisse penser que ses concurrents ne connaissent pas le peuple. Qu’ils ont inventé, quelque part dans leur imagination, les questions et les réponses, les problèmes de la France et leurs solutions, les enjeux internationaux leurs issues.

Or c’est faux ! Contrairement à Madame Royal, tous ses autres candidats ont occupé leurs fonctions au cours des dix dernières années de façon active et très visible. Contrairement à Madame Royal, les autres candidats sont à plein temps, et depuis des années, en confrontation avec les problèmes du peuple, avec ses difficultés et ses impasses, et ont pris le risque de s’en faire une idée : sur le terrain, que ce soit au niveau régional ou au niveau local, aucun des autres candidats ne brille par autant d’absence que Madame Royal. Chacun des concurrents s’est fait une opinion, par ses contacts avec les administrés, des problèmes de la France et des solutions envisageables. Si, justement, il leur arrive de se tromper, c’est parce qu’ils ont eu le courage d’avoir des convictions, le courage de les mettre au débat, et d’oser se mettre au service de notre pays, parce qu’ils se sont donnés, humblement mais énergiquement, pour se confronter aux problèmes de la France et de la population française.

Si Madame Royal a soulevé moins de conflits et de manifestations au cours des dernières années, c’est uniquement parce que, depuis quelques années, elle était aux abonnés absents. D’ailleurs, depuis qu’elle est présente dans l’arène politique, il ne se passe pas une journée sans qu’elle commette une bourde, que ce soit en Chine, au Proche Orient, au Canada, sur les sujets qui touchent aux USA, que ce soit en France, ou dans son appareil politique au PS. Finalement, tout ce qu’elle touche donne lieu à polémique, lorsque ce n’est pas une gaffe grossière.

Laisser croire que les concurrents de Madame Royal n’ont pas écouté le peuple est une tromperie, et un mépris injustifié de nos élus.

Se porter candidate sans avoir préparé son discours est une tromperie, et un mépris de notre pays et de nos institutions.

D’un côté, Madame Royal vante la sagesse d’un Nicolas Hulot, qui a des convictions fortes, mais qui a retiré sa candidature parce qu’il a constaté que son message avait été entendu. Et d’un autre, Madame Royal refuse de se prononcer, n’a d’opinion prête sur aucune question, mais maintient quand même sa candidature.

Prétendre proposer un renouveau de la classe politique sans avoir de convictions, utiliser l’appareil du Parti Socialiste pour se faire désigner sans avoir de message politique clair, occuper l’arène médiatique sans raison, tout cela est autant de tromperies : tous ces comportements sont des caricatures de la politique arriviste et manipulatrice que le peuple français a rejetée.

Mais il y a plus grave.

Dans sa « démocratie » prétendument « participative », Madame Royal, n’ayant rien à dire, nous dit qu’elle va écouter. Elle nous dit que, sur la base de ce qu’elle aura écouté, elle proposera « le moment venu » son programme. Proposition qu’elle envisage de nous faire à la mi-février.

En gros, à deux mois de l’élection présidentielle, Madame Royale n’a pas encore une idée claire des solutions qu’elle propose !

Alors, si son discours est honnête, si elle est sincère, si cette « démocratie participative » est autre chose qu’un maquillage pour une élection de Miss France, alors il faut bien convenir que Madame Royal n’a certainement aucune idée de la fonction présidentielle, aucune idée des problèmes que connaît la France, aucune idée de la gestion honnête d’un problème social, économique, diplomatique, militaire ou politique à l’échelle d’une grande puissance comme la France. Toutes ces questions nécessitent plus de deux mois pour s’en faire une idée, et plus de deux mois pour persuader les électeurs. Un tel niveau d’improvisation, une telle part d’impréparation, un tel mépris des dossiers, sont tout simplement «hors-sujet » par rapport à ce qui est en jeu : l’avenir de la France.

Sur des dossiers aussi lourds, et qui, aujourd’hui, sont plus lourds que jamais, il est inconcevable, il est dangereux, il est insultant pour le peuple français, de lui donner aussi peu de temps pour connaître les propositions de Madame Royal, pour pouvoir les débattre, les contrer, les vérifier, les mûrir, et, le cas échéant, pourquoi pas, s’en convaincre.

A une période, d’une gravité rare dans l’histoire de la France, où l’économie donne de réels signes de faiblesse structurelle, où des menaces sérieuses pèsent sur nos systèmes de solidarité, qu’il s’agisse de la retraite, de la sécurité sociale, du chômage ou des SDF, à une période où la conjoncture internationale est dangereuse et menaçante, où les valeurs et la cohésion sociale s’effritent, refuser à ce point le débat est hautement dangereux.

Même si Madame Royal avait le génie – qui reste intégralement à prouver – de proposer des idées de fond qui puissent faire l’unanimité du peuple et créer la cohésion qui nous manque, il n’y a aucune raison pour nous faire attendre. Mépriser à ce point la confrontation de ses idées à d’autres perspectives est une insulte à notre pays et à la démocratie.

Alors on nous vend sa « lumineuse » idée de démocratie participative … comme un véritable renouveau, une chance ! C’est en gros ce que nous disent ses partisans, de Jack Lang à son conseiller médiatique Jacques Ségala. Dormez, braves gens, nous faisons pour vous la synthèse, une synthèse qui s’imposera à tous, sans débats, sans discussions, et … sans votre avis.

Car, pour une fois, soyons honnêtes : qui participe à la « démocratie participative » de Madame Royal, à part ses partisans, ceux qui lui déjà donné leur voix ? Honnêtement : personne !

Or ce « débat participatif » n’est, au mieux, qu’une discussion entre soi. Seuls ceux qui votent déjà Royal y participent. C’est un non-dialogue, puisque étymologiquement le dialogue impose d’être deux : dia-logue. Et voilà que les tyrans de l’esprit veulent nous vendre ce non-dialogue comme la meilleure des écoutes, et la synthèse de ce non-dialogue comme une conclusion qui n’a pas à être débattue, et qui s’imposerait à tous.

Que peut produire une telle stratégie ?

Je ne vois qu’une seule issue : la confrontation dans la rue avec ceux que Madame Royal a refusé de convaincre, ceux qu’elle a refusé de prendre en compte avant d’imposer ses « conclusions ». Madame Royal nous prépare un conflit ouvert, parce qu’elle ne veut pas nous offrir autre chose que le refus quotidien du dialogue, autre chose que le refus du débat.

Refuser le débat d’idées, comme le fait Madame Royal, faire passer pour une synthèse nationale le non-dialogue qu’elle a avec ceux qui lui ont déjà donné leur voix, et ne donner au peuple français que quelques semaines pour se faire une idée de « ses » « propositions » et pour les débattre, ceci est tyrannique, et ne peut que conduire au chaos.

Ceux qui, bien avant elle, ont fait le tour des problèmes et des régions pour connaître du mieux possible les difficultés que la France va devoir affronter, ceux qui ont fait leur travail avant de prendre la parole devant les citoyens, et ceux qui après mûre réflexion se sont fait un avis différent du sien, vont se trouver exclus du débat présidentiel par une supercherie effrontée.

Et on voudrait que cela ne mène pas au chaos ?


23/1/2007

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