De Nicolas Hulot à Hugo Chavez : le retour des aventuriers

Imaginez par exemple un Hulot en grand haleur, grand dévoreur de banquise, de nature sauvage, et revenant tel le Père Noël avec sa hotte emplie de belles photos d’ours blancs à faire rêver les Brigitte Bardot en herbe qui peuplent les médias et qui s’extasient évidemment devant de si beaux paysages où tant d’aventures (sentimentales cette fois) peuvent se nouer se nouent déjà au détour d’un week-end et se répercutent en feuilletant désormais Closer, Public, etc…où l’on rêvasse d’autant plus à de beaux mélo passionnées que durant la semaine le débit de bêtises à faire avaler, à faire passer par le tube médiatique des auditeurs s’accroît sans cesse malgré les constipations et autres érosions. D’où le désir d’autant plus fort de s’évader, ne serait-ce que deux jours sur des plages au sable blanc, autant de pages blanches pour les coeurs maximin des midinettes.

Aussi imaginez maintenant que ces belles images d’Épinal se mettent à devenir floues, qu’il ne soit plus possible de trouver la crique adéquate, le sable et la banquise au goût du jour boréal, du fait du tourisme de masse qui envahit désormais les belles plages aux seins nus qui emplissent aussi les pages de Géo ; imaginez que cela devienne plus difficile de s’extasier devant le trèfle à quatre feuilles, du fait aussi de changements en profondeur propres à une Terre qui a pourtant connu, bien avant l’existence humaine, de si nombreuses transformations, du fait aussi des écarts humains, il faut bien le dire, oubliant d’effacer ses traces et de réparer…

Que se passe-t-il dans ce cas ? Eh bien les grands aventuriers reviennent furieux, ils ne peuvent plus courir à l’infini et avec ivresse, (en compagnie de la starlette du moment), tout le long de tous ces grands espaces autrefois vides de gens et paisibles, et dont les images les faisaient vivre et pérorer dans les salons nostalgiques des explorateurs d’autrefois (docteur Livingstone I presume ?). Ils en veulent à tous désormais à ceux qui les en empêchent. Qui ? Eh bien ces industriels, « la » pollution, Bush… Alors que la Terre n’est pas statique, toujours en mouvement perpétuel, surtout lorsqu’elle prépare sa nouvelle mue dans ses tréfonds tandis que son dialogue avec le soleil se complique de plus en plus.

Mais nos aventuriers ne l’entendent pas de cette oreille. Pour eux la Terre doit rester telle qu’elle, immobile comme sur les photos qui les font vivre et d’où ils tirent tout leur prestige. Il faut alors réagir, montrer uniquement la mort et la désolation créées par l’homme, évidemment, tout en mettant aussi sur son dos le moindre changement terrestre, déclarée sans défense, passive, infantile (comme les gens du Sud à vrai dire, gentils peuples exploités par le méchant Nord, d’où le terrorisme en réaction etc…nous avons là, dans ces pointillés, le coeur même de l’idéologie catastrophiste, en ses palpitations ultimes aux vombrissements médiatiques puissants).

Tout ceci permet de décréter la mort du petit cheval blanc, immense désastre, il faut donc ameuter, rameuter la gente journalistique, de NY à Londres en passant par Paris et Berlin, il faut décréter la mort de la Terre (dans un siècle paraît-il) parce que le « cela a eût payé » son lot d’images fortes, durant ces décennies allant des années 60 à maintenant ou l’explosion du reportage photo, de l’îvresse des grands espaces dont le Paris-Dakar et les courses de voiliers autour du monde sont comme la quintessence. Il faut faire payer maintenant au plus grand nombre son désir de les imiter en allant eux aussi courir le vaste monde et fouler le sable immaculé. D’où cette fantasmagorie de la « neutralité écologique », de la surtaxe, du délire maintenant légalisé d’un discours qui disait parfaitement le contraire il y a trente ans en parlant de refroidissement et qui tablaient sur six mêtres d’élévation du niveau de mer alors que celui-ci atteint quelques centimêtres.

Mais la machine s’est emballée à fabriquer du catastrophisme comme elle s’était emballée à fabriquer du paradis soviétique dans les années 30 et du paradis castriste dans les années 60.

Et aujourd’hui Hugo Chavez veut continuer l’affaire, en s’appuyant évidemment sur les erreurs et les nuisances, humaines trop humaines, de dirigeants, de possédants, vénézuéliens encore friands de la grande époque aristocratique des propriétaires fonciers avec leurs milliers de peones, jaloux de leur ploutocratie centralisatrice qui fait payer très cher le ticket d’entrée lorsque l’on n’est pas né avec un haras une mine un puit de pétrole dans le berceau. Toute l’Amérique du Sud est construite ainsi sous le chapiteau hispanique et portugais d’une élite à cheval sur les principes de la séparation étanche des groupes, bien pis que celle qui sévissait en pays franc, germain, et anglo-saxon.

En tout cas Chavez incarne cette revanche de la classe des porteurs de sandales version salle de garde et soudard avec Chomsky (qu’il croyait mort) et la croix en guise de nord magnétique ; 1789 dure là-bas depuis si longtemps, sans s’achever, d’où le désir d’essayer maintenant 1917 puisque l’économie vénézuélienne, comme la rhodésienne avant sa transformation en Zimbabwe, est encore debout : pourquoi ne pas la détruire par petit bout, un peu beaucoup à la folie pour atteindre le pas du tout ?

Et l’on s’extasie ici et là, comme ce fut le cas il y a quarante ans à la belle époque où l’on pouvait se demander si la dialectique pouvait casser des briques et devenir maître assistant en sociologie aujourd’hui « expert » en divers Conseils grassement payés par une Marianne généreuse et des organismes mondiaux tout aussi friands de discours ronflants sur la probable cause de la misère dans le monde (le libéralisme) la probable cause de son accélération (le réchauffement climatique), la problable cause de l’inertie ambiante (Bush).

Aussi une frénésie s’est emparée de tout ce beau monde parce que la fin est proche, (repentez-vous ! clame le savant fou dans Tintin et l’étoile mystérieuse) puisqu’il ne sera plus possible de ramener dans les mêmes conditions les belles images boréales qui faisaient tant rêver les belles journalistes des émissions féminines si désespérement à la recherche de potins sympathiques à échanger au fond de la couette. Dorénavant il sera même possible de naviguer dans les lointaines contrées du Nord et peut-être de nouveau appeler le Groenland: la terre verte, la belle affaire ! Cela ne va pas arranger la vie de nos aventuriers à la recherche de l’Arche perdue !

Lucien SA Oulahbib 31/1/2007

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